Notes d’écoute : clap de fin

L’actualité des spectacles : du public aux communautés médiatiques | Laurent Cuvelier et Suzanne Rochefort

Lettres dans la presse (passage de relais) : Pierre Gaveaux accable le directeur d’un théâtre qui ne l’avertit pas qu’il représente une de ses pièces (donc pas de droit d’auteur) ; les dramaturges écrivent pour dénoncer le plagiat : un dramaturge voit un titre de pièce qui a le même titre que celle qu’il est en train d’écrire avertit la presse pour ne pas être accusé de plagiat. Théâtres annoncent leurs spectacles aux journaux qui obtiennent des entrées gratuites (ex. la Comédie française). Double enjeu : agir pour le bien de l’art dramatique ; considérations financières : abonnements, figure de l’abonné mise en avant par les horaires de distribution des journaux (avant 10h), abonnés réunis par le même rythme matinal ; publicisation de conflits avec certains abonnés (ex. un abonné se plaint parce que le journal ne parle que des nouveautés).

Nous sommes au dix-huitième siècle mais tout est déjà en place : les abonnés qui lisent cette dernière note d’écoute (d’autres aventures l’an prochain arriveront pour les retenir), les polémiques incessantes et la peur du plagiat, devenu si facile aujourd’hui, parce qu’allez retrouver une aiguille dans la botte de foin des data que recrachent de dévorantes IA qui vous volent allégrement vos œuvres sans que personne n’y trouve à redire sauf vous qui gueulez dans le désert. Tout était en place, mais en miniature. Aujourd’hui, c’est partout. Les nouveautés sont des monstres.

Notes d’écoute : doux commerce

Apprivoiser l’Atlantique : le langage publicitaire de la boutique caribéenne | Camille Cordier

Libres de couleur à l’écart de la presse, tournés vers le marché interne + oralité. Langage publicitaire, argument : 2 indicateurs ; qualité et recherche de fraîcheur, récent déchargement des marchandises (produites à des milliers de km) ; produits bien conditionnés ; précisent l’origine géographique : sert à se repérer ; France : intégration de la géographie des terroirs et de leur réputation (dont la Caraïbe fait aussi partie) : jambon de Bayonne … ≠ copie conforme des métropolitains ; liqueur de la veuve d’Anfou (?), réputée ; Amérique anglaise très citée.

Ce n’était encore qu’un balbutiement. La réclame, comme on disait, commençait à peine à envahir le monde. Le commerce pouvait encore être qualifié de doux. Des produits de partout certes se déversaient sur les colonies, mais on n’avait pas encore saturé le monde de trucs et de machins. Désormais, ces temps héroïques nous semblent le début de la fin. On y exploitait des esclaves certes mais dans un paradis. Aujourd’hui, on exploite d’autres esclaves mais le paradis est devenu un enfer.

Notes d’écoute : les distants et les copains

Théorie – Le billet et François Morel

2 sortes de profs : les distants et les copains, qui s’avèrent des sales cons ; chez les politiques aussi, sympas mais décevants et pas sympas (et parfois ils le sont vraiment).

Et moi, dans quelle catégorie de profs je me situe (pas question de me mettre à la politique, je me décevrais moi-même) ? Quelque part entre les deux extrêmes, sans doute, sympa et distant à la fois, sympa par caractère et distant par caractère aussi. Loin de moi l’idée de me faire détester de mes élèves (j’ose croire qu’ils m’aiment bien, du moins que je ne leur suis pas trop antipathique) mais le côté copain-copain, je te tutoie, on se boit un verre après les cours, ce n’est pas moi non plus. Bref, je crois (mais peut-être est-ce une illusion) ne pas encore être devenu un sale con.

Notes d’écoute : la voix de Pénélope

Gabriel Fauré, Pénélope : fin du 1er acte

Musique sombre. Pénélope a tissé un linceul … qui ne soit terminé … Ulysse (elle ne le reconnaît pas) (comme d’habitude, les voix d’opéra en français, on n’y comprend presque rien) … tu fileras … (ce n’est pas Ulysse, ce sont les prétendants) … la grâce de l’art … les nymphes et les jeux … (harpe et flûte) (atmosphère plus légère) (une sorte de clochette aussi) … tes yeux … miroir … cœur ému … parfum … ta bouche en fleur … dormir sur ton sein quand la nuit s’achève, quel rêve ! … de t’outrager nous n’avions pas dessein … (on parlerait aujourd’hui de harcèlement) … Ulysse … (une harpe, une flûte) … Ulysse … (je ne comprends rien d’autre de ce qu’elle chante) … la trace (je crois, mais avec vingt-huit accents circonflexes) … Ulysse, mon époux … (elle crie) (une trompette) (des cordes en trémolo) (une voix d’homme l’appelle, est-ce lui ?) … que veux-tu, misérable ? as-tu quelque message …. Je suis un pauvre de passage (évidemment, c’est lui) (ils le chassent).

