Journal de lecture : 2026, semaine 42

Dans ce quarante-deuxième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:32 Emmanuel Carrère, Kolkhoze

10:07 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

15:40 Cédric Durand, Techno-féodalisme, Critique de l’économie numérique

23:25 Bret Easton Ellis, American Psycho

27:15 Eugène Ionesco, Présent passé Passé présent

33:41 Chanouga, Narcisse

36:30 San-Antonio, Entre la vie et la morgue

41:13 Raymond Queneau, Exercices de style


Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze : la vérité, obsession de l’auteur. Qui de sa mère ou de son oncle, menteur invétéré, dit la vérité ?

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, encore un paradoxe du « nouvel esprit du capitalisme » qui prétendait libérer le travail (chez Google, séances de yoga, restos gratuits, team-building et compagnie) et qui accentue le contrôle, l’intensité du travail et le malaise des travailleurs bientôt en burn-out.

Au lit, Courier écrit de son village et n’en démord pas : les autorités en prennent pour leur grade (vive le peuple, vive les soldats, à qui il ne faut pas trop parler sous le regard des gendarmes). Puis il se fait chasser pour avoir déplu au maire, qui avait giflé le curé puis piétiné l’herbe de Courier.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, où évoquer la mère, c’est tenter de réhabiliter Brasillach et où les Russes blancs ont l’illusion d’être à nouveau bienvenus en Russie (au goulag).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, la famille paternelle, nettement moins exotique que la maternelle, musiciens bordelais qui s’entre-détestent. Le père s’y arrête peu, fasciné qu’il devient par les aristocrates russes de sa belle-famille où la bonne, tout aussi pauvre que l’oncle Paul et la tant Natacha, « avant de se mettre à table avec ses maîtres sur une toile cirée, devant des assiettes dépareillées et ébréchées […] annonçait : « Madame la comtesse est servie ! » ».

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme : le succès de la Silicon Valey n’a été possible que parce que d’autres territoires n’ont pas eu le même succès et que parce que les inégalités ont explosé à l’intérieur même du territoire.

Au lit, Courier se prend pour le roi. Il écrit à son cousin, le roi d’Espagne, pour lui expliquer comment avoir un parlement à sa botte, tout en méprisant le peuple et en gagnant beaucoup d’argent. Il évoque aussi le marquis qui a été élu face à lui, non par le peuple mais par les ministres. À Paris, il s’indigne qu’on puisse croire que le Livret de Paul-Louis, vigneron soit de lui (la prison se rapproche).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme et Händel. D’autres mythes de l’idéologie californienne s’effondrent : l’innovation ne crée pas la croissance ; l’État doit jouer un rôle stratégique et non pas les laisser les marchés décider (c’est l’erreur commise par l’Europe).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, la mère de l’auteur fréquente Maurice Bardèche, devenu fasciste après la guerre, cela semble un milieu agréable mais le fils en est marqué. Son ami Olivier a des parents qui fréquentent Roman Gary.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, mort de Nathalie, la grand-mère, qui n’a pas, répète Hélène, le cancer (et qui pourtant en meurt).

Sur le fauteuil jaune, fond rock (Nirvana, AC/DC, Rolling Stones), Techno-féodalisme : « Reféodalisation de la sphère publique », c’est-à-dire affaiblissement de la démocratie, transformation des citoyens en consommateurs.

Sur la terrasse (nous sommes les 11octobre), terminé les Pamphlets politiques de Courier par le Pamphlet des pamphlets où ses accusateurs lui reprochent d’écrire des volumes trop courts (un seul feuillet) et donc empoisonnés. Bien sûr ils ne les lisent pas, ces pamphlets, ils savent que cela peut être dangereux. C’est en Amérique qu’on lit des pamphlets, un pays terrible où tout le monde sait lire (tout le monde libre, bien sûr).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, entre snobisme et misère, les parents entrent dans la vie active. Hélène s’intéresse à son pays d’origine (un seul des deux, la Russie), son mari invente des particules aux nobles qui n’en ont pas besoin.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Techno-féodalisme ou comment les entreprises de la tech ont besoin de nos données pour se développer. Non seulement elles nous surveillent mais elles font tout pour modifier nos comportements afin que ceux-ci correspondent à leur intérêt.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, récit d’un voyage de la mère en Asie centrale, où un pilote afghan veut l’enlever, puis séjour à Moscou pendant qu’un bébé l’attend à Paris. Retour : on fait kolkhoze (on dort tous dans le même lit, la mère, le fils, les deux sœurs).

