Notes d’écoute : toucher le sublime

Wajdi Mouawad, spectacle sans frontières 1/5 : « Dans ma famille, le silence est impossible, le calme est insupportable »

Nausée trop grande pour dire : « Je termine un quatuor ». Spectacle trop prenant, angoissant ; répétitions avancent. Enfance : parle du monde, œuvre très intime avec des résonnances … « je suis chanceux » … « mes maladresses sont plus justes que mes adresses » … « je ne suis pas du tout… » … « erreur : j’étais convaincu que tout le monde voulait être un artiste » … lecture de la vie des saints, vies fulgurantes liées à l’invisible (Thérèse d’Avilla, Mahomet, le Christ, Socrate) : sainteté dans ce qu’elle a d’humain, et après la sainteté, il y avait l’artiste. « J’étais convaincu que tout le monde voulait écrire et écrire Sophocle ou rien » ; « veux toucher le sublime, mais les gens voient plein de choses que vous n’avez pas voulu faire. » Je ne sais pas voir, écouter ce qui est bien : coup de pot.

Même étonnement, même stupéfaction face à la médiocrité des désirs : les gens se rêvent employés, rentiers, petits propriétaires ; médiocrité des rêves quand le choix qui s’impose, c’est l’art, la sainteté, l’idéal. Toucher le sublime, risquer le tout pour le tout, y parvenir presque, puis entendre les commentaires (rien de plus insupportable après les pièces de théâtre que les gens qui se croient obligés immédiatement de dire des banalités). Art de la maladresse face aux certitudes qui se pavanent, cette fragilité me parle, elle me chuchote à l’oreille que c’est la bonne voie, que le chemin de traverse est nécessaire.