Pénélope, c’est Jessie Norman (oui, Pénélope, en plus d’être une femme fidèle à son mari malgré la horde qui se jette sur elle, est une femme noire qui a une grosse voix). Elle tisse sa toile et elle la défait, on connait la combine, mais les prétendants sont des gros bourrins qui ne pensent qu’à bouffer dans les cuisines d’Ulysse et qu’à baiser sa femme qui a bien raison de ne pas se laisser faire et de sortir sa grosse voix de soprano lyrique pour chasser ces importuns. Quant à Ulysse, qu’est-ce qu’il attend pour les zigouiller tous, ces goujats ? Il attend un bel air de Pénélope puis un orchestre plus dramatique mais mes cocos, vous ne perdez rien pour attendre.

Notes d’écoute : roues carrées

Entretiens avec Germaine Tillion : « Le progrès et l’évolution ne peuvent avancer que sur des roues carrées »

Honneur = vertu des filles (en Méditerranée) : profondément ridicule (cf. Don Juan, pièces de Pagnol, histoires italiennes et grecques). Citation : « Les femmes écrasées fabriquent des homoncules irresponsables … exigence sociale … » Évolution ? Très peu de choses ont changé ; événements historiques ne peuvent rien face à quelque chose de si sacré. Changements économiques changent les choses mais lentement. Pousser la roue carrée, elle retombe sur les doigts, puis une fois elle tombe de l’autre côté : progrès. La roue tombe dans un domaine, pas dans l’autre ; très compliqué : des mouvements simultanés ont lieu : études supérieures plus importantes ; frappant : premiers villages, les paysans ne bougeaient pas de chez eux, puis bougent et reviennent, avalés par les sables mouvants. Petit à petit, ils sont plus nombreux et ça cristallise. Femmes : il y aura la cristallisation.

Le progrès semble désormais reculer mais toujours sur des roues carrées. Les notions ridicules proférées à l’encontre des femmes pullulent, les homoncules irresponsables gouvernent le monde et l’économie pille tout ce qu’elle peut piller, du fond des océans aux sous-sols, bientôt la lune et les étoiles. À force que ça nous retombe sur les doigts, nous risquons de tout perdre. Des domaines où ça avance ? Certes, des prises de conscience, des gens qui cherchent, qui tâtonnent, qui essaient d’expliquer, mais l’inertie est immense. On les fait taire, comme on fait taire les femmes. Les sables mouvants nous avalent (ce n’est pas une métaphore, le sable aujourd’hui est extrait de partout pour bétonner jusqu’au désert).

Notes d’écoute : sacrés mésopotamiens

Les temples en Mésopotamie : approche fonctionnelle (2) – Dominique Charpin (2014-2015)

Grande continuité de la religion mésopotamienne mais il y a des évolutions difficiles à voir, surtout pour les époques anciennes. Deuxième difficulté : civilisation parfaite dès l’origine (selon eux-mêmes) ; le dieu Marduk a créé les différentes catégories de prêtres, mais ceux-ci n’ont pas toujours obéi. Affirmation d’une intangibilité du culte mais dans la réalité ça a changé ; en réalité, grandes différences en 2 millénaires. Religion pas isolée du reste des activités : la vie dépend de forces supérieures qu’il faut rendre favorables. Prêtres = intermédiaires ; responsables du culte et du soin donné aux divinités. Autres catégories de prêtres : devins, portiers, brasseurs, artisans ; statut difficile à établir. Les prêtres n’ont pas l’exclusivité des cultes : les pères ont à faire le culte des ancêtres.

Les savants se penchent sur des pierres. D’étranges signes qu’ils appellent cunéiformes leur révèlent un monde disparu, deux millénaires d’une civilisation qui avait ses dieux, ses temples, ses devins, tout un monde qu’il s’agit de traquer et de comprendre de la manière la plus précise possible, sans y plaquer notre compréhension du monde. Ce que nous appelons prêtres correspond-il à ce qu’ils nomment ainsi ? En partie oui, en partie non. Le balayeur d’église est-il un prêtre ? Il semblerait qu’en ce temps-là, oui. Mais le père de famille qui s’adonne au culte des ancêtres, est-ce qu’on peut le considérer comme un prêtre ? Peut-être. Essayer de comprendre une civilisation disparue et lointaine, c’est constamment remettre en cause ce qui nous semble aller de soi. C’est en cela que cela importe.

