Journal du 29 novembre au 1er décembre 2024

Ce que j’ai lu

Lire et dire, est-ce c’est kif-kif ? Je lis, dans les Proférations de François Bon, ce qu’il a dit, ce que j’avais, mais je m’en souviens rarement, entendu, dans ses vidéos brèves. Le texte seul et la vidéo me semblent deux objets presque sans lien, mais pourquoi ? Le texte absorbe l’image et la voix, il les transforme, et ce n’est pas la voix de François, ce n’est plus sa tronche, c’est la mienne, et lisant François Bon c’est un peu comme si je devenais François Bon, à l’instar de ceci, qu’il écrit (ou qu’il dit ou qu’il fait) :

… | la ville tous les jours t’entends qu’on t’appelle eh toi | et puis hop c’est toi qui es devenu le toi | tu reconnais quelqu’un tu sais que tu l’as vu | t’étais qui quand tu l’as vu | et quand il te voit et qu’il dit eh toi | t’es grand t’es petit tu cours lent tu cours vite | tu sautes tu sautes pas t’attends ou tu t’en vas | eh toi et hop le toi c’est toi | homme femme tu changes quoi ça change quoi | …

Ce que j’ai vu et entendu

Peut-être la différence entre l’écrit et le vu-entendu se trouve-t-elle dans la mémoire. Je me souviens mieux de ce que je lis que de ce que je vois-entends. Mais aussi, c’est que je regarde des horreurs sur la montée de l’extrême droite et cette série, House of Cards, remplie de politiciens salopards (sous une de mes vidéos sur Céline, un commentateur s’offusque que je traite Louis-Ferdinand de salopard, mais lui ne se serait pas gêné, pas plus que Bonnie & Clyde Underwood).

Ce que j’ai fait

Ce calendrier de l’Avent uniquement pour mes amis, je m’amuse beaucoup à le confectionner : un texte bref (ces fenêtres qu’ouvre Baudelaire pour ce premier jour de décembre), un peu de musique (de la clarinette, encore et toujours, même si je ne joue pas assez et que mes gammes sont laborieuses, alors autant laisser jouer les pros) et une illustration que l’IA a l’amabilité de me donner en à peine quelques secondes. Et comme les lectrices de ce journal sont un peu mes amies, voici pour elles un peu de Baudelaire :

Journal du 23 au 28 novembre 2024

Ce que j’ai lu

La langue de François Bon dans ses Proférations forme et déforme la ville. La langue reste au plus proche de l’oralité, du surgissement, du rêve. Elle invente des univers familiers. On lit cela comme on écoute de la musique parce que c’est de la musique, de celle qui emporte ailleurs sans qu’on bouge, de celle qui la nuit vient nous déboulonner le cerveau.

ce que j’ai vu et entendu

L’Ensemble d’Harmonie de la Broye m’emmène le soir de mon anniversaire en Egypte. Des pyramides et des jardins d’IA, puis un arbre en feu devenant phénix, illustrent une musique mystérieuse où les clarinettes sont reines (j’ai tendance à n’écouter que les clarinettes, à les admirer, à regarder leurs doigts courant sur les clefs). Puis surgit le petit prince et décidément, Saint-Ex, je peine (tout cela, surtout quand le micro sature, est tellement nunuche) (c’est moi qui sature et je ne devrais pas) (l’essentiel est invisible… tu parles… ça pue le vieux catéchisme…) (pourtant, c’est écrit en 1943, et connaître le contexte sauve le texte) (puis il y a eu cette photo d’une Rose avec une rose et nunuche je le deviens aussi).

Ce que j’ai fait

Je prépare un calendrier de l’Avent pour mes amis, lecture en musique (des clarinettes, encore et toujours) de brefs textes en prose (Baudelaire, Rimbaud, puis des détours plus inattendus, sans doute y aura-t-il aussi une de ces proférations de François Bon). Y ajouter une illustration IA (au concert, ça donnait du relief à la musique et les ponts de Rimbaud, je suis bluffé).