Journal du 23 au 28 novembre 2024

Ce que j’ai lu

La langue de François Bon dans ses Proférations forme et déforme la ville. La langue reste au plus proche de l’oralité, du surgissement, du rêve. Elle invente des univers familiers. On lit cela comme on écoute de la musique parce que c’est de la musique, de celle qui emporte ailleurs sans qu’on bouge, de celle qui la nuit vient nous déboulonner le cerveau.

ce que j’ai vu et entendu

L’Ensemble d’Harmonie de la Broye m’emmène le soir de mon anniversaire en Egypte. Des pyramides et des jardins d’IA, puis un arbre en feu devenant phénix, illustrent une musique mystérieuse où les clarinettes sont reines (j’ai tendance à n’écouter que les clarinettes, à les admirer, à regarder leurs doigts courant sur les clefs). Puis surgit le petit prince et décidément, Saint-Ex, je peine (tout cela, surtout quand le micro sature, est tellement nunuche) (c’est moi qui sature et je ne devrais pas) (l’essentiel est invisible… tu parles… ça pue le vieux catéchisme…) (pourtant, c’est écrit en 1943, et connaître le contexte sauve le texte) (puis il y a eu cette photo d’une Rose avec une rose et nunuche je le deviens aussi).

Ce que j’ai fait

Je prépare un calendrier de l’Avent pour mes amis, lecture en musique (des clarinettes, encore et toujours) de brefs textes en prose (Baudelaire, Rimbaud, puis des détours plus inattendus, sans doute y aura-t-il aussi une de ces proférations de François Bon). Y ajouter une illustration IA (au concert, ça donnait du relief à la musique et les ponts de Rimbaud, je suis bluffé).

Journal du 28 au 30 mars 2024

Début de vacances : soudaine mélancolie. Solitude à meubler. Contre-courant. Tout le monde dit : profite bien. Mais tout le monde s’en va. Se réfugier dans la lecture et la culture puis lancer ici une bouteille à la mer.

Ce que j’ai lu

Ce vieux volume de la correspondance de Gustave Flaubert trouvé dans un grenier, les lettres de 1865 à 1870, pendant l’écriture de L’éducation sentimentale. Il est étrange de lire une correspondance dont on a les lettres que d’une personne. Flaubert écrit à sa nièce Caroline (il signe ton vieux ganachon), aux frères Goncourt comme s’ils n’étaient qu’une seule personne, à d’illustres inconnus, mais jamais on a leurs réponses. Cette écriture des lettres de Flaubert, c’est un peu une écriture blog, adressée mais pas tant que ça, commentaires désactivés. On devine une vie (sa mère malade, l’écriture du roman qui peine à avancer, les problèmes de fric) mais on reste à sa surface, savourant la légèreté du style de Flaubert quand il ne ripoline pas.

Ce que j’ai vu

Repris Les 100, série dystopique parmi mille séries dystopiques, série violente parmi dix-mille séries violentes. Ça tourne au totalitarisme. Il reste quelques résistants. Lincoln se sacrifie. Octavia se raidit. Il y a de la vengeance dans l’air et on se rend compte aussi que la vie sans souffrance n’est peut-être pas la solution, parce que ne pas souffrir c’est aussi ne pas se souvenir. Bref, une série comme Les 100, toute bourrée de clichés qu’elle soit, donne à réfléchir sur les grandes questions de la vie. C’est pour ça qu’on accroche.

Ce que j’ai entendu

Ce qu’on entend entre dans une oreille, traverse le crâne, sort de l’autre oreille. J’ai écouté de la musique et des podcasts mais c’est passé, ça m’a intéressé, charmé, énervé, puis rien. Il a été question de Méditerranée, d’Égypte (j’ai retenu l’Égypte à cause d’une qui s’y rend), de vieillesse, il y a eu du piano, des voix, des mots qu’on comprend à peine. L’oreille a été caressée mais pas plus.

Ce que j’ai fait

Relancer les vieilles machines : Celsius et Fribourgs. Revoir ce qu’on a déjà fait et sabrer. Quand on n’est pas en phase de production, quand l’écriture flux tarit, on reprend ce qui a déjà été écrit et on appuie sur ctrl X (mais pas toujours, on garde seulement ce qui le mérite et dans ce qui le mérite on sabre aussi). Nouveautés ? Petites écritures habituelles, pour garder la main.