Au lit, Kolkhoze, enfance de l’auteur, récits rocambolesques de sa mère invoquant le Shah d’Iran pour manger du foie de veau ou des singes échappés d’un château qui enlèvent les enfants. Sa mère écrit des livres savants par un polyglotte qui enseigne l’éthiopien liturgique et trouve mai 68 du plus haut comique.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, la mère adorée, celle qui lit avec lui Dostoïevski et s’inquiète de son souffle au cœur, devient plus distante, a de longues conversations au téléphone avec un certain M.N., relègue le père dans la chambre du fond et le fils se retrouve devant le psychanalyste pendant 30 ans.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze et la figure écrasante de la mère, d’abord pour le père puis pour le fils, qui lui préfère ce frère saltimbanque mais s’inscrit quand même à Sciences Po et va jusqu’à passer chez Pivot avec elle.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, « La gloire de ma mère », académicienne, amie des chefs d’État (de Boris Eltsine en particulier) et le fils à l’arrêt, cherchant Dracula dans la Roumanie d’après Ceausescu, écrivant la biographie de Philip K. Dick, se perdant dans le récit d’un assassinat.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, la question de Big-data et de l’IA (pas encore de LLM en 2020, ça change quoi ?) : « L’individu est ainsi simultanément augmenté de la puissance du social restituée par les algorithmes et diminué dans son autonomie par les modes de restitution. Ce double mouvement est une domination, car la capture institutionnelle est organisée par des firmes qui poursuivent des fils qui leur sont propres, sans rapport avec celles que pourraient se donner les communautés affectées. »

Au lit, Kolkhoze, où on est indulgent avec Poutine, mafieux certes, mais qui met de l’ordre et de l’ambition dans le cœur des Russes (aveuglement de la mère et du fils). La cousine Salomé, elle, tient tête à Sergeï Lavrov. Elle devient présidente de la Géorgie.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, confinement, le père fait un « petit AVC », la mère, toujours aussi dure dans sa façon d’aimer, dit : « Mon petit garçon (j’avais soixante-deux ans), tu risque peut-être de tuer ton père si tu viens, mais tu es certain de tuer ta mère si tu ne viens plus. » Le fils part quand même.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Techno-féodalisme ou comment « les plateformes sont en train de devenir des fiefs », avec l’exemple d’Uber qui rend ses utilisateurs (ou ses salariés ?) dépendants, puis « automatiser le contrôle social », avec l’exemple de la Chine qui récompense ou punit ses citoyens en fonction d’un score calculé par des machines.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, 24 février 2022, attaque de l’Ukraine, l’auteur se précipite… en Russie. Sa mère, quant à elle, n’y comprend rien. Elle croyait Poutine raisonnable.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze ; l’auteur se rend enfin en Géorgie. Sa cousine est présidente. Elle essaie de résister à Poutine, qui entraine avec lui le peuple russe.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, l’auteur se rend en Ukraine, rencontre des combattants, tente de sauver la culture russe (sans succès) et repart faire des canulars sur une plage grecque (il sait sa chance).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, agonie de la mère, toujours dans la dignité, ne jamais montrer qu’on souffre, rester une grande dame jusqu’au bout.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, on s’approche de la fin, c’est-à-dire de la mort, MDM (mort de maman), soins palliatifs avenue Émile-Zola, l’auteur attend dans une brasserie, le Germinal. Je m’y suis arrêté aussi, y ai bu une bière, sans savoir (partout sur l’avenue, il y a, me souviens-je, des boutiques de pompes funèbres).

Sur le fauteuil jaune, en reggae, terminé Kolkhoze où la famille fait une dernière fois kolkhoze au chevet de la mère mourante, qui fait le job jusqu’au bout. Seul absent : le père, le mari (elle l’a exclu), qui lui survit 147 jours. Elle a été l’héroïne de ce livre, il en a été, en secret, l’auteur.

Sur le fauteuil jaune, American psycho, le narrateur veut donner un dollar à une clocharde, ce n’en est pas vraiment une (la bonté tape à côté, pas la méchanceté).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, « Les rentiers de l’intangible » : ce qui crée l’essor des intangibles (codes informatiques…), c’est la division du travail, sa dispersion à travers le monde.

Au lit, Techno-féodalisme, partie assez technique pour montrer que ce qui rapporte, ce sont les données qu’on possède : « L’essor du numérique nourrit une gigantesque économie de rente, non pas parce que l’information serait la nouvelle source de valeur, mais parce que le contrôle de l’information et de la connaissance, c’est-à-dire la monopolisation intellectuelle, est devenu le plus puissant moyen de capter la valeur. » Certes de petites entreprises vont pouvoir émerger grâce aux données qu’elles exploitent mais où sont-elles, ces données ? dans le cloud, qui appartient à … Google, Amazon, etc.

Dans le train Cousset-Thoune, American psycho, scène de cul pathétique puis retour à la normale, on s’engueule sur le caractère cassant des pizzas. Le collègue a l’argument qui tue : Donald Trump les a aimées, ces pizzas.

Dans le train Thoune-Cousset, American psycho, de plus en plus ignoble : Bateman trucide un clochard après l’avoir torturé puis au chapitre suivant, comme si de rien n’était, disserte sur Genesis et Peter Gabriel.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, retour au féodalisme médiéval, à la fois domination et protection, régulées par la violence (la guerre).

