Journal de lecture : 2026, semaine 43

Dans ce quarante-troisième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:24 Chanouga, Narcisse

8:09 Raymond Queneau, Exercices de style

14:09 San-Antonio, Entre la vie et la morgue

16:47 Bret Easton Ellis, American Psycho

20:24 Eugène Ionesco, Présent passé Passé présent

24:20 Nathalie Sarraute, Enfance

31:59 Patrick Boucheron (sldr), Histoire mondiale de la France


Sur le fauteuil jaune, en écoutant une version à la Liszt de l’hymne national suisse (donc un exercice de style), quelques Exercices de style de Queneau, parodie de comédie en 3 actes ou fantomatique récit issu des temps anciens. Les meilleurs exercices sont ceux qui jouent sur les lettres (à mon goût), comme les paréchèses : « Sur la tribune bustérieure d’un bus qui transbahutait vers un but bucolique… »

Sur le fauteuil jaune, trois Exercices de style, philosophique (saturé de références), apostrophe et maladroit (où Queneau s’efforce de mal écrire même si « c’est en écrivant que l’on devient écriveron. »)

Sur le fauteuil jaune, fond jazz parfaitement adapté, Exercices de style, désinvolte, partiel, sonnet puis le début des 5 sens, olfactif et gustatif (ça a quel goût, un autobus ?).

Sur le fauteuil jaune, terminé Entre la vie et la morgue, où la révélation finale confirme ce que me disait mon petit doigt et où une certaine madame Pranmoitoux porte bien son nom.

Sur le fauteuil jaune, Exercices de style ou comment inventer sans cesse. Parfois on n’y pige plus rien, on est perdu, puis on retrouve quelque chose d’une histoire qu’on connaît par cœur.

Sur le fauteuil jaune, Exercices de style où il suffit d’un rien pour être inventif. Dans « épenthèses », mine de rien, Queneau invente le pronom « iel ».

Sur le fauteuil jaune, un exercice de style, tout bête, « parties du discours ». On classe les mots selon leur catégorie grammaticale (intéressant à refaire en classe, on risque d’avoir des surprises) (mauvaises).

Sur le fauteuil jaune, commencé Histoire mondiale de la France, ouverture par Patrick Boucheron pour essayer de relier « mondial » et « France » en montrant (et c’est cela qui m’intéresse) que la France est dans le monde (et que donc lire son histoire depuis la Suisse, c’est aussi lire notre histoire).

Sur le fauteuil jaune, quelques Exercices de style qu’on est presque obligé de lire à haute voix (le javanais, les italianismes).

Sur le fauteuil jaune, American psycho, étrange chapitre sur Genesis, sorte de chronique musicale sensible au milieu des ignominies (genre Very good trip au milieu de very bad trip).

Sur le fauteuil jaune, avec du jazz, presque terminé les Exercices de style, livre potentiellement infini (mais trop court).

Terminé, sur le fauteuil jaune, les Exercices de style avec « inattendu ». Comment créer, après 100 fois ou presque la même histoire, de l’inattendu ? Raymond Queneau y parvient et il y parviendrait sans doute encore après 100 autres versions.

Sur le fauteuil jaune, (re)commencé Enfance de Nathalie Sarraute, le seul livre que j’avais déjà lu d’elle. Ce qui frappe, c’est la continuité avec ce qui précède : le dialogue avec un double puis les mots qui déclenchent l’écriture, mots allemands comme le « Ich sterbe » de L’Usage de la parole.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, quelques pages d’Enfance, où la scène est classique, celle de l’enfant qui ne veut pas manger ce qu’on lui sert, mais à nouveau c’est le langage qui est premier ; un médecin a dit « tu dois mâcher les aliments jusqu’à ce qu’ils deviennent aussi liquides qu’une soupe », or ils ne le sont pas, il faut continuer à mâcher.

Sur le fauteuil jaune, chapitre 2 de Narcisse, « Terra nullius », où le naufragé blanc petit à petit est initié à la culture locale et devient indigène, presque (la couleur de la peau, bien sûr, ne change pas, et quand les Anglais débarquent ils croient le sauver des sauvages (mais ce sont eux les sauvages, bien sûr).

Sur le fauteuil jaune, Narcisse (ou Amglo) doit revenir en France (sa maman l’y attend depuis 17 ans) et on l’appelle le « sauvage blanc ». On l’a sauvé ? Non, bien sûr, on l’a arraché à ce qu’il était devenu. Qui est-il désormais ? Narcisse ou Amglo ? Qui voit-il dans sa glace ?

Sur le fauteuil jaune, avec Haydn et Schubert, Enfance ; les scènes se succèdent au présent, sans qu’on comprenne toujours ce qu’il s’y déroule, on y lit le souvenir en train de naître et les questions qu’il pose.

Sur le fauteuil jaune, terminé Narcisse, le « sauvage blanc » qui incarne tous les paradoxes de la colonisation à lui tout seul, homme perdu entre deux mondes qui lui sont tous deux étrangers et auxquels il appartient néanmoins.

Sur le fauteuil jaune, Présent passé passé présent, ce scandale du temps qui passe qu’on devrait refuser : vieillir non merci. Je suis un enfant (mais emprisonné dans un corps d’adulte.

Journal de lecture : 2026, semaine 42

Dans ce quarante-deuxième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:32 Emmanuel Carrère, Kolkhoze

10:07 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

15:40 Cédric Durand, Techno-féodalisme, Critique de l’économie numérique

23:25 Bret Easton Ellis, American Psycho

27:15 Eugène Ionesco, Présent passé Passé présent

33:41 Chanouga, Narcisse

36:30 San-Antonio, Entre la vie et la morgue

41:13 Raymond Queneau, Exercices de style


Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze : la vérité, obsession de l’auteur. Qui de sa mère ou de son oncle, menteur invétéré, dit la vérité ?

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, encore un paradoxe du « nouvel esprit du capitalisme » qui prétendait libérer le travail (chez Google, séances de yoga, restos gratuits, team-building et compagnie) et qui accentue le contrôle, l’intensité du travail et le malaise des travailleurs bientôt en burn-out.

Au lit, Courier écrit de son village et n’en démord pas : les autorités en prennent pour leur grade (vive le peuple, vive les soldats, à qui il ne faut pas trop parler sous le regard des gendarmes). Puis il se fait chasser pour avoir déplu au maire, qui avait giflé le curé puis piétiné l’herbe de Courier.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, où évoquer la mère, c’est tenter de réhabiliter Brasillach et où les Russes blancs ont l’illusion d’être à nouveau bienvenus en Russie (au goulag).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, la famille paternelle, nettement moins exotique que la maternelle, musiciens bordelais qui s’entre-détestent. Le père s’y arrête peu, fasciné qu’il devient par les aristocrates russes de sa belle-famille où la bonne, tout aussi pauvre que l’oncle Paul et la tant Natacha, « avant de se mettre à table avec ses maîtres sur une toile cirée, devant des assiettes dépareillées et ébréchées […] annonçait : « Madame la comtesse est servie ! » ».

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme : le succès de la Silicon Valey n’a été possible que parce que d’autres territoires n’ont pas eu le même succès et que parce que les inégalités ont explosé à l’intérieur même du territoire.

Au lit, Courier se prend pour le roi. Il écrit à son cousin, le roi d’Espagne, pour lui expliquer comment avoir un parlement à sa botte, tout en méprisant le peuple et en gagnant beaucoup d’argent. Il évoque aussi le marquis qui a été élu face à lui, non par le peuple mais par les ministres. À Paris, il s’indigne qu’on puisse croire que le Livret de Paul-Louis, vigneron soit de lui (la prison se rapproche).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme et Händel. D’autres mythes de l’idéologie californienne s’effondrent : l’innovation ne crée pas la croissance ; l’État doit jouer un rôle stratégique et non pas les laisser les marchés décider (c’est l’erreur commise par l’Europe).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, la mère de l’auteur fréquente Maurice Bardèche, devenu fasciste après la guerre, cela semble un milieu agréable mais le fils en est marqué. Son ami Olivier a des parents qui fréquentent Roman Gary.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, mort de Nathalie, la grand-mère, qui n’a pas, répète Hélène, le cancer (et qui pourtant en meurt).

Sur le fauteuil jaune, fond rock (Nirvana, AC/DC, Rolling Stones), Techno-féodalisme : « Reféodalisation de la sphère publique », c’est-à-dire affaiblissement de la démocratie, transformation des citoyens en consommateurs.

Sur la terrasse (nous sommes les 11octobre), terminé les Pamphlets politiques de Courier par le Pamphlet des pamphlets où ses accusateurs lui reprochent d’écrire des volumes trop courts (un seul feuillet) et donc empoisonnés. Bien sûr ils ne les lisent pas, ces pamphlets, ils savent que cela peut être dangereux. C’est en Amérique qu’on lit des pamphlets, un pays terrible où tout le monde sait lire (tout le monde libre, bien sûr).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, entre snobisme et misère, les parents entrent dans la vie active. Hélène s’intéresse à son pays d’origine (un seul des deux, la Russie), son mari invente des particules aux nobles qui n’en ont pas besoin.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Techno-féodalisme ou comment les entreprises de la tech ont besoin de nos données pour se développer. Non seulement elles nous surveillent mais elles font tout pour modifier nos comportements afin que ceux-ci correspondent à leur intérêt.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, récit d’un voyage de la mère en Asie centrale, où un pilote afghan veut l’enlever, puis séjour à Moscou pendant qu’un bébé l’attend à Paris. Retour : on fait kolkhoze (on dort tous dans le même lit, la mère, le fils, les deux sœurs).

Au lit, Kolkhoze, enfance de l’auteur, récits rocambolesques de sa mère invoquant le Shah d’Iran pour manger du foie de veau ou des singes échappés d’un château qui enlèvent les enfants. Sa mère écrit des livres savants par un polyglotte qui enseigne l’éthiopien liturgique et trouve mai 68 du plus haut comique.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, la mère adorée, celle qui lit avec lui Dostoïevski et s’inquiète de son souffle au cœur, devient plus distante, a de longues conversations au téléphone avec un certain M.N., relègue le père dans la chambre du fond et le fils se retrouve devant le psychanalyste pendant 30 ans.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze et la figure écrasante de la mère, d’abord pour le père puis pour le fils, qui lui préfère ce frère saltimbanque mais s’inscrit quand même à Sciences Po et va jusqu’à passer chez Pivot avec elle.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, « La gloire de ma mère », académicienne, amie des chefs d’État (de Boris Eltsine en particulier) et le fils à l’arrêt, cherchant Dracula dans la Roumanie d’après Ceausescu, écrivant la biographie de Philip K. Dick, se perdant dans le récit d’un assassinat.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, la question de Big-data et de l’IA (pas encore de LLM en 2020, ça change quoi ?) : « L’individu est ainsi simultanément augmenté de la puissance du social restituée par les algorithmes et diminué dans son autonomie par les modes de restitution. Ce double mouvement est une domination, car la capture institutionnelle est organisée par des firmes qui poursuivent des fils qui leur sont propres, sans rapport avec celles que pourraient se donner les communautés affectées. »

Au lit, Kolkhoze, où on est indulgent avec Poutine, mafieux certes, mais qui met de l’ordre et de l’ambition dans le cœur des Russes (aveuglement de la mère et du fils). La cousine Salomé, elle, tient tête à Sergeï Lavrov. Elle devient présidente de la Géorgie.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, confinement, le père fait un « petit AVC », la mère, toujours aussi dure dans sa façon d’aimer, dit : « Mon petit garçon (j’avais soixante-deux ans), tu risque peut-être de tuer ton père si tu viens, mais tu es certain de tuer ta mère si tu ne viens plus. » Le fils part quand même.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Techno-féodalisme ou comment « les plateformes sont en train de devenir des fiefs », avec l’exemple d’Uber qui rend ses utilisateurs (ou ses salariés ?) dépendants, puis « automatiser le contrôle social », avec l’exemple de la Chine qui récompense ou punit ses citoyens en fonction d’un score calculé par des machines.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, 24 février 2022, attaque de l’Ukraine, l’auteur se précipite… en Russie. Sa mère, quant à elle, n’y comprend rien. Elle croyait Poutine raisonnable.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze ; l’auteur se rend enfin en Géorgie. Sa cousine est présidente. Elle essaie de résister à Poutine, qui entraine avec lui le peuple russe.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, l’auteur se rend en Ukraine, rencontre des combattants, tente de sauver la culture russe (sans succès) et repart faire des canulars sur une plage grecque (il sait sa chance).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, agonie de la mère, toujours dans la dignité, ne jamais montrer qu’on souffre, rester une grande dame jusqu’au bout.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, on s’approche de la fin, c’est-à-dire de la mort, MDM (mort de maman), soins palliatifs avenue Émile-Zola, l’auteur attend dans une brasserie, le Germinal. Je m’y suis arrêté aussi, y ai bu une bière, sans savoir (partout sur l’avenue, il y a, me souviens-je, des boutiques de pompes funèbres).

