Journal du 31 octobre au 1er novembre 2024

Ce que j’ai lu

Tout est bien qui finit bien pour la dame du manoir (les fins heureuses, qui y croit encore ?) et Thérèse, dans Derborence, ne sait pas si son mari vit encore. Pour l’une, c’est la mort du mari qui la libère, pour l’autre c’est sa vie. Il est (ça rassure) des maris plus à la hauteur que d’autres. Dans Apostat, bande dessinée où il est question de l’empereur Julien, les maris qui gênent, on les empoisonne. La vie était plus simple en ce temps-là (et je vais rester encore un peu célibataire).

Ce que j’ai vu et entendu

Les fausses confidences de Marivaux, à Équilibre : la comédie du dix-huitième moins foncièrement comique que la comédie du dix-septième. Marivaux complique Molière, rend l’intrigue plus psychologique, joue dangereusement avec les sentiments de ses personnages, même si on reste loin des perversités et des tortures du dix-neuvième anglais des sœurs Brontë. La pièce est un long malentendu qui bien sûr se résout par un mariage qui ne fâche plus que la belle-mère (les fins heureuses, décidément, ça existe pour de vrai ?).

Ce que j’ai fait

Comme souvent, j’ai pensé à ce que je pourrais faire plus que je n’ai fait ce que je devrais faire. La difficulté, c’est surtout de ne pas garder au-dedans de moi ce qui mijote (ces chansons, par exemple, dont je ne sais pas quoi faire tant qu’elles n’appartiennent qu’à moi).

Journal du 22 au 23 octobre 2024

Ce que j’ai lu

Bouquins que l’on referme, bouquins qu’on n’a pas encore tout à fait ouverts (on lit la préface, on a hâte d’entrer pour de bon dans le livre, à l’instar de ce manoir dont je n’ai pas encore retenu le nom, un petit bouquin à la tranche dorée trouvé dans une cabine, avec une dame dans ce manoir, un petit bouquin de six cents pages d’une des trois sœurs dont je découvre l’existence du frère dans la préface, les sœurs Brontë, Anne, je crois, la plus sage, dit-on, avant de préciser que le bouquin avait fait scandale en son temps).

Ce que j’ai vu et entendu

Des contenus entièrement conçus par l’IA, voilà ce que l’on trouve si l’on cherche sur YouTube des infos sur le stoïcisme, contenus qui n’ont en général rien à voir avec cette philosophie que d’aucuns (masculinistes bodybuildés en mal de justification à la leur brutalité indifférente) mettent en avant pour se faire, avouent-ils, un pognon de dingue. Mais Monsieur Phi veille au grain et ce qu’il dévoile est vertigineux : des milliers de chaînes avec le même contenu absurde et les mêmes images pourries. Il y a de quoi perdre son sang froid mais mieux vaut rester stoïque.

Ce que j’ai fait

Lire Derborence en commentant ce que je lis, un plaisir que je m’offre, mais écrire aussi et me donner un rôle : le professeur Vincenzo Francescolino fait son grand retour. Et aussi : me durcir le bout des doigts à la guitare (je peine terriblement). Sinon ? Me rendre compte que les vacances, ça avance bien trop vite.

Journal du 17 au 20 septembre 2024

Ce que j’ai lu

Parfois l’homme, parfois la femme. Y a-t-il aujourd’hui une crise de la masculinité ? Francis Dupuis-Déri fait à ce sujet l’autopsie d’un mythe tenace en montrant qu’il y a toujours eu des discours de crise à propos de la masculinité et qu’une crise par définition n’est pas permanente. Quant à la masculinité, qu’est-ce donc que cela ? Des valeurs telles que l’héroïsme, la force, la violence, l’autoritarisme et l’accaparation du pouvoir sont remises en cause ? Certes, mais cela signifie-t-il pour autant que l’homme est menacé par des féminazies hystériques et que ce sont les femmes qui désormais dominent le monde ? On en est loin. Les hommes continuent de dominer et les valeurs à la con qu’on dit masculines continuent à faire des ravages, les boucheries héroïques (merci Voltaire pour cette parfaite définition de la guerre) continuent à faire rage et ce sont des hommes qui les ordonnent (tout en restant bien au chaud chez eux, les héros sont toujours les pigeons que les lâches qui gouvernent envoient se faire massacrer à leur place). Parfois l’homme, c’est aussi un beau livre de Sébastien Bailly, qui explore les multiples parcours que peut rencontrer un homme, ses nombreuses vies possibles, bien plus diverses que ne le laissent penser ceux qui ne voient dans l’homme qu’un brutal animal forcé à se défendre face au moindre empiétement sur ce qu’il croit être pour toujours son territoire réservé.

Ce que j’ai vu et entendu

Des hommes parfois se rebiffent quand d’autres hommes s’enfoncent dans la haine aveugle. J’écoute Didier Fassin à propos de Gaza et de ce qu’il appelle une étrange défaite, celle des Occidentaux qui font tout pour relativiser les crimes commis par l’Etat d’Israël, soutenu, affirment certains, de manière inconditionnelle, c’est-à-dire en fermant les yeux sur le nettoyage ethnique en cours (trouver les bons mots pour dire ce qu’il se passe est essentiel, nettoyage ethnique est peut-être faux, génocide je ne sais pas, Didier Fassin a parlé très vite de risque de génocide et s’est fait vilipender pour cela, traité d’antisémite, puisque l’arme rhétorique la plus puissante des complice du gouvernement israélien est l’accusation d’antisémitisme qu’on distribue à toutes celles et ceux qui n’apportent pas leur soutien inconditionnel à la politique de Netanyahou).

Ce que j’ai fait

Ouverture d’un nouveau livre : 1717 2024. Les photos de 17h17 que je poste chaque jour sur Instagram, je vais les rassembler dans un livre avec face à chacune d’elles un texte de même format que la photo. Il s’agira (je n’ai écrit que le 1er janvier) d’un parcours dans l’année 2024, d’un exercice de remémoration ou d’imagination renouvelé 365 fois. J’ai aussi imprimé les textes des quinze chansons écrites sans savoir à qui les transmettre pour qu’elles ne restent pas à l’état de rêve (je suis sur la scène avec un pianiste, un batteur, une clarinettiste et le public est surpris, ému, narquois ou impressionné ; dans le public il y a mes amis, c’est suffisant). J’ai aussi (on dirait que je retrouve ma créativité) enregistré une lecture commentée du premier chapitre de Derborence pour alimenter bientôt ce compte Patreon que je lance timidement et y accueillir mes premiers abonnés. L’exercice est grisant. On plonge dans un livre en apnée, on est dans le concret des mots qui créent un monde, ces deux hommes autour d’un feu de bois, la menace de l’écroulement, ce « on » qui les regarde, une miniature qui prend soudain des dimensions cosmiques.