Sur le fauteuil jaune, Narcisse de Chanouga : un gamin rêve de grand large. Il sera servi, vogue vers l’Australie, mais le bateau fait naufrage (comme toujours dans les BD marines) et notre mousse se retrouve seul au milieu de la jungle.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, passage par le Moyen-Âge pour définir le féodalisme, où les travailleurs ne possèdent que leurs outils de production (comme les chauffeurs Uber possède leur taxi) pour revenir à notre époque qui peut-être est déjà sortie du capitalisme.

Terminé, sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, où ce qui domine, c’est la prédation : « L’essor du numérique bouleverse les rapports concurrentiels au profit de relations de dépendance, ce qui dérègle la mécanique d’ensemble et tend à faire prévaloir la prédation sur le produit ». Tout cela est publié en 2020. L’essor des LLM semble accentuer la donne (qu’en pense l’auteur aujourd’hui ?) (le techno-féodalisme s’est-il amplifié ou s’agit-il d’autre chose ?).

Sur le fauteuil jaune, commencé Passé présent d’Eugène Ionesco, fragments d’enfance, souvenirs vagues, le père qu’on traite de con (à raison), le petit frère mort, la mère au bord du suicide, des couleurs, des gestes, un désespoir déjà en germe et les souvenirs qui irrémédiablement s’estompent.

Sur le fauteuil jaune, commencé le San-Antonio des vacances, Entre la vie et la morgue (1959), ou le narrateur aimerait bien se taper une femme à lunettes. Ça tombe bien mais problème : elle tombe du train (on la pousse bien sûr, mais qui ?).

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, revoilà Pinaud et Mathias, l’un qui fait de l’artériosclérose, l’autre qui reconnaît immédiatement la fille sur la photo (cadavre à lunettes désormais)

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue ; l’enquête semble piétiner, Béru bouffe une choucroute (c’est pas beau à voir), un sourdingue produit un portrait-robot, le vieux s’impatiente et Pinuche a un coup de génie.

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, festival de calembours (Béru va jusqu’à évoquer Chermoche-Holcaisse, le célèbre détective) puis virée en boîte de nuit (passons sur la pute métisse qui déclenche maintes blagues racistes du plus mauvais goût).

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, ça s’accélère, on retrouve un suspect qui ne se laisse pas faire, Béru valdingue, Pinaud se pintole, le méchant se suicide, le vieux risque de se fâcher.

Commencé sur le fauteuil jaune, avec Haydn, la relecture des Exercices de style de Raymond Queneau dont on ne se lasse pas (en Pléiade, on a en plus le contexte, ce qui offre une plus-value). Mention spéciale pour les homéotéleutes : « Une hule aprule, devant la gule Saint-Lazule, je l’aperçule… »

Sur le fauteuil jaune, avec Bach, quelques Exercices de style variés et ce sentiment de ne pas lire la même histoire alors que si.

Sur le fauteuil jaune, avec Dolly Parton, Exercices de style, délicieusement datés, tantôt pastiches, tantôt exercices oulipiens, jeux de lettres et de l’être.

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, le mystère s’épaissit puis commence à se résoudre, de manière rocambolesque à souhait, des chauve-souris manipulées foutent le feu à des bâtiments et bien sûr le vieux, dont personne n’ignore la calvitie, se marre : « Il m’écoute attentivement, puis l’homme chauve sourit malicieusement. »

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, on se rapproche du dénouement. Le pauvre Pinuche se fait renverser par une bagnole. Béru est ivre mort. Le suspect (un voyou surnommé le Méhariste) crève empoisonné. Il reste 10 pages et tout va mal mais ça s’arrangera à coup sûr.

Relire Victor Hugo, Les Misérables : Détails sur les fromageries de Pontarlier

Prendre un livre jadis aimé et le relire à haute voix tout en m’arrêtant de temps en temps pour dire que cette lecture m’inspire, voilà ce que je me propose dans cette série de vidéos.

Voici le quatrième chapitre Détails sur les fromageries de Pontarlier du deuxième livre La chute de la première partie Fantine du roman Les Misérables de Victor Hugo, publié en 1862.

Au coeur des livres – François-René de Chateaubriand : Atala

Prendre un livre dans ma bibliothèque, l’ouvrir au milieu, le lire à haute voix, puis lui trouver une illustration musicale et picturale, voilà ce que ça peut donner :

Texte : François-René de Chateaubriand, Atala (1801), dans Atala, René, Les Aventures du dernier Abencérage, Flammarion, 1996.

Musique : Ludwig van Beethoven, sixième mouvement Adagio quasi un poco Andante du Quatuor à cordes n°14 en do dièse mineur, op. 131, par l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Leonard Bernstein.

Illustration : Caspar David Friedrich, Le matin (1821-22).

