Journal du 24 au 29 février 2024

Ce que j’ai lu

Ce vrac de lecture sans ordre, toujours. Faites-les lire, écrit l’un, Michel Desmurget, Fou de Paris, écrit l’autre, Eugène Savitzkaya, Il était deux fois, écrit encore un autre, Franck Thilliez, mais ce n’est pas fini, il y a aussi L’infra-ordinaire et La Fracture (Georges Perec et Charles Juliet, lectures familières, amicales) et Don Quichotte (lire plus resserré, voilà ce qu’il faudrait) (il y a aussi ce Journal d’un mot d’Emmanuelle Cordoliani, un livre où je picore) (c’est trop à la fois, on n’arrive plus rien à dire).

Ce que j’ai vu

Toujours les mêmes choses, Babel sur le Nil, Les 100, de la recherche et de l’action, tout et son contraire, déchiffrer des papyrus dans l’Egypte de l’Antiquité tardive, y trouver du copte, du grec, du latin, du pelvi, de l’arabe, puis suivre la guerre des gens de la montagne, des natifs (culture américaine, quand tu nous tiens), des gens du ciel, de la cité des lumières. Voir ou croire voir des mondes perdus, passés ou futurs.

Ce que j’ai entendu

Laisser les gens raconter, à voix nue, passer d’Alain Juppé au juge Trévidic, écouter Danièle Thompson raconter le tournage de La folie des grandeurs puis danser avec Angelin Preljocaj, j’aime ces vies si différentes qui se disent avec pudeur ou avec impudeur, puis de la musique, de la musique, de la musique (des classiques mille fois entendus mais dont on ne se lasse pas).

Ce que j’ai fait

Il a fallu, parce que le concert annuel approche, jouer de la clarinette, jamais assez jouer de la clarinette, et il a fallu parler de Lamartine, d’Hugo, de Perec, de Verlaine, de Mallarmé, à des gens que ces noms indiffèrent (ou indifféraient, peut-être maintenant…). Et ces vidéos pour parler des livres, ça devient une habitude : comment me renouveler ? Quant à la guitare, les doigts peinent (barrer, je n’arrive pas ; enchaîner les accords simples, ça vient, lentement, trop lentement). Écrire ? pour dire qu’on n’a plus rien à écrire, mais écrire qu’on n’a rien à écrire c’est encore et toujours écrire.

Professeur de poésie

Au programme aujourd’hui, la poésie. Le professeur ne sait pas par quel bout empoigner l’affaire. Les élèves soupirent. À quoi ça sert, monsieur, la poésie ? Le professeur soupire : à rien, ça ne sert à rien, et c’est pour ça que c’est si important, la poésie, c’est de la langue à l’état brut, de la langue qui échappe à la com’, c’est pour la beauté du geste, la poésie. Le professeur a écrit au tableau le gros mot : POÉSIE. Dites tout ce qui vous passe par la tête. Tout ? Tout. Incompréhensible, voilà le premier mot qui vient, et puis les rimes bien sûr, les alexandrins, tout ça, et l’amour, la nature, et des noms de poètes, Victor Hugo, ça marche pour tout, Victor Hugo, la poésie, le roman, le théâtre, tout, et La Fontaine, est-ce que c’est de la poésie, les fables de La Fontaine ? Le professeur n’ose pas citer les noms qu’il aime, il évite Mallarmé, il saut à pieds joints sur Rimbaud, sauf le dormeur, bien sûr, de Rimbaud on ne lit que le dormeur, les deux trous rouges, tout ça, et ceux du vingtième siècle, n’en parlons pas, il a ressorti Plupart du temps, le professeur, il avait étudié ça à l’époque, Reverdy, ça a l’air lisible, il a corné une page, il lit, puisque ça a l’air lisible, il relit, parce que ce n’est pas si lisible que cela et il se demande, le professeur, si ce n’est justement pas ça, la définition de la poésie, l’illisible, et il referme Plupart du temps.

Un bout de poésie, à la page cornée de Plupart du temps de Pierre Reverdy.