Journal du 21 au 24 juillet 2024

Ce que j’ai lu

Allongé sur la terrasse, au soleil, en vacances, je lis le numéro d’été du magasine L’Histoire, La violence et la guerre. On peine à comprendre l’humanité quand tout va bien, qu’il fait beau et qu’on s’entend avec ses voisins, on lit avec sidération toutes les horreurs dont nous sommes capables, on dresse des listes macabres. Tout commence au paléolithique, puis César tue un million de Gaulois, puis il s’agit, à l’autre bout du monde, des Samouraïs qui coupent des têtes à tout va, puis de l’annihilation de Magdebourg pendant la guerre de Trente ans, puis des guerres coloniales, où tout est permis, puis de la brutalisation de la Première Guerre mondiale, puis des Einsatzgruppen qui tuent du juif comme du gibier à la chasse, puis des mères hutus qui tuent leurs propres enfants nés de père tutsi, puis … (la liste est à la fois arbitraire, incomplète et interminable). Et ça continue. Et on est là, sur sa chaise longue, et on fait comme si de rien n’était.

Ce que j’ai vu

La guerre, encore et toujours : Gaza devenu enfer. Et la fin de la série Les 100, avec ce problème insoluble : faut-il sauver l’humanité ou la détruire ? est-elle digne de transcender ? Est-elle capable de cesser de se battre ? Ne révélons pas le dénouement, mais l’humanité, pour s’autodétruire, est fortiche.

Ce que j’ai entendu

Dans Le cours de l’histoire, il est question d’esclavage, parce quand on ne s’entretue pas on se domine les uns les autres, voilà ce que nous sommes (cette chronique devient terriblement déprimante, ne l’alourdissons pas plus).

Ce que j’ai fait

Je n’ai tué ni mis en esclavage personne, c’est déjà pas mal. J’ai écrit un peu, j’ai chanté cette chanson blues délirante que je viens de commettre, j’ai assemblé pour la première fois mes textes de l’atelier. Bref, je n’ai certes pas fait grand-chose mais ça me rassure : on peut vivre heureux sans sombrer dans la violence.

Journal du 11 au 15 juillet

Ce que j’ai lu

Toujours ce papillonnement. La prose intime de Jacques Chessex, truculente, obscène, divin marquis de Carabas, lue dans l’intimité d’un lit solitaire. De la littérature avec chair, à contre-courant de son temps et du nôtre. Son temps ? Les années 1970 :

Ah je vois sur ce pont-là assez de poètes lacanisants, de sémioticiens, de saussuriens, de jakobseniens, de patoisants derridiens ne déridant plus personne, de kristéviens extatiques, d’agités de la structure et de la révolution culturelle, de bredouilleurs fanatiques du clivage et du schème-niveau, de théoriciens du bafouillage initiatique et du brouillon péremptoire, de petits maîtres fous de leur embaumement du petit Ponge et de sentencieux béjaunes à la mine de gardiens du Temple !

Ce que j’ai entendu

Julia Kristeva, justement. Que reste-t-il de ce temps-là ? Il reste Julia Kristeva (Jacques Chessex est mort) qui parle de Dostoïevski et opère la psychanalyse de la madeleine de Proust puis qui lâche cette expression, grand remplacement, et on se demande si elle est sérieuse. Il est question de théorie littéraire. Je suis arrivé trop tard pour comprendre ce qu’ils entendaient par là. La psychanalyse non plus, je n’y comprends rien. Le discours qui a l’air de réfléchir à lui-même semble soudain délirer mais sans le savoir (j’y préfère les délires assumés de Chessex).

Ce que j’ai vu

Des mondes d’après le monde, celui des 100, toujours plus étendu, tordu, poussé à l’extrême du fanatisme, et celui des vieux Mad Max, assourdissant et grouillant de cochons et de machines. Le monde d’après, disaient-ils encore il y a peu, on voudrait parfois qu’il soit aussi aventureux que ces délires (encore, et toujours pas de théorie pour les déconstruire).

Ce que j’ai fait

Poursuivre coûte que coûte les quarante jours d’écriture afin de réveiller ce projet de Grottes en creusant toujours plus bas dans la terre et dans le temps (l’écriture familiale est de retour, les morts refont surface, ils grouillent comme ça grouille dans Mad Max). Et sinon je gratte la guitare avec ferveur et avec douleur (l’oreille saigne, les doigts s’endurcissent).