Les temples de Mésopotamie : Approche fonctionnelle (3) – Dominique Charpin (2014-2015)

Recrutement du clergé : transmission héréditaire + pas de défaut physique + formation adéquate. Parfois désignés prêtres dès leur naissance. Nom d’années : prêtre résulte du choix des dieux ; choisi pour une consultation oraculaire ; installé par le roi. Système tombe en désuétude, mais on demande l’avis des dieux (consultation oraculaire). Eclipse de lune permet de nommer une prêtresse : le dieu désire une religieuse consacrée. Onomastique souligne le choix divin : « désir de la déesse Aya ». Appartenance à un lignage : entrée en fonction à la mort du titulaire, mais parfois pas (nomination royale) ; parfois hérédité fictive, un ancêtre commun. Appartenance à une famille élargie. Formation : dans les écoles ? dans la famille ? Les membres du clergé assuraient l’éducation de leurs propres enfants.

Retrouver les traces d’une religion ancienne pour ne pas rester dupes des nôtres. Ce que nous nommons prêtre ne correspond pas tout à fait à ce qu’ils nommaient ainsi. Et les dieux non seulement étaient plusieurs, mais ils étaient incarnés, ils étaient présents, ils se mouillaient, contrairement à notre Dieu qui se cache (de honte, sans doute). De la Mésopotamie, je ne sais pas grand-chose, ses dieux me sont inconnus, je me perds dans la chronologie, mais il s’agissait d’humains comme nous et rien de ce qui est humain (et donc divin, si j’en crois leur mode vie) ne m’est étranger.

Les temples de Mésopotamie : approche fonctionnelle (5) – Dominique Charpin (2014-2015)

Exorcistes : pas dans les temples ; peuvent se rendre chez les clients. Titres divers : activité complémentaire de celle des devins : présage défavorable, que faire ? l’exorciste va détourner le mauvais sort, détourne le mal de sa cible par un rituel verbal et gestuel (figurine sur laquelle le mauvais sort devra tomber). Découverte de Tell Haddad : textes magiques découverts dans une maison ; bibliothèque professionnelle avec beaucoup de textes sumériens (contexte reste incertain). 1er millénaire : littérature considérable ; on a la totalité de la série de l’exorcisme d’Egasil-kin-apli, découvert en 1908 dans une maison d’exorcistes : incantations, prières, listes de plantes à caractère médical, rattachées au temple d’Aššur. ~ 100 documents administratifs ; les exorcistes s’impliquent dans la gestion du temple.

N’est-il pas dangereux de réveiller des exorcistes ? Peut-être le mauvais sort se détournera-t-il sur les archéologues… Des millénaires se sont passés mais la magie ne trépasse pas et les dieux assyriens ne demandent qu’à renaître pour se venger de leur disparition. On pénètre dans des maisons sacrées, on y prélève des objets sacrés, on élabore à leur sujet mille théories qui feraient se plier de rire les devins babyloniens. Mais c’est à nos risques et périls. Cette terre entre deux fleuves est une terre maudite. On s’y fait la guerre plus souvent qu’on y chante l’amour et Egasil-kin-apli n’est pas une appli ordinaire. Elle distille dans nos vies un poison qui en nous effaçant effacera le sortilège.

Notes d’écoute : malouinière

Olivier Roellinger, du vent, des étoiles et des épices 1/5 : une enfance blessée

Père médecin, vit dans une malouinière ; médecin-miracle arrive avec la pénicilline et la sécu ; généraliste : la porte reste toujours ouverte pour soigner (malades, blessés revenant de guerre) ; les médecins faisaient des accouchements … tout … enfance merveilleuse, élevé par 2 bonnes, Ghislaine et Marcelle ; les parents adoraient sortir, nouvelle vague, Françoise Sagan ; engagement total ; dimanche matin, le père l’emmène avec lui ; du mal de parler en bien de mon père, modèle jusqu’à mes 13 ans ; quelqu’un qui aimait les gens ; dimanche : pas à la messe, pâtisserie, cliniques religieuses (offre des religieuses aux religieuses) ; avant Noël, collecte (huitres, volaille…) emmenée dans des familles de gens dans le besoin. Monde s’écroule quand le père est parti (bleu à l’âme) (bobo qui peut paraître anodin aux autres) (d’autres vivent pire). École : on l’appelle gueule cassée à cause d’une attaque de chien.

