Journal de lecture – 2025, semaine 11

Dans ce onzième journal de lecture de l’année 2025, je passe en revue mes lectures, dont surtout :

1:41 Gustave Flaubert, Un cœur simple

2:55 Umberto Eco, Reconnaître le fascisme

21:05 Jean Helgland, Dans la forêt

26:24 Senancour, Obermann

32:58 Pierre Guyotat, Idiotie

Journal de lecture – 2025, semaine 10

Dans ce dixième journal de lecture de l’année 2025, je passe en revue mes lectures, dont surtout :

1:34 Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit

6:13 Pierre Guyotat, Idiotie

7:42 Jean Helgland, Dans la forêt

9:04 Senancour, Obermann

15:23 Montaigne, Essais

17:20 Albert Camus, Lettres à un ami allemand

17:47 Gustave Flaubert, Un cœur simple

18:37 Xavier Dorison et Thimothée Montaigne, 1629… ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta

19:47 Jean-François Rouiller, Une mystérieuse affaire dans le canton de Fribourg au siècle dernier

Gustave Flaubert : Carnets et Projets

Fouiner dans l’atelier d’un auteur, lire les idées qu’il a lancées sur le papier, ses projets inaboutis et sa correspondance au jour le jour, est passionnant, surtout quand cet auteur s’appelle Gustave Flaubert, dont les Carnets et Projets et la Correspondance 1878-1880 ont été publiés en 1965 aux éditions Rencontre.

journal du 23 au 25 juin 2024

Ce que j’ai lu

La haine de la littérature, William Marx : le calvaire du prof de lettres et de l’écrivain, ce serait de passer son temps à enseigner ou à produire des discours qui échappent au pouvoir. Son calvaire mais aussi sa chance. La littérature nuit à l’autorité, à la vérité, à la moralité et à la société (et elle a bien raison). Je lis en parallèle la correspondance de Flaubert, qui lui aussi a dû faire face aux procès antilittéraires, à commencer par sa pauvre madame Bovary qui semble pourtant, à la fin de sa vie, quand il s’acharne sur son Bouvard et Pécuchet, le barber au plus au point (mais tout le barbe, le pauvre vieux, sa guibole cassée, les bourgeois, son éditeur, la philosophie, la religion, les rentes qu’on cherche à lui refourguer, et face à de tels râleurs, on peut comprendre que non merci, la littérature, vous auriez pas plus utile dans la vie, parce qu’apprendre par cœur La Princesse de Clèves, c’est quand même pas possible, qu’il dit, l’ancien président).

Ce que j’ai vu

Mad Max, les deux premiers films (parce que j’ai vu le dernier et que j’aimerais quand même bien comprendre cette histoire de monde désertique où on se bat sur les routes pour le pétrole) (un monde dystopique, certes, encore un, mais allez savoir de quoi demain sera fait).

Ce que j’ai entendu

Avec philosophie s’interroge sur les séries, leur caractère chronophage ou émancipateur (je suis de ceux qui consomment les séries à petit feu, évitant tant que faire se peut de me faire bouffer). Il (ou elle, quel est le genre d’Avec philosophie ?) s’interroge aussi sur le voyage, celui d’Ulysse, ceux, réels ou imaginaires, de Baudelaire, Segalen, Michaux, ceux de ces intellectuels qui découvrent l’U.R.S.S. ou la Chine de Mao et ne veulent rien y voir qui coince (les Sartre, Sollers, etc.) : cécité peut-être aussi face à ce qui se joue aujourd’hui dans le monde et en France (ils ne voient plus l’extrême droite, qui pourtant n’a fait que se déguiser).

Ce que j’ai fait

Période de creux (l’avant-vacances, toujours déprimant, à cause du vide social qui menace) mais on s’accroche à l’atelier de François Bon (même si déjà en retard) et à ces chansons qui s’écrivent un vers par ci un mot par là mais qui petit à petit deviennent quelque chose. Et on gratte la guitare (trois chansons à mon répertoire, toutes massacrées).

Journal du 11 au 12 juin

Ce que j’ai lu

Correspondance de Flaubert (1879, un an avant sa mort) : il se casse la guibole, se plaint de ses lectures métaphysiques (pour Bouvard et Pécuchet) et de ce que tout le monde lui écrit les mêmes mots. La vie du monde ? Il s’en éloigne, l’ironie confinant au cynisme. On rit et on souffre avec lui. On aime.