Journal du 7 au 10 juin 2024

Ce que j’ai lu

Entre ironie et dystopie ou comment dire le monde qui est et le monde qui vient en gardant ses distances (de plus en plus, il est nécessaire de prendre ses distances avec le monde) : dans Silo, on commence à comprendre que vivre enfermé n’est pas normal ; dans Les cités obscures, on voit qu’à force de construire à n’en plus finir on détruit ; dans la correspondance des dernières années de Gustave Flaubert, on s’efforce de tout regarder avec l’ironie du désespéré qui s’acharne à jouer les Bouvard et Pécuchet.

Ce que j’ai vu

Toujours Les 100 : et si sur une autre planète on trouvait la paix ? Ils débarquent du ciel, sont émerveillés de découvrir un monde où la vie est encore possible, mais ce n’est bien sûr qu’une illusion. Dès que l’humain foule une terre, il la souille.

Ce que j’ai entendu

Avec philosophie, s’interroger sur le tragique (Racine, Shakespeare, Nietzsche, les anciens). Nous vivons une époque tragique mais nous faisons tout pour nier la tragédie (existentielle, climatique, politique, j’en passe). Il faut faire semblant de croire que tout est encore sauvable alors que nous mourrons (c’est la tragédie existentielle), que la vie sur terre devient de plus en plus impossible (c’est la tragédie climatique), que le RN est aux portes du pouvoir chez nos voisins français (c’est l’une des tragédies politiques, avec le grand retour de Trump et le maintien des Xi Jinping, Poutine, Modi, Erdogan, Maduro, Orban et j’en passe). Bref, l’optimisme est (Voltaire l’avait déjà vu) une supercherie dangereuse dans un monde qui s’effondre.

Ce que j’ai fait

Étant donné la tragédie, que faire ? S’acharner à écrire et à faire de la musique (surtout cela, faire de la musique, chanter, jouer de la clarinette, proposer un peu de beauté pour survivre quand la laideur se pavane).

Journal du 1er au 6 juin 2024

Ce que j’ai lu

Entre deux dissertations, nécessité de s’aérer l’esprit, mais c’est pour s’enfermer dans un silo qui entre en guerre (ce livre, Silo, j’accroche de plus en plus, me disant que je devrais lire plus de science-fiction) ou c’est pour imaginer des ombres en couleur dans une cité obscure, bref entrer dans des mondes impossibles où on n’a pas à disserter à n’en plus finir sur les énergies renouvelables, la science et les jeunes, l’effondrement de la civilisation (même si Silo, c’est bien cela).

Ce que j’ai vu

Il fallait choisir entre le truc en plus et le bizarre. J’ai choisi le bizarre : Furiosa, un film de la saga Mad Max dont pourtant je ne connais rien, mais on m’explique que de toute façon ça se passe avant le film précédent et que donc je ne devrais pas trop être perdu et que de toute façon, le principe est simple, on se bat sur des grosses machines, des motos, des camions, des monstres mécaniques, sauf que l’intérêt du film n’est pas (que) là, il est dans ce monde postapocalyptique, devenu désert, sauf à un endroit que tout le monde cherche, et me revoilà dans mes obsessions du moment, me revoilà dans Silo et dans Les 100 et dans ce sujet de dissertation sur l’effondrement de la civilisation. Pourquoi tant de postapocalyptique soudain ? Parce qu’on sent bien que c’est ce qui nous attend (on force le trait, j’espère, mais n’empêche que…)

Ce que j’ai entendu

Des grondements de moteurs (dans Furiosa) mais aussi Mauvais genre et ce lieu de rêve (si loin des cauchemars postapocalyptiques et dissertationnels), le palais idéal du facteur Cheval dont la visite sonore me laisse sur ma faim : je veux y aller, dans ce lieu, cette véritable utopie (qui n’en est plus une puisque le lieu existe vraiment, ce que je peine à croire, tant ça a l’air génial ; il faut que je me dépêche, avant que des Américains le déplacent dans le Massachussetts, comme ils n’ont pas manqué de le proposer, ou que l’apocalypse nous enferme dans des silos, des navettes spatiales ou des monstres mécaniques).

Ce que j’ai fait

Corriger des dissertations, certes, mais étoffer mon répertoire de chansons que je sais (mal) jouer à la guitare, répertoire qui atteint le chiffre de deux (Santiano et Le gorille). Il y a aussi eu une procession (la saison des cérémonies s’achève bientôt) et des gammes (c’est pour mon bien, qu’elle me répète sans cesse, je feins de la croire, pour lui faire plaisir ; elle prétend qu’après, tout devient facile ; mais bien sûr…).

Journal du 27 au 31 mai 2024

Ce que j’ai lu

Des dissertations à n’en plus finir… Reprendre parfois son souffle dans ces récits enchâssés de Cervantes, dans cette exploration d’un silo à l’abandon, dans le stupre des Borgia. Lire entre deux lectures n’aide pas à lire (écrit le correcteur fatigué).

