Notes d’écoute : la voix de Pénélope

Gabriel Fauré, Pénélope : fin du 1er acte

Musique sombre. Pénélope a tissé un linceul … qui ne soit terminé … Ulysse (elle ne le reconnaît pas) (comme d’habitude, les voix d’opéra en français, on n’y comprend presque rien) … tu fileras … (ce n’est pas Ulysse, ce sont les prétendants) … la grâce de l’art … les nymphes et les jeux … (harpe et flûte) (atmosphère plus légère) (une sorte de clochette aussi) … tes yeux … miroir … cœur ému … parfum … ta bouche en fleur … dormir sur ton sein quand la nuit s’achève, quel rêve ! … de t’outrager nous n’avions pas dessein … (on parlerait aujourd’hui de harcèlement) … Ulysse … (une harpe, une flûte) … Ulysse … (je ne comprends rien d’autre de ce qu’elle chante) … la trace (je crois, mais avec vingt-huit accents circonflexes) … Ulysse, mon époux … (elle crie) (une trompette) (des cordes en trémolo) (une voix d’homme l’appelle, est-ce lui ?) … que veux-tu, misérable ? as-tu quelque message …. Je suis un pauvre de passage (évidemment, c’est lui) (ils le chassent).

Pénélope, c’est Jessie Norman (oui, Pénélope, en plus d’être une femme fidèle à son mari malgré la horde qui se jette sur elle, est une femme noire qui a une grosse voix). Elle tisse sa toile et elle la défait, on connait la combine, mais les prétendants sont des gros bourrins qui ne pensent qu’à bouffer dans les cuisines d’Ulysse et qu’à baiser sa femme qui a bien raison de ne pas se laisser faire et de sortir sa grosse voix de soprano lyrique pour chasser ces importuns. Quant à Ulysse, qu’est-ce qu’il attend pour les zigouiller tous, ces goujats ? Il attend un bel air de Pénélope puis un orchestre plus dramatique mais mes cocos, vous ne perdez rien pour attendre.

Journal du 24 au 27 mars 2024

Dernier rush de boulot, on en viendrait presque à oublier la lecture et la culture, mais pour mieux s’y replonger dès demain. Saisir ici néanmoins quelques bribes.

Ce que j’ai lu

Franck Thilliez : thriller à la française. Comment traduire thriller ? Je découvre que les puristes écrivent thrilleur comme s’il s’agissait de trier des pommes de terre dans la cave alors que dans les caves des romans de Franck Thilliez on découvre de plus horribles choses issues de cervelles psychopathes et sadiques (les deux à la fois, des espèces de monstres au carré). Pourquoi lire de telles dégueulasseries ? L’instinct pervers, le penchant voyeuriste, patati, patata (dans la cave, chez nous, il n’y avait que cela, des patates à dégermer, aucune peau d’aveugle à tanner, aucun cochon à revêtir d’une robe à fleurs, aucun suspect à torturer, peut-être que c’est pour ça qu’on lit des thrilleurs, pour échapper à la corvée de patates).

Ce que j’ai vu

Rien vu. La mémoire n’a rien retenu. Rien ? Vu la pluie tomber.

Ce que j’ai entendu

Il était question de Fauré, qu’elle s’obstinait à nommer Forêt, et le puriste en moi, celui qui désormais écrit thrilleur, s’énervait de cet appauvrissement des voyelles dans la langue française, dont bientôt ne resteront que les naissances latentes. Déjà qu’entre pâtes et pattes ils n’entendent pas que ça n’a rien à voir mais même si les è et les é ils confondent, où va-t-on ? Et, par exemple, on nous apprenait qu’il fallait dire é pour ne pas mélanger avec est, qu’on prononçait è, alors que les jadis on disait , mais (qu’on prononce parce qu’on n’est pas encore au mois de ) après l’énervement du linguiste vient l’apaisement du musicien quand ne reste que la simplicité des airs de Fauré.

Ce que j’ai fait

Écriture ? La source n’est pas tarie mais ce n’est qu’un filet qui coule. Il y a cette chanson, Journal intime, mais puisqu’il s’agit d’un journal intime (pas le mien, le sien), je ne peux rien en dévoiler, et il y a cette autre chanson, la première en français que j’essaie à la guitare, une chanson qui revient en boucle depuis l’enfance jusque dans mes granges les plus intimes avec dedans un prénom qui revient souvent lui aussi.