Ce que j’ai vu

Le dernier Tarantino (si je n’ai rien loupé), Once upon a time in Hollywood, un film certes pour cinéphile averti mais j’avoue n’avoir pas été trop déstabilisé par mon ignorance : ça se regarde bien, on plonge dans les années soixante, les vieux westerns, les stars qui dépriment, les hippies de la famille sous l’emprise d’un psychopathe, et on est gratifié à la fin d’une scène bien gore où le sang pisse à grand flot comme il se doit (et toujours cette distance, chez Tarantino, qui crée le rire et le malaise).

Ce que j’ai entendu

Brève cure de Géopolique, histoire de sonder un peu l’ignominie du monde, écouter Gaza, écouter l’Ukraine, écouter Trump à petites doses, tenter d’y comprendre (c’est peine perdue) quelque chose (l’actualité immédiate, l’écume, je n’écoute plus, c’est trop déprimant) et se sentir proche de Flaubert retiré à Croisset qui se perd dans des imbécilités métaphysiques plutôt que dans des horreurs terre à terre.

Ce que j’ai fait

Pas grand-chose : sempiternels accords de guitare et gammes de clarinette, écriture de silence (ce serait une sorte d’idéal : écrire le silence) (mais quand l’idéal reste infiniment loin, le spleen revient, forcément).

Journal du 7 au 10 juin 2024

Ce que j’ai lu

Entre ironie et dystopie ou comment dire le monde qui est et le monde qui vient en gardant ses distances (de plus en plus, il est nécessaire de prendre ses distances avec le monde) : dans Silo, on commence à comprendre que vivre enfermé n’est pas normal ; dans Les cités obscures, on voit qu’à force de construire à n’en plus finir on détruit ; dans la correspondance des dernières années de Gustave Flaubert, on s’efforce de tout regarder avec l’ironie du désespéré qui s’acharne à jouer les Bouvard et Pécuchet.

Ce que j’ai vu

Toujours Les 100 : et si sur une autre planète on trouvait la paix ? Ils débarquent du ciel, sont émerveillés de découvrir un monde où la vie est encore possible, mais ce n’est bien sûr qu’une illusion. Dès que l’humain foule une terre, il la souille.

Ce que j’ai entendu

Avec philosophie, s’interroger sur le tragique (Racine, Shakespeare, Nietzsche, les anciens). Nous vivons une époque tragique mais nous faisons tout pour nier la tragédie (existentielle, climatique, politique, j’en passe). Il faut faire semblant de croire que tout est encore sauvable alors que nous mourrons (c’est la tragédie existentielle), que la vie sur terre devient de plus en plus impossible (c’est la tragédie climatique), que le RN est aux portes du pouvoir chez nos voisins français (c’est l’une des tragédies politiques, avec le grand retour de Trump et le maintien des Xi Jinping, Poutine, Modi, Erdogan, Maduro, Orban et j’en passe). Bref, l’optimisme est (Voltaire l’avait déjà vu) une supercherie dangereuse dans un monde qui s’effondre.

Ce que j’ai fait

Étant donné la tragédie, que faire ? S’acharner à écrire et à faire de la musique (surtout cela, faire de la musique, chanter, jouer de la clarinette, proposer un peu de beauté pour survivre quand la laideur se pavane).

Gustave Flaubert : Correspondance 1865-1870

Lire la Correspondance de Gustave Flaubert, celle des années 1865 à 1870, au temps où il écrivait L’Éducation sentimentale, c’est entrer dans la cuisine et dans la tête d’un auteur fascinant à travers celles (surtout) et ceux à qui il se confie dans ce livre qui a été publié en 1965 aux Éditions Rencontre.

Journal du 8 au 9 avril 2024

Ce que j’ai lu

Phase de lecture tous azimuts, rien qui accroche au point de s’y plonger à fond (fini cette bande dessinée, Animan, loufoque au possible, mais grapillé aussi quelques mots dans Flaubert, son projet d’un roman qui se serait appelé La Spirale, dans Franck Thilliez, mais je me lasse, dans La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget, dans Montaigne, dans Dante, dans L’Histoire, un article sur les nouveaux manuels d’histoire en Russie ou comment en effet fabriquer des crétins et de bons petits soldats prêts au massacre).