Ce que j’ai vu

Les 100, toujours : épisodes de fin de saison, sang qui gicle, batailles, choses définitives qu’on se dit avant de mourir (les débuts de saison sont toujours plus intéressants que les fins, même si ce début de printemps commence à s’éterniser).

Ce que j’ai entendu

Il était question d’humanisme, d’émancipation des femmes, de poésie (Louise Labé, tellement femme qu’on est allé jusqu’à imaginer qu’elle n’avait jamais existé), puis ceci, qu’on m’envoie pour me détendre entre deux dissertations (et qui ne me détend pas, qui m’afflige et me fait honte) : les jeunes hommes (génération Z comme Zéro) sont de plus en plus misogynes, conservateurs et adeptes de la violence pour se faire respecter, bref sont de plus en plus cons. Au secours, Louise Labé !

Ce que j’ai fait

Entre deux copies, gratter un peu la guitare, souffler un peu dans la clarinette, écrire un ou deux mots et surtout tenter enfin de faire quelque chose de mes photos de 17h17, en rassembler 17, parler d’elles pendant 17 secondes, en faire une vidéo longue et hypnotique (m’écrit-on), idéale pour s’endormir quand on a passé sa journée à lire des dissertations.

Journal du 20 au 24 mai 2024

Ce que j’ai lu

Diversité de ce qu’on appelle roman : Silo (science-fiction), Persilès (roman d’aventure à l’ancienne), Bonjour tristesse (roman d’ado et d’initiation). À quoi j’accroche ? L’ordre dans lequel ils se sont présentés à mon esprit : ce monde postapocalyptique où les humains sont coincés dans un silo sans rien savoir du monde extérieur a quelque chose de fascinant, on se demande pourquoi ils sont là et pourquoi ils y restent, jusqu’à ce qu’une nettoyeuse enfin sorte sans nettoyer et j’en suis là, au milieu du livre, à me poser mille questions ; ces récits imbriqués, histoires d’amour et de vengeances, de naufrages et de barbarie nordique, on s’y perd, on ne sait pas trop qui est qui, qu’est-ce qui est l’histoire principale qu’est-ce qui est le récit dans le récit, tant d’aventures ont lieu qu’on en est étourdi comme un Don Quichotte écrasé contre un moulin ; cette jeune fille, son père, les deux maîtresses du père, le jeune homme avec qui elle flirte, il paraît que cela fit scandale, mais je m’y ennuie ferme (le roman est court, on ira jusqu’au bout, on trouvera un angle pour lui retrouver de l’intérêt).

Ce que j’ai vu

Toujours Les 100 : il n’y a sur la terre qu’une seule vallée encore vivable et la guerre la menace (encore du postapocalyptique, le monde d’après, comme on disait) et ce témoignage des juifs de gauche, eux aussi coincés dans une guerre qui détruit tout, et confrontés à un dilemme cornélien : être avec Israël et cautionner ainsi un système d’apartheid et peut-être un génocide ; être avec les Palestinien et cautionner ainsi les terroristes du Hamas et les massacres qu’eux aussi ont perpétrés. Un mot reste tabou, dans Les 100 et dans la réalité : le mot paix.

Ce que j’ai entendu

Le cd d’une tournée au Québec voilà plus de vingt ans (2003 : qu’est-ce que je me sens vieux soudain) et ma voix qui déclame que je suis un gars ben ordinaire (cette voix, elle me plaît, il faudrait que je la réveille).

Ce que j’ai fait

Ce projet de chansons, toujours, qui restent coincées dans un cahier (comme dans celle qui s’appelle Journal intime, dont la fin ne me convainc pas) : le rêve qu’en 2003 je réalisais un peu, il serait temps de le prendre à bras le corps.

Journal du 16 au 19 mai 2024

Ce que j’ai lu

Terminé les Nouvelles exemplaires de Cervantes en me demandant en quoi celles-ci sont exemplaires. Quels exemples donnent-elles ? Le temps ayant passé sur elles, sans doute l’exemple qu’elles cherchaient à montrer ne colle plus ; on n’épouse plus des laveuses de vaisselle qui s’avèrent par miracle grandes dames, on ne se bat plus dans les rues à l’épée, les chiens ne parlent plus dans la langue des philosophes (c’est le contraire désormais : les philosophes aboient, la caravane passe). Pas d’exemple donc dans ces Nouvelles exemplaires. On ne lit pas (du moins je ne lis pas) pour puiser des leçons de vie (d’où mon ennui à la lecture de ce bouquin, Traité de morale pour triompher des emmerdes, trouvé dans un grenier, plus poussiéreux que Cervantes).

