Franck Thilliez, maître du thriller à la française, se met dans la peau d’un certain Caleb Traskman pour nous raconter, presque jusqu’à la fin, une histoire terrible et glauque, Le Manuscrit inachevé, où rien ne nous est épargné (au point qu’on s’en lasse, de l’horreur). Ce roman a été publié en 2028 chez Fleuves éditions.
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Franck Thilliez : Il était deux fois
Un thriller qui nous entraîne dans les méandres de la mémoire et dans les horreurs de la perversion, voilà Il était deux fois, un roman de Franck Thilliez publié en 2020 chez Fleuve éditions.
Journal du 8 au 9 avril 2024
Ce que j’ai lu
Phase de lecture tous azimuts, rien qui accroche au point de s’y plonger à fond (fini cette bande dessinée, Animan, loufoque au possible, mais grapillé aussi quelques mots dans Flaubert, son projet d’un roman qui se serait appelé La Spirale, dans Franck Thilliez, mais je me lasse, dans La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget, dans Montaigne, dans Dante, dans L’Histoire, un article sur les nouveaux manuels d’histoire en Russie ou comment en effet fabriquer des crétins et de bons petits soldats prêts au massacre).
Ce que j’ai vu
Toujours Les 100, barbarie geek, les hommes manipulés par l’IA, les pires horreurs commises au nom de la lutte contre la souffrance (faire souffrir parce qu’on ne sait pas souffrir soi-même) (un mélange de propagande poutinienne et de crétinisme digital sur fond de lutte des clans) (ce paradoxe au cœur de nos obsessions : le progrès technique facteur de régression humaine) (cette impression : on y vit déjà un peu, dans ce monde-là).
Ce que j’ai entendu
Le cours de l’histoire n’est pas un long fleuve tranquille, ce n’est pas le Nil des pharaons et des bâtisseurs de pyramides, qui n’étaient, apprends-je, pas tous des esclaves, et d’esclavage il est aussi question quand il s’agit des africains-américains, de ces cow-boys noirs, apprends-je aussi, et de ces camps militaires où les soldats étaient noirs et les officiers blancs et où on formait mal les futurs combattants pour mieux affirmer par la suite qu’ils n’avaient pas l’étoffe de héros (cela a lieu pendant la Deuxième Guerre mondiale, pendant qu’on disait se battre contre les affreux racistes nazis, comme quoi il n’y a pas qu’en Russie poutinienne qu’on manipule l’histoire).
Ce que j’ai fait
La corne au bout des doigts se forme. Pourtant, je m’acharne toujours sur les mêmes accords et ne parviens pas à passer de l’un à l’autre sans moultes hésitations, alors qu’à la clarinette il faut tricher malgré la peine qu’on prend à répéter sans cesse les mêmes traits : impression d’être en musique un éternel débutant. En écriture ? Impossible de me concentrer longtemps sur un même texte (comme pour la lecture, il y a un temps pour tout).
Journal du 24 au 27 mars 2024
Dernier rush de boulot, on en viendrait presque à oublier la lecture et la culture, mais pour mieux s’y replonger dès demain. Saisir ici néanmoins quelques bribes.
Ce que j’ai lu
Franck Thilliez : thriller à la française. Comment traduire thriller ? Je découvre que les puristes écrivent thrilleur comme s’il s’agissait de trier des pommes de terre dans la cave alors que dans les caves des romans de Franck Thilliez on découvre de plus horribles choses issues de cervelles psychopathes et sadiques (les deux à la fois, des espèces de monstres au carré). Pourquoi lire de telles dégueulasseries ? L’instinct pervers, le penchant voyeuriste, patati, patata (dans la cave, chez nous, il n’y avait que cela, des patates à dégermer, aucune peau d’aveugle à tanner, aucun cochon à revêtir d’une robe à fleurs, aucun suspect à torturer, peut-être que c’est pour ça qu’on lit des thrilleurs, pour échapper à la corvée de patates).
Ce que j’ai vu
Rien vu. La mémoire n’a rien retenu. Rien ? Vu la pluie tomber.
Ce que j’ai entendu
Il était question de Fauré, qu’elle s’obstinait à nommer Forêt, et le puriste en moi, celui qui désormais écrit thrilleur, s’énervait de cet appauvrissement des voyelles dans la langue française, dont bientôt ne resteront que les naissances latentes. Déjà qu’entre pâtes et pattes ils n’entendent pas que ça n’a rien à voir mais même si les è et les é ils confondent, où va-t-on ? Et, par exemple, on nous apprenait qu’il fallait dire é pour ne pas mélanger avec est, qu’on prononçait è, alors que les jadis on disait lè, mais (qu’on prononce mè parce qu’on n’est pas encore au mois de mé) après l’énervement du linguiste vient l’apaisement du musicien quand ne reste que la simplicité des airs de Fauré.
Ce que j’ai fait
Écriture ? La source n’est pas tarie mais ce n’est qu’un filet qui coule. Il y a cette chanson, Journal intime, mais puisqu’il s’agit d’un journal intime (pas le mien, le sien), je ne peux rien en dévoiler, et il y a cette autre chanson, la première en français que j’essaie à la guitare, une chanson qui revient en boucle depuis l’enfance jusque dans mes granges les plus intimes avec dedans un prénom qui revient souvent lui aussi.