Sur le fauteuil jaune, en reggae, terminé Kolkhoze où la famille fait une dernière fois kolkhoze au chevet de la mère mourante, qui fait le job jusqu’au bout. Seul absent : le père, le mari (elle l’a exclu), qui lui survit 147 jours. Elle a été l’héroïne de ce livre, il en a été, en secret, l’auteur.

Sur le fauteuil jaune, American psycho, le narrateur veut donner un dollar à une clocharde, ce n’en est pas vraiment une (la bonté tape à côté, pas la méchanceté).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, « Les rentiers de l’intangible » : ce qui crée l’essor des intangibles (codes informatiques…), c’est la division du travail, sa dispersion à travers le monde.

Au lit, Techno-féodalisme, partie assez technique pour montrer que ce qui rapporte, ce sont les données qu’on possède : « L’essor du numérique nourrit une gigantesque économie de rente, non pas parce que l’information serait la nouvelle source de valeur, mais parce que le contrôle de l’information et de la connaissance, c’est-à-dire la monopolisation intellectuelle, est devenu le plus puissant moyen de capter la valeur. » Certes de petites entreprises vont pouvoir émerger grâce aux données qu’elles exploitent mais où sont-elles, ces données ? dans le cloud, qui appartient à … Google, Amazon, etc.

Dans le train Cousset-Thoune, American psycho, scène de cul pathétique puis retour à la normale, on s’engueule sur le caractère cassant des pizzas. Le collègue a l’argument qui tue : Donald Trump les a aimées, ces pizzas.

Dans le train Thoune-Cousset, American psycho, de plus en plus ignoble : Bateman trucide un clochard après l’avoir torturé puis au chapitre suivant, comme si de rien n’était, disserte sur Genesis et Peter Gabriel.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, retour au féodalisme médiéval, à la fois domination et protection, régulées par la violence (la guerre).

Sur le fauteuil jaune, Narcisse de Chanouga : un gamin rêve de grand large. Il sera servi, vogue vers l’Australie, mais le bateau fait naufrage (comme toujours dans les BD marines) et notre mousse se retrouve seul au milieu de la jungle.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, passage par le Moyen-Âge pour définir le féodalisme, où les travailleurs ne possèdent que leurs outils de production (comme les chauffeurs Uber possède leur taxi) pour revenir à notre époque qui peut-être est déjà sortie du capitalisme.

Terminé, sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, où ce qui domine, c’est la prédation : « L’essor du numérique bouleverse les rapports concurrentiels au profit de relations de dépendance, ce qui dérègle la mécanique d’ensemble et tend à faire prévaloir la prédation sur le produit ». Tout cela est publié en 2020. L’essor des LLM semble accentuer la donne (qu’en pense l’auteur aujourd’hui ?) (le techno-féodalisme s’est-il amplifié ou s’agit-il d’autre chose ?).

Sur le fauteuil jaune, commencé Passé présent d’Eugène Ionesco, fragments d’enfance, souvenirs vagues, le père qu’on traite de con (à raison), le petit frère mort, la mère au bord du suicide, des couleurs, des gestes, un désespoir déjà en germe et les souvenirs qui irrémédiablement s’estompent.

Sur le fauteuil jaune, commencé le San-Antonio des vacances, Entre la vie et la morgue (1959), ou le narrateur aimerait bien se taper une femme à lunettes. Ça tombe bien mais problème : elle tombe du train (on la pousse bien sûr, mais qui ?).

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, revoilà Pinaud et Mathias, l’un qui fait de l’artériosclérose, l’autre qui reconnaît immédiatement la fille sur la photo (cadavre à lunettes désormais)

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue ; l’enquête semble piétiner, Béru bouffe une choucroute (c’est pas beau à voir), un sourdingue produit un portrait-robot, le vieux s’impatiente et Pinuche a un coup de génie.

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, festival de calembours (Béru va jusqu’à évoquer Chermoche-Holcaisse, le célèbre détective) puis virée en boîte de nuit (passons sur la pute métisse qui déclenche maintes blagues racistes du plus mauvais goût).

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, ça s’accélère, on retrouve un suspect qui ne se laisse pas faire, Béru valdingue, Pinaud se pintole, le méchant se suicide, le vieux risque de se fâcher.

Commencé sur le fauteuil jaune, avec Haydn, la relecture des Exercices de style de Raymond Queneau dont on ne se lasse pas (en Pléiade, on a en plus le contexte, ce qui offre une plus-value). Mention spéciale pour les homéotéleutes : « Une hule aprule, devant la gule Saint-Lazule, je l’aperçule… »

Sur le fauteuil jaune, avec Bach, quelques Exercices de style variés et ce sentiment de ne pas lire la même histoire alors que si.

Sur le fauteuil jaune, avec Dolly Parton, Exercices de style, délicieusement datés, tantôt pastiches, tantôt exercices oulipiens, jeux de lettres et de l’être.

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, le mystère s’épaissit puis commence à se résoudre, de manière rocambolesque à souhait, des chauve-souris manipulées foutent le feu à des bâtiments et bien sûr le vieux, dont personne n’ignore la calvitie, se marre : « Il m’écoute attentivement, puis l’homme chauve sourit malicieusement. »

Sur le fauteuil jaune, Entre la vie et la morgue, on se rapproche du dénouement. Le pauvre Pinuche se fait renverser par une bagnole. Béru est ivre mort. Le suspect (un voyou surnommé le Méhariste) crève empoisonné. Il reste 10 pages et tout va mal mais ça s’arrangera à coup sûr.

Journal de lecture : 2026, semaine 41

Dans ce quarante-et-unième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:01 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

6:11 Italo Calvino, Le Vicomte pourfendu

11:22 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

15:04 Emmanuel Carrère, Kolkhoze

22:12 Bret Easton Ellis, American Psycho

27:44 Cédric Durand, Techno-féodalisme, Critique de l’économie numérique


Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, focus sur l’armée française, la torture systématique, les haut-gradés prêts à désobéir, pendant que les conscrits se fatiguent d’une guerre qu’ils ne comprennent pas, surtout l’idée de pacification par la force ; début du chapitre « Vers l’indépendance » où les négociations avancent mais où quelques généraux complotent.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, putsch des généraux qui échoue mais radicalise les Français d’Algérie qui se jettent dans les bras de l’OAS, multipliant les attentats terroristes pendant que le FLN lui aussi poursuit le combat. On commence pourtant, du côté d’Évian, à négocier sérieusement.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, après les accords d’Évian, l’OAS fait régner la terreur, les pieds noirs s’enfuient et on se bat entre Algériens. La paix ? Elle naît dans la douleur.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Paul-Louis Courier tente toujours de se défendre de tout outrage à la morale publique, écrivant un discours qu’il ne prononça jamais mais qui l’innocente absolument, prouvant que c’est au nom de la morale qu’il parle et que ses accusateurs disent exactement le contraire de ce qu’il dit pour l’en accuser (Clément Viktorovitch aurait parlé de logocratie, puisque c’est l’État qui accuse et condamne Courier).

Sur le fauteuil jaune, terminé l’Histoire de la guerre d’Algérie, dont le bilan chiffré n’est pas établi mais dont l’impact a été (et est sans doute encore) considérable.

Au lit, Pétition pour des villageois que l’on empêche de danser, 1822 : Courier ne comprend pas pourquoi on s’en prend à ceux qui travaillent, à leurs traditions, pourquoi on les force à l’oisiveté. Le problème, ce sont les jeunes prêtres zélés (ceux qui ici interdisaient, un siècle plus tard, les danses de la bénichon).

Terminé dans le train Cousset-Fribourg Le Vicomte pourfendu : double demande en mariage (acceptée) puis duel à mort entre les deux moitiés qui finit comme je n’avais imaginé (le bon étant trop bon et le mauvais trop mauvais) (morale banale).

Commencé dans le train Fribourg-Cousset American psycho de Bret Easton Ellis, « ABANDONNE TOUT ESPOIR, TOI QUI PENETRE ICI », voilà dans quel enfer ça commence, un taxi new-yorkais, une musique à coin, des clochards partout, des marques de vêtement, le bruit et la fureur (on pense au New York de Dos Passos).

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze : l’auteur trouve dans le bureau de son père la généalogie de sa famille, qu’il commence à explorer, en commençant par la Géorgie et la vie du Victor Hugo géorgien, Niko Nikoladzé (si j’ai bien compris l’arrière-grand-père de l’auteur).

Sur le fauteuil jaune, American psycho, une étrange conversation autour d’un plat de sushis : quand les autres parlent popote, le narrateur détaille son programme pour réformer l’Amérique.

Sur le fauteuil jaune, commencé Techno-féodalisme, Critique de l’économie numérique de Cédric Durand (2020). Dans l’intro, ces questions : « qu’est-ce que le capitalisme et le numérique se font l’un à l’autre ? Comment recherche de profit et fluidité digitale interagissent-elles ? » Questions sur lesquelles on ne peut pas aujourd’hui faire l’impasse.

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, Techno-féodalisme, chapitre 1, à propos de l’idéologie de la Silicon Valley, celle de l’innovation, de la start-up, du risque, des nouvelles technologies, d’origine libertaire et utopique mais qui depuis ont glissé à droite, de plus en plus.

Au lit, Courier répond aux lettres anonymes. On lui conseille de se taire. Il invoque la Charte, la liberté de la presse, le discours officiel de son temps : vous êtes libres, parlez, écrivez. Courier dit chiche. On le jette en prison.

Sur la terrasse, Courier fait l’éloge du duc d’Orléans (il est en avance d’un régime) (les gens en avance sur leur temps, on les met en prison).

Sur le fauteuil jaune, avec la musique d’Ig Henneman, Kolkhoze, voyage dans les archives, les ancêtres géorgiens puis russes de l’auteur (dont l’un fut page d’Ivan le Terrible) raconté avec légèreté, s’arrêtant un peu du côté de Nabokov et du poignard de l’oncle Louis Coquet.

Sur la terrasse, Courier aggrave son cas. Il s’en prend au clergé, raconte l’histoire d’un certain curé Mingrat, qui tua et dépeça une jeune fille, puis pardonne aux jeunes prêtres leurs désirs parfois assouvis pour les jeunes femmes qui à confesse leur dévoilent leur intimité. Qui est fautif ? Le pape, en imposant aux prêtres le célibat (rien n’a changé).