Si le père est parti, c’est pour une autre femme que la mère, mais ce faisant il abandonne le fils. Anodin, un tel départ ? Jamais. Le fils, plus tard, subira une autre agression, à coup de barres de fer. Il meurt presque puis devient chef étoilé et créateur d’épices. Tomber sept fois, se relever huit. L’enfance reste, souvenirs heureux puis brisure, mais la vie rebondit. Si le père n’était pas parti, la suite aurait-elle eu lieu ? Nul ne le sait. Peut-être aurais-je écouté l’interview d’un grand médecin et aurais-je sans doute aussi eu la chance d’écrire le mot malouinière.

Notes d’écoute : toucher le sublime

Wajdi Mouawad, spectacle sans frontières 1/5 : « Dans ma famille, le silence est impossible, le calme est insupportable »

Nausée trop grande pour dire : « Je termine un quatuor ». Spectacle trop prenant, angoissant ; répétitions avancent. Enfance : parle du monde, œuvre très intime avec des résonnances … « je suis chanceux » … « mes maladresses sont plus justes que mes adresses » … « je ne suis pas du tout… » … « erreur : j’étais convaincu que tout le monde voulait être un artiste » … lecture de la vie des saints, vies fulgurantes liées à l’invisible (Thérèse d’Avilla, Mahomet, le Christ, Socrate) : sainteté dans ce qu’elle a d’humain, et après la sainteté, il y avait l’artiste. « J’étais convaincu que tout le monde voulait écrire et écrire Sophocle ou rien » ; « veux toucher le sublime, mais les gens voient plein de choses que vous n’avez pas voulu faire. » Je ne sais pas voir, écouter ce qui est bien : coup de pot.

Même étonnement, même stupéfaction face à la médiocrité des désirs : les gens se rêvent employés, rentiers, petits propriétaires ; médiocrité des rêves quand le choix qui s’impose, c’est l’art, la sainteté, l’idéal. Toucher le sublime, risquer le tout pour le tout, y parvenir presque, puis entendre les commentaires (rien de plus insupportable après les pièces de théâtre que les gens qui se croient obligés immédiatement de dire des banalités). Art de la maladresse face aux certitudes qui se pavanent, cette fragilité me parle, elle me chuchote à l’oreille que c’est la bonne voie, que le chemin de traverse est nécessaire.

Notes d’écoute : Comédie Française

Éric Ruf, tous les métiers du théâtre 5/5 : Administrer

Pour donner un sentiment d’appartenance aux nouvelles générations, il faut que les porteurs d’eau soient divers. À la fin du mandat, quittera la maison. A pensé devenir administrateur, au moment où a pensé à quitter la Comédie Française ; veut faire autre chose ; démissionne du rôle de sociétaire, se retire mais est nommé honoraire ; peut revenir y travailler quand un administrateur le voudra ; fait partie des grognards ; ne sait pas ce qu’il fera après. Seule pensée : qu’est-ce qu’on mange ce soir ?

Avant de ne penser qu’à la bouffe, Éric Ruf a sans doute encore du chemin à faire, tant ses activités dans le monde du théâtre ont été multiples, même si le carcan de la Comédie Française doit être fort étouffant : comédien, metteur en scène, scénographe, administrateur, cet homme peut-il quitter le théâtre comme ça, en claquant des doigts ? Peut-être sont-ce ces mots, sociétaire ou honoraire, qu’il s’agit de quitter, parce que la pompe qu’ils induisent ne convient pas aux saltimbanques que devraient être les gens de théâtre. Je n’ai jamais vu de pièce à la Comédie Française (quand j’ai voulu réserver, trop tard, tout était déjà pris) et ne peux donc pas juger si ce théâtre est à la hauteur de sa réputation, mais en écoutant parler Éric Ruf, je me dis que pour mon prochain séjour parisien, il faudra m’y prendre un peu plus à l’avance.

Notes d’écoute : Marguerite Yourcenar féministe ?

Entretiens avec Marguerite Yourcenar 6/12 : Les personnages féminins dans l’ombre de l’Histoire

(extrait des Mémoires d’Hadrien) le cercle étroit des femmes…

M.Y. : « La femme a accepté de se séparer du rythme de la vie humaine en dehors de son expérience strictement féminine. »

Dirait-elle cela aujourd’hui ? Elle parlerait des femmes (c’est d’ailleurs ce qu’elle écrit) et se demanderait si vraiment il s’agit d’acceptation : « Les femmes ont été forcées de se séparer du rythme de la vie humaine (par essence masculine, parce qu’un rythme de femme n’est pas moins humain qu’un rythme d’homme) en dehors de leur expérience strictement féminine (ou que l’on présente comme féminine dans le but de cantonner les femmes à des rôles précis et limités qui servent à asseoir la domination masculine). » Marguerite Yourcenar féministe ? Il a bien fallu.