Journal de lecture – 2025, semaine 41

Dans ce quarantième-et-unième journal de lecture de l’année 2025, je passe en revue mes lectures, dont surtout :

1:20 Gérard de Nerval, La Pandora, Aurélia, Fragments

7:02 François Bon, Berlin 1988, Un an avant la chute du mur, la ville comme une île (reprise révisée de Calvaire des chiens)

10:52 Samuel Beckett, Tête-mortes

17:00 James Ellroy, Underworld USA

23:07 Johann Chapoutot, Les irresponsables, Qui a porté Hitler au pouvoir ?

28:28 Philippe Tome (textes, Bruno Gazzotti (dessins) et Cerise (couleurs), Soda, 7. Lève-toi et meurs, 8. Tuez en paix, 9. Et délivre-nous du mal et 10. Dieu seul le sait

30:18 Boucq, Le Petit Pape Pie 3,14 arrondit les angles

Journal de lecture – 2025, semaine 40

Dans ce quarantième journal de lecture de l’année 2025, je passe en revue mes lectures, dont surtout :

1:55 François Bon, Berlin, 1988, Un an avant la chute du mur, la ville comme une île (reprise révisée de Calvaire des chiens)

14:19 Gérard de Nerval, Les filles du feu

22:29 James Ellroy, Underworld USA

Journal de lecture – 2025, semaine 39

Dans ce trente-neuvième journal de lecture de l’année 2025, je passe en revue mes lectures, dont surtout :

1:59 William Faulkner, Le bruit et la fureur

12:29 James Ellroy, Underworld USA

20:44 François Bon, Berlin, 1988, Un an avant la chute du mur, la ville comme une île (reprise révisée de Calvaire des chiens)

28:15 Gérard de Nerval, Les filles du feu

Notes d’écoute : bilan, douleur, archéologie

François Bon #2024 #2025 | je fais le bilan

Voilà une heure qu’il parle de ce qu’il fait et il fait beaucoup et parle beaucoup, parle de ses deux chaînes YouTube :

La 2ème est devenue la première

Journal de près, uniquement pour les abonnés Patreon

« Qu’est-ce que je me suis planté » (pourquoi ?) (il est question de littératube) (les chaînes à 25 abonnés passent à 28) (Facebook peu efficace) (sortir la tête de l’eau du web) « t’essaies, t’essaies, t’essaies », ne pas rendre compte de livres publiés (je fais le contraire)

Moi aussi, j’essaie, j’essaie, j’essaie. J’ai un peu plus que 28 abonnés (2427 pile au moment où j’écris, une goutte d’eau dans l’océan du web, mais pas rien, 2450 au moment où je transvase sur mon blog). François Bon expérimente, il ouvre des chantiers pharaoniques que je peine à suivre (Lovecraft, Balzac, ateliers d’écriture, je vois passer, je me dis qu’il faudrait aller y voir, y vais de temps en temps, mais c’est déjà la proposition 4 alors que j’ai à peine esquissé un truc pour la zéro, celle de mise en route, alors tant pis, on suit des chemins parallèles, je tente mes propres trucs, lis Derborence, parcours une fois par semaine mes lectures du moment, prends des photos à heure double (ne pas oublier, aujourd’hui, à 11h11), trouve un titre inspirant pour écrire je ne sais quoi (cela s’appellerait L’apéro-fantôme, et cela me rappelle que demain, j’ai invité des gens pour un apéro véritable et que les projets d’écriture devront attendre) (il y aura sans doute des traces de l’apéro en chair et en noce dans L’apéro-fantôme).

François Hadji- Lazaro, Fais-moi mal, Johnny

La violence conjugale, devenue purement masculine (Boris Vian, pour une telle chanson, serait cloué au pilori).

Le masochisme n’est plus à la mode, mais le sadisme oui, ce qui crée un certain déséquilibre. Entre hommes consentants, tout est permis, a-t-on envie de penser, mais on hésite, il y a des limites, non ? N’étant ni sado ni maso, je ne sais pas. La série noire, je la lis, c’est tout.

Nouveaux moyens, nouveaux financements, nouvelles problématiques en archéologie – Jean-Paul Demoule

… Moyen-Âge : identité ethnique des textes contredite par les tombes ; période de révolution industrielle (urbanisation) ; archéologie jusqu’au 20ème (conflits, vie quotidienne) ; évolution du climat sur la très longue durée ; relations entre l’idéel et le matériel ; question des identités nationales ; rapport avec l’au-delà et les représentations ; naissance des inégalités et de la violence (qu’on peut dater) : tout ça est traité par l’archéologie.