Ce que j’ai vu

Toujours Les 100 : naissance et épreuve de la barbarie. Que s’est-il passé dans ce bunker pour que… Que se passerait-il si nous devions passer plusieurs années confinés… L’épreuve récente a été trop courte pour aboutir à la barbarie. Mais ce n’est sans doute que partie remise.

Ce que j’ai entendu

Ce que j’aime, dans ces entretiens À voix nue, c’est précisément la nudité de la voix. Quelqu’un a des choses à dire et on les lui laisse dire, on lui laisse raconter sa vie ou ce qu’il veut de sa vie, on le relance sans agressivité, on découvre une femme, on découvre un homme, on le regarde différemment quand on le connaissait déjà, à l’instar de Salman Rushdie, l’écrivain qu’on résume à la fatwa et qui, malgré l’horreur vécue, raconte sa vie avec humour, son enfance à Bombay au temps béni où cette ville ouverte s’appelait encore Bombay, puis l’écriture. Il y a eu aussi Sebastião Salgado, un photographe dont je n’ai pas encore vu les photos (comme si l’entendre les décrire suffisait, l’imagination les reconstituant comme on les rêve), et François Molins, procureur des attentats de 2015, au service d’une justice toujours à défendre.

Ce que j’ai fait

Toujours cette impression de ne rien faire alors qu’on s’agite dans tous les sens. Cette chanson sur l’intelligence artificielle, le problème, c’est que je ne sais pas comment la terminer, par un bug sans doute, le grand collapse, celui qui mène à des histoires comme celle des 100. Erreur 404.

Journal du 9 au 15 mai 2024

Accélération de la vie. On oublie d’écrire. On a l’impression d’une charge supplémentaire. On n’a pas envie. Mais on se force, parce que sinon ça fait comme si tout s’envolait. Irrémédiablement.

Ce que j’ai lu

L’Espagne de Cervantes, romanesque à souhait, vibrante de passion, optimiste, aventureuse, et la dentelle de Damien Murith, lectures en antithèse ou en miroir, pile et face de la fiction, ce que cela ouvre et ce que cela ferme, le geste infime (la main qui touche le violoncelle, si loin de mes doigts de la clarinettiste) et les grandes amours contrariées qui toujours se terminent bien (on essaie d’y croire, on peine un peu). Et aussi : des notes, des romans à peine esquissés dans les carnets de Flaubert. Le rêve que sont devenus ces romans-fantômes, la tentation de les écrire, s’il nous revenait l’envie d’écrire.

Ce que j’ai vu

Souvent, les gens regardent les séries d’une traite, ils accrochent et au bout d’une semaine ils ont avalé les dix saisons. Voilà combien de temps que je suis dans Les 100 ? Janvier. À quelle saison en suis-je ? Aucune idée. Il y a 100 épisodes et il y a des jours sans Les 100. Est-ce pour cela que j’ai l’impression que ça traine en longueur ? Je ne dois pas être adapté au format série (mais des films, j’en regarde encore moins).

Ce que j’ai entendu

Des marches fanfaronnes dans la tête et dans les pattes (San Carlo planté dans ciboulot) mais aussi des voix qui racontent des hommes et des femmes, ces voix nues qui tentent de dire une vie, Serge Hercberg, Renzo Piano, Lilian Thuram, Laure Adler, Sylvie Bermann, Laurent Mauvignier et, impressionnante entre toutes, Robert Badinter tentant de dire la mort décrétée par la loi d’un homme, avant l’aube, le grand drap noir, l’urgence de tout faire pour que cela cesse, l’impuissance puis l’action. On écoute et on se tait. Certains hommes ont vraiment changé le monde.

Ce que j’ai fait

De la musique, toujours, plus que jamais, en mode giron, c’est-à-dire gilet côté spritz pour certes enfin affronter devant jury Dynamic Ouverture (bien maîtrisée malgré quelques problèmes de justesse et d’équilibre, parce qu’à trois clarinettes face à une armada de basses et de trombones qu’est-ce que vous voulez faire ?) mais surtout pour — c’est le mot qui s’impose — fanfaronner sur les copeaux et s’emplir un peu trop, mais jamais assez, de boissons qui rendent joyeux (au début). Un week-end fatigant mais qui régénère (et cette joie de constater que s’estompe un peu la folie Marignan).