Sur la terrasse, Kolkhoze, la famille russe, d’une Russie d’avant, qui ne comprendra pas pourquoi tous ces Vanias (les paysans, les domestiques) qu’on traite si bien leur voudront tant de mal à la Révolution.

Sur le fauteuil jaune, sur fond de piano romantique, Techno-féodalisme, années 1990, on entre dans l’ère de l’information, où les plus innovateurs l’emporteront. Réguler ? Le marché tuera les sans-idées, la concurrence fera le sale boulot, soyons disruptifs (les autres peuvent bien crever).

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho, fin de soirée où un intru drague éhontément sa petite amie peu farouche puis description de l’appartement de luxe du narrateur (des marques à n’en plus finir).

Au lit, Livret de Paul-Louis, vigneron ; parmi ces notes éparses, ceci, qui n’a hélas pas pris une ride : « La police est le plus puissant de tous les moyens pour rendre un peuple vil et lâche. »

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho ; le narrateur détaille son rituel du matin, rasage avec mille produits (il ne veut pas vieillir), étalage des appareils ménagers qui servent à préparer son petit déjeuner, rien ne nous est épargné (il ne doit pas prendre le train à la même heure que moi).

Dans le train Fribourg-Cousset, American psycho, soirée entre mecs, déferlement de propos mysogines, racistes, homophobes, et attention portée sur les vêtements (chics) et les cartes de visite (la couleur du papier, la police d’écriture), signes de hiérarchies dont on craint en permanence d’être la base et non le sommet.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze, voyage dans le temps et dans l’espace, les immigrés russes et géorgiens se rencontrent dans des hôtels miteux, on y débat de Tolstoï, de Berberova, d’un temps perdu, celui d’avant la misère.

Sur le fauteuil jaune (fond rock), Techno-féodalisme, toujours les années 1990 : l’autorégulation, marotte des gens de la Silicon Valey, devient la politique officielle des USA de Clinton : ne rien faire pour réguler, voilà le rôle de l’État (qui se dessaisit lui-même de son rôle).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme ; nouvelle orthodoxie économique : la destruction créatrice (flexibilité, peu de fiscalité, brevets).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, où l’on annonce que la nouvelle orthodoxie économique repose sur des mythes et qu’elle a des effets inverses à ceux qu’elle prétend avoir.

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme, aporie de la start-up qui réussit et devient entreprise géante qui bouffe toutes les autres, retour donc du monopole (exemple emblématique : Google).

Sur le fauteuil jaune, Techno-féodalisme : et si la destruction créatrice n’était qu’une phase brève, pas une nouvelle vérité ?

Au lit, Livret de Courier, anecdotes d’un temps disparu, quelques saillies, dont celle-ci : « Le dévouement doit être toujours un peu idiot. »

Dans le train Cousset-Fribourg (aller-retour), American psycho, étalage de vulgarité et de luxe entre traders, femmes qu’on insulte, cocaïne pas assez pure et ce nom, qu’on attendait : Donald Trump.

Au lit, dans son livret, Paul-Louis Courier s’en prend à la cour et s’oppose à la guerre qu’on projette en Espagne (guerre décidée par des princes étrangers contre le peuple).

Dans le train Cousset-Fribourg, American psycho, narrateur toujours plus imbu de lui-même, superficiel, ignoble avec les femmes, et cette phrase, inquiétante : « … je n’aurai pas le temps de me masturber sur cette scène où la femme se fait perforer à mort par une perceuse électrique. »

Dans le train Fribourg-Cousset, American psycho : le narrateur semble de plus en plus horrible (la scène du nettoyage à sec est terrible : il hurle sur une vieille Chinoise qui n’arrive pas à ôter le sang des draps ; mais d’où vient-il, se demande le lecteur, tout ce sang répandu) (le New-York de Bret Easton Ellis, celui des années 1990, est tout aussi glauque, mais d’une autre façon, que celui de Patricia Highsmith dans les années 1970).

Dans le fauteuil jaune, Techno-féodalisme : socialisation de la production (travail de plus en plus collectif) + accumulation du capital = re-monopolisation.

Sur le fauteuil jaune, Kolkhoze (je dois à chaque fois prendre le bouquin pour en écrire le titre correctement) ; naissance de l’oncle Nicolas, période de la collaboration (du grand-père géorgien), querelles de famille réglées (ou pas) à coups de bouquins.

Journal de lecture : 2026, semaine 40

Dans ce quarantième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:25 Patricia Highsmith, La rançon du chien

8:13 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

13:20 Nathalie Sarraute, L’Usage de la parole

20:48 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

24:22 Corbeyran & Bordier, Elfes 4. L’Élu des semi-Elfes

26:32 Hadrien & Ma Yi, Elfes 5. La Dynastie des Elfes noirs

28:48 Italo Calvino, Le Vicomte pourfendu

35:00 Emmanuel Carrère, Kolkhoze


Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, passage en revue des positions politiques en métropole : renaissance de l’extrême-droite (dont un certain J.-M. Le Pen) et confusion partout ailleurs.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien ; où Clarence logera-t-il ? Telle semble être l’obsession de tout le monde (et le meurtre qu’il a commis ?).

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, l’étau se resserre autour de Clarence et sa petite amie n’en peut plus. J’attends le drame final, qui ne peut que survenir, mais comment ? Nouveau meurtre ? Arrestation ? Suicide ?

Sur le fauteuil jaune, la guerre d’Algérie se transforme en crise institutionnelle : les gouvernements se succèdent, les militaires désobéissent, le général de Gaulle joue les divas puis, sans que personne sache vraiment ses intentions sur l’Algérie, se laisse octroyer les pleins pouvoirs tout en jurant ne pas vouloir commencer à 67 ans une carrière de dictateur…

Sur la terrasse, Histoire de la guerre d’Algérie, le général de Gaulle tergiverse ; personne ne sait ce qu’il pense ; il temporise, il dit « je vous ai compris » mais personne ne comprend ce qu’il veut dire en disant cela.

Sur le fauteuil jaune, avec Steevie Wonder, Elfes 4. L’élu des semi-Elfes, « tout a commencé par du sang », une exécution, un prophète à la tête tranchée qui annonce l’élu, un peuple esclave qui se libère, puis des légendes, des trahisons, la guerre (les semi-Elfes sont aussi humains).

Sur le fauteuil jaune, Elfes 5, La Dynastie des Elfes noirs, une histoire sombre, celle d’un Elfe bleu choisi pour devenir un assassin, un Elfe noir, maudit, cruel, sans merci, presque une bête sauvage, s’il survit (ce qui est pire que mourir).

Au lit, La rançon du chien, Clarence est chassé de chez Ed, qui se dit que loger un assassin n’est pas prudent, puis un nouvel interrogatoire a lieu. Clarence ne craque pas. Pas encore. Arrivent Ed, Marylin, d’autres témoins. La tension monte. La fin approche. Quelle fin ?

Dans le train, entre Corcelles-Sud et Palézieux-Village, La rançon du chien. Les voilà qui frappent Clarence, qu’ils appellent ses « amis » au milieu de la nuit, qu’ils font tout pour le faire avouer. Tout est raconté du point de vue de Clarence, qui est certain de ne pas craquer. Le lecteur est plus dubitatif.

Dans le train, entre Palézieux-Gare et Châtillens, terminé La rançon du chien. Ça se termine mal, bien sûr, mais de manière malgré tout surprenante (et il y a quelque chose de pourri dans la police de New York).

Dans le train, entre Châtillens et Cousset, commencé Le Vicomte pourfendu d’Italo Calvino, conte qu’on dirait voltairien teinté de fantastique : un militaire coupé en deux qui survit, son retour au pays où les poires et les champignons aussi sont coupés en deux (il le faut pour la poire, dit-on) (et pourquoi le Vicomte donne-t-il à son neveu un panier de demi-champignons vénéneux ?).

Sur la terrasse, La guerre d’Algérie s’enlise. Le général de Gaulle penche de plus en plus, sans le dire, vers l’indépendance, et les militaires poursuivent ce qu’ils appellent la pacification. Côté algérien, entre les politiques et les militaires, c’est tendu aussi, mais des deux côtés il semble, en 1959, que les politiques reprennent la main.

Sur la terrasse, Paul-Louis Courier ne veut pas payer pour qu’on installe à Chambord, tout près de chez lui, le duc de Bordeaux, un bébé qui aurait plus besoin d’une école que d’une cour que Courier dépeint comme corruptrice de la jeunesse, dépravée, fainéante, à admirer seulement à bonne distance.

Sur le fauteuil jaune, dans l’Histoire de la guerre d’Algérie, me voilà au grand tournant, celui où se pose la question de l’autodétermination, c’est-à-dire véritablement de l’indépendance et où de Gaulle doit rappeler aux militaires qu’il est leur chef.

Sur le fauteuil jaune, dans L’Usage de la parole, Nathalie Sarraute décortique « Et pourquoi pas » : « Des mots qui ont ce pouvoir de se glisser sous un argument de poids, une objection écrasante, de la soulever, de la faire voltiger, insaisissable, inconsistante, et celui qui l’a avancée, pour la rattraper se tend, s’étire, bondit… »

Sur le fauteuil jaune, cette phrase terrible, reprise par Sarraute, qui ne lui prête pas l’oreille mais la lui donne : « Si tu continues, Armand, ton père va préférer ta sœur. »

Sur le fauteuil jaune, avec Händel, L’Usage de la parole, ou quand des mots qui flottent dans l’air retiennent soudain l’attention, changent tout, le mot amour, le mot esthétique qui gâche tout ou ce « mon petit » qui nous a échappé. « Hé bien quoi, c’est un dingue. » se dit-on et Nathalie Sarraute nous prend aux mots.

Au lit, Paul-Louis Courier se retrouve au tribunal pour avoir dépeint la cour sous un mauvais jour. Comment s’en défend-il ? En écrivant que le gouvernement l’accuse « d’offense à la morale publique, pour avoir écrit un discours contre la débauche. »

Dans le train Cousset-Fribourg, Le Vicomte pourfendu : c’est la mauvaise moitié du Vicomte qui est revenue, celle qui condamne à tout va (pour le grand plaisir du charpentier en potences).

Dans le train Fribourg-Cousset, Le Vicomte pourfendu, où le narrateur joue les Candide et où le Vicomte mauvaise moitié cherche à piéger les huguenots puis tombe amoureux (et arrache donc la moitié des pétales des fleurs).

Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie s’emballe. Le général de Gaulle parle d’autodétermination et les Français d’Algérie, qui se sentent abandonnés, commencent à se préparer à l’insurrection. Quant à l’armée, elle est de plus en plus divisée.

Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, « Ne me parlez pas de ça », une expérience psychologique fictive, 2 groupes, ceux qui peuvent dire cette phrase et ceux qui ne le peuvent pas, mais pourquoi ? Petit à petit, les groupes se mélangent.

Au lit, Courier relate son procès et accuse son accusateur de ne pas savoir discourir convenablement. Le style manque et tout est dépeuplé.

Dans le train Cousset-Fribourg, Le Vicomte pourfendu, ambiance à la Tim Burton (ça donnerait quoi en film ou en dessin animé ? cela existe peut-être), amours impossibles d’un monstre et d’une bergère, balade au milieu des lépreux, tout cela raconté avec légèreté.

Dans le train Fribourg-Cousset, Le Vicomte pourfendu soudain se met à faire le bien, à soigner les malades, à aider les pauvres. Que lui arrive-t-il ? C’est que l’autre moitié, la bonne, est de retour. À quand l’affrontement des deux Vicomtes ?

Au lit, suite des Pamphlets de Courier et de son procès où le discours d’un certain Jean Broë se trouve détruit par l’auteur tant il n’a rien compris aux propos incriminés.

Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie, au début de l’année 1960 : insurrection des défenseurs de l’Algérie française (l’armée hésite à les soutenir) puis tentatives de négociations qui rapprochent toujours plus les Algériens de l’autodétermination.

Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, presque la fin, cette idée qui nous échappe dans le discours de l’autre et l’impossibilité de dire « je ne comprends pas » (on l’a tous vécu).

Sur le fauteuil jaune, L’Usage de la parole, « je ne comprends pas » (on a la tentation de dire cela quand on lit Sarraute, mais c’est plus compréhensible qu’il ça en a l’air).

Sur le fauteuil jaune, commencé Kolkhoze d’Emmanuel Carrère par l’enterrement de sa mère académicienne, la pompe républicaine, la plume de Macron, qui ne transpire jamais.

Dans le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie : le général de Gaulle évoque enfin l’indépendance ; colère chez les Français d’Algérie, violence aussi ; le FNL, de son côté, commence à organiser son futur gouvernement.

Au lit, dans le procès intenté à Courier, parole à la défense : on l’accuse d’attenter à la morale publique, mais personne ne définit ce qu’est la morale publique…

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, « Une guerre qui s’éternise », l’économie qui s’enlise malgré un plan ambitieux, l’opinion qui se lasse, des procès qui permettent aux opposants à la guerre de se faire entendre et côté Algérie française création de l’OAS.

Journal de lecture : 2026, semaine 39

Dans ce trente-neuvième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

0:49 Alix Cléo Roubaud, Journal

7:45 Patricia Highsmith, La rançon du chien

12:35 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

17:28 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques


Sur la terrasse, terminé le Journal d’Alix Cléo Roubaud, « assister, incrédule, au temps ». Il est question d’une maladie dont elle guérira, et sur la dernière elle est assise, pensive, alors que Jacques, au lit, lit le journal.

Sur la terrasse, deux lettres particulières de Paul-Louis Courier, où il raconte comment fut accueilli Benjamin Constant (bien par le peuple, mal par les nobles) : « Ils lui demandaient raison. Je vois bien, leur dit-il, que c’est ce qui vous manque » ; il raconte aussi les « élections » où il obtint 4 voix.

Sur le fauteuil jaune, deux textes sur la photographie en appendice au Journal d’Alix Cléo Roubaud : « Toute photographie est un souvenir […] Les seules vraies photographies sont les photographies d’enfance […] La photographie, c’est le vol. »

Sur la terrasse, Histoire de la guerre d’Algérie, on exproprie, on exproprie, on exproprie.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, la mécanique avance inéluctablement : la petite amie se barre, le coupable est relâché, tout va de mal en pis.

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, où la perversité du Rowajinski se déploie non plus du côté des possesseurs du chien mais du flic, qu’il attaque par son point faible : sa petite amie.

Dans le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie ; après avoir affirmé que « la politique d’assimilation fut en fait une politique de soumission », le chapitre 2 décrit la rupture des grands équilibres coloniaux dans la première moitié du vingtième siècle et la naissance de mouvements nationalistes, parfois très modérés, issus de la maigre élite musulmane (Ferhat Abbas), parfois nettement plus engagés, autour de Messali Hadj.

Sur le fauteuil jaune, « L’Algérie en 1954 », pays où les inégalités explosent entre colons et indigènes et où les nationalistes ont deux possibilités : l’action légale ou l’insurrection. Le problème : l’action légale, on a beau essayer, ça ne marche pas, le peuple s’appauvrit et la révolte gronde.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, le flic pète les plombs, il menace physiquement le kidnappeur de chien, qui en profite pour se remettre aux lettres anonymes. Ça risque de mal finir…

Sur le fauteuil jaune, la guerre d’Algérie est déclenchée par l’insurrection du 1er novembre 1954, assez désordonnée mais suscitant une réaction sans pitié des autorités françaises qui arrêtent à tout va des gens qui n’ont rien à voir avec les attentats (le ministre de l’Intérieur, un certain Français Mitterrand, ne fait pas de quartiers).

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, ce policier, Clarence, on aimerait avoir de la sympathie pour lui, mais il accumule les bourdes. Tout le monde le lâche. Autre impression désagréable : le racisme latent. On appelle le méchant le Polonais et quand un viol a lieu, l’auteur est noir et Clarence (ou l’autrice ?) déclare : « Dommage que New York ait été envahi de Noirs et de Porto-Ricains plutôt que de représentants d’une race plus évoluée qui auraient peut-être amélioré la situation. »

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, où cette fois il y a mort d’homme (il a fallu 230 pages…) et où ne sait plus qui sont les bons et qui sont les méchants.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, gouvernement Coustelle, d’abord ouvert à la discussion puis laissant de plus en plus le champ libre à la répression (au août 1955, ça pète à nouveau).

Dans le train, entre Cousset et Belfaux, La rançon du chien, cette fois ça tourne au roman policier classique sauf que le flic n’est pas tout à fait innocent.

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, l’étau se resserre, le monde s’écroule, mais Clarence fait comme si tout pouvait s’arranger.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, Clarence peine à se rendre compte qu’il est devenu un meurtrier et que ça pourrait choquer les gens.

Sur la terrasse du Café du Midi, La rançon du chien, on s’invite entre gens de la bonne société et l’on cause du meurtre commis par l’un des invités (malaise…).

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, tout se précipite puis on fait comme si. Soudain, Clarence se rend compte de son crime.

Sur le fauteuil jaune, La guerre d’Algérie semble stagner, mais les forces politiques indigènes se rapprochent et optent pour l’indépendance pendant qu’en métropole on mobilise les troupes.

Sur le fauteuil jaune, Histoire de la guerre d’Algérie, en 1956, on négocie, on complote, on s’enlise, la discorde règne au sein du gouvernement Guy Mollet mais aussi du FLN, et en plus, la crise s’internationaliste, avec Suez, où la France perd le peu de crédit international qui lui restait.

Sur le fauteuil jaune, la guerre d’Algérie, en 1956-57, devient un sujet international, le FLN trouvant des alliés un peu partout. La France continue la répression, ce qui n’empêche pas ses ennemis de se réunir en congrès et d’y prôner la collégialité (théorique).

Sur la terrasse, la bataille d’Alger fait rage ; le FLN en sort vaincu, mais l’armée française n’en sort pas grandie.

Sur la terrasse, Histoire de la guerre d’Algérie, chapitre 3, « Les réalités d’une guerre », la torture, bien sûr, mais aussi l’économie (à la baisse) et les quelques sympathisants français au FLN.

Journal de lecture : 2026, semaine 38

Dans ce trente-huitième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

0:47 Alexandre Correa, En pierre

5:52 Alix Cléo Roubaud, Journal

11:10 Patricia Highsmith, La rançon du chien

14:45 Jean-Claude Carrière, La paix

19:39 Bernard Droz, Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962

22:12 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

25:30 Nathalie Sarraute, L’Usage de la parole

29:08 Peru & Bileau, Elfes 3. Elfe blanc, cœur noir

Sur la terrasse, des deux dernières lettres de Courier au Censeur, pour dénoncer la censure (la dernière ne fut pas publiée) (c’est que l’ironie, ces messieurs du ventre ne l’apprécient guère) (le ventre, en politique, c’est le centre).

Au lit, Elfes, 3. Elfe blanc, cœur noir, les mépris des Elfes pour les hommes : « Les hommes ne sont pas des êtres de lumière. Ils écrivent leur vie dans les ténèbres. » Cela commence ainsi puis deux Elfes blancs pistent un dragon, blanc lui aussi, un être des temps très anciens. Mais le destin vient rattraper les Elfes s’ils font trop confiance aux hommes (on ne s’en méfie jamais assez, des hommes).

Sur le fauteuil jaune, en attendant les invités de la Bénichon, La paix, Chapitre 20, Cedant arma, soudain on tombe l’arme, un oncle est mort, on l’oublie (cette voix dehors, c’est une onde, bien vivant) (les invités commencent à arriver), joie de la paix, enfin.

Au lit, une lettre de Courier où il cherche à prouver qu’il habite à son domicile et qu’il a donc le droit de voter (les tracas administratifs ne sont pas une nouveauté).

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, ou quand la vie nous rattrape (AVC, burn-out, enfance envolée).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre, Salvatore vieillit et il rencontre l’enfant qu’il était (et est resté), il rencontre aussi une certaine Camille, puis une ellipse ; tout le monde est vieux désormais (et bien sûr le lecteur se sent mélancolique, ça me fait le coup à chaque fois).

Sur la terrasse, La paix, qu’ils reposent en paix, dit-on aux morts, tout en craignant les flammes de l’Enfer, une paix dont ils ne pourront jamais jouir ; et « la paix des braves », ça existe ? L’auteur raconte sa guerre d’Algérie (qu’on disait ne pas être une guerre) et cette paix dite des braves (dont on ne sait pas qui ils désignent) qui n’était pas vraiment une paix.

Sur le fauteuil jaune, La paix, impossible sans égalité et sans attention aux autres (dans les cinémas américains, on applaudit à chaque meurtre dans Le Parrain), impossible non plus sans se vaincre soi-même en comprenant que toute victoire est une défaite. Quant à la paix des étoiles, elle semble hélas elle aussi impossible.

Sur le fauteuil jaune, La paix, chez soi, à l’intérieur, qu’on me foute la paix, mais être en paix avec soi-même ne peut s’atteindre qu’après un long combat. Une guerre ?

Commencé au lit L’Usage de la parole de Nathalie Sarraute, Ich sterbe, dit Tchekhov en mourant, il dit qu’il meurt mais il ne le dit pas dans sa langue : « Ich sterbe… Vous m’entendez ? Je suis arrivé tout au bout… Je suis tout au bord… Ici où je suis est le point extrême… C’est ici qu’est le lieu. » (1980, année de l’autre bord, pour moi, année de ma naissance) (Sarraute a 80 ans). Puis « À très bientôt » quand deux amis se quittent, belle méditation sur l’amitié (ce mot, méditation, Sarraute en aurait fait quoi ?).

Terminé dans le train Cousset-Fribourg, sous les cris des enfants, En pierre, où Salvatore vieux sculpte. Le monde et lui sont reliés par ces statues, ces moaïs qui permettent au livre de se clore poétiquement (dans les bribes finales, est-il question de vie ou de mort ? peu importe, les enfants dans le train partent à l’aventure, suivons-les.)

Dans le train, entre Lutry et Cousset, La rançon du chien, le kidnapping d’un chien (dognapping ?), la police de New York s’en fiche (elle a d’autres chats à fouetter) sauf un flic, jeune, idéaliste, qui ne sait pas dans quel guêpier il met les pieds (devine-t-on).

Terminé sur la terrasse La paix, chapitre 29, « Sans fin ? » (la guerre ou la paix) (on ne la trouve jamais vraiment, la paix) (ici, sur cette terrasse, une paix rien que pour moi, loin des fracas du monde).

Sur la terrasse, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, photos d’elle-même et de Jacques, son double dans le miroir, pensées sur la mort, sur l’amour : « Que nous soyons la chambre noire l’un de l’autre. »

Sur la terrasse, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, on entre dans l’intimité d’une femme par les mots, les photos, le flou, les langues superposées (l’anglais, le français), on ne sait pas si on a le droit d’être là.

Sur le fauteuil jaune, le Journal ; Alix sent la mort en elle, elle écrit qu’elle mérite la mort, elle avale des médicaments, ne sait pas pourquoi elle a fait ça, trouve belle la lumière, écrit à Jacques Roubaud « À très bientôt » (comme Nathalie Sarraute, la même année, celle de ma naissance).

Sur le fauteuil jaune, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, journal d’insomnie, d’alcool, d’amour, de photographie, de poésie (si je lis cela, c’est parce qu’elle est morte et que l’homme qu’elle aimait lui a survécu) (il est désormais mort lui aussi) (à très bientôt).