(et aussi : les poubelles du monde contemporain très intéressantes, plus que la sociologie) (j’exagère)

Archéologie ≠ Indiana Jones

Les archéologues de demain, qu’inféreront-ils de ce qui jonche les sols d’aujourd’hui ? Ils risquent, si tout n’est pas pulvérisé, de crouler sous la masse des choses qui partout prolifèrent et les questions que se posent les archéologues d’aujourd’hui leur paraîtront bien maigres en face de l’océan d’étrangetés qu’ils découvriront sans rien y comprendre sinon que cette civilisation n’a pas cessé de produire tout et n’importe quoi, des choses, des choses et encore des choses et que c’est sans doute pour cela, feront-ils l’hypothèse, que tout s’est effondré. Quant ils tomberont sur Indiana Jones, ils seront à plat ventre de rire.

Notes d’écoute : index, répertoires et fables

LVME #07 #08 | répertoire des noms, index des histoires

Toujours pas écrire ou peut-être si, mais d’abord prendre note (c’est déjà écrire) :

  • 100 ans (j’écris aussi sur 100 ans)
  • Pérec ne parle pas des banlieues, mais ouvre des représentations des immeubles, des lotissements (comme Simenon, La nuit du carrefour) (j’ai une dizaine de Simenon trouvés dans une cabine, pas celui-là je crois)
  • On fait émerger une galaxie d’écriture-lieux.
  • Sujet collectif, galaxie humaine chez Dostoïevski
  • Forer nos tunnels plus loin
  • Passage à l’échelle du collectif
  • Fin, mais après plan de l’immeuble, nom des personnes qui l’habitent et des occupants précédents : point de départ.
  • Deux pistes (il ne les dit pas tout de suite)
  • 100 pages d’index (liste, chez Pérec, toujours) (où est Bourvil dans LVME ?) (l’envie de reprendre mon bouquin, pour voir) (rue de Paris, y retourner ce printemps ?)

La grâce de cette rue industrielle située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l’avenue des Ternes, écrivait Guillaume, ce pourrait être le commencement de cet index, une piste à suivre, une déambulation, avec Apollinaire, Pérec, Dostoïevski, Bon, tous les autres, une déambulation collective dans l’écriture de tous, dans les rues de tous, dans les noms propres qui surgissent de partout, mais ce n’était pas cela la consigne, celle-ci m’a échappé, je n’ai pas écrit, j’ai seulement rêvé, aperçu de loin une galaxie qui tourne autour de l’univers, à des millions d’années-lumière. Retourner à Paris ce printemps ? Pour y écrire quel index ? Pour tenter d’y épuiser quel lieu ? Pour y forer quel tunnel ? Imaginer Paris dans 100 ans (une dystopie, sans doute, partout, le monde, dans 100 ans) (déjà aujourd’hui, la dystopie).

CD Les Frères Jacques chantent La Fontaine

La cigale et la fourmi : à coup sûr, ils sont cigales, les Frères Jacques, mais derrière, pour danser l’été, l’hiver il y a un travail de fourmis (en collants).

Le singe et le léopard : fanfare avec cuivres grinçants, clarinette (le singe, c’est la clarinette), mais le léopard, c’est quel instrument ? L’orchestre entier. Morale : la clarinette suffit (la clarinette, c’est l’esprit) (les autres n’ont que l’habit pour tout talent).

Le corbeau et le renard : mes élèves, l’an passé, n’avaient jamais entendu cette fable (sans mentir) (j’ouvris mon large bec pour la leur déclamer à la vaudoise, à la bernoise) (je fus flatté) (à mes dépens) (de toute façon, les corbeaux ne mangent pas de fromage).

Le héron : musique bucolique, puis le héron au long bec emmanché d’un long cou, ma commère la carpe, mais le héron n’en veut pas, ni des tanches (failli la lire avec mes élèves, cette fable, en complément des Précieuses ridicules), ni du goujon, mais la faim le prit et il fut tout heureux et tout aise de rencontrer un limaçon (comme les Précieuses ?).

À la clarinette, j’ai joué, il y a fort longtemps, Le secret du limaçon. Ce n’est pas une fable. C’était, je crois, une musique bucolique, mais elle fut, en ce temps-là, laborieuse. Quant aux fables de La Fontaine, elles ont bien besoin du génie des Frères Jacques pour devenir supportables, tant l’école les a cucufiées, tant elles ont servi de moraline aux médiocres, tant on les a utilisées pour punir les récalcitrants et ceux (ça m’est arrivé) qui avaient oublié de poser leurs chaussons sur la bonne tablette. Certes, l’adulte y trouve de jolies expressions, des tournures originales, des personnages pittoresques, mais rien à faire, elles me gavent, comme on gave les oies. Titre de fable nouvelle : l’entonnoir et le gallinacé.