Journal du 3 au 7 mars 2024
Ce que j’ai lu
Roman policier ou affaires réelles, la frontière est souvent ténue : Cercueils sur mesure de Truman Capote, récit véridique non romancé d’un crime américain ; Il était deux fois, roman de Franck Thilliez dans lequel un autre roman, inventé (mais tout roman est inventé), modifie la réalité (du moins la réalité du roman, c’est-à-dire la fiction). Vertige du double lecteur : qu’est-ce qui est réel ? qu’est-ce qui ne l’est pas ? Quand on lit, tout est réel et tout est irréel, en même temps. On sait que les personnages sont de papier mais on sent qu’ils sont aussi des personnages réels. Autre lecture du moment : Don Quichotte. C’est peut-être dans ce livre-là que naît ce trouble.
Ce que j’ai vu
YouTube, si l’on ne s’y perd pas, est une mine. On y trouve des gens passionnants (et passionné), on s’y laisse hypnotiser par François Bon, on y fait l’exégèse de Sacré Graal ! avec Pacôme Thiellement, on vole quelques images des jours (de tous les jours) avec Patrick Müller. Netflix, c’est plus carré, mais cette série, Les 100, tourne à l’horreur et au dilemme moral permanent, ce qui fait qu’on se laisse happer. Mais le soir on va au théâtre et c’est Racine, Andromaque, et on en ressort abasourdi, à la fois enthousiaste et déçu, fatigué par tant d’intensité, éreinté par les mots, la beauté des alexandrins, la force d’une langue qui creuse l’âme des personnages au moment crucial de leur vie, personnages mis à nu par les mots qui les traversent et par l’implacable arbitraire de leurs sentiments. Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque, qui aime Hector, qui est mort : quand on a résumé la pièce ainsi, on n’a encore rien dit, on n’a encore rien compris, on ne s’est pas encore mis à la place de chacun des personnages et c’est seulement une fois le spectacle terminé qu’il résonne en nous. On en a un peu parlé à chaud en sortant mais dans de tels moments on ne peut dire que des banalités ou des énormités, mais vient la nuit : insomnie ; on croit entendre à nouveau les plaintes de tous, on meurt une nouvelle fois avec eux, et au matin on part en quête d’une parole :
Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer.
Oreste ivre se perd, Hermione ne rit plus, Andromaque n’est plus, Pyrrhus assassiné a rejoint le mari d’Andromaque. Tout cela, ce flux de passions, n’est pas jouable sur un crouille théâtre mais le jeu des comédiens, qui parfois en font trop et parfois pas assez, s’insinue comme un poison dans nos théâtres intimes.
Ce que j’ai entendu
Il fut question de bâtisseurs et d’un retour à Paris, le Notre-Dame de Viollet-le-Duc, la tour en fer de Gustave Eiffel, et Versailles, pour fuir la grande ville et pour écouter ces musiques apaisantes qui poussent à la lecture (citer au passage Vivaldi, Debussy, Francis Poulenc).
Ce que j’ai fait
Les filles de la piscine, la chanson s’achève sur un plongeon. Il est temps de me jeter à l’eau, de les chanter pour de bon, ces chansons, mais avec qui ? En attendant, je m’essaie à la guitare mais les doigts sont hésitants comme ils le sont à la clarinette. À force de tout faire, on ne fait tout qu’à moitié, mais la moitié de tout, ce n’est pas rien. Et écrire ? Toujours des bribes par-ci par-là. Source tarie on dirait, en attendant le printemps.
Journal du 24 au 29 février 2024
Ce que j’ai lu
Ce vrac de lecture sans ordre, toujours. Faites-les lire, écrit l’un, Michel Desmurget, Fou de Paris, écrit l’autre, Eugène Savitzkaya, Il était deux fois, écrit encore un autre, Franck Thilliez, mais ce n’est pas fini, il y a aussi L’infra-ordinaire et La Fracture (Georges Perec et Charles Juliet, lectures familières, amicales) et Don Quichotte (lire plus resserré, voilà ce qu’il faudrait) (il y a aussi ce Journal d’un mot d’Emmanuelle Cordoliani, un livre où je picore) (c’est trop à la fois, on n’arrive plus rien à dire).
Ce que j’ai vu
Toujours les mêmes choses, Babel sur le Nil, Les 100, de la recherche et de l’action, tout et son contraire, déchiffrer des papyrus dans l’Egypte de l’Antiquité tardive, y trouver du copte, du grec, du latin, du pelvi, de l’arabe, puis suivre la guerre des gens de la montagne, des natifs (culture américaine, quand tu nous tiens), des gens du ciel, de la cité des lumières. Voir ou croire voir des mondes perdus, passés ou futurs.
Ce que j’ai entendu
Laisser les gens raconter, à voix nue, passer d’Alain Juppé au juge Trévidic, écouter Danièle Thompson raconter le tournage de La folie des grandeurs puis danser avec Angelin Preljocaj, j’aime ces vies si différentes qui se disent avec pudeur ou avec impudeur, puis de la musique, de la musique, de la musique (des classiques mille fois entendus mais dont on ne se lasse pas).
Ce que j’ai fait
Il a fallu, parce que le concert annuel approche, jouer de la clarinette, jamais assez jouer de la clarinette, et il a fallu parler de Lamartine, d’Hugo, de Perec, de Verlaine, de Mallarmé, à des gens que ces noms indiffèrent (ou indifféraient, peut-être maintenant…). Et ces vidéos pour parler des livres, ça devient une habitude : comment me renouveler ? Quant à la guitare, les doigts peinent (barrer, je n’arrive pas ; enchaîner les accords simples, ça vient, lentement, trop lentement). Écrire ? pour dire qu’on n’a plus rien à écrire, mais écrire qu’on n’a rien à écrire c’est encore et toujours écrire.