journal du 23 au 25 juin 2024

Ce que j’ai lu

La haine de la littérature, William Marx : le calvaire du prof de lettres et de l’écrivain, ce serait de passer son temps à enseigner ou à produire des discours qui échappent au pouvoir. Son calvaire mais aussi sa chance. La littérature nuit à l’autorité, à la vérité, à la moralité et à la société (et elle a bien raison). Je lis en parallèle la correspondance de Flaubert, qui lui aussi a dû faire face aux procès antilittéraires, à commencer par sa pauvre madame Bovary qui semble pourtant, à la fin de sa vie, quand il s’acharne sur son Bouvard et Pécuchet, le barber au plus au point (mais tout le barbe, le pauvre vieux, sa guibole cassée, les bourgeois, son éditeur, la philosophie, la religion, les rentes qu’on cherche à lui refourguer, et face à de tels râleurs, on peut comprendre que non merci, la littérature, vous auriez pas plus utile dans la vie, parce qu’apprendre par cœur La Princesse de Clèves, c’est quand même pas possible, qu’il dit, l’ancien président).

Ce que j’ai vu

Mad Max, les deux premiers films (parce que j’ai vu le dernier et que j’aimerais quand même bien comprendre cette histoire de monde désertique où on se bat sur les routes pour le pétrole) (un monde dystopique, certes, encore un, mais allez savoir de quoi demain sera fait).

Ce que j’ai entendu

Avec philosophie s’interroge sur les séries, leur caractère chronophage ou émancipateur (je suis de ceux qui consomment les séries à petit feu, évitant tant que faire se peut de me faire bouffer). Il (ou elle, quel est le genre d’Avec philosophie ?) s’interroge aussi sur le voyage, celui d’Ulysse, ceux, réels ou imaginaires, de Baudelaire, Segalen, Michaux, ceux de ces intellectuels qui découvrent l’U.R.S.S. ou la Chine de Mao et ne veulent rien y voir qui coince (les Sartre, Sollers, etc.) : cécité peut-être aussi face à ce qui se joue aujourd’hui dans le monde et en France (ils ne voient plus l’extrême droite, qui pourtant n’a fait que se déguiser).

Ce que j’ai fait

Période de creux (l’avant-vacances, toujours déprimant, à cause du vide social qui menace) mais on s’accroche à l’atelier de François Bon (même si déjà en retard) et à ces chansons qui s’écrivent un vers par ci un mot par là mais qui petit à petit deviennent quelque chose. Et on gratte la guitare (trois chansons à mon répertoire, toutes massacrées).

Journal du 6 au 10 février 2024

Ce que j’ai lu

La littérature du dernier dix-neuvième siècle et celle du premier vingtième siècle, des noms qui sonnent démodés désormais, Paul Valéry, Jean Giraudoux, Georges Bataille, des œuvres que le temps a peut-être dévêtues de leur force d’évocation : Valéry pétant dans l’azur (Monsieur Teste), Giraudoux alignant les clichés teutons (Siegfried et le Limousin), Bataille poussant le vice jusqu’à le rendre lourd (Histoire de l’œil). Reste Céline, le plus ignoble de tous, le plus génial aussi, et se plonger dans des œuvres plus anciennes mais que le vieillissement ne touche pas, ce début du second livre de Don Quichotte, si moderne (la bêtise de Sancho Pansa, tellement plus réjouissante que l’intelligence de Monsieur Teste).

Ce que j’ai vu

Pour défendre Valéry (et c’est pour cela que je l’ai lu), William Marx exhume le cours du maître au Collège de France et répond aux critiques (Nathalie Sarraute délicieusement cruelle), mais avouons que Paul Valéry, on peine, trop abstrait, trop philosophe, trop bien élevé ; alors on regarde Les 100, ça se massacre à tout va, ça torture, ça tente des approches de paix qui foirent, ça expérimente sur des humains, ça crée des démons, ça se regarde avec ce plaisir coupable de l’intello qui voudrait n’aimer que les azureries foireuses et les freudiennes débauches mais qui souvent préfère les histoires d’adolescents qui veulent sauver le monde et s’entretuent à tout va quand ils ne baisent pas en toute chasteté de série télévisée, c’est-à-dire hors écran.

Ce que j’ai entendu

De la musique classique plus que classique, les grands succès du genre, ceux qu’on connaît par cœur et aussi des chanteuses (Marie-Paule Belle, Françoise Hardy), écoutes assez banales que celles récentes, envie de revenir aux bases, trêve dans la découverte, on ressort les vieux CD.

Ce que j’ai fait

Toujours papillonnantes, mes créations et mes réalisations, quelques accords de guitare, le même trait de clarinette mille fois, une écriture qui ressasse, des cours repris des années précédentes (la phase créative, le projet inédit, on s’y remet dès demain, voyage à Paris, quatre jours, un livre à écrire, à Paris, en quatre jour, écrire pour créer un objet, voilà peut-être un moyen de relancer la machine, et surtout : l’offrir, cet objet, aux gens qui compte, pour faire semblant de ne pas voyager seul).

Journal du 26 janvier au 2 février 2024

Ce que j’ai lu

XY, de l’identité masculine, Elisabeth Badinter, et Washington Square, Henry James, la question des rapports entre les hommes et les femmes, de ses transformations actuelles (même si le livre de Badinter a plus de trente ans) et des pressions que pouvaient subir les filles de bonne famille entre prétendants vénaux et pères rigides. L’identité masculine, qu’est-ce que c’est ? Question que de nombreux hommes, dirait-on, ne se posent pas, tant la réponse leur semble évidente : un homme, c’est une non-femme. Et pourtant, dans XY, il y a X, dans le masculin il y a du féminin, et un homme c’est aussi un peu une femme, on ferait bien de s’en rappeler (les héros d’Henry James aussi).

Ce que j’ai vu

Des cours de William Marx sur des cours de Paul Valéry : peut-être entrer un peu dans l’œuvre d’un auteur dont je dois bien avouer qu’il ne m’attire que bien peu. Tout cela m’a l’air si sérieux, si académique (des cours sur des cours sur La poétique), mais à écouter William Marx me dire que je me trompe peut-être, que Paul Valéry, c’est peut-être autre chose qu’un poète pour poètes professionnels et pour professeurs d’université. À creuser…

Ce que j’ai entendu

Puisque décidément il est toujours question de littérature, cette série du Cours de l’histoire à propos de Raymond Radiguet (la jeunesse éternelle de l’écrivain à scandale contre la vieillesse tout aussi éternelle du poète officiel). Peu de musique : Dibouk, le disque acheté lors que cette antique escapade de clarinettiste, la musique klezmer, ce qu’elle charrie de drames et de joies (avec tout ce monde juif revenu au cœur de l’actualité, cette larme qui coule sur les joues des enfants du kibboutz et, celle, la même, qui coule sur les joues des enfants de Gaza).

Ce que j’ai fait

Séminaire musical dans cette vieille baraque brinquebalante, entre Copacabana et jeux de cartes osés sur fond de grippe. Déchiffrer en petits groupes puis rassembler les groupes, commencer à comprendre ce que ça pourrait donner, sauter de mesures irrégulières en mesures de quinconce (merci monsieur Cesarini). Sinon ? Des cours à donner : les Lumières (une bougie sur le pupitre pour éclairer le Supplément au Voyage de Bougainville), nous sommes trop loin de Tahiti pour tout saisir. Encore des histoires de rapports entre les hommes et les femmes mais avec en plus de la religion dedans, pour compliquer le tout. Et m’acharner à frotter mes doigts à la guitare.