Commencé au lit L’Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962 de Bernard Droz et Evelyne Lever, un livre déjà ancien (1991 pour la version révisée) sur une histoire encore chaude. Cela commence par la colonisation, dont les horreurs ne sont qu’évoquées.

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, on entre dans l’esprit du criminel, qui prend du plaisir à faire peur à ceux qu’il croit riches.

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, l’enquête semble facile, le corbeau avoue du premier coup puis réclame du fric, mais mon petit doigt me dit que ça risque de déraper.

Sur le fauteuil jaune, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, tantôt en anglais, tantôt en français, « la photographie est vraiment une forme de silence », puis le verbe penser, noter sans s’arrêter tout ce qui le suit (il y aurait ici pour moi aussi matière à écrire).

Au lit, La rançon du chien, le jeune flic n’est pas très doué, semble-t-il, et le kidnappeur de chien non plus (ce sont des amateurs tous les deux, ai-je l’impression).

Dans le train Cousset-Fribourg, aller-retour, La rançon du chien où petit à petit le malaise s’installe. Le flic a foiré. Il va voir ses parents. Sa mère lui donne l’ordre d’aller au lit. Policier, ce n’est peut-être pour lui…

Dans le train Cousset-Fribourg, La rançon du chien, où on commence à voir que la police de New Yoork n’est pas au-dessus de tout soupçon (et que les criminels le savent et en jouent) (je regarde en ce moment la série Person of Interest, où c’est bien pire) (mais le bouquin est loin d’être terminé).

Dans le train Fribourg-Cousset, La rançon du chien, Clarence (le flic) voit insidieusement à cause d’une affaire assez anodine les fondements de sa vie s’effondrer (sa copine, son boulot) (cela tombe sans coup férir mais la mécanique ne va pas s’arrêter, sans doute).

Sur le fauteuil jaune, le Journal d’Alix Cléo Roubaud, cette fragilité mise à nu, l’alcool (elle semble cesser), la photographie (elle cesse aussi) et des mots étalés sur la page qui cèdent la place au blanc.

Sur le fauteuil jaune, Alix Cléo Roubaud tente de mettre des mots et des photographies sur un mal de vivre qui s’entête. Elle passe soudain du je au elle (son double en photo ?), se trouve grosse (la photo dit le contraire), lit elle aussi Patricia Highsmith, se dit « sensible à l’extrême à ces histoires de culpabilité. »

Sur le fauteuil jaune, Alix Cléo Roubaud tente à nouveau de se suicider (« on aimerait tant qu’un suicide soit un meurtre ») puis ses photos, Si quelque chose noir où les humains sont des ombres. Elle se remet de ses malheurs mais tout autour les hommes meurent (Jean Eustache, Georges Perec).

Journal de lecture : 2026, semaine 37

Dans ce trente-septième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

0:52 Clément Viktorovitch, Le pouvoir rhétorique, Apprendre à convaincre et à décrypter les discours

6:29 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

10:29 Jean-Claude Carrière, La paix

15:11 Jarry, Maconi & Saito, Elfes, 2. L’Honneur des Elfes sylvains

19:40 Claude Simon, Le tramway

25:40 Alexandre Correa, En pierre

32:18 Alix Cléo Roubaud, Journal (1979-1983)

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, toujours la question des émotions : comment les susciter ? Par la matérialisation (on montre), la description, l’amplification ou la métaphorisation. Rendre concret, voilà le cœur de la rhétorique émotionnelle (ou émotionnante).

Au lit des lettres de Courier au Censeur (1819), où il est notamment question des paysans : « On tient assez généralement que les paysans sont des hommes. De là à les traites comme tels, il y a loin encore. » (Deux siècles plus tard, peu d’évolution).

Dans le train Cousset-Fribourg, Le tramway. L’impression proustienne des premières pages se confirme : « je plaquais cette image sur celle du saut à pieds joints d’Andrée, la jeune compagne d’Albertine, par-dessus le « pauv’ vieux » assis sur la promenade de Balbec. »

Dans le train Fribourg-Cousset, Le tramway (lu distraitement, je me perds dans les détails) (c’est un plaisir que de se perdre dans Claude Simon).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, susciter des émotions pour pousser à l’action mais quelles émotions pour quelles actions ? La peur pour proposer une solution ; l’espoir pour croire en sa réalisation ; l’indignation pour inciter à la mobilisation.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, début du chapitre 6, « Travailler son image » où il est question de l’apparence et de l’effet de halo : plus un orateur est grand, plus il paraît beau, plus il a la voix grave et mieux il est habillé, plus nous aurons tendance à le croire (c’est inconscient, la force du patriarcat).

Au lit, Le tramway, où au détour d’une publicité pour la Suze meurt la mère, puis des tantes en noir envahissent la phrase, et la bonne qui tue les chatons en les jetant contre le mur (on faisait ça chez nous aussi) et un ancêtre général d’Empire mort à la Berezina et aussi un vendeur de piquette habitant une imitation de château de la Loire.

Dans le train Cousset-Morges, terminé Le tramway, où l’enfance en fragments reliés se précipite au chevet d’un homme à l’hôpital (images difficiles à interpréter, visages, lieux, impressions, on s’y noie avec joie).

Dans le train, entre Puidoux et Payerne, commencé En pierre d’Alexandre Correa, acheté et dédicacé par l’auteur aux livres sur les quais. Tout commence en poésie puis un homme marche seul dans le désert d’après l’apocalypse (celui qui arrive, de notre fait). Il croise d’autres solitaires, se réunissent, cherchent un abri, une tour (de Barbel).

Au lit, Le pouvoir rhétorique, la question de l’éthos, de l’image qu’on donne au préalable puis pendant qu’on parle. Il faut paraître sincère, compétant et séduisant si l’on veut convaincre. Il faut aussi de la congruence (quel affreux mot) (être constant aussi).

Sur la terrasse, quelques Pamphlets de Courier, où il est question des bandes noires qui rachètent des terres, les morcellent et les vendent aux paysans (le pouvoir trouve cela destructeur, Courier constate le contraire) (on sent que l’esprit de la Révolution, en 1819, n’est pas tout à fait mort).

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment travailler son éthos, avoir l’air sincère (comme Donald Trump), compétent (pas comme Donald Trump) en saupoudrant son discours de marques de compétence sans en abuser, et séduisant (on s’éloigne de plus en plus de Trump, heureusement).

À la piscine, En pierre, cette marche dans le désert dans un monde d’après, quelque part entre Mad Max et La Horde du Contre-Vent, mais sans violence et sans vent, se dirige vers ce qui lui donne sens, la tour : « La tour est là ; devant eux. Elle existe bel et bien, et les récits, qui n’existaient que dans les têtes, s’incarnent devant leurs yeux, et c’est bien la première fois que cela se produit pour les membres du groupe, qui, la tour mise à part, ne cherchaient rien et n’attendaient rien du monde. »

Dans le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, fin du chapitre sur l’éthos à propos d’éthos collectif (ou de la difficulté qu’on rencontre si on est femme, noir, pauvre, pour convaincre) et début du chapitre 7, « Reconnaître la tromperie » où l’on s’arme contre les sophismes (l’exemple des trous dans l’emmental m’enchante : « Dans l’emmental, il y a des trous. Or plus il y a d’emmental, plus il y a de trous. Et plus il y a de trous, moins il y a d’emmental. Donc, plus il y a d’emmental, moins il y a d’emmental. » Enfin un Français qui évite la prémisse fausse : « Dans le gruyère, il y a des trous… »).

Sur la terrasse, deux Pamphlets de Courier, l’un contre l’Église, l’autre contre la cour, les deux pour le peuple : « En matière de religion, ainsi que de langage, le peuple fait loi ; le peuple de tout temps a converti les rois. Il les a faits chrétiens de païens qu’ils étaient ; de chrétiens catholiques, schismatiques, hérétiques ; il les fera raisonnables, s’il le devient lui-même ; il faut finir par là. » (Puis Courier trouve le moyen de faire revenir le peuple à la religion : interdire la religion).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, liste (interminable) des sophismes que l’on rencontre au quotidien (la manipulation est si facile) (elle l’est un peu moins si on lit ce bouquin).

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, la tour (à la fois usée et encore en construction) et un monde ordonné : « Il n’a jamais vu le monde dessiné et sculpté par l’homme, il ne connaît que l’homme dessiné et sculpté par le monde. » Puis il faut mettre les gens dans des cases (longue litanie des « là où », très poétique).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre. La tour tant espérée désoriente le groupe. Où s’arrêter ? À quelle communauté appartenir ? Celle des adorateurs de la lune qui se teignent le corps en rouge ?

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, fin du chapitre sur la tromperie, avec les concepts mobilisateurs, ces jolis mots vides qui pullulent pour ne rien dire tout en suscitant l’enthousiasme ; début du chapitre 8, « Maîtriser le débat », où l’on comprend que le débat est un combat.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment maîtriser le débat ? Le plus important : s’appuyer sur ce que dit son adversaire tout en orientant la discussion vers où on veut qu’elle aille.

Au lit, L’Honneur des Elfes sylvains ; un Elfe sauve une Felj, c’est-à-dire une humaine, presque un animal ; il la croit druidesse, mais tous les druides sont morts, pourquoi survivraient-ils chez les mortels ? Les sages sont sceptiques. Les humains détruisent la nature. Une alliance avec eux est-elle possible ? Il faut pour cela des sacrifices.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment se défendre quand le débat tourne en notre défaveur ? Plusieurs stratégies : dévoiler les armes de l’adversaire, réfuter un argument par ses prémisses, contredire le principe avant la pratique, faire des concessions sans en avoir l’air, ne pas se laisser interrompre et faire diversion. Si rien ne marche, il reste l’insulte, mais notre éthos est détruit.

À la piscine, En pierre, Terco erre dans la tour, mais la tour, c’est là où on s’arrête, pas là où l’on erre. Certains s’arrêtent « là où », lui et Mina-Mina refusent. Ils sortent (tout ceci est bien sûr une métaphore) (nous vivons dans des tours où l’on nous étiquette) (ce faisant, nous ne vivons pas).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, dernier outil pour remporter le débat, le débordement, c’est-à-dire noyer le poisson. La question est gênante ? Temporisons puis répondons à une nouvelle question, celle qui nous arrange.

Sur la terrasse la conclusion du Pouvoir rhétorique, « L’alchimiste et le jardinier ». Malgré les outils que ce livre nous offre, convaincre reste un travail de patience et d’humilité, celui du jardinier plutôt que celui de l’alchimiste (le travail des abeilles) (dans les jardins statuaires).

Commencé au lit le Journal d’Alix Cléo Roubaud, 23.XII.79, une photo d’elle et cette phrase sans espace entre les virgules et les mots : « Te regarder déjà photographier,glisser entre toi et moi la mince pellicule de ta mort,de ma mort » (cette phrase, je me suis demandé si elle était d’Alix ou de Jacques ou des deux) (la préface était de Jacques).

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, retour au désert, autre, devenu vivant, puis intermède poétique (lecture distraite) (les mots du livre se mêlent aux mots des conversations).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre, après l’intervalle poético-philosophique (« sous la surface des océans vivent des créatures / qui ignorent qu’elles vivent sous la surface des océans / sous la surface de quoi vivons-nous »), les pierres et les rochers bougent et deviennent vivants quand des enfants leur dessinent des visages (sont-ce les statues de l’île de Pâques ?).

Commencé sur le fauteuil jaune La paix de Jean-Claude Carrière, un livre qui a dix ans et se veut un éloge de la paix. 2016 : on parle de terrorisme, de l’État islamique, d’attentats et déjà on pressent que nos sociétés en paix glissent vers la guerre ou du moins la violence.

