Au cœur des livres : François-René de Chateaubriand – Mémoires d’outre-tombe (3)

Prendre un livre dans ma bibliothèque, l’ouvrir au milieu, le lire à haute voix, ajouter une musique de fond puis dessiner ce que cela m’inspire, voilà comment j’essaie d’entrer au cœur des livres. Voilà ce que cela peut donner :

Texte : François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Tome 3 (1849), Librairie Générale Française, 1973

Musique : Georg Friedrich Händel, cinquième mouvement Menuet du Concerto grosso n°9 Fa Majeur, Op. 6/9, HWV 327, par The English Concert, sous la direction de Trevor Pinnock.

Illustration : Vincent Francey

Journal de lecture : 2026, semaine 40

Dans ce quarantième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:25 Patricia Highsmith, La rançon du chien

8:13 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

13:20 Nathalie Sarraute, L’Usage de la parole

20:48 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

24:22 Corbeyran & Bordier, Elfes 4. L’Élu des semi-Elfes

26:32 Hadrien & Ma Yi, Elfes 5. La Dynastie des Elfes noirs

28:48 Italo Calvino, Le Vicomte pourfendu

35:00 Emmanuel Carrère, Kolkhoze


Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, passage en revue des positions politiques en métropole : renaissance de l’extrême-droite (dont un certain J.-M. Le Pen) et confusion partout ailleurs.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien ; où Clarence logera-t-il ? Telle semble être l’obsession de tout le monde (et le meurtre qu’il a commis ?).

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, l’étau se resserre autour de Clarence et sa petite amie n’en peut plus. J’attends le drame final, qui ne peut que survenir, mais comment ? Nouveau meurtre ? Arrestation ? Suicide ?

Sur le fauteuil jaune, la guerre d’Algérie se transforme en crise institutionnelle : les gouvernements se succèdent, les militaires désobéissent, le général de Gaulle joue les divas puis, sans que personne sache vraiment ses intentions sur l’Algérie, se laisse octroyer les pleins pouvoirs tout en jurant ne pas vouloir commencer à 67 ans une carrière de dictateur…

Sur la terrasse, Histoire de la guerre d’Algérie, le général de Gaulle tergiverse ; personne ne sait ce qu’il pense ; il temporise, il dit « je vous ai compris » mais personne ne comprend ce qu’il veut dire en disant cela.

Sur le fauteuil jaune, avec Steevie Wonder, Elfes 4. L’élu des semi-Elfes, « tout a commencé par du sang », une exécution, un prophète à la tête tranchée qui annonce l’élu, un peuple esclave qui se libère, puis des légendes, des trahisons, la guerre (les semi-Elfes sont aussi humains).

Sur le fauteuil jaune, Elfes 5, La Dynastie des Elfes noirs, une histoire sombre, celle d’un Elfe bleu choisi pour devenir un assassin, un Elfe noir, maudit, cruel, sans merci, presque une bête sauvage, s’il survit (ce qui est pire que mourir).

Au lit, La rançon du chien, Clarence est chassé de chez Ed, qui se dit que loger un assassin n’est pas prudent, puis un nouvel interrogatoire a lieu. Clarence ne craque pas. Pas encore. Arrivent Ed, Marylin, d’autres témoins. La tension monte. La fin approche. Quelle fin ?

Dans le train, entre Corcelles-Sud et Palézieux-Village, La rançon du chien. Les voilà qui frappent Clarence, qu’ils appellent ses « amis » au milieu de la nuit, qu’ils font tout pour le faire avouer. Tout est raconté du point de vue de Clarence, qui est certain de ne pas craquer. Le lecteur est plus dubitatif.

Dans le train, entre Palézieux-Gare et Châtillens, terminé La rançon du chien. Ça se termine mal, bien sûr, mais de manière malgré tout surprenante (et il y a quelque chose de pourri dans la police de New York).

Dans le train, entre Châtillens et Cousset, commencé Le Vicomte pourfendu d’Italo Calvino, conte qu’on dirait voltairien teinté de fantastique : un militaire coupé en deux qui survit, son retour au pays où les poires et les champignons aussi sont coupés en deux (il le faut pour la poire, dit-on) (et pourquoi le Vicomte donne-t-il à son neveu un panier de demi-champignons vénéneux ?).