Notes d’écoute : géopolitique et géopoétique

L’Iran à l’heure de l’incertitude, les mardis de l’IRIS (17.12.24)

Israël bombarde l’Iran ? Trump et ses sbires très anti-iraniens mais pas opposés à des discussions avec l’Iran (leur envoie Musk)

Revirement ? Ça ne paraît pas très rationnel (c’est Trump), torpille l’accord mais déplore que l’Iran n’ait pas l’arme nucléaire.

Rapprochement avec l’Arabie Saoudite ? Trump (on revient toujours à lui) a réfléchi et peut utiliser une stratégie de négociation.

Contestation intérieure ? « On n’en peut plus de la République islamique. » 20% soutiennent le pouvoir. Refus de porter le voile partout en Iran : comment faire face à soi ? Ils ne sont pas à l’aise… (mais continuent à sévir).

La crise interne affaiblit la sécurité du pays.

Femmes très éduquées que leur formation conduit à se révolter contre le régime (les Talibans, eux, ont compris : pas d’éducation pour les femmes).

Géopolitique à petite dose tant l’état du monde effraie. Il faut néanmoins s’y confronter : l’Iran est un enfer pour les femmes mais elles luttent. Le pouvoir est-il sur le point de s’effondrer, comme en Syrie ? Ma dose de géopolitique est trop infime pour répondre et l’effondrement des mollahs, s’il est éminemment souhaitable, risque de déstabiliser encore plus une région qui vacille de partout. La guerre, unique horizon possible ? On le craint et ce n’est pas Trump qui rassure. Bref, la géopolitique, si je la prends une petite dose à la fois, c’est qu’elle ouvre à un monde de terreur dont on sent bien qu’il advient. Un espoir ? Les femmes.  

#LVME #05 | vue extérieure, le paradoxe Perec

Je n’écrirai pas mais j’écoute : 69 occurrences du mot photographie dans La vie mode d’emploi (il les passe en revue), intuition : les intérieurs, jusque-là, mais sans vision générale.

Ne pas entrer soi dans une description, sinon on est foutu (sauf Balzac).

Se servir de l’idée de photographie d’extérieur : pas dans LVME mais dans Un cabinet d’amateur, diffraction permanente

Cabinet de curiosités, centaine de tableaux, on peut lire ce qu’il y a sur les tableaux représentés sur un tableau

Une seule occurrence de photographie, 130 occurrences du mot tableau

Fragments de réalité (en trouve peu)

Ekphrasis : comment Perec s’y prend pour représenter des lieux

Paysage : on y arrive, à ce qu’on cherche (paysage à manivelle) (tambour sur lequel s’enroulait la toile peinte) (fonction panorama du téléphone) (Perec : en avance, toujours)

Et pourtant j’écris. Même si ces notes donnent un aperçu fort décousu de la consigne (le mot est à bannir), de la proposition d’écriture, elles donnent envie d’aller y voir de plus près, de les retrouver, ces photographies, de les peindre, ces tableaux, ces extérieurs mis en boîte, l’infinité des paysages qu’on photographie à heure double, même si trop souvent ce sont des paysages intérieurs. Constituer son propre cabinet de curiosités, mais de curiosités volées à ce monde si fragile, si mouvant, si dangereux qui sans cesse s’approche puis s’éloigne. Construire sa géopolitique personnelle, qu’on appellerait géopoétique.

Journal du 29 novembre au 1er décembre 2024

Ce que j’ai lu

Lire et dire, est-ce c’est kif-kif ? Je lis, dans les Proférations de François Bon, ce qu’il a dit, ce que j’avais, mais je m’en souviens rarement, entendu, dans ses vidéos brèves. Le texte seul et la vidéo me semblent deux objets presque sans lien, mais pourquoi ? Le texte absorbe l’image et la voix, il les transforme, et ce n’est pas la voix de François, ce n’est plus sa tronche, c’est la mienne, et lisant François Bon c’est un peu comme si je devenais François Bon, à l’instar de ceci, qu’il écrit (ou qu’il dit ou qu’il fait) :

… | la ville tous les jours t’entends qu’on t’appelle eh toi | et puis hop c’est toi qui es devenu le toi | tu reconnais quelqu’un tu sais que tu l’as vu | t’étais qui quand tu l’as vu | et quand il te voit et qu’il dit eh toi | t’es grand t’es petit tu cours lent tu cours vite | tu sautes tu sautes pas t’attends ou tu t’en vas | eh toi et hop le toi c’est toi | homme femme tu changes quoi ça change quoi | …