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, c’est bien l’île de Pâques (Rapa Nui) qui fascine Salvatore mais inquiète ses parents (qui sont ignobles, à vouloir que leur enfant soit normal).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre, Salvatore ressent le monde avec plus de force que les autres. L’auteur se garde bien de préciser l’étiquette (HPI, TDAH, hypersensible et j’en passe) (simplement un enfant qui pense).

Sur le fauteuil, avant les beignets, La paix, un peu de vocabulaire (diktat, traité, trêve), fragilité essentielle de la paix.

Au lit, En pierre, Salvatore à l’école, tous pensent à l’avenir, lui sent le présent. À en devenir malade.

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, Salvatore face à la force du monde et à la médiocrité des hommes (ses amis pourtant).

Dans le train Cousset-Fribourg (aller-retour), En pierre, Salvatore semble se ranger, mais sa vie lui semble plate (banalité du travail, le bulldozer qui détruit la cachette de l’enfance, l’île de Pâques qui n’est qu’une photo) (et cette question : « Les moaï ont-ils l’air tristes ? Rêveurs et absents ? Sévères et jugeant ? Moqueurs ? Ou s’agit-il d’une expression qui n’existe pas chez les humains et pour laquelle nous n’avons pas de mots ? ») (Les humains, ceux du bus, ceux du train, sont désespérants).

Sur le fauteuil jaune, La paix, qui est bien sûr un livre sur la guerre, parfois maquillée en paix (la première guerre du Golfe) ou se nichant au cœur des temps de paix et de prospérité (guerre contre la planète surtout, gagnée, donc perdue).

Sur le fauteuil jaune, La paix, associée au silence (peut-être menaçant) et les images guerrières, viriles et irréalistes s’opposent aux peintures de paix, féminines (mais il y a des femmes qui se battent).

Sur fauteuil jaune, La paix, ou comment le cinéma pacifique se convertit en un clin d’œil à la guerre, puis pourquoi la colombe annonce la paix, et enfin la question des armes, paradoxale : plus tu es en paix (disent les Américains), et cette phrase aussi : « Les vaincus ont perdu la guerre. Ils perdent aussi la paix. »

Au lit, La paix, pax romana, les vainqueurs imposent la paix (23 ans, l’empereur Antonin le Pieux, pas une guerre) (on l’a oublié, cet empereur) et acceptent la diversité (l’unité, ennemi de la paix). Et ne pas oublier que l’Europe en paix (pour combien de temps encore ?) est une anomalie dans l’Histoire.

Sur le fauteuil jaune, La paix, chapitre 16, « Les joies de la guerre », ou comment faire aimer l’horreur, la faire passer pour nécessaire alors que la paix ramollit les hommes (et bien sûr ceux qui glorifient la guerre se garde bien d’y foutre les pieds, mais les pauvres, ça leur fait du bien de crever).

Sur le fauteuil jaune, La paix, toujours « Les joies de la guerre » qui peut-être s’estompent : « La guerre est aujourd’hui ce qu’elle est, et ce qu’elle a toujours été, une horreur de la proximité. Le voile de l’héroïsme ne cache plus rien » (c’est écrit avant le génocide de Gaza…) ; puis l’auteur taille une bavette à Napoléon, ce qui est bien mérité.

Sur la terrasse, La paix, « Les beautés de la guerre » ou pourquoi les nations (sauf la Suisse) font défiler leurs troupes le jour de la fête nationale (en Suisse, les amis de Poutine collent partout des affiches « oui à la paix ») (bande de faux-culs) ; puis il est question d’une expo internationale sous le signe de la paix, en 1937 (!) (si on en fait une aujourd’hui, en serons-nous aussi abasourdis dans quelques dizaines années ?).

Journal de lecture : 2026, semaine 36

Dans ce trente-sixième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:01 Jean-Luc Chaubert, L’assassinat de Guillaume l’Enfant et autres histoires broyardes

7:50 Violaine Bérot, Comme des bêtes

15:15 Claude Simon, Le tramway

21:07 Clément Viktorovitch, Le pouvoir rhétorique, Apprendre à convaincre et à décrypter les discours

26:46 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, comment contrer les arguments de l’adversaire ? Objection ad rem, je l’attaque à l’argument en lui-même ; objection ad hominem, c’est le fil argumentatif que j’attaque, l’incohérence entre les arguments exposés par l’adversaire ; objection ad personam, c’est à la personne de l’adversaire que je m’attaque (Trump fait cela sans cesse).

Sur le fauteuil jaune, fin du chapitre 2 du Pouvoir rhétorique : que faire quand on nous oppose des faits gênants ? Nier, proposer une autre interprétation des faits ou les relativiser.

Au lit, quelques histoires broyardes du temps des Lumières, où un narrateur qui dit « je » (c’est le premier du bouquin, je crois) promène madame de Charrière dans la Broye. Elle l’initie aux plaisirs de… la lecture. Quant à Ueli, son truc, ce serait la mécanique. Sa belle Sophie l’attend avec un bouquet à la gare de Corcelles (mais laquelle ? ce serait bête de se tromper). Et Napoléon ? Il émancipera les femmes (tu parles) qui pourront entrer à la Société de tireurs à la cible de Payerne (toujours pas…).

Sur le fauteuil jaune, en attendant l’apéro, Le pouvoir rhétorique, structurer sa pensée. Question : « D’après vous, ce combien d’arguments avez-vous besoin pour convaincre ? » Réponse classique : deux ou trois. Bonne réponse : ça dépend, mais un seul argument peu suffire, mais voilà, nous sommes formatés pour la dissertation (question de prof de français : comment former mes élèves à la dissertation sans les formater ?).

Sur la terrasse, un bout d’histoire broyarde, en 1800, Frédéric César de la Harpe est à Payerne. On doit l’arrêter. S’évadera-t-il ?

Au lit, j’apprends que bien sûr que oui, il s’évade, puis je lis des histoires de passages à Payerne loin des tumultes de l’Histoire.

Dans le train Cousset-Fribourg, Comme des bêtes. Portrait d’une femme et d’un homme-ours par des témoignages successifs. Sous le regard des fées de la grotte. Le mystère s’épaissit.

Dans le train Fribourg-Cousset, Comme des bêtes, toujours le regard des voisins sur Mariette et l’homme-ours. Celui-ci soigne les animaux comme personne. Il a un don. Il n’est pas que le gamin qui grognait au fond de la classe.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, les différents types de plan (l’énumératif, le narratif, l’absence de plan) et l’accroche ex abrupto, comment capter l’attention, éternelle question de l’orateur (du prof en particulier).

Au lit, toujours des histoires broyardes, celle de Léon le Bourbaki, soldat d’une armée en déroute venu mourir à Payerne, puis l’arrivée des chemins de fer et les danses de la bénichon que les tépelets (les conservateurs catholiques) veulent interdire comme YouTube a interdit le sein du Diable de Tolstoï sur ma dernière miniature. À Dompierre où l’on sait faire la fête, pas question de gâcher la fête. Que faire ?

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique : comment commencer et comment finir ? comment susciter l’intérêt de l’auditeur au début et applaudissements à la fin ? Peu importe ce qu’il se passe entre deux, dirait-on. Je rêve d’applaudir pour de vrai en corrigeant des dissertations.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, façonner son texte (chapitre 3) : il ne suffit pas de choisir les bons arguments, il faut choisir les bons mots, faire attention à l’implicite et aux connotations : le torero qui lâche le mot agonie à propos du taureau, quoi qu’il ait dit avant, a perdu le débat.

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique ; pour emporter la conviction de l’auditeur, chaque détail compte : les négations (« je ne suis pas un voleur » suggère que je pourrais bien en être un), les chiffres (précis ou parlants ?) ou encore les pronoms (je ou nous, ou pire, on ?).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, toujours les détails qui changent tout : le « il faut » qui déresponsabilise, le passif itou et l’incantatoire qui transforme par magie la réalité (l’appel du 18 juin) ; puis les sens et Verlaine, bien sûr, ne jamais oublier que la parole, poétique ou rhétorique, c’est « de la musique avant toute chose. »

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, éloge de la métaphore, ses effets de présence, de sens et d’absence : « Vous n’avez pas le monopole du cœur. » (On attend la métaphore qui pliera la prochaine élection).

Au lit, des histoires broyardes ou Sherlock Holmes ne parvient pas à résoudre une énygme et où l’on invente le jazz dans une cave du Vully (la véracité du fait reste à prouver).

Dans le train Cousset-Fribourg, Comme des bêtes, le portrait de l’homme-ours, au fil des témoignages, se complexifie : cet homme est un animal, mais c’est aussi un géant et un dieu : « Les bêtes, elles ont immédiatement confiance en lui. Même plus que ça. C’est comme s’il était une vache dans les vaches. Non, c’est même pas exactement ça. Plutôt comme s’il était le dieu des vaches, vous voyez. »

Dans le train Fribourg-Cousset, Comme des bêtes ; la mère s’énerve, enfermer son fils, c’est le torturer, puis les fées évoquent les femmes violées et leurs enfants qu’elles recueillent. La bestialité, ce n’est pas l’homme-ours, c’est le collègue violeur (raconte la pharmacienne).

Terminé sur la terrasse les histoires broyardes de Jean-Luc Chaubert par Juliette et le Spahi, quand l’amour surgit sous les traits d’un étranger, d’un prince des mille et une nuits qui transforme la vie d’une femme l’espace d’un été et d’une vie.

Commencé sur la terrasse les Pamphlets politiques de Paul-Louis Courier par une pétition aux deux Chambres de 1816, écrite alors même que les deux Chambres n’existaient plus. Pétition pour demander quoi ? Qu’on évite le deux poids deux mesures (déjà) et qu’on ne maltraite pas les gens du fait de leurs opinions politiques (on y revient gentiment).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, début du chapitre 5, « Mobiliser les émotions » : raison et émotion ne sont pas indépendantes. Il y a de l’émotion dans nos raisonnements et avoir recours à l’émotion des auditeurs permet de leur faire prendre conscience des problèmes, mais trop d’émotion tue la raison, ouvrant la porte à la manipulation.

Sur le fauteuil jaune, terminé Comme des bêtes, une fin brutale, tragique (les fées ont raison de se cacher dans la grotte et d’y cacher les enfants).

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment convaincre par les émotions ? Les faits sont proches, intenses, on peut les imaginer facilement et s’identifier à ceux qui les vivent, on peut imaginer que ça dépend de nous et ils nous rappellent des événements chargés d’émotion ; bingo, on est touché.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique des émotions : les montrer, les assigner, les invoquer (parce que les émotions sont contagieuses).

Dans le train Cousset-Fribourg, commencé Le tramway, le dernier roman de Claude Simon, où le souvenir d’un parcours en tramway durant l’enfance réveille mille souvenirs qui allongent les phrases à l’infini (moins que dans d’autres livres de Claude Simon, me semble-t-il néanmoins).

Dans le train Fribourg-Cousset, Le tramway où les transports se multiplient, au tramway de l’enfance se superposant le lit roulant ou cette ambulance ou ce mot TRANSIT lu par le malade. L’enfance renaît et les détails reconstruisent un monde disparu qui amplifie la phrase, que je suis obligé d’interrompre en plein milieu parce que mon voyage à moi se termine à cette gare, pas à la prochaine.

