Journal du 31 octobre au 1er novembre 2024

Ce que j’ai lu

Tout est bien qui finit bien pour la dame du manoir (les fins heureuses, qui y croit encore ?) et Thérèse, dans Derborence, ne sait pas si son mari vit encore. Pour l’une, c’est la mort du mari qui la libère, pour l’autre c’est sa vie. Il est (ça rassure) des maris plus à la hauteur que d’autres. Dans Apostat, bande dessinée où il est question de l’empereur Julien, les maris qui gênent, on les empoisonne. La vie était plus simple en ce temps-là (et je vais rester encore un peu célibataire).

Ce que j’ai vu et entendu

Les fausses confidences de Marivaux, à Équilibre : la comédie du dix-huitième moins foncièrement comique que la comédie du dix-septième. Marivaux complique Molière, rend l’intrigue plus psychologique, joue dangereusement avec les sentiments de ses personnages, même si on reste loin des perversités et des tortures du dix-neuvième anglais des sœurs Brontë. La pièce est un long malentendu qui bien sûr se résout par un mariage qui ne fâche plus que la belle-mère (les fins heureuses, décidément, ça existe pour de vrai ?).

Ce que j’ai fait

Comme souvent, j’ai pensé à ce que je pourrais faire plus que je n’ai fait ce que je devrais faire. La difficulté, c’est surtout de ne pas garder au-dedans de moi ce qui mijote (ces chansons, par exemple, dont je ne sais pas quoi faire tant qu’elles n’appartiennent qu’à moi).

Pierre de Larivey : Les Esprits

Dans la Pléiade consacrée à Albert Camus en 1962 par les éditions Gallimard, on tombe sur une obscure pièce de théâtre du seizième siècle, Les Esprits de Pierre de Larivey, publiée en 1579 et que Camus adapte en 1940. Entre temps, un certain Molière a dû lire cette histoire d’avare.

Journal du 7 au 12 janvier 2024

Ce que j’ai lu

Tous azimuts, toujours, avec beaucoup de David Lodge, L’auteur ! L’auteur !, Henry James et le théâtre, cette partie centrale du livre autour de cette pièce, Guy Domville, les points de vue multiples sur la première, l’auteur qui fuit, le compte à rebours, triomphe ou débâcle ? On lit ceci comme si on était Henry James, comme si sa pièce, c’était la nôtre, alors quand le couperet tombe… puis le roman devient mélancolique, les amis meurent, l’auteur vieillit, et on lit d’autres histoires, des récits de voyage de Philippe Rahmy, les aventures orientales d’un captif qui pourraient bien s’appeler Miguel de Cervantès, un étrange objet qui ne cesse de grandir.

Ce que j’ai vu

Une nouvelle série, Les 100, le retour sur la terre de cent jeunes (des ados, plus ou moins, de jeunes adultes, avec tout ce que cela comporte de clichés, de coucheries, de niaiseries, de corps parfaits, mais aussi un côté Sa majesté des mouches, une société à reconstruire dans un univers hostile, vide de prime abord, mais…). D’autres réflexions sur le pouvoir, des conférences autour des prophéties impériales au Moyen-Âge, des images glaçantes sur la menace fasciste qui augmente, des gens (ceux-là, celles-là, si précieux dans un tel contexte) qui parlent de livre, Azélie Fayolle, Bruno Lalonde.

Ce que j’ai entendu

Marie-Paule Belle, chanteuse hors du temps, charmeuse hors pair, le plaisir de l’entendre parler, chanter, rire. François Morel, de vieilles archives d’interviews ratées, C’est mieux que rien, ce talent, cette tendresse, ce rire, aussi, François Morel. Et Callas, et George Clinton, ce titre, Open your mind… and your ass will follow, à méditer, tant le cul, ça se passe dans la tête (et la tête dans le cul, sous LSD, George Clinton, en ce temps-là).

Ce que j’ai fait

Plein de choses, pas grand-chose. Créateur éparpillé. Des vidéos, des notes, de la musique, mais la technique, mon point faible c’est la technique, je devrais m’acharner plus, moins papillonner, et des chansons aussi, Les filles de la piscine, ça s’appelle, le nageur myope (piège de la rime, n’y point tomber), et enseigner, lancer des salons littéraires, rendre Molière lisible (la langue de Molière, disons-le, est une langue morte, plus personne ne la comprend). Toujours pas d’écriture au long cours.