Sur la terrasse, La guerre d’Algérie s’enlise. Le général de Gaulle penche de plus en plus, sans le dire, vers l’indépendance, et les militaires poursuivent ce qu’ils appellent la pacification. Côté algérien, entre les politiques et les militaires, c’est tendu aussi, mais des deux côtés il semble, en 1959, que les politiques reprennent la main.

Sur la terrasse, Paul-Louis Courier ne veut pas payer pour qu’on installe à Chambord, tout près de chez lui, le duc de Bordeaux, un bébé qui aurait plus besoin d’une école que d’une cour que Courier dépeint comme corruptrice de la jeunesse, dépravée, fainéante, à admirer seulement à bonne distance.

Sur le fauteuil jaune, dans l’Histoire de la guerre d’Algérie, me voilà au grand tournant, celui où se pose la question de l’autodétermination, c’est-à-dire véritablement de l’indépendance et où de Gaulle doit rappeler aux militaires qu’il est leur chef.

Sur le fauteuil jaune, dans L’Usage de la parole, Nathalie Sarraute décortique « Et pourquoi pas » : « Des mots qui ont ce pouvoir de se glisser sous un argument de poids, une objection écrasante, de la soulever, de la faire voltiger, insaisissable, inconsistante, et celui qui l’a avancée, pour la rattraper se tend, s’étire, bondit… »

Sur le fauteuil jaune, cette phrase terrible, reprise par Sarraute, qui ne lui prête pas l’oreille mais la lui donne : « Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. »

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, L’Usage de la parole, ou quand des mots qui flottent dans l’air retiennent soudain l’attention, changent tout, le mot amour, le mot esthétique qui gâche tout ou ce « mon petit » qui nous a échappé. « Hé bien quoi, c’est un dingue. » se dit-on et Nathalie Sarraute nous prend aux mots.

Au lit, Paul-Louis Courier se retrouve au tribunal pour avoir dépeint la cour sous un mauvais jour. Comment s’en défend-il ? En écrivant que le gouvernement l’accuse « d’offense à la morale publique, pour avoir écrit un discours contre la débauche. »

Dans le train Cousset-Fribourg, Le Vicomte pourfendu : c’est la mauvaise moitié du Vicomte qui est revenue, celle qui condamne à tout va (pour le grand plaisir du charpentier en potences).

Dans le train Fribourg-Cousset, Le Vicomte pourfendu, où le narrateur joue les Candide et où le Vicomte mauvaise moitié cherche à piéger les huguenots puis tombe amoureux (et arrache donc la moitié des pétales des fleurs).

Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie s’emballe. Le général de Gaulle parle d’autodétermination et les Français d’Algérie, qui se sentent abandonnés, commencent à se préparer à l’insurrection. Quant à l’armée, elle est de plus en plus divisée.

Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, « Ne me parlez pas de ça », une expérience psychologique fictive, 2 groupes, ceux qui peuvent dire cette phrase et ceux qui ne le peuvent pas, mais pourquoi ? Petit à petit, les groupes se mélangent.

Au lit, Courier relate son procès et accuse son accusateur de ne pas savoir discourir convenablement. Le style manque et tout est dépeuplé.

Dans le train Cousset-Fribourg, Le Vicomte pourfendu, ambiance à la Tim Burton (ça donnerait quoi en film ou en dessin animé ? cela existe peut-être), amours impossibles d’un monstre et d’une bergère, balade au milieu des lépreux, tout cela raconté avec légèreté.

Dans le train Fribourg-Cousset, Le Vicomte pourfendu soudain se met à faire le bien, à soigner les malades, à aider les pauvres. Que lui arrive-t-il ? C’est que l’autre moitié, la bonne, est de retour. À quand l’affrontement des deux Vicomtes ?

Au lit, suite des Pamphlets de Courier et de son procès où le discours d’un certain Jean Broë se trouve détruit par l’auteur tant il n’a rien compris aux propos incriminés.

Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie, au début de l’année 1960 : insurrection des défenseurs de l’Algérie française (l’armée hésite à les soutenir) puis tentatives de négociations qui rapprochent toujours plus les Algériens de l’autodétermination.

Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, presque la fin, cette idée qui nous échappe dans le discours de l’autre et l’impossibilité de dire « je ne comprends pas » (on l’a tous vécu).

Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, « je ne comprends pas » (on a la tentation de dire cela quand on lit Sarraute, mais c’est plus compréhensible qu’il ça en a l’air).

Sur le fauteuil jaune, commencé Kolkhoze d’Emmanuel Carrère par l’enterrement de sa mère académicienne, la pompe républicaine, la plume de Macron, qui ne transpire jamais.

Dans le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie : le général de Gaulle évoque enfin l’indépendance ; colère chez les Français d’Algérie, violence aussi ; le FNL, de son côté, commence à organiser son futur gouvernement.

Au lit, dans le procès intenté à Courier, parole à la défense : on l’accuse d’attenter à la morale publique, mais personne ne définit ce qu’est la morale publique…

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, « Une guerre qui s’éternise », l’économie qui s’enlise malgré un plan ambitieux, l’opinion qui se lasse, des procès qui permettent aux opposants à la guerre de se faire entendre et côté Algérie française création de l’OAS.

Relire Victor Hugo, Les Misérables : La prudence conseillée à la sagesse

Prendre un livre jadis aimé et le relire à haute voix tout en m’arrêtant de temps en temps pour dire que cette lecture m’inspire, voilà ce que je me propose dans cette série de vidéos.

Voici le deuxième chapitre La prudence conseillée à la sagesse  du deuxième livre La chute de la première partie Fantine du roman Les Misérables de Victor Hugo, publié en 1862.

Au cœur des livres : François-René de Chateaubriand – Mémoires d’outre-tombe (2)

Prendre un livre dans ma bibliothèque, l’ouvrir au milieu, le lire à haute voix, ajouter une musique de fond puis dessiner ce que cela m’inspire, voilà comment j’essaie d’entrer au cœur des livres. Voilà ce que cela peut donner :

Texte : François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Tome 2 (1849), Librairie Générale Française, 1973.

Musique : Béla Bartók, premier mouvement Moderato de la Suite de danses Sz.77, par l’Orchestre national philharmonique de Hongrie, sous la direction de Zoltán Kocsis.

Illustration : Vincent Francey

Journal de lecture : 2026, semaine 39

Dans ce trente-neuvième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

0:49 Alix Cléo Roubaud, Journal

7:45 Patricia Highsmith, La rançon du chien

12:35 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

17:28 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques


Sur la terrasse, terminé le Journal d’Alix Cléo Roubaud, « assister, incrédule, au temps ». Il est question d’une maladie dont elle guérira, et sur la dernière elle est assise, pensive, alors que Jacques, au lit, lit le journal.

Sur la terrasse, deux lettres particulières de Paul-Louis Courier, où il raconte comment fut accueilli Benjamin Constant (bien par le peuple, mal par les nobles) : « Ils lui demandaient raison. Je vois bien, leur dit-il, que c’est ce qui vous manque » ; il raconte aussi les « élections » où il obtint 4 voix.

Sur le fauteuil jaune, deux textes sur la photographie en appendice au Journal d’Alix Cléo Roubaud : « Toute photographie est un souvenir […] Les seules vraies photographies sont les photographies d’enfance […] La photographie, c’est le vol. »

Sur la terrasse, Histoire de la guerre d’Algérie, on exproprie, on exproprie, on exproprie.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, la mécanique avance inéluctablement : la petite amie se barre, le coupable est relâché, tout va de mal en pis.

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, où la perversité du Rowajinski se déploie non plus du côté des possesseurs du chien mais du flic, qu’il attaque par son point faible : sa petite amie.

Dans le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie ; après avoir affirmé que « la politique d’assimilation fut en fait une politique de soumission », le chapitre 2 décrit la rupture des grands équilibres coloniaux dans la première moitié du vingtième siècle et la naissance de mouvements nationalistes, parfois très modérés, issus de la maigre élite musulmane (Ferhat Abbas), parfois nettement plus engagés, autour de Messali Hadj.

Sur le fauteuil jaune, « L’Algérie en 1954 », pays où les inégalités explosent entre colons et indigènes et où les nationalistes ont deux possibilités : l’action légale ou l’insurrection. Le problème : l’action légale, on a beau essayer, ça ne marche pas, le peuple s’appauvrit et la révolte gronde.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, le flic pète les plombs, il menace physiquement le kidnappeur de chien, qui en profite pour se remettre aux lettres anonymes. Ça risque de mal finir…

Sur le fauteuil jaune, la guerre d’Algérie est déclenchée par l’insurrection du 1er novembre 1954, assez désordonnée mais suscitant une réaction sans pitié des autorités françaises qui arrêtent à tout va des gens qui n’ont rien à voir avec les attentats (le ministre de l’Intérieur, un certain Français Mitterrand, ne fait pas de quartiers).