Journal de lecture : 2026, semaine 35

Dans ce trente-cinquième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:22 Wajdi Mouawad, Anima

10:20 Violaine Bérot, Comme des bêtes

15:13 Bryan Talbot, Grandville Mon Amour

18:55 Jean-Luc Istin, Duarte et Saito, Elfes, 1. Le Crystal des Elfes bleus

24:02 Léon Tolstoï, Le Diable

29:53 Jean-Luc Chaubert, L’assassinat de Guillaume l’Enfant et autres histoires broyardes

34:34 Nathalie Sarraute, “disent les imbéciles”

38:29 Clément Viktorovitch, Le pouvoir rhétorique, Apprendre à convaincre et à décrypter les discours

Sur le fauteuil jaune, « disent les imbéciles » (c’est peut-être une imbécilité que de le mentionner à chaque fois, ce fauteuil jaune), toujours le surgissement des mots et leur ressassement, « debout les mots » (ou les Maures), « un monstre d’orgueil » et cette idée dont on ne sait que faire ; les mots nous torturent, ils sont toujours compris de travers (drame de la vie avec d’autres êtres de parole) (c’est peut-être pour cela que certains parlent aux animaux).

Concerto pour piano de Grieg, sur le fauteuil jaune, Anima : les chevaux libérés sèment la panique et la mort sur l’aire d’autoroute. Vu du ciel par pandion haliaetus carolensis, on dirait « une éclosion de fleurs éparses, nées comme par magie sous l’effet des ruades. »

Toujours « disent les imbéciles » sur la terrasse. Les mots qu’ils disent ? Des imbécilités : « Tous tels qu’ils sont. Tels que Dieu les a faits. Que voulez-vous, il est ce qu’il est, vous ne changerez pas. Je le connais. Si vous le connaissiez comme moi. » Tout est en place puis Sarraute fait tout s’écrouler. Une phrase est dite (par qui ? pour qui ?), « c’est vous que ça juge » et les pages qui suivent cherchent tout ce qu’une telle phrase dit et ne dit pas. Aucune parole n’est simple (et cette phrase-là aussi, il faudrait la décortiquer).

Une page de Sarraute sur le fauteuil jaune avant le souper. Soudain, c’est violent, brutal : « Je tourne autour de lui, je bondis, je mords, j’arrache des lambeaux, une odeur écœurante s’en dégage, un liquide poisseux dégouline sur moi… » (les mots débordent).

Anima, dans le fauteuil jaune, la rencontre avec l’assassin aura lieu bientôt, peut-être, mais le chat ne le sait pas.

Anima, sur le fauteuil jaune avec Bach et Couperin, jeu du chat et de la souris. Pendant que le chat se repaît, l’assassin s’approche. Son corps tatoué d’animaux impose sa loi, pire que la loi de la jungle.

Grandville Mon Amour, au lit, thriller animalier en République anglaise (oui, oui, les rois, c’est fini) puis dans une France qui renoue avec la Révolution. Le chien premier ministre anglais ressemble à Churchill, mais un tueur en série s’est échappé… La frontière entre les humains et les animaux s’estompe (pas vu d’humains dans ce deuxième volume).

Anima, sur le fauteuil jaune (je m’y filme), deux hommes s’entretuent au fond des bois devant les animaux terrorisés.

Anima, train Cousset-Fribourg, fini la deuxième partie, chant des lucioles : « Nous n’abandonnerons pas. Nous luirons. » Commencé la troisième partie, Canis lupus lupus, changement de dispositif, ce sont désormais les lieux qui donnent leur titre aux chapitres. Un chien-loup suit l’homme. Il découvre la ville. Pourquoi suivre cet homme ? « Mon museau a frôlé ses lèvres, j’ai humé l’odeur des animaux morts et, dans l’arc opaque de ses yeux, j’ai aperçu mon reflet. Il a incliné la tête. J’ai appuyé mon front contre son front et j’ai lié ma vie à la sienne. » (parce ce que c’était lui, parce que c’était moi) (amitié).

« disent les imbéciles » sur le fauteuil jaune, toujours les mots qui se cherchent, cet homme n’est pas un imbécile, « c’est quelqu’un », ce n’est pas n’importe qui, ce n’est pas rien que quelqu’un.

Fauteuil jaune, Händel, orage, Anima : errance de l’homme et du chien, ils prennent des trains et à chaque arrêt de la violence (des hommes). Le chien sait fidèlement l’homme qui fuit mais qui retrouve une photo de Chatila, le massacre originel.

Au lit, Grandville Mon Amour, une histoire rocambolesque et sanglante d’animaux à corps d’hommes, Le Brock, le héros, lit Voltaire tout en se musclant le biceps et la République socialiste d’Angleterre a d’étranges chefs. Des humains ? Deux bandits au détour d’une case, Gastro (Lagaffe) et Luce (Lucky).

Lu dans le train Cousset-Fribourg un chapitre terrible d’Anima, un combat de chiens raconté par celui qu’on décrit comme un monstre (alors que les monstres, ce sont les humains).

Anima, train Fribourg-Cousset, le chien-loup adopte un nouvel animal humain, blessé, une jeune fille, Winona : « Insecte, oiseau, chien et humain, ont par moments plus à voir l’un avec l’autre que chacun avec ses propres semblables. Wahhch et Winona étaient mes semblables. » Le lieu : Protection, Kansas.

Sur la terrasse, terminé « disent les imbéciles ». De quoi parle ce livre ? Il se pose sans cesse la question. Qui parle ? Il se la pose aussi. Qui parle à qui ? Quelle est l’idée ? Est-il intelligent ? Est-ce une imbécilité ? Les questions restent ouvertes quand le livre se referme…

Anima, sur la terrasse. Wahhch est en quête de son passé (on en a presque oublié que c’est le loup qui parle), il se remémore Chatila et déjà les chevaux (qu’il vengera en ouvrant la bétaillère) qui meurent avec les humains, sa famille, dans le purin.

Sur le fauteuil jaune, deux brefs chapitres d’Anima ; ils passent par Hebron, New Mexico (après Genesse, Ulysses, Virgil (l’enfer), Bloody Valley, Carthage, Oran, Cairo, Lebanon et j’en passe, le voyage est initiatique, presque mythique).

Au lit, commencé L’assassinat de Guillaume l’Enfant et l’Enfant et autres histoires broyardes de Jean-Luc Chaubert, de brefs récits qui font revivre des héros d’ici dans des lieux familiers. Luna et Ourso à Gletterens au village des pseudo-lacustres, et à Avenches des militants gauchistes qui voudraient, étrange idée, interdire les combats de gladiateurs. Et aussi Alibas le Sarrasin qu’il faudra aller affronter tout près, au Creux-de-la-Chettaz.

Sur le fauteuil jaune, un chapitre d’Anima, une cérémonie religieuse interdit au chien et des enfants qui s’amusent : « … il y a la meute et ceux qui, à jamais, se tiennent à l’extérieur de la meute. » (Ce livre raconte ceux de l’extérieur.)

Sur le fauteuil jaune, sur fond de chanson corse, Anima se rapproche de son dénouement. Ce nom étrange, Wahhch Debch, on saura bientôt ce qu’il porte : Wahhch Debch, Le Monstre Brutal, Maroun, le père (encore une fois la sauvagerie humaine).

Anima, fauteuil jaune, musique groove et des horreurs humaines de plus en plus extrêmes. L’horreur de Sabra et Chatila et cette phrase hélas d’actualité : « Les Palestiniens étaient comme des instruments de musique entre nos mains et chacun essayait de faire sortir une note de douleur qu’on n’avait encore jamais entendue. » La description qui suit est insupportable.

Terminé Anima dans le fauteuil jaune. Un livre puissant, violent, bestial, où l’homme et l’animal s’entremêlent dans la sauvagerie. Les charognards dévorent un corps humain qui n’a rien d’humain. Un chien-loup erre au nord. L’homme qui l’accompagne est-il encore homme ?

Au lit, L’Assassinat de Guillaume l’Enfant, thriller médiéval sur fond de querelles politiques, le tout juste à côté d’ici. Le moine Tibauld veut découvrir la vérité, mais à Rome, l’Église se fiche de la vérité. On a trouvé aux Arbognes des types à pendre. Affaire classée.

Dans le train Cousset-Fribourg (aller-retour), commencé Le Diable de Léon Tolstoï, un petit bouquin avec un gros sein en couverture. C’est évidemment sous ce sein que se cache le diable. Histoire banale : un homme à femmes se marie, mais ce n’est pas à son épouse que ce sein si attirant appartient.

Au bord de la piscine, Le Diable. Eugène est marié. Son épouse est une maîtresse de maison épatante. Elle attend un enfant. Mais voilà que Stépania revient. Elle travaille chez Eugène. Il la voit. En pensée, tout est déjà fichu.

Lu sur la terrasse, Le Crystal des Elfes bleus, premier album d’Elfes, de l’heroic fantasy dans la plus pure tradition, avec Orks et talismans, magie de l’eau, massacres et traitrises.

Au lit, une histoire broyarde bien connue, la Vierge qui revient toute seule à Tours, un miracle, ma racontait-on jadis. C’était sans compter sur une certaine Adeline… Une deuxième histoire, celle du siège de Payerne en 1283, récit historique assez classique avec une vague romance.

Dans le train Cousset-Fribourg, Le Diable. Petit à petit, cela s’insinue en lui. Plus il veut qu’elle s’éloigne, plus il pense à elle et plus ça se voit. Mécanique implacable.

Terminé, dans le train Fribourg-Cousset, Le Diable de Tolstoï. Eugène s’enferme dans la culpabilité et dans le désir interdit : « Il savait que seule la honte vis-à-vis d’elle et de lui-même le retenait. Et il savait qu’il recherchait les circonstances dans lesquelles cette honte passerait inaperçue : l’obscurité, ou bien un attouchement qui submergerait la honte sous la pression bestiale. » La fin, brutale, sonne dur (et rejoint un drame bien réel qui rôde dans mon esprit en ce moment).

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique. Clément Viktorovitch (Clémovitch pour ses followers, dont je suis) distingue la rhétorique, art de convaincre, de la stylistique (les fameuses figures de style que je m’apprête à infliger à mes élèves), de l’éloquence, de la négociation et de la manipulation. La rhétorique est un outil utile dans toutes ces situations mais ne se résume pas à celles-ci.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, fin du chapitre 1, qui définit les termes, notamment les dynamiques (monologique, délibérative, compétitive et conflictuelle) et début du chapitre 2 « Choisir les arguments », qui peuvent être rigoureux ou efficaces pour être bons.

Au lit, quelques histoires broyardes, Theobald de Montagny tue un moine (que j’avais transformé en chien) et Estavayer est en feu. Ces drames ont eu lieu. Ici. Tout près. Les gens qui les vécurent sont des gens ordinaires, paysans, joueurs de flûte, religieuses amoureuses.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, toujours le chapitre 2, « Choisir les arguments », deux types d’arguments à éviter : le bon sens (très efficace mais rarement rigoureux, qui ici l’auditeur à ne pas trop réfléchir et endort son esprit critique) et l’argument par l’exemple, s’il ne constitue pas l’illustration d’une généralité.

Commencé à la piscine Comme des bêtes de Violaine Bérot (roman acheté, je crois, en même temps qu’Anima, sur les conseils de la même libraire) ; les fées font de la poésie puis il est question d’un homme sauvage, un ours, et d’une petite fille. Se peut-il que celui qui ne savait parler que par grognements soit le père de cette enfant ?

Journal de lecture : 2026, semaine 33

Dans ce trente-troisième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

3:08 Nathalie Sarraute, Vous les entendez ?