Journal de lecture : 2026, semaine 41

Dans ce quarante-et-unième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:01 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

6:11 Italo Calvino, Le Vicomte pourfendu

11:22 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

15:04 Emmanuel Carrère, Kolkhoze

22:12 Bret Easton Ellis, American Psycho

27:44 Cédric Durand, Techno-féodalisme, Critique de l’économie numérique


Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, focus sur l’armée française, la torture systématique, les haut-gradés prêts à désobéir, pendant que les conscrits se fatiguent d’une guerre qu’ils ne comprennent pas, surtout l’idée de pacification par la force ; début du chapitre « Vers l’indépendance » où les négociations avancent mais où quelques généraux complotent.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, putsch des généraux qui échoue mais radicalise les Français d’Algérie qui se jettent dans les bras de l’OAS, multipliant les attentats terroristes pendant que le FLN lui aussi poursuit le combat. On commence pourtant, du côté d’Évian, à négocier sérieusement.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, après les accords d’Évian, l’OAS fait régner la terreur, les pieds noirs s’enfuient et on se bat entre Algériens. La paix ? Elle naît dans la douleur.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Paul-Louis Courier tente toujours de se défendre de tout outrage à la morale publique, écrivant un discours qu’il ne prononça jamais mais qui l’innocente absolument, prouvant que c’est au nom de la morale qu’il parle et que ses accusateurs disent exactement le contraire de ce qu’il dit pour l’en accuser (Clément Viktorovitch aurait parlé de logocratie, puisque c’est l’État qui accuse et condamne Courier).

Sur le fauteuil jaune, terminé l’Histoire de la guerre d’Algérie, dont le bilan chiffré n’est pas établi mais dont l’impact a été (et est sans doute encore) considérable.

Au lit, Pétition pour des villageois que l’on empêche de danser, 1822 : Courier ne comprend pas pourquoi on s’en prend à ceux qui travaillent, à leurs traditions, pourquoi on les force à l’oisiveté. Le problème, ce sont les jeunes prêtres zélés (ceux qui ici interdisaient, un siècle plus tard, les danses de la bénichon).

Terminé dans le train Cousset-Fribourg Le Vicomte pourfendu : double demande en mariage (acceptée) puis duel à mort entre les deux moitiés qui finit comme je n’avais imaginé (le bon étant trop bon et le mauvais trop mauvais) (morale banale).

Commencé dans le train Fribourg-Cousset American psycho de Bret Easton Ellis, « ABANDONNE TOUT ESPOIR, TOI QUI PENETRE ICI », voilà dans quel enfer ça commence, un taxi new-yorkais, une musique à coin, des clochards partout, des marques de vêtement, le bruit et la fureur (on pense au New York de Dos Passos).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze : l’auteur trouve dans le bureau de son père la généalogie de sa famille, qu’il commence à explorer, en commençant par la Géorgie et la vie du Victor Hugo géorgien, Niko Nikoladzé (si j’ai bien compris l’arrière-grand-père de l’auteur).

Sur le fauteuil jaune, American psycho, une étrange conversation autour d’un plat de sushis : quand les autres parlent popote, le narrateur détaille son programme pour réformer l’Amérique.

Sur le fauteuil jaune, commencé Techno-féodalisme, Critique de l’économie numérique de Cédric Durand (2020). Dans l’intro, ces questions : « qu’est-ce que le capitalisme et le numérique se font l’un à l’autre ? Comment recherche de profit et fluidité digitale interagissent-elles ? » Questions sur lesquelles on ne peut pas aujourd’hui faire l’impasse.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Techno-féodalisme, chapitre 1, à propos de l’idéologie de la Silicon Valley, celle de l’innovation, de la start-up, du risque, des nouvelles technologies, d’origine libertaire et utopique mais qui depuis ont glissé à droite, de plus en plus.

Au lit, Courier répond aux lettres anonymes. On lui conseille de se taire. Il invoque la Charte, la liberté de la presse, le discours officiel de son temps : vous êtes libres, parlez, écrivez. Courier dit chiche. On le jette en prison.

Sur la terrasse, Courier fait l’éloge du duc d’Orléans (il est en avance d’un régime) (les gens en avance sur leur temps, on les met en prison).

Sur le fauteuil jaune, avec la musique d’Ig Henneman, Kolkhoze, voyage dans les archives, les ancêtres géorgiens puis russes de l’auteur (dont l’un fut page d’Ivan le Terrible) raconté avec légèreté, s’arrêtant un peu du côté de Nabokov et du poignard de l’oncle Louis Coquet.

Sur la terrasse, Courier aggrave son cas. Il s’en prend au clergé, raconte l’histoire d’un certain curé Mingrat, qui tua et dépeça une jeune fille, puis pardonne aux jeunes prêtres leurs désirs parfois assouvis pour les jeunes femmes qui à confesse leur dévoilent leur intimité. Qui est fautif ? Le pape, en imposant aux prêtres le célibat (rien n’a changé).

Sur la terrasse, Kolkhoze, la famille russe, d’une Russie d’avant, qui ne comprendra pas pourquoi tous ces Vanias (les paysans, les domestiques) qu’on traite si bien leur voudront tant de mal à la Révolution.