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, ce policier, Clarence, on aimerait avoir de la sympathie pour lui, mais il accumule les bourdes. Tout le monde le lâche. Autre impression désagréable : le racisme latent. On appelle le méchant le Polonais et quand un viol a lieu, l’auteur est noir et Clarence (ou l’autrice ?) déclare : « Dommage que New York ait été envahi de Noirs et de Porto-Ricains plutôt que de représentants d’une race plus évoluée qui auraient peut-être amélioré la situation. »

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, où cette fois il y a mort d’homme (il a fallu 230 pages…) et où ne sait plus qui sont les bons et qui sont les méchants.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, gouvernement Coustelle, d’abord ouvert à la discussion puis laissant de plus en plus le champ libre à la répression (au août 1955, ça pète à nouveau).

Dans le train, entre Cousset et Belfaux, La rançon du chien, cette fois ça tourne au roman policier classique sauf que le flic n’est pas tout à fait innocent.

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, l’étau se resserre, le monde s’écroule, mais Clarence fait comme si tout pouvait s’arranger.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, Clarence peine à se rendre compte qu’il est devenu un meurtrier et que ça pourrait choquer les gens.

Sur la terrasse du Café du Midi, La rançon du chien, on s’invite entre gens de la bonne société et l’on cause du meurtre commis par l’un des invités (malaise…).

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, tout se précipite puis on fait comme si. Soudain, Clarence se rend compte de son crime.

Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie semble stagner, mais les forces politiques indigènes se rapprochent et optent pour l’indépendance pendant qu’en métropole on mobilise les troupes.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, en 1956, on négocie, on complote, on s’enlise, la discorde règne au sein du gouvernement Guy Mollet mais aussi du FLN, et en plus, la crise s’internationaliste, avec Suez, où la France perd le peu de crédit international qui lui restait.

Sur le fauteuil jaune, la guerre d’Algérie, en 1956-57, devient un sujet international, le FLN trouvant des alliés un peu partout. La France continue la répression, ce qui n’empêche pas ses ennemis de se réunir en congrès et d’y prôner la collégialité (théorique).

Sur la terrasse, la bataille d’Alger fait rage ; le FLN en sort vaincu, mais l’armée française n’en sort pas grandie.

Sur la terrasse, Histoire de la guerre d’Algérie, chapitre 3, « Les réalités d’une guerre », la torture, bien sûr, mais aussi l’économie (à la baisse) et les quelques sympathisants français au FLN.

Relire Victor Hugo, Les Misérables : Le soir d’un jour de marche

Prendre un livre jadis aimé et le relire à haute voix tout en m’arrêtant de temps en temps pour dire que cette lecture m’inspire, voilà ce que je me propose dans cette série de vidéos.

Voici le premier chapitre Le soir d’un jour de marche  du deuxième livre La chute de la première partie Fantine du roman Les Misérables de Victor Hugo, publié en 1862.

Au cœur des livres : François-René de Chateaubriand – Mémoires d’outre-tombe (1)

Prendre un livre dans ma bibliothèque, l’ouvrir au milieu, le lire à haute voix, ajouter une musique de fond puis dessiner ce que cela m’inspire, voilà comment j’essaie d’entrer au cœur des livres. Voilà ce que cela peut donner :

Texte : François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Tome 1 (1849), Librairie Générale Française, 1973

Musique : Ludwig van Beethoven, Écossaise pour musique militaire en ré majeur, WoO 22, par le Berlin Philharmonic Wind Ensemble.

Illustration : Vincent Francey

Journal de lecture : 2026, semaine 38

Dans ce trente-huitième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

0:47 Alexandre Correa, En pierre

5:52 Alix Cléo Roubaud, Journal

11:10 Patricia Highsmith, La rançon du chien

14:45 Jean-Claude Carrière, La paix

19:39 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

22:12 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

25:30 Nathalie Sarraute, L’Usage de la parole

29:08 Peru & Bileau, Elfes 3. Elfe blanc, cœur noir

Sur la terrasse, des deux dernières lettres de Courier au Censeur, pour dénoncer la censure (la dernière ne fut pas publiée) (c’est que l’ironie, ces messieurs du ventre ne l’apprécient guère) (le ventre, en politique, c’est le centre).

