Journal du 23 au 28 novembre 2024

Ce que j’ai lu

La langue de François Bon dans ses Proférations forme et déforme la ville. La langue reste au plus proche de l’oralité, du surgissement, du rêve. Elle invente des univers familiers. On lit cela comme on écoute de la musique parce que c’est de la musique, de celle qui emporte ailleurs sans qu’on bouge, de celle qui la nuit vient nous déboulonner le cerveau.

ce que j’ai vu et entendu

L’Ensemble d’Harmonie de la Broye m’emmène le soir de mon anniversaire en Egypte. Des pyramides et des jardins d’IA, puis un arbre en feu devenant phénix, illustrent une musique mystérieuse où les clarinettes sont reines (j’ai tendance à n’écouter que les clarinettes, à les admirer, à regarder leurs doigts courant sur les clefs). Puis surgit le petit prince et décidément, Saint-Ex, je peine (tout cela, surtout quand le micro sature, est tellement nunuche) (c’est moi qui sature et je ne devrais pas) (l’essentiel est invisible… tu parles… ça pue le vieux catéchisme…) (pourtant, c’est écrit en 1943, et connaître le contexte sauve le texte) (puis il y a eu cette photo d’une Rose avec une rose et nunuche je le deviens aussi).

Ce que j’ai fait

Je prépare un calendrier de l’Avent pour mes amis, lecture en musique (des clarinettes, encore et toujours) de brefs textes en prose (Baudelaire, Rimbaud, puis des détours plus inattendus, sans doute y aura-t-il aussi une de ces proférations de François Bon). Y ajouter une illustration IA (au concert, ça donnait du relief à la musique et les ponts de Rimbaud, je suis bluffé).

Professeur de poésie

Au programme aujourd’hui, la poésie. Le professeur ne sait pas par quel bout empoigner l’affaire. Les élèves soupirent. À quoi ça sert, monsieur, la poésie ? Le professeur soupire : à rien, ça ne sert à rien, et c’est pour ça que c’est si important, la poésie, c’est de la langue à l’état brut, de la langue qui échappe à la com’, c’est pour la beauté du geste, la poésie. Le professeur a écrit au tableau le gros mot : POÉSIE. Dites tout ce qui vous passe par la tête. Tout ? Tout. Incompréhensible, voilà le premier mot qui vient, et puis les rimes bien sûr, les alexandrins, tout ça, et l’amour, la nature, et des noms de poètes, Victor Hugo, ça marche pour tout, Victor Hugo, la poésie, le roman, le théâtre, tout, et La Fontaine, est-ce que c’est de la poésie, les fables de La Fontaine ? Le professeur n’ose pas citer les noms qu’il aime, il évite Mallarmé, il saut à pieds joints sur Rimbaud, sauf le dormeur, bien sûr, de Rimbaud on ne lit que le dormeur, les deux trous rouges, tout ça, et ceux du vingtième siècle, n’en parlons pas, il a ressorti Plupart du temps, le professeur, il avait étudié ça à l’époque, Reverdy, ça a l’air lisible, il a corné une page, il lit, puisque ça a l’air lisible, il relit, parce que ce n’est pas si lisible que cela et il se demande, le professeur, si ce n’est justement pas ça, la définition de la poésie, l’illisible, et il referme Plupart du temps.

Un bout de poésie, à la page cornée de Plupart du temps de Pierre Reverdy.