Sur le fauteuil jaune, sur fond de piano romantique, Techno-féodalisme, années 1990, on entre dans l’ère de l’information, où les plus innovateurs l’emporteront. Réguler ? Le marché tuera les sans-idées, la concurrence fera le sale boulot, soyons disruptifs (les autres peuvent bien crever).

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho, fin de soirée où un intru drague éhontément sa petite amie peu farouche puis description de l’appartement de luxe du narrateur (des marques à n’en plus finir).

Au lit, Livret de Paul-Louis, vigneron ; parmi ces notes éparses, ceci, qui n’a hélas pas pris une ride : « La police est le plus puissant de tous les moyens pour rendre un peuple vil et lâche. »

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho ; le narrateur détaille son rituel du matin, rasage avec mille produits (il ne veut pas vieillir), étalage des appareils ménagers qui servent à préparer son petit déjeuner, rien ne nous est épargné (il ne doit pas prendre le train à la même heure que moi).

Dans le train Fribourg-Cousset, American psycho, soirée entre mecs, déferlement de propos mysogines, racistes, homophobes, et attention portée sur les vêtements (chics) et les cartes de visite (la couleur du papier, la police d’écriture), signes de hiérarchies dont on craint en permanence d’être la base et non le sommet.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, voyage dans le temps et dans l’espace, les immigrés russes et géorgiens se rencontrent dans des hôtels miteux, on y débat de Tolstoï, de Berberova, d’un temps perdu, celui d’avant la misère.

Sur le fauteuil jaune (fond rock), Techno-féodalisme, toujours les années 1990 : l’autorégulation, marotte des gens de la Silicon Valey, devient la politique officielle des USA de Clinton : ne rien faire pour réguler, voilà le rôle de l’État (qui se dessaisit lui-même de son rôle).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme ; nouvelle orthodoxie économique : la destruction créatrice (flexibilité, peu de fiscalité, brevets).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, où l’on annonce que la nouvelle orthodoxie économique repose sur des mythes et qu’elle a des effets inverses à ceux qu’elle prétend avoir.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, aporie de la start-up qui réussit et devient entreprise géante qui bouffe toutes les autres, retour donc du monopole (exemple emblématique : Google).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme : et si la destruction créatrice n’était qu’une phase brève, pas une nouvelle vérité ?

Au lit, Livret de Courier, anecdotes d’un temps disparu, quelques saillies, dont celle-ci : « Le dévouement doit être toujours un peu idiot. »

Dans le train Cousset-Fribourg (aller-retour), American psycho, étalage de vulgarité et de luxe entre traders, femmes qu’on insulte, cocaïne pas assez pure et ce nom, qu’on attendait : Donald Trump.

Au lit, dans son livret, Paul-Louis Courier s’en prend à la cour et s’oppose à la guerre qu’on projette en Espagne (guerre décidée par des princes étrangers contre le peuple).

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho, narrateur toujours plus imbu de lui-même, superficiel, ignoble avec les femmes, et cette phrase, inquiétante : « … je n’aurai pas le temps de me masturber sur cette scène où la femme se fait perforer à mort par une perceuse électrique. »

Dans le train Fribourg-Cousset, American psycho : le narrateur semble de plus en plus horrible (la scène du nettoyage à sec est terrible : il hurle sur une vieille Chinoise qui n’arrive pas à ôter le sang des draps ; mais d’où vient-il, se demande le lecteur, tout ce sang répandu) (le New-York de Bret Easton Ellis, celui des années 1990, est tout aussi glauque, mais d’une autre façon, que celui de Patricia Highsmith dans les années 1970).

Dans le fauteuil jaune, Techno-féodalisme : socialisation de la production (travail de plus en plus collectif) + accumulation du capital = re-monopolisation.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze (je dois à chaque fois prendre le bouquin pour en écrire le titre correctement) ; naissance de l’oncle Nicolas, période de la collaboration (du grand-père géorgien), querelles de famille réglées (ou pas) à coups de bouquins.

Relire Victor Hugo, Les Misérables : Héroïsme de l’obéissance passive

Prendre un livre jadis aimé et le relire à haute voix tout en m’arrêtant de temps en temps pour dire que cette lecture m’inspire, voilà ce que je me propose dans cette série de vidéos.

Voici le troisième chapitre Héroïsme de l’obéissance passive  du deuxième livre La chute de la première partie Fantine du roman Les Misérables de Victor Hugo, publié en 1862.

Au cœur des livres : François-René de Chateaubriand – Mémoires d’outre-tombe (3)

Prendre un livre dans ma bibliothèque, l’ouvrir au milieu, le lire à haute voix, ajouter une musique de fond puis dessiner ce que cela m’inspire, voilà comment j’essaie d’entrer au cœur des livres. Voilà ce que cela peut donner :

Texte : François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Tome 3 (1849), Librairie Générale Française, 1973

Musique : Georg Friedrich Händel, cinquième mouvement Menuet du Concerto grosso n°9 Fa Majeur, Op. 6/9, HWV 327, par The English Concert, sous la direction de Trevor Pinnock.