Au lit, Elfes, 3. Elfe blanc, cœur noir, les mépris des Elfes pour les hommes : « Les hommes ne sont pas des êtres de lumière. Ils écrivent leur vie dans les ténèbres. » Cela commence ainsi puis deux Elfes blancs pistent un dragon, blanc lui aussi, un être des temps très anciens. Mais le destin vient rattraper les Elfes s’ils font trop confiance aux hommes (on ne s’en méfie jamais assez, des hommes).

Sur le fauteuil jaune, en attendant les invités de la Bénichon, La paix, Chapitre 20, Cedant arma, soudain on tombe l’arme, un oncle est mort, on l’oublie (cette voix dehors, c’est une onde, bien vivant) (les invités commencent à arriver), joie de la paix, enfin.

Au lit, une lettre de Courier où il cherche à prouver qu’il habite à son domicile et qu’il a donc le droit de voter (les tracas administratifs ne sont pas une nouveauté).

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, ou quand la vie nous rattrape (AVC, burn-out, enfance envolée).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre, Salvatore vieillit et il rencontre l’enfant qu’il était (et est resté), il rencontre aussi une certaine Camille, puis une ellipse ; tout le monde est vieux désormais (et bien sûr le lecteur se sent mélancolique, ça me fait le coup à chaque fois).

Sur la terrasse, La paix, qu’ils reposent en paix, dit-on aux morts, tout en craignant les flammes de l’Enfer, une paix dont ils ne pourront jamais jouir ; et « la paix des braves », ça existe ? L’auteur raconte sa guerre d’Algérie (qu’on disait ne pas être une guerre) et cette paix dite des braves (dont on ne sait pas qui ils désignent) qui n’était pas vraiment une paix.

Sur le fauteuil jaune, La paix, impossible sans égalité et sans attention aux autres (dans les cinémas américains, on applaudit à chaque meurtre dans Le Parrain), impossible non plus sans se vaincre soi-même en comprenant que toute victoire est une défaite. Quant à la paix des étoiles, elle semble hélas elle aussi impossible.

Sur le fauteuil jaune, La paix, chez soi, à l’intérieur, qu’on me foute la paix, mais être en paix avec soi-même ne peut s’atteindre qu’après un long combat. Une guerre ?

Commencé au lit L’Usage de la parole de Nathalie Sarraute, Ich sterbe, dit Tchekhov en mourant, il dit qu’il meurt mais il ne le dit pas dans sa langue : « Ich sterbe… Vous m’entendez ? Je suis arrivé tout au bout… Je suis tout au bord… Ici où je suis est le point extrême… C’est ici qu’est le lieu. » (1980, année de l’autre bord, pour moi, année de ma naissance) (Sarraute a 80 ans). Puis « À très bientôt » quand deux amis se quittent, belle méditation sur l’amitié (ce mot, méditation, Sarraute en aurait fait quoi ?).

Terminé dans le train Cousset-Fribourg, sous les cris des enfants, En pierre, où Salvatore vieux sculpte. Le monde et lui sont reliés par ces statues, ces moaïs qui permettent au livre de se clore poétiquement (dans les bribes finales, est-il question de vie ou de mort ? peu importe, les enfants dans le train partent à l’aventure, suivons-les.)

Dans le train, entre Lutry et Cousset, La rançon du chien, le kidnapping d’un chien (dognapping ?), la police de New York s’en fiche (elle a d’autres chats à fouetter) sauf un flic, jeune, idéaliste, qui ne sait pas dans quel guêpier il met les pieds (devine-t-on).

Terminé sur la terrasse La paix, chapitre 29, « Sans fin ? » (la guerre ou la paix) (on ne la trouve jamais vraiment, la paix) (ici, sur cette terrasse, une paix rien que pour moi, loin des fracas du monde).

Sur la terrasse, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, photos d’elle-même et de Jacques, son double dans le miroir, pensées sur la mort, sur l’amour : « Que nous soyons la chambre noire l’un de l’autre. »

Sur la terrasse, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, on entre dans l’intimité d’une femme par les mots, les photos, le flou, les langues superposées (l’anglais, le français), on ne sait pas si on a le droit d’être là.

