Accélération de la vie. On oublie d’écrire. On a l’impression d’une charge supplémentaire. On n’a pas envie. Mais on se force, parce que sinon ça fait comme si tout s’envolait. Irrémédiablement.
Ce que j’ai lu
L’Espagne de Cervantes, romanesque à souhait, vibrante de passion, optimiste, aventureuse, et la dentelle de Damien Murith, lectures en antithèse ou en miroir, pile et face de la fiction, ce que cela ouvre et ce que cela ferme, le geste infime (la main qui touche le violoncelle, si loin de mes doigts de la clarinettiste) et les grandes amours contrariées qui toujours se terminent bien (on essaie d’y croire, on peine un peu). Et aussi : des notes, des romans à peine esquissés dans les carnets de Flaubert. Le rêve que sont devenus ces romans-fantômes, la tentation de les écrire, s’il nous revenait l’envie d’écrire.
Ce que j’ai vu
Souvent, les gens regardent les séries d’une traite, ils accrochent et au bout d’une semaine ils ont avalé les dix saisons. Voilà combien de temps que je suis dans Les 100 ? Janvier. À quelle saison en suis-je ? Aucune idée. Il y a 100 épisodes et il y a des jours sans Les 100. Est-ce pour cela que j’ai l’impression que ça traine en longueur ? Je ne dois pas être adapté au format série (mais des films, j’en regarde encore moins).
Ce que j’ai entendu
Des marches fanfaronnes dans la tête et dans les pattes (San Carlo planté dans ciboulot) mais aussi des voix qui racontent des hommes et des femmes, ces voix nues qui tentent de dire une vie, Serge Hercberg, Renzo Piano, Lilian Thuram, Laure Adler, Sylvie Bermann, Laurent Mauvignier et, impressionnante entre toutes, Robert Badinter tentant de dire la mort décrétée par la loi d’un homme, avant l’aube, le grand drap noir, l’urgence de tout faire pour que cela cesse, l’impuissance puis l’action. On écoute et on se tait. Certains hommes ont vraiment changé le monde.
Ce que j’ai fait
De la musique, toujours, plus que jamais, en mode giron, c’est-à-dire gilet côté spritz pour certes enfin affronter devant jury Dynamic Ouverture (bien maîtrisée malgré quelques problèmes de justesse et d’équilibre, parce qu’à trois clarinettes face à une armada de basses et de trombones qu’est-ce que vous voulez faire ?) mais surtout pour — c’est le mot qui s’impose — fanfaronner sur les copeaux et s’emplir un peu trop, mais jamais assez, de boissons qui rendent joyeux (au début). Un week-end fatigant mais qui régénère (et cette joie de constater que s’estompe un peu la folie Marignan).