Journal du 5 au 6 mai 2024

Ce que j’ai lu

Deux Nouvelles exemplaires de Cervantes : La petite gitane et L’amant libéral. Qu’entend-il par exemplaires ? Doit-on prendre en exemple cette gitane et cet amant ? Leurs aventures rocambolesques sont pourtant bien éloignées de notre quotidien. Nous ne sommes ni sur les routes d’Espagne ni esclaves des Turcs sur l’île de Chypre et surtout ces histoires de fascinations amoureuses qui transcendent toute réalité, on les lit avec un scepticisme de vieux garçon qui se garde bien de se laisser happer par des Précieuse, des Léonise ou des Dulcinée dès le premier regard au point de devenir soi-même gitan ou esclave. Il y a néanmoins une fraicheur, une naïveté et un sens de l’aventure dans ces nouvelles que nous lisons non pas finalement comme des exemples mais comme des contes dont peu importe la morale.

Ce que j’ai vu

Toujours Les 100. La planète devenue inhabitable, l’espoir que la technologie nous sauve et la déception quand on s’aperçoit que les progrès mirifiques de la science ne peuvent tirer d’embarras que quelques privilégiés qu’il s’agit de choisir en évitant qu’eux-mêmes s’entretuent. Un conte dont la morale importe.

Ce que j’ai entendu

Un humoriste de gauche viré pour antisémitisme à l’heure où la parole d’extrême droite a pignon sur rue, qu’est-ce que ça raconte de notre monde ? Guillaume Meurice, que pourtant la justice a blanchi, n’a pas le droit d’insulter un facho comme Netanyahu alors que se pavanent partout les Le Pen et autres Zemmour, qu’est-ce que ça insinue dans la tête des gens ? Assurément de la confusion (par exemple sur le sens du mot antisémitisme), peut-être pire.

Ce que j’ai fait

Cette chanson sur l’IA, j’y insère bien des grossièretés, mais ce n’est pas vraiment une chanson sur l’IA, c’est une chanson sur le fatras numérique, le grand tout et n’importe quoi des réseaux, la dématérialisation de la vie. On ouvre certes des espaces sur Internet où l’intelligence tente de supplanter la bêtise mais la bêtise détient la force du nombre et c’est bien là le problème : intelligence artificielle mais connerie naturelle.

Journal du 30 avril au 2 mai 2024

Ce que j’ai lu

Michel Desmurget, La fabrique du crétin digital : écrivant ici, est-ce que j’y participe ? Osons espérer que non. La démonstration est pourtant convaincante : les écrans envahissent nos vies et ce n’est pas pour notre bien. Ce n’est surtout pas, selon Desmurget, pour le bien des digital natives, parce que malheureusement ce n’est pas sur ce blog qu’ils tombent, et que les écrans empêchent, à l’âge où c’est crucial (avant six ans, martèle-t-il, tout écran est à proscrire), l’interaction avec d’autres humains. Après, ça continue de nuire, ça entrave l’apprentissage de la langue et la réussite scolaire, ça favorise le tabagisme, l’alcoolisme, l’obésité et la dépression. Alors que faire ? Tout couper ? Sans doute pas, mais continuer à lire des livres en vrai, et en parler ici dans le but de donner envie aux accros de l’écran de parfois y échapper, à ces satanés écrans.

Ce que j’ai vu

Les séries, c’est du temps d’écran néfaste, si j’en crois Michel Desmurget. Les 100 n’échappe pas à la règle : violence à outrance et corps humains monstrueux (femmes anorexiques sauf de la poitrine et hommes aux torses de taureau qu’on ne croise que dans les salles de sport, et encore, une petite piquouze est bien souvent nécessaire pour gonfler de la sorte). Pourtant, je continue à consommer cette série et à y trouver mon compte (histoire de dopamine sans doute mais peut-être aussi allégorie de notre monde).

Ce que j’ai entendu

Very good trip : de la musique rock ou actuelle, histoire de ne pas être trop largué, même si j’oublie à mesure le nom des groupes (sauf Nirvana qui me ramène à mon adolescence : c’était la musique que mes copains écoutaient, mais pas moi) (trop décadent pour le sage môme que j’étais) (pourtant le désespoir de Kurt Cobain, son mal de vivre, ça aurait pu me parler) (sauf que je n’y pigeais rien, à ce romantisme-là).

Ce que j’ai fait

Cette chanson sur l’intelligence artificielle, je l’aimerais très bête mais pas trop cliché, tout en en étant bourrée, de clichés. Quadrature du cercle. Il ne s’agit pas de mettre le livre de Desmurget en musique mais pas non plus de faire l’apologie de ChatGPT (à qui je pourrais faire écrire un couplet, mais je crains que l’intelligence artificielle ne comprenne pas la consigne sois le plus con possible).