8:26 Franck Bonnet, Ann Bonny, La louve des Caraïbes, livre 2

13:38 Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions

21:26 Éric Pessan, Quichotte, Autoportrait chevaleresque

28:33 Jules Vallès, L’Argent et choix d’articles

À la piscine, Quichotte, autoportrait chevaleresque (p.91-107) (c’est sur une plage des Canaries que j’avais achevé ma première lecture de DQ) (cette femme, sur le linge d’à côté, avec ses mômes, c’est, je crois, celle qu’en ce temps-là je prenais pour Dulcinée du Toboso). Quichotte et Sancho naissent à notre monde. L’auteur n’en peut plus, de ce monde. Réussiront-ils à le transformer ? (Sinon le monde, du moins l’auteur, et le lecteur) Ce n’est pas gagné : « Deux pas dans la rue, ce sont les noces de Cana, la guérison des sourds à l’aide d’appareils auditifs, celles des aveugles par la chirurgie de l’œil et le miracle de la pêche miraculeuse en même temps que toutes les douleurs accumulées dans les cercles concentriques des Enfers imaginées par Dante. »

Sur ma terrasse, toujours Quichotte (p.128-150), ses enfants, la litanie des injustices qui poussent à la rue, la guerre, souvent, ou le travail. « Ce qu’il faut d’héroïsme », autre litanie (les héros du quotidien, qu’on ne célèbre jamais) ; et l’auteur qui a besoin d’écrire pourquoi il écrit ce livre : « J’ai envie d’écrire, j’ai envie d’essayer cette structure, j’ai envie de la frotter au Quichotte, j’ai envie de faire vivre ma bibliothèque (moi aussi), j’ai envie de shooter dans ce qui m’étouffe, de prendre le réel entre deux mains et de le tordre jusqu’à en faire un nœud, comme les athlètes de cirque le font d’une barre de fer. »

Toujours Quichotte, au bord d’une autre piscine, à la maison (p.150-160) (il est question de ceux qui dorment dans la rue, sous tente, et je me prélasse en lisant cela), toujours la question de l’héroïsme. Qui sont les héros d’aujourd’hui ? Comment ne pas les confondre avec les lâches ?

Rousseau, Les Confessions, livre 11 (sur la terrasse, au calme, dans la nature), voilà enfin le malheur dont il est question en permanence, voici le complot, l’arrestation, la fuite, suite à la publication de l’Émile et du Contrat social. Mais quelle est la vraie raison de l’hostilité des autorités ?

Encore deux chapitres de Quichotte, sur la terrasse, au crépuscule, les 48 et 49 (p.160-167) où l’auteur ouvre le journal puis le regrette (je fais de même) puis où Don Quichotte jure qu’il va terrasser le dragon (le capitalisme, ai-je envie d’écrire) (Don Quichotte vote Mélenchon).

Commencé, en écoute de la musique de chambre dans mon fauteuil jaune, L’Argent de Jules Vallès, Lettre à M. Jules Mirès, histoire de prendre le contrepied de mes autres lectures. Ça commence fort : « J’ai fait de la littérature, j’ai perdu à ce métier-là deux viscères, le cœur et l’estomac… » S’ensuit un éloge de l’argent, de la bourse, une diatribe contre les pauvres qui aurait ulcéré Don Quichotte. Quant à Rousseau, s’il est « triste, ennuyeux, méchant », c’est parce qu’il est pauvre.

Sur le fauteuil jaune, fini la première partie et commencé la seconde du Quichotte (Éric Pessan reprend la structure de Cervantès, s’arrêtant 9 jours au lieu de 9 ans) ; les moulins à vent sont devenus des éoliennes, Trump est élu président, Don Quichotte humilie un chefaillon qui vient de licencier une femme qui s’effondre sur un quai de gare. Cette deuxième partie, l’auteur veut qu’elle soit une fête. J’aime l’idée : la lecture comme fête (et ça me fait penser qu’il faut que je réorganise bientôt un apéro).

Toujours sur le fauteuil jaune, L’Argent de Vallès, apologie de la Bourse par un futur communard, cite Proudhon : « La Bourse est le monument par excellence de la société moderne » (fond sonore : une sonate d’Alberto Nepomuceno, brillante, comme l’or) (quand la Bourse s’effondre, la société la suit de près) (bientôt la bulle IA pour confirmer cela).

Sur la terrasse, Quichotte (comme dans le bouquin de Pessan, faire surgir l’ingénieux hidalgo pour punir les salauds, et Kafka et Faulkner, invités pour l’apéro).

Rousseau, livre 12 des Confessions, sur la terrasse, exil neuchâtelois, obsession du complot de plus en plus forte. Il manque des lettres à la correspondance qu’on lui envoie, un coup de d’Alembert, imagine-t-il.

Don Quichotte à la piscine (pas en vrai, mais pourquoi pas ?). Litanie des actes héroïques du chevalier errant réactualisés. Mon préféré (p.224) : la prostituée nigériane dont le proxénète est humilié devient reine d’Abyssinie chevauchant Rossinante.

Quichotte sur la terrasse (c’est avec Sancho que je voudrais boire un coup), Cervantès dans le jardin de l’auteur, qui écrit lui aussi sur les livres : « Je lis pour abolir la frontière entre la vie et la littérature. » Et il écrit pour la même raison, sans doute. Don Quichotte pourfend les conférenciers ultra-libéraux et les chirurgiens voleurs de reins. Si seulement la vie devenait littérature…

Jules Vallès, L’Argent, dans le fauteuil jaune en écoutant Fauré ; description de la Bourse (on rêve d’y voir débarquer le Don Quichotte d’Éric Pessan) (je pense en lisant à Zola, qui lui aussi écrit L’Argent, roman de la bourse où se jouent des drames que Vallès feint d’ignorer).

Quichotte sur le fauteuil jaune (ce n’est pas son style). Pessan fait l’inventaire des strates de sa bibliothèque (je suis dans la mienne, c’est le meilleur endroit pour lire). Chapitre XXXII (si vrai, hélais) : « Ce qu’il faut d’héroïsme pour développer une pensée critique contre la société, peaufiner ses arguments, analyser et approfondir et rechercher et disséquer et prospecter, pour au final glisser ses intimes convictions dans un livre qui ne sera lu que par les gens qui partagent le même point de vue. » (Il faut lire les livres de ceux dont on ne partage pas le point de vue).

Fini, sur le fauteuil jaune en écoutant des Motets de Galuppi L’Argent de Vallès, sans trop savoir ce que j’ai lu (la Pléiade caviarde une bonne partie de l’ouvrage sous prétexte qu’elle n’est pas écrite par Vallès). Fin : « … l’argent pèse plus que le fer dans la balance de l’avenir. » (C’est leur alliance, le problème). Commencé ses chroniques dans la revue Le Présent, titre significatif, Vallès rejetant les vieux romantiques. Nous sommes en 1857, année pivot, celle des Fleurs du Mal et de Madame Bovary.

Quichotte encore, fauteuil jaune idem, ce roman est aussi (d’abord ?) un livre sur l’écriture et sur la lecture (c’est identique) : « On se forge des sensibilités à fleur de peau parce que l’on a besoin de croire en quelque chose et que la littérature apparaît comme une croyance un peu moins stupide que d’autres. » (p.284)

Chroniques de  Vallès, 8 août 1857 (fauteuil jaune, Dvorak), voilà ce qu’il écrit à propos des Fleurs du Mal : « Sans doute Les Fleurs du Mal exhalent un parfum étrange, mais ce n’est qu’un parfum, pas un poison, et d’ailleurs sont-ils bien à craindre, ces vers savamment écrits, infernalement composés, que peuvent goûter seuls, comme des fruits rares, les lettrés purs, c’est impurs que je voulais dire, des raffinés qu’il est bien difficile de corrompre, je le crains fort ! » (je suis de ces raffinés impurs).

Quichotte, sur la terrasse, nécessaire et essentiel, parce qu’il fait, juste cela, il fait, et il ne renonce pas. C’est lui qui sauve les astronautes de la catastrophe.

Fauteuil jaune, fond d’orgue, fin de la chronique du 8 août de Vallès, des cancans à propos de gens oubliés, des chiens témoins lors d’un duel, un peintre sans toile ni pinceaux, cela part dans tous les sens (c’est le principe de la chronique).

Toujours Vallès et le fauteuil jaune, mais les Rolling Stones pour accompagner ses chroniques des 16 août et 1er septembre 1857, « à la bonne franquette », avec les petits et grands (surtout les petits) évènements du (petit aussi) monde littéraire : la mort d’Eugène Sue, des peintres qu’on expose, des légions d’honneur qu’on remet, des Académiciens ridicules, ce théâtre parisien qui n’en finit pas de crevoter (on ne sait s’il est comique ou tragique).

Au lit, Rousseau s’enfonce dans le malheur. On le chasse. Il ne comprend pas pourquoi. Il écrit dans la confusion. « Je fus prêché en chaire, nommé l’Antéchrist, et poursuivi dans la campagne comme un loup-garou. »

Pendant que je lis Quichotte sur le fauteuil jaune, le chevalier a fort à faire (l’histoire a lieu en 2017, Trump à peine installé, bloque des milliers de gens dans les aéroports (entre autres avanies). Mais le philosophe, dans l’histoire, c’est Sancho, observant à l’aube dans les bureaux le bal des femmes de ménage : « Les gens que nous voyons, pourquoi ai-je donc l’impression qu’ils sont les seules personnes réelles à traverser ces bureaux ? » (p.337).

Dans le train Cousset-Concise (je m’arrête aux portes du pays de Neuchâtel qui chasse Jean-Jacques à coups de cailloux) poursuivi Les Confessions. Rousseau, à la fois naïf et parano, aussi combatif que Don Quichotte, mais fatigué, rêve d’un lieu loin de tout, croit le trouver sur l’île Saint-Pierre. « Il me semblait que dans cette île je serais plus séparé des hommes, plus à l’abri de leurs outrages, plus oublié d’eux, plus livré, en un mot, aux douceurs du désœuvrement et de la vie contemplative. » Mais…

Train retour, fini Les Confessions. Jean-Jacques une nouvelle fois chassé. J’avais un a priori négatif sur Rousseau, n’étais pas arrivé au bout de La nouvelle Héloïse, avais été agacé ses si plaintives Rêveries. Ai-je changé d’avis ? Sans doute, parce que Rousseau avait raison de se plaindre, que c’était un pur noyé au milieu des torves et que ses livres n’ont pas été compris, qu’on en a tiré la conclusion que Jean-Jacques était un danger parce qu’il prétendait révolutionner l’éducation (l’Emile, à lire) et la politique (Le Contrat social, à relire). 16 ans après ma mort, Rousseau entre au Panthéon. Son œuvre est donc révolutionnaire (même si je dois bien avouer que je m’y suis souvent ennuyé).

Quichotte au bord de la piscine : Sancho essaie de lui expliquer la démocratie (à la française) : « On voit des hommes qui pleurent en votant pour un candidat qu’ils n’aiment pas afin d’empêcher l’élection d’un candidat qu’ils aiment encore moins. » (C’est écrit en 2017, ça pourra l’être en 2027).

Sur ma terrasse, je m’approche gentiment de la fin de Quichotte, mais Don Quichotte n’a pas de fin. « Ce qu’il faut d’héroïsme… » Jolie impulsion pour un atelier d’écriture (sur les héros) (une autre proposition, ce serait Hérault, héraut, erre haut avec Nathalie Sarraute). L’économie mondiale s’effondre. Don Quichotte a tué le dragon. Il lui manque une dent à offrir à sa Dulcinée.

Dans sa chronique du 8 septembre (lue dans le fauteuil jaune), Vallès compare à Paris les provinciaux et les Anglais, ceux-ci se taisant et ceux-là qui « s’en donnent à qui mieux mieux » (lui-même est provincial) (il n’y a que des provinciaux à Paris). Il évoque ensuite les sorties théâtrales (toutes oubliées) et les procès (c’est la même chose), se dit que ce n’est pas joyeux, ajoute une anecdote assez glauque pour terminer (tout cela montre bien l’ambiance d’une époque, c’est ce qui rend cette lecture à la fois intéressante et parfois ardue, étant donné que 1857 s’est bien éloignée).