Journal du 3 au 4 mai 2024

Ce que j’ai lu

Lecteur amateur de bande dessinée, je feuillette un album des 5 Terres. Cela se passe dans un monde de singes où ce sont les femelles qui dominent, un monde de clans et de gangs, un pseudo-Japon fantasmé. Non seulement c’est de la bande dessinée mais c’est aussi de la fantasy, genre dont je suis également peu familier. Lire en amateur, qu’est-ce que ça signifie, quand on est aussi un professionnel de la lecture ? Est-ce condamner la bande dessinée et la fantasy à ne demeurer que des divertissements ? Lit-on autrement qu’en amateur ? Je lis sur mon fauteuil à oreilles tout et n’importe quoi. Je ne lis qu’en amateur. Ce n’est qu’après que ma lecture se professionnalise parfois (et encore).

Ce que j’ai vu

Dans ses cours au Collège de France de l’année 2021, Patrick Boucheron part en quête de la peste noire. Il la traque d’abord par la fiction, abordant l’Histoire d’une façon qui semble s’écarter de la démarche historique pour mieux y revenir au moment où l’on ne s’y attendait plus. Il passe par Antonin Artaud, par Samuel Beckett, par le Festival d’Avignon et soudain : 1348, dans le port de Marseille, un bateau venu d’Asie ; 1720, dans le port de Marseille, un bateau venu d’Asie ; 1983, la peste s’appelle SIDA et elle tue Michel Foucault. On peine à suivre Patrick Boucheron qui pense devant nous (les rares qui suivaient le cours en direct, les autres qui tombent dessus plus tard) mais on aime se sentir perdu devant une telle pensée.

Ce que j’ai entendu

Nico, The End : ce souvenir, dans ma voiture, en 2016. J’avais audition de clarinette juste après. Un coup fil : le décès de mon grand-père (on est le 4 mai, il aurait eu 102 ans aujourd’hui même). Il y a bien un moment où c’est la fin. La musique sert aussi à ça, repenser à celles et ceux qui ne chanteront plus (une semaine avant sa mort, il chantait encore, mon grand-père, Galé Gringo) et écouter Nico avec en surimpression les Armaillis de la Gruyère, c’est une expérience assez déstabilisante.

Ce que j’ai fait

Celsius, c’est relancé. La création collective, c’est enthousiasmant. Ça devait avoir lieu en 2020, en 2022, etc. Ce sera pour 2026. Une histoire de monde qui meurt et qui renaît, une histoire qui rappellera celle de notre monde (pour l’instant, il meurt, notre monde, et nous l’y aidons grandement). Retrouver la chaleur humaine (celle du monde d’après, qu’ils disaient), ce sera le message de Celsius. En espérant qu’il ne soit pas trop tard.

Journal du 28 au 30 mars 2024

Début de vacances : soudaine mélancolie. Solitude à meubler. Contre-courant. Tout le monde dit : profite bien. Mais tout le monde s’en va. Se réfugier dans la lecture et la culture puis lancer ici une bouteille à la mer.

Ce que j’ai lu

Ce vieux volume de la correspondance de Gustave Flaubert trouvé dans un grenier, les lettres de 1865 à 1870, pendant l’écriture de L’éducation sentimentale. Il est étrange de lire une correspondance dont on a les lettres que d’une personne. Flaubert écrit à sa nièce Caroline (il signe ton vieux ganachon), aux frères Goncourt comme s’ils n’étaient qu’une seule personne, à d’illustres inconnus, mais jamais on a leurs réponses. Cette écriture des lettres de Flaubert, c’est un peu une écriture blog, adressée mais pas tant que ça, commentaires désactivés. On devine une vie (sa mère malade, l’écriture du roman qui peine à avancer, les problèmes de fric) mais on reste à sa surface, savourant la légèreté du style de Flaubert quand il ne ripoline pas.

Ce que j’ai vu

Repris Les 100, série dystopique parmi mille séries dystopiques, série violente parmi dix-mille séries violentes. Ça tourne au totalitarisme. Il reste quelques résistants. Lincoln se sacrifie. Octavia se raidit. Il y a de la vengeance dans l’air et on se rend compte aussi que la vie sans souffrance n’est peut-être pas la solution, parce que ne pas souffrir c’est aussi ne pas se souvenir. Bref, une série comme Les 100, toute bourrée de clichés qu’elle soit, donne à réfléchir sur les grandes questions de la vie. C’est pour ça qu’on accroche.

Ce que j’ai entendu

Ce qu’on entend entre dans une oreille, traverse le crâne, sort de l’autre oreille. J’ai écouté de la musique et des podcasts mais c’est passé, ça m’a intéressé, charmé, énervé, puis rien. Il a été question de Méditerranée, d’Égypte (j’ai retenu l’Égypte à cause d’une qui s’y rend), de vieillesse, il y a eu du piano, des voix, des mots qu’on comprend à peine. L’oreille a été caressée mais pas plus.

Ce que j’ai fait

Relancer les vieilles machines : Celsius et Fribourgs. Revoir ce qu’on a déjà fait et sabrer. Quand on n’est pas en phase de production, quand l’écriture flux tarit, on reprend ce qui a déjà été écrit et on appuie sur ctrl X (mais pas toujours, on garde seulement ce qui le mérite et dans ce qui le mérite on sabre aussi). Nouveautés ? Petites écritures habituelles, pour garder la main.