Sur le fauteuil jaune, le Journal ; Alix sent la mort en elle, elle écrit qu’elle mérite la mort, elle avale des médicaments, ne sait pas pourquoi elle a fait ça, trouve belle la lumière, écrit à Jacques Roubaud « À très bientôt » (comme Nathalie Sarraute, la même année, celle de ma naissance).

Sur le fauteuil jaune, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, journal d’insomnie, d’alcool, d’amour, de photographie, de poésie (si je lis cela, c’est parce qu’elle est morte et que l’homme qu’elle aimait lui a survécu) (il est désormais mort lui aussi) (à très bientôt).

Commencé au lit L’Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962 de Bernard Droz et Evelyne Lever, un livre déjà ancien (1991 pour la version révisée) sur une histoire encore chaude. Cela commence par la colonisation, dont les horreurs ne sont qu’évoquées.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, on entre dans l’esprit du criminel, qui prend du plaisir à faire peur à ceux qu’il croit riches.

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, l’enquête semble facile, le corbeau avoue du premier coup puis réclame du fric, mais mon petit doigt me dit que ça risque de déraper.

Sur le fauteuil jaune, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, tantôt en anglais, tantôt en français, « la photographie est vraiment une forme de silence », puis le verbe penser, noter sans s’arrêter tout ce qui le suit (il y aurait ici pour moi aussi matière à écrire).

Au lit, La rançon du chien, le jeune flic n’est pas très doué, semble-t-il, et le kidnappeur de chien non plus (ce sont des amateurs tous les deux, ai-je l’impression).

Dans le train Cousset-Fribourg, aller-retour, La rançon du chien où petit à petit le malaise s’installe. Le flic a foiré. Il va voir ses parents. Sa mère lui donne l’ordre d’aller au lit. Policier, ce n’est peut-être pour lui…

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, où on commence à voir que la police de New Yoork n’est pas au-dessus de tout soupçon (et que les criminels le savent et en jouent) (je regarde en ce moment la série Person of Interest, où c’est bien pire) (mais le bouquin est loin d’être terminé).

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, Clarence (le flic) voit insidieusement à cause d’une affaire assez anodine les fondements de sa vie s’effondrer (sa copine, son boulot) (cela tombe sans coup férir mais la mécanique ne va pas s’arrêter, sans doute).

Sur le fauteuil jaune, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, cette fragilité mise à nu, l’alcool (elle semble cesser), la photographie (elle cesse aussi) et des mots étalés sur la page qui cèdent la place au blanc.

Sur le fauteuil jaune, Alix Cléo Roubaud tente de mettre des mots et des photographies sur un mal de vivre qui s’entête. Elle passe soudain du je au elle (son double en photo ?), se trouve grosse (la photo dit le contraire), lit elle aussi Patricia Highsmith, se dit « sensible à l’extrême à ces histoires de culpabilité. »

Sur le fauteuil jaune, Alix Cléo Roubaud tente à nouveau de se suicider (« on aimerait tant qu’un suicide soit un meurtre ») puis ses photos, Si quelque chose noir où les humains sont des ombres. Elle se remet de ses malheurs mais tout autour les hommes meurent (Jean Eustache, Georges Perec).

Relire Victor Hugo, Les Misérables : Ce qu’il pensait

Prendre un livre jadis aimé et le relire à haute voix tout en m’arrêtant de temps en temps pour dire que cette lecture m’inspire, voilà ce que je me propose dans cette série de vidéos.

Voici le quatorzième chapitre Ce qu’il pensait du premier livre Un juste de la première partie Fantine du roman Les Misérables de Victor Hugo, publié en 1862.

Au coeur des livres : Senancour – Obermann

Prendre un livre dans ma bibliothèque, l’ouvrir au milieu, le lire à haute voix, ajouter une musique de fond puis dessiner ce que cela m’inspire, voilà comment j’essaie d’entrer au cœur des livres. Voilà ce que cela peut donner :

Texte : Senancour, Obermann (1804), Gallimard, 1984.

Musique : Manuel de Falla, Nana, par Martin Fröst & le Royal Stockholm Philharmonic Orchestra.

Illustration : Vincent Francey