Notes d’écoute : l’horreur de Gaza

Palestine : non-assistance à peuple en danger (Pascal Boniface)

Ministre : les gens vont partir volontairement de Gaza (parce qu’on bombarde tout le temps). On parle d’annexion de la Cisjordanie. Liban aussi : cessez-le-feu violé + Syrie : on grignote du terrain sur le Golan. Netanyahou : sentiment de toute-puissance à catastrophe annoncée : de + en + de massacres à Gaza ; non-assistance à peuple en danger ; nous serons comptables devant l’Histoire d’avoir laisser faire cela. La communauté internationale va-t-elle réagir ? Personne ne pourra dire : nous ne savions pas.

Et pourtant, ils le diront, puisqu’ils disent n’importe quoi et que la réalité n’existe pas pour eux, alors massacrer un peuple entier, il ne faut pas exagérer, c’est juste qu’ils n’ont pas profité du deal. Au fond, c’est leur faute. Le cynisme règne en maître. Les voleurs piqués en flagrant délit se révoltent contre le démantèlement de l’État de droit, les violeurs s’insurgent contre leurs victimes, les assassins ne tuent que des terroristes, que ce soit des gamins n’y change rien, il n’y pas d’âge pour être un terroriste, c’est une question de sécurité nationale, pas question d’empathie pour ces gens-là. Ou plutôt : ayez de l’empathie pour nous, voleurs, violeurs, assassins, mais surtout pas pour ceux (celles surtout) qu’on vole, qu’on viole et qu’on assassine.

Journal du 17 au 20 septembre 2024

Ce que j’ai lu

Parfois l’homme, parfois la femme. Y a-t-il aujourd’hui une crise de la masculinité ? Francis Dupuis-Déri fait à ce sujet l’autopsie d’un mythe tenace en montrant qu’il y a toujours eu des discours de crise à propos de la masculinité et qu’une crise par définition n’est pas permanente. Quant à la masculinité, qu’est-ce donc que cela ? Des valeurs telles que l’héroïsme, la force, la violence, l’autoritarisme et l’accaparation du pouvoir sont remises en cause ? Certes, mais cela signifie-t-il pour autant que l’homme est menacé par des féminazies hystériques et que ce sont les femmes qui désormais dominent le monde ? On en est loin. Les hommes continuent de dominer et les valeurs à la con qu’on dit masculines continuent à faire des ravages, les boucheries héroïques (merci Voltaire pour cette parfaite définition de la guerre) continuent à faire rage et ce sont des hommes qui les ordonnent (tout en restant bien au chaud chez eux, les héros sont toujours les pigeons que les lâches qui gouvernent envoient se faire massacrer à leur place). Parfois l’homme, c’est aussi un beau livre de Sébastien Bailly, qui explore les multiples parcours que peut rencontrer un homme, ses nombreuses vies possibles, bien plus diverses que ne le laissent penser ceux qui ne voient dans l’homme qu’un brutal animal forcé à se défendre face au moindre empiétement sur ce qu’il croit être pour toujours son territoire réservé.

Ce que j’ai vu et entendu

Des hommes parfois se rebiffent quand d’autres hommes s’enfoncent dans la haine aveugle. J’écoute Didier Fassin à propos de Gaza et de ce qu’il appelle une étrange défaite, celle des Occidentaux qui font tout pour relativiser les crimes commis par l’Etat d’Israël, soutenu, affirment certains, de manière inconditionnelle, c’est-à-dire en fermant les yeux sur le nettoyage ethnique en cours (trouver les bons mots pour dire ce qu’il se passe est essentiel, nettoyage ethnique est peut-être faux, génocide je ne sais pas, Didier Fassin a parlé très vite de risque de génocide et s’est fait vilipender pour cela, traité d’antisémite, puisque l’arme rhétorique la plus puissante des complice du gouvernement israélien est l’accusation d’antisémitisme qu’on distribue à toutes celles et ceux qui n’apportent pas leur soutien inconditionnel à la politique de Netanyahou).

Ce que j’ai fait

Ouverture d’un nouveau livre : 1717 2024. Les photos de 17h17 que je poste chaque jour sur Instagram, je vais les rassembler dans un livre avec face à chacune d’elles un texte de même format que la photo. Il s’agira (je n’ai écrit que le 1er janvier) d’un parcours dans l’année 2024, d’un exercice de remémoration ou d’imagination renouvelé 365 fois. J’ai aussi imprimé les textes des quinze chansons écrites sans savoir à qui les transmettre pour qu’elles ne restent pas à l’état de rêve (je suis sur la scène avec un pianiste, un batteur, une clarinettiste et le public est surpris, ému, narquois ou impressionné ; dans le public il y a mes amis, c’est suffisant). J’ai aussi (on dirait que je retrouve ma créativité) enregistré une lecture commentée du premier chapitre de Derborence pour alimenter bientôt ce compte Patreon que je lance timidement et y accueillir mes premiers abonnés. L’exercice est grisant. On plonge dans un livre en apnée, on est dans le concret des mots qui créent un monde, ces deux hommes autour d’un feu de bois, la menace de l’écroulement, ce « on » qui les regarde, une miniature qui prend soudain des dimensions cosmiques.

Journal du 21 au 24 juillet 2024

Ce que j’ai lu

Allongé sur la terrasse, au soleil, en vacances, je lis le numéro d’été du magasine L’Histoire, La violence et la guerre. On peine à comprendre l’humanité quand tout va bien, qu’il fait beau et qu’on s’entend avec ses voisins, on lit avec sidération toutes les horreurs dont nous sommes capables, on dresse des listes macabres. Tout commence au paléolithique, puis César tue un million de Gaulois, puis il s’agit, à l’autre bout du monde, des Samouraïs qui coupent des têtes à tout va, puis de l’annihilation de Magdebourg pendant la guerre de Trente ans, puis des guerres coloniales, où tout est permis, puis de la brutalisation de la Première Guerre mondiale, puis des Einsatzgruppen qui tuent du juif comme du gibier à la chasse, puis des mères hutus qui tuent leurs propres enfants nés de père tutsi, puis … (la liste est à la fois arbitraire, incomplète et interminable). Et ça continue. Et on est là, sur sa chaise longue, et on fait comme si de rien n’était.

Ce que j’ai vu

La guerre, encore et toujours : Gaza devenu enfer. Et la fin de la série Les 100, avec ce problème insoluble : faut-il sauver l’humanité ou la détruire ? est-elle digne de transcender ? Est-elle capable de cesser de se battre ? Ne révélons pas le dénouement, mais l’humanité, pour s’autodétruire, est fortiche.

Ce que j’ai entendu

Dans Le cours de l’histoire, il est question d’esclavage, parce quand on ne s’entretue pas on se domine les uns les autres, voilà ce que nous sommes (cette chronique devient terriblement déprimante, ne l’alourdissons pas plus).

Ce que j’ai fait

Je n’ai tué ni mis en esclavage personne, c’est déjà pas mal. J’ai écrit un peu, j’ai chanté cette chanson blues délirante que je viens de commettre, j’ai assemblé pour la première fois mes textes de l’atelier. Bref, je n’ai certes pas fait grand-chose mais ça me rassure : on peut vivre heureux sans sombrer dans la violence.