Ce que j’ai vu

Toujours Les 100, barbarie geek, les hommes manipulés par l’IA, les pires horreurs commises au nom de la lutte contre la souffrance (faire souffrir parce qu’on ne sait pas souffrir soi-même) (un mélange de propagande poutinienne et de crétinisme digital sur fond de lutte des clans) (ce paradoxe au cœur de nos obsessions : le progrès technique facteur de régression humaine) (cette impression : on y vit déjà un peu, dans ce monde-là).

Ce que j’ai entendu

Le cours de l’histoire n’est pas un long fleuve tranquille, ce n’est pas le Nil des pharaons et des bâtisseurs de pyramides, qui n’étaient, apprends-je, pas tous des esclaves, et d’esclavage il est aussi question quand il s’agit des africains-américains, de ces cow-boys noirs, apprends-je aussi, et de ces camps militaires où les soldats étaient noirs et les officiers blancs et où on formait mal les futurs combattants pour mieux affirmer par la suite qu’ils n’avaient pas l’étoffe de héros (cela a lieu pendant la Deuxième Guerre mondiale, pendant qu’on disait se battre contre les affreux racistes nazis, comme quoi il n’y a pas qu’en Russie poutinienne qu’on manipule l’histoire).

Ce que j’ai fait

La corne au bout des doigts se forme. Pourtant, je m’acharne toujours sur les mêmes accords et ne parviens pas à passer de l’un à l’autre sans moultes hésitations, alors qu’à la clarinette il faut tricher malgré la peine qu’on prend à répéter sans cesse les mêmes traits : impression d’être en musique un éternel débutant. En écriture ? Impossible de me concentrer longtemps sur un même texte (comme pour la lecture, il y a un temps pour tout).

Journal du 31 mars au 5 avril 2024

Ce que j’ai lu

Le czar de Russie m’a profondément déçu ; je l’ai trouvé pignouf.

Gustave Flaubert

C’est une lettre à George Sand datée du 15 juin 1967, George Sand que Flaubert nomme « chère maître ». Alors que le grand auteur s’acharne à peaufiner son style, qu’il passe cinq ans à gueuler L’éducation sentimentale, qu’il en ressort avec au fond de l’âme une haine profonde de la petitesse bourgeoise, voilà qu’il se lâche et que cela fait le plus grand bien, semble-t-il même si soudain les malheurs s’accumulent, les amis meurent, la guerre survient, Flaubert se retrouve seul, son bouquin sur lequel il a tant sué reçoit un accueil mitigé, il se plaint de ne pas recevoir assez de visites de sa nièce et de sa chère amie de Nohant, il s’occupe de sa vieille mère et voudrait bien pouvoir écrire mais c’est peine perdue, alors ce sont des lettres qu’il pond, et lire ces lettres, c’est pénétrer dans l’atelier, dans la tête, dans le cœur de Flaubert et c’est peut-être ainsi qu’il faudrait entrer dans son œuvre, par ses à-côtés, par cette misanthropie de plus en plus franche, par la tendresse d’un oncle ganachon qu’on laisse se déplumer dans son coin mais qui nous, nous remplume.

Ce que j’ai vu

Dans Les 100 (je ne sais pas quelle saison, la quatre, je crois), l’ennemi, de plus en plus c’est l’IA : dans la Cité des Lumières, on ne souffre pas. C’est une utopie (demandez au pauvre Flaubert qui perd Bouilhet puis Duplan puis Sainte-Beuve puis Jules de Goncourt puis qui voit les Prussiens s’approcher de Croisset, ce que c’est que souffrir) mais un monde où l’on ne souffre pas c’est un monde où ceux qu’on a aimés on les oublie et ce n’est pas un monde vivable comme n’est pas vivable un monde où l’on ne meurt pas. Un monde où l’on ne souffre pas, c’est, dans Les 100, une dystopie. Raven s’en rend compte. Elle veut retrouver le souvenir de ses disparus.

