Journal du 21 au 24 juillet 2024

Ce que j’ai lu

Allongé sur la terrasse, au soleil, en vacances, je lis le numéro d’été du magasine L’Histoire, La violence et la guerre. On peine à comprendre l’humanité quand tout va bien, qu’il fait beau et qu’on s’entend avec ses voisins, on lit avec sidération toutes les horreurs dont nous sommes capables, on dresse des listes macabres. Tout commence au paléolithique, puis César tue un million de Gaulois, puis il s’agit, à l’autre bout du monde, des Samouraïs qui coupent des têtes à tout va, puis de l’annihilation de Magdebourg pendant la guerre de Trente ans, puis des guerres coloniales, où tout est permis, puis de la brutalisation de la Première Guerre mondiale, puis des Einsatzgruppen qui tuent du juif comme du gibier à la chasse, puis des mères hutus qui tuent leurs propres enfants nés de père tutsi, puis … (la liste est à la fois arbitraire, incomplète et interminable). Et ça continue. Et on est là, sur sa chaise longue, et on fait comme si de rien n’était.

Ce que j’ai vu

La guerre, encore et toujours : Gaza devenu enfer. Et la fin de la série Les 100, avec ce problème insoluble : faut-il sauver l’humanité ou la détruire ? est-elle digne de transcender ? Est-elle capable de cesser de se battre ? Ne révélons pas le dénouement, mais l’humanité, pour s’autodétruire, est fortiche.

Ce que j’ai entendu

Dans Le cours de l’histoire, il est question d’esclavage, parce quand on ne s’entretue pas on se domine les uns les autres, voilà ce que nous sommes (cette chronique devient terriblement déprimante, ne l’alourdissons pas plus).

Ce que j’ai fait

Je n’ai tué ni mis en esclavage personne, c’est déjà pas mal. J’ai écrit un peu, j’ai chanté cette chanson blues délirante que je viens de commettre, j’ai assemblé pour la première fois mes textes de l’atelier. Bref, je n’ai certes pas fait grand-chose mais ça me rassure : on peut vivre heureux sans sombrer dans la violence.

Olivier Peru : Médicis

Découvrir ou redécouvrir la famille Médicis par la bande dessinée, voilà peut-être un moyen de rendre cette histoire un peu moins complexe et encore plus palpitante.

Publiée entre 2016 et 2018 aux éditions Soleil, cette série de bandes dessinées dont les scénarios sont d’Olivier Peru et les dessins et couleurs de divers auteurs, présente les destins de cinq membres majeurs de la famille Médicis de Florence, Cosme l’Ancien (de la boue au marbre), Laurent le Magnifique (de père en fils), Jules (de l’or à la croix), Cosme 1er (des miettes au festin) et Isabelle (du baiser au poignard).

Grèves

Deux livres à la fois (trois ou quatre en général) et ces fils tissés par hasard. Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, ce chapitre intitulé “L’autre guerre civile”, ce monde du travail qui, au milieu du dix-neuvième siècle, se réveille, ces émeutes, ces grèves, ces inégalités qui explosent (pourquoi si peu de grèves aujourd’hui?), ces cordonniers, ces femmes, ces mineurs, et en même temps relire Germinal, ce début qu’on pourrait citer de mémoire ici : “Dans la plaine rase, entre Marchiennes et Montsou, un homme…” (je crois qu’il y a la nuit aussi, et la route, les champs de betterave, le vent de mars, des feux, cet homme qui crache noir, le Voreux, c’est le nom du monstre, Étienne ne se doute pas encore de ce qui l’attend). Zinn, Zola, même combat? (Don Quichotte et les moulins à vent, combats perdus d’avance).

Ce dessin, trouvé sur un site dont je ne parviens pas même à savoir dans quelle langue il est écrit, représente la grève des cordonniers de Lynn, en Nouvelle-Angleterre, en 1860.

Émile Zola, Germinal (la vraie première phrase)

“Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoile, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betterave.”