Ce que j’ai vu et entendu

Peut-être la différence entre l’écrit et le vu-entendu se trouve-t-elle dans la mémoire. Je me souviens mieux de ce que je lis que de ce que je vois-entends. Mais aussi, c’est que je regarde des horreurs sur la montée de l’extrême droite et cette série, House of Cards, remplie de politiciens salopards (sous une de mes vidéos sur Céline, un commentateur s’offusque que je traite Louis-Ferdinand de salopard, mais lui ne se serait pas gêné, pas plus que Bonnie & Clyde Underwood).

Ce que j’ai fait

Ce calendrier de l’Avent uniquement pour mes amis, je m’amuse beaucoup à le confectionner : un texte bref (ces fenêtres qu’ouvre Baudelaire pour ce premier jour de décembre), un peu de musique (de la clarinette, encore et toujours, même si je ne joue pas assez et que mes gammes sont laborieuses, alors autant laisser jouer les pros) et une illustration que l’IA a l’amabilité de me donner en à peine quelques secondes. Et comme les lectrices de ce journal sont un peu mes amies, voici pour elles un peu de Baudelaire :

Journal du 23 au 28 novembre 2024

Ce que j’ai lu

La langue de François Bon dans ses Proférations forme et déforme la ville. La langue reste au plus proche de l’oralité, du surgissement, du rêve. Elle invente des univers familiers. On lit cela comme on écoute de la musique parce que c’est de la musique, de celle qui emporte ailleurs sans qu’on bouge, de celle qui la nuit vient nous déboulonner le cerveau.

ce que j’ai vu et entendu

L’Ensemble d’Harmonie de la Broye m’emmène le soir de mon anniversaire en Egypte. Des pyramides et des jardins d’IA, puis un arbre en feu devenant phénix, illustrent une musique mystérieuse où les clarinettes sont reines (j’ai tendance à n’écouter que les clarinettes, à les admirer, à regarder leurs doigts courant sur les clefs). Puis surgit le petit prince et décidément, Saint-Ex, je peine (tout cela, surtout quand le micro sature, est tellement nunuche) (c’est moi qui sature et je ne devrais pas) (l’essentiel est invisible… tu parles… ça pue le vieux catéchisme…) (pourtant, c’est écrit en 1943, et connaître le contexte sauve le texte) (puis il y a eu cette photo d’une Rose avec une rose et nunuche je le deviens aussi).

Ce que j’ai fait

Je prépare un calendrier de l’Avent pour mes amis, lecture en musique (des clarinettes, encore et toujours) de brefs textes en prose (Baudelaire, Rimbaud, puis des détours plus inattendus, sans doute y aura-t-il aussi une de ces proférations de François Bon). Y ajouter une illustration IA (au concert, ça donnait du relief à la musique et les ponts de Rimbaud, je suis bluffé).

Journal du 29 septembre au 2 octobre 2024

Ce que j’ai lu

Des livres où l’on plante des couteaux ou des tournevis, des livres où l’on tire, où l’on tue et où cela ne va pas de soi. Salman Rushdie a survécu au couteau mais un homme est mort à cause d’un coup de tournevis, ce n’est, disent-ils qu’Un fait divers, autour duquel tourne François Bon, et voilà un autre meurtre, cette page si lue et relue qu’on en oublie la sidération, cet homme qui un tue un autre sur une plage, ce couteau de l’Arabe et les quatre coups de feu de Meursault. Il tue à cause du soleil, affirme-t-on, mais tuer un Arabe, en Algérie, ce n’est pas tuer n’importe qui, et le soleil a bon dos. Je lis aussi un livre sur l’empathie (on ne passe pas tous notre vie à tuer les autres et au chevet de Salman Rushdie il y a des gens du monde entier).

Ce que j’ai vu et entendu

Trop (et jamais assez) de propos politiques, se boucher le nez devant la fachosphère, le déni de démocratie, l’extrême-droite partout hurlante, la biodiversité piétinée, mais ne pas se boucher les oreilles. Le monde qui crie et qui geint, les femmes qu’on viole, les enfants assassinés. Je n’arrive pas à écouter vraiment. Je mets à distance. Je ne sais pas quoi faire.

Ce que j’ai fait

Je boutique dans mon coin, je fais mes petites affaires, tiens un carnet de bribes, chante sans voix, essaie de parler de poésie. On fait ce qu’on peut, dit-on, mais on peut peu.