Journal du 30 avril au 2 mai 2024

Ce que j’ai lu

Michel Desmurget, La fabrique du crétin digital : écrivant ici, est-ce que j’y participe ? Osons espérer que non. La démonstration est pourtant convaincante : les écrans envahissent nos vies et ce n’est pas pour notre bien. Ce n’est surtout pas, selon Desmurget, pour le bien des digital natives, parce que malheureusement ce n’est pas sur ce blog qu’ils tombent, et que les écrans empêchent, à l’âge où c’est crucial (avant six ans, martèle-t-il, tout écran est à proscrire), l’interaction avec d’autres humains. Après, ça continue de nuire, ça entrave l’apprentissage de la langue et la réussite scolaire, ça favorise le tabagisme, l’alcoolisme, l’obésité et la dépression. Alors que faire ? Tout couper ? Sans doute pas, mais continuer à lire des livres en vrai, et en parler ici dans le but de donner envie aux accros de l’écran de parfois y échapper, à ces satanés écrans.

Ce que j’ai vu

Les séries, c’est du temps d’écran néfaste, si j’en crois Michel Desmurget. Les 100 n’échappe pas à la règle : violence à outrance et corps humains monstrueux (femmes anorexiques sauf de la poitrine et hommes aux torses de taureau qu’on ne croise que dans les salles de sport, et encore, une petite piquouze est bien souvent nécessaire pour gonfler de la sorte). Pourtant, je continue à consommer cette série et à y trouver mon compte (histoire de dopamine sans doute mais peut-être aussi allégorie de notre monde).

Ce que j’ai entendu

Very good trip : de la musique rock ou actuelle, histoire de ne pas être trop largué, même si j’oublie à mesure le nom des groupes (sauf Nirvana qui me ramène à mon adolescence : c’était la musique que mes copains écoutaient, mais pas moi) (trop décadent pour le sage môme que j’étais) (pourtant le désespoir de Kurt Cobain, son mal de vivre, ça aurait pu me parler) (sauf que je n’y pigeais rien, à ce romantisme-là).

Ce que j’ai fait

Cette chanson sur l’intelligence artificielle, je l’aimerais très bête mais pas trop cliché, tout en en étant bourrée, de clichés. Quadrature du cercle. Il ne s’agit pas de mettre le livre de Desmurget en musique mais pas non plus de faire l’apologie de ChatGPT (à qui je pourrais faire écrire un couplet, mais je crains que l’intelligence artificielle ne comprenne pas la consigne sois le plus con possible).

Journal du 27 au 29 avril 2024

Ce que j’ai lu

Lire avec empathie : Muriel Barbery, Une seule rose ; le début de Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre. Cette femme qui découvre le Japon, son père, l’amour d’un homme, les fleurs (la rose bien sûr, c’est-à-dire elle-même ; une seule rose, c’est toutes les roses, écrivait Rainer Maria Rilke ; Rose is a rose is a rose, ajoutait Gertrud Stein ; et rose elle a vécu ce que vivent les roses, on pourrait effeuiller la rose encore longtemps) ; cet enfant qui en tue un autre par accident (je n’ai lu que deux chapitres, je ne sais pas la suite) ; je les lis, la femme et l’enfant, avec une sorte de solidarité, je me sens concerné par ce qui leur arrive (je sais que ce n’est qu’un effet de l’écriture, un truc de point de vue, un subterfuge de romancière), et je me dis que ça m’aide, dans la vie avec les vraies gens, à aussi me sentir concerné par leur vie (on peut si facilement se tromper). Lire des romans (c’est un truc que j’ai retenu de Faites-les lire ! de Michel Desmurget) ça développe l’empathie (le cours d’empathie n’est pas nécessaire, celui de littérature suffit).

Ce que j’ai vu

Dilemme moral : sacrifier une personne pour sauver l’humanité entière, est-ce faire le bien ? Dans Les 100, c’est permanent, cette question de qui sauver qui sacrifier, mais est-ce la question qui nous est posée en cette période de fin d’un monde ? Peut-être pas. Ce qu’il faudrait sacrifier, c’est un mode de vie, mais même ça, nous n’y arrivons pas, alors le martyre pour la survie de l’humanité, on dirait bien que c’est foutu : chacun pour sa gueule (sauf si on lit des romans et qu’on chope l’empathie).

Ce que j’ai entendu

De la musique de messe qui se veut moderne, avec chanteuses sourdes, guitare basse et batterie : quand on songe à tous les chefs-d’œuvre de la musique sacrée, on comprend que Dieu se soit barré, en entendant ce qu’est devenue la pseudo-musique de messe.

Ce que j’ai fait

Le curé a parlé d’élaguer, au début de son sermon (après, je n’ai plus écouté). Je me suis mis à réfléchir (j’ai eu le temps, la messe a duré plus de deux heures). J’ai décidé d’élaguer mes écritures. Quatre : c’est le nombre de projets d’écriture que je retiens. Celui-ci, le carnet, l’écriture de 17h17 et les chansons (IA, c’est le titre de la nouvelle, il y est question d’intelligence artificielle et de connerie naturelle, j’aimerais y être particulièrement con).

Journal du 8 au 9 avril 2024

Ce que j’ai lu

Phase de lecture tous azimuts, rien qui accroche au point de s’y plonger à fond (fini cette bande dessinée, Animan, loufoque au possible, mais grapillé aussi quelques mots dans Flaubert, son projet d’un roman qui se serait appelé La Spirale, dans Franck Thilliez, mais je me lasse, dans La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget, dans Montaigne, dans Dante, dans L’Histoire, un article sur les nouveaux manuels d’histoire en Russie ou comment en effet fabriquer des crétins et de bons petits soldats prêts au massacre).

Ce que j’ai vu

Toujours Les 100, barbarie geek, les hommes manipulés par l’IA, les pires horreurs commises au nom de la lutte contre la souffrance (faire souffrir parce qu’on ne sait pas souffrir soi-même) (un mélange de propagande poutinienne et de crétinisme digital sur fond de lutte des clans) (ce paradoxe au cœur de nos obsessions : le progrès technique facteur de régression humaine) (cette impression : on y vit déjà un peu, dans ce monde-là).

Ce que j’ai entendu

Le cours de l’histoire n’est pas un long fleuve tranquille, ce