Illustration : Vincent Francey

Journal de lecture : 2026, semaine 40

Dans ce quarantième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:25 Patricia Highsmith, La rançon du chien

8:13 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

13:20 Nathalie Sarraute, L’Usage de la parole

20:48 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

24:22 Corbeyran & Bordier, Elfes 4. L’Élu des semi-Elfes

26:32 Hadrien & Ma Yi, Elfes 5. La Dynastie des Elfes noirs

28:48 Italo Calvino, Le Vicomte pourfendu

35:00 Emmanuel Carrère, Kolkhoze


Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, passage en revue des positions politiques en métropole : renaissance de l’extrême-droite (dont un certain J.-M. Le Pen) et confusion partout ailleurs.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien ; où Clarence logera-t-il ? Telle semble être l’obsession de tout le monde (et le meurtre qu’il a commis ?).

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, l’étau se resserre autour de Clarence et sa petite amie n’en peut plus. J’attends le drame final, qui ne peut que survenir, mais comment ? Nouveau meurtre ? Arrestation ? Suicide ?

Sur le fauteuil jaune, la guerre d’Algérie se transforme en crise institutionnelle : les gouvernements se succèdent, les militaires désobéissent, le général de Gaulle joue les divas puis, sans que personne sache vraiment ses intentions sur l’Algérie, se laisse octroyer les pleins pouvoirs tout en jurant ne pas vouloir commencer à 67 ans une carrière de dictateur…

Sur la terrasse, Histoire de la guerre d’Algérie, le général de Gaulle tergiverse ; personne ne sait ce qu’il pense ; il temporise, il dit « je vous ai compris » mais personne ne comprend ce qu’il veut dire en disant cela.

Sur le fauteuil jaune, avec Steevie Wonder, Elfes 4. L’élu des semi-Elfes, « tout a commencé par du sang », une exécution, un prophète à la tête tranchée qui annonce l’élu, un peuple esclave qui se libère, puis des légendes, des trahisons, la guerre (les semi-Elfes sont aussi humains).

Sur le fauteuil jaune, Elfes 5, La Dynastie des Elfes noirs, une histoire sombre, celle d’un Elfe bleu choisi pour devenir un assassin, un Elfe noir, maudit, cruel, sans merci, presque une bête sauvage, s’il survit (ce qui est pire que mourir).

Au lit, La rançon du chien, Clarence est chassé de chez Ed, qui se dit que loger un assassin n’est pas prudent, puis un nouvel interrogatoire a lieu. Clarence ne craque pas. Pas encore. Arrivent Ed, Marylin, d’autres témoins. La tension monte. La fin approche. Quelle fin ?

Dans le train, entre Corcelles-Sud et Palézieux-Village, La rançon du chien. Les voilà qui frappent Clarence, qu’ils appellent ses « amis » au milieu de la nuit, qu’ils font tout pour le faire avouer. Tout est raconté du point de vue de Clarence, qui est certain de ne pas craquer. Le lecteur est plus dubitatif.

Dans le train, entre Palézieux-Gare et Châtillens, terminé La rançon du chien. Ça se termine mal, bien sûr, mais de manière malgré tout surprenante (et il y a quelque chose de pourri dans la police de New York).

Dans le train, entre Châtillens et Cousset, commencé Le Vicomte pourfendu d’Italo Calvino, conte qu’on dirait voltairien teinté de fantastique : un militaire coupé en deux qui survit, son retour au pays où les poires et les champignons aussi sont coupés en deux (il le faut pour la poire, dit-on) (et pourquoi le Vicomte donne-t-il à son neveu un panier de demi-champignons vénéneux ?).

Sur la terrasse, La guerre d’Algérie s’enlise. Le général de Gaulle penche de plus en plus, sans le dire, vers l’indépendance, et les militaires poursuivent ce qu’ils appellent la pacification. Côté algérien, entre les politiques et les militaires, c’est tendu aussi, mais des deux côtés il semble, en 1959, que les politiques reprennent la main.

Sur la terrasse, Paul-Louis Courier ne veut pas payer pour qu’on installe à Chambord, tout près de chez lui, le duc de Bordeaux, un bébé qui aurait plus besoin d’une école que d’une cour que Courier dépeint comme corruptrice de la jeunesse, dépravée, fainéante, à admirer seulement à bonne distance.

Sur le fauteuil jaune, dans l’Histoire de la guerre d’Algérie, me voilà au grand tournant, celui où se pose la question de l’autodétermination, c’est-à-dire véritablement de l’indépendance et où de Gaulle doit rappeler aux militaires qu’il est leur chef.

Sur le fauteuil jaune, dans L’Usage de la parole, Nathalie Sarraute décortique « Et pourquoi pas » : « Des mots qui ont ce pouvoir de se glisser sous un argument de poids, une objection écrasante, de la soulever, de la faire voltiger, insaisissable, inconsistante, et celui qui l’a avancée, pour la rattraper se tend, s’étire, bondit… »

Sur le fauteuil jaune, cette phrase terrible, reprise par Sarraute, qui ne lui prête pas l’oreille mais la lui donne : « Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. »

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, L’Usage de la parole, ou quand des mots qui flottent dans l’air retiennent soudain l’attention, changent tout, le mot amour, le mot esthétique qui gâche tout ou ce « mon petit » qui nous a échappé. « Hé bien quoi, c’est un dingue. » se dit-on et Nathalie Sarraute nous prend aux mots.