Ce que j’ai entendu

Musicopolis, la musique dans la cité et cette question de la place des femmes dans l’histoire de la musique, leur place à la radio, au disque, au concert, leur place aussi dans les algorithmes. Depuis quelque temps, je lance l’algorithme systématiquement par une compositrice, jamais la même (cette mine, Que demander à Clara ?, je les prends dans l’ordre alphabétique, j’arrive bientôt à la fin de la lettre A) et ce qui suit ce sont toujours les sempiternels Bach (le père), Mozart (le frère) et compagnie, pas une seule femme, pas un seul retour de celles déjà découvertes (et déjà oubliées). L’algorithme est désespérément conservateur : non seulement les musiques de femmes sont invisibilisées mais c’est aussi le cas de la musique contemporaine (nombres de ces compositrices sont vivantes) qui nous renvoie encore et toujours aux éternels Schumann (le mari), Brahms (l’amoureux transi) et tutti quanti.

Ce que j’ai fait

Bien peu, malgré le temps propice des vacances. Des éclats et des égarements. Relecture au sabre de Fribourgs, difficulté à chanter l’intime d’une, formation lente des callosités aux doigts du guitariste trop amateur, montage de quelques vidéos (celle-ci que l’auteur me fait l’honneur de commenter, celles encore à venir), tentative infructueuse de compréhension d’un exercice censément heureux que m’a envoyé ma prof de clarinette juste avant sa fuite en Égypte, quelques notes prises au vol dans le carnet, mauvaises notes sans doute, occupations dilettantes, histoire de passer le temps sans sécher.

Journal du 28 au 30 mars 2024

Début de vacances : soudaine mélancolie. Solitude à meubler. Contre-courant. Tout le monde dit : profite bien. Mais tout le monde s’en va. Se réfugier dans la lecture et la culture puis lancer ici une bouteille à la mer.

Ce que j’ai lu

Ce vieux volume de la correspondance de Gustave Flaubert trouvé dans un grenier, les lettres de 1865 à 1870, pendant l’écriture de L’éducation sentimentale. Il est étrange de lire une correspondance dont on a les lettres que d’une personne. Flaubert écrit à sa nièce Caroline (il signe ton vieux ganachon), aux frères Goncourt comme s’ils n’étaient qu’une seule personne, à d’illustres inconnus, mais jamais on a leurs réponses. Cette écriture des lettres de Flaubert, c’est un peu une écriture blog, adressée mais pas tant que ça, commentaires désactivés. On devine une vie (sa mère malade, l’écriture du roman qui peine à avancer, les problèmes de fric) mais on reste à sa surface, savourant la légèreté du style de Flaubert quand il ne ripoline pas.

Ce que j’ai vu

Repris Les 100, série dystopique parmi mille séries dystopiques, série violente parmi dix-mille séries violentes. Ça tourne au totalitarisme. Il reste quelques résistants. Lincoln se sacrifie. Octavia se raidit. Il y a de la vengeance dans l’air et on se rend compte aussi que la vie sans souffrance n’est peut-être pas la solution, parce que ne pas souffrir c’est aussi ne pas se souvenir. Bref, une série comme Les 100, toute bourrée de clichés qu’elle soit, donne à réfléchir sur les grandes questions de la vie. C’est pour ça qu’on accroche.

Ce que j’ai entendu

Ce qu’on entend entre dans une oreille, traverse le crâne, sort de l’autre oreille. J’ai écouté de la musique et des podcasts mais c’est passé, ça m’a intéressé, charmé, énervé, puis rien. Il a été question de Méditerranée, d’Égypte (j’ai retenu l’Égypte à cause d’une qui s’y rend), de vieillesse, il y a eu du piano, des voix, des mots qu’on comprend à peine. L’oreille a été caressée mais pas plus.

Ce que j’ai fait

Relancer les vieilles machines : Celsius et Fribourgs. Revoir ce qu’on a déjà fait et sabrer. Quand on n’est pas en phase de production, quand l’écriture flux tarit, on reprend ce qui a déjà été écrit et on appuie sur ctrl X (mais pas toujours, on garde seulement ce qui le mérite et dans ce qui le mérite on sabre aussi). Nouveautés ? Petites écritures habituelles, pour garder la main.