Au lit, Paul-Louis Courier se retrouve au tribunal pour avoir dépeint la cour sous un mauvais jour. Comment s’en défend-il ? En écrivant que le gouvernement l’accuse « d’offense à la morale publique, pour avoir écrit un discours contre la débauche. »

Dans le train Cousset-Fribourg, Le Vicomte pourfendu : c’est la mauvaise moitié du Vicomte qui est revenue, celle qui condamne à tout va (pour le grand plaisir du charpentier en potences).

Dans le train Fribourg-Cousset, Le Vicomte pourfendu, où le narrateur joue les Candide et où le Vicomte mauvaise moitié cherche à piéger les huguenots puis tombe amoureux (et arrache donc la moitié des pétales des fleurs).

Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie s’emballe. Le général de Gaulle parle d’autodétermination et les Français d’Algérie, qui se sentent abandonnés, commencent à se préparer à l’insurrection. Quant à l’armée, elle est de plus en plus divisée.

Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, « Ne me parlez pas de ça », une expérience psychologique fictive, 2 groupes, ceux qui peuvent dire cette phrase et ceux qui ne le peuvent pas, mais pourquoi ? Petit à petit, les groupes se mélangent.

Au lit, Courier relate son procès et accuse son accusateur de ne pas savoir discourir convenablement. Le style manque et tout est dépeuplé.

Dans le train Cousset-Fribourg, Le Vicomte pourfendu, ambiance à la Tim Burton (ça donnerait quoi en film ou en dessin animé ? cela existe peut-être), amours impossibles d’un monstre et d’une bergère, balade au milieu des lépreux, tout cela raconté avec légèreté.

Dans le train Fribourg-Cousset, Le Vicomte pourfendu soudain se met à faire le bien, à soigner les malades, à aider les pauvres. Que lui arrive-t-il ? C’est que l’autre moitié, la bonne, est de retour. À quand l’affrontement des deux Vicomtes ?

Au lit, suite des Pamphlets de Courier et de son procès où le discours d’un certain Jean Broë se trouve détruit par l’auteur tant il n’a rien compris aux propos incriminés.

Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie, au début de l’année 1960 : insurrection des défenseurs de l’Algérie française (l’armée hésite à les soutenir) puis tentatives de négociations qui rapprochent toujours plus les Algériens de l’autodétermination.

Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, presque la fin, cette idée qui nous échappe dans le discours de l’autre et l’impossibilité de dire « je ne comprends pas » (on l’a tous vécu).

Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, « je ne comprends pas » (on a la tentation de dire cela quand on lit Sarraute, mais c’est plus compréhensible qu’il ça en a l’air).

Sur le fauteuil jaune, commencé Kolkhoze d’Emmanuel Carrère par l’enterrement de sa mère académicienne, la pompe républicaine, la plume de Macron, qui ne transpire jamais.

Dans le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie : le général de Gaulle évoque enfin l’indépendance ; colère chez les Français d’Algérie, violence aussi ; le FNL, de son côté, commence à organiser son futur gouvernement.

Au lit, dans le procès intenté à Courier, parole à la défense : on l’accuse d’attenter à la morale publique, mais personne ne définit ce qu’est la morale publique…

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, « Une guerre qui s’éternise », l’économie qui s’enlise malgré un plan ambitieux, l’opinion qui se lasse, des procès qui permettent aux opposants à la guerre de se faire entendre et côté Algérie française création de l’OAS.

Relire Victor Hugo, Les Misérables : La prudence conseillée à la sagesse

Prendre un livre jadis aimé et le relire à haute voix tout en m’arrêtant de temps en temps pour dire que cette lecture m’inspire, voilà ce que je me propose dans cette série de vidéos.

Voici le deuxième chapitre La prudence conseillée à la sagesse  du deuxième livre La chute de la première partie Fantine du roman Les Misérables de Victor Hugo, publié en 1862.

Au cœur des livres : François-René de Chateaubriand – Mémoires d’outre-tombe (2)

Prendre un livre dans ma bibliothèque, l’ouvrir au milieu, le lire à haute voix, ajouter une musique de fond puis dessiner ce que cela m’inspire, voilà comment j’essaie d’entrer au cœur des livres. Voilà ce que cela peut donner :

Texte : François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Tome 2 (1849), Librairie Générale Française, 1973.

Musique : Béla Bartók, premier mouvement Moderato de la Suite de danses Sz.77, par l’Orchestre national philharmonique de Hongrie, sous la direction de Zoltán Kocsis.

Illustration : Vincent Francey

Journal de lecture : 2026, semaine 39

Dans ce trente-neuvième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

0:49 Alix Cléo Roubaud, Journal

7:45 Patricia Highsmith, La rançon du chien

12:35 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

17:28 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques


Sur la terrasse, terminé le Journal d’Alix Cléo Roubaud, « assister, incrédule, au temps ». Il est question d’une maladie dont elle guérira, et sur la dernière elle est assise, pensive, alors que Jacques, au lit, lit le journal.

Sur la terrasse, deux lettres particulières de Paul-Louis Courier, où il raconte comment fut accueilli Benjamin Constant (bien par le peuple, mal par les nobles) : « Ils lui demandaient raison. Je vois bien, leur dit-il, que c’est ce qui vous manque » ; il raconte aussi les « élections » où il obtint 4 voix.

Sur le fauteuil jaune, deux textes sur la photographie en appendice au Journal d’Alix Cléo Roubaud : « Toute photographie est un souvenir […] Les seules vraies photographies sont les photographies d’enfance […] La photographie, c’est le vol. »

Sur la terrasse, Histoire de la guerre d’Algérie, on exproprie, on exproprie, on exproprie.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, la mécanique avance inéluctablement : la petite amie se barre, le coupable est relâché, tout va de mal en pis.

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, où la perversité du Rowajinski se déploie non plus du côté des possesseurs du chien mais du flic, qu’il attaque par son point faible : sa petite amie.

Dans le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie ; après avoir affirmé que « la politique d’assimilation fut en fait une politique de soumission », le chapitre 2 décrit la rupture des grands équilibres coloniaux dans la première moitié du vingtième siècle et la naissance de mouvements nationalistes, parfois très modérés, issus de la maigre élite musulmane (Ferhat Abbas), parfois nettement plus engagés, autour de Messali Hadj.

Sur le fauteuil jaune, « L’Algérie en 1954 », pays où les inégalités explosent entre colons et indigènes et où les nationalistes ont deux possibilités : l’action légale ou l’insurrection. Le problème : l’action légale, on a beau essayer, ça ne marche pas, le peuple s’appauvrit et la révolte gronde.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, le flic pète les plombs, il menace physiquement le kidnappeur de chien, qui en profite pour se remettre aux lettres anonymes. Ça risque de mal finir…

Sur le fauteuil jaune, la guerre d’Algérie est déclenchée par l’insurrection du 1er novembre 1954, assez désordonnée mais suscitant une réaction sans pitié des autorités françaises qui arrêtent à tout va des gens qui n’ont rien à voir avec les attentats (le ministre de l’Intérieur, un certain Français Mitterrand, ne fait pas de quartiers).

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, ce policier, Clarence, on aimerait avoir de la sympathie pour lui, mais il accumule les bourdes. Tout le monde le lâche. Autre impression désagréable : le racisme latent. On appelle le méchant le Polonais et quand un viol a lieu, l’auteur est noir et Clarence (ou l’autrice ?) déclare : « Dommage que New York ait été envahi de Noirs et de Porto-Ricains plutôt que de représentants d’une race plus évoluée qui auraient peut-être amélioré la situation. »

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, où cette fois il y a mort d’homme (il a fallu 230 pages…) et où ne sait plus qui sont les bons et qui sont les méchants.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, gouvernement Coustelle, d’abord ouvert à la discussion puis laissant de plus en plus le champ libre à la répression (au août 1955, ça pète à nouveau).

Dans le train, entre Cousset et Belfaux, La rançon du chien, cette fois ça tourne au roman policier classique sauf que le flic n’est pas tout à fait innocent.

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, l’étau se resserre, le monde s’écroule, mais Clarence fait comme si tout pouvait s’arranger.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, Clarence peine à se rendre compte qu’il est devenu un meurtrier et que ça pourrait choquer les gens.

Sur la terrasse du Café du Midi, La rançon du chien, on s’invite entre gens de la bonne société et l’on cause du meurtre commis par l’un des invités (malaise…).

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, tout se précipite puis on fait comme si. Soudain, Clarence se rend compte de son crime.

Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie semble stagner, mais les forces politiques indigènes se rapprochent et optent pour l’indépendance pendant qu’en métropole on mobilise les troupes.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, en 1956, on négocie, on complote, on s’enlise, la discorde règne au sein du gouvernement Guy Mollet mais aussi du FLN, et en plus, la crise s’internationaliste, avec Suez, où la France perd le peu de crédit international qui lui restait.

Sur le fauteuil jaune, la guerre d’Algérie, en 1956-57, devient un sujet international, le FLN trouvant des alliés un peu partout. La France continue la répression, ce qui n’empêche pas ses ennemis de se réunir en congrès et d’y prôner la collégialité (théorique).

Sur la terrasse, la bataille d’Alger fait rage ; le FLN en sort vaincu, mais l’armée française n’en sort pas grandie.

Sur la terrasse, Histoire de la guerre d’Algérie, chapitre 3, « Les réalités d’une guerre », la torture, bien sûr, mais aussi l’économie (à la baisse) et les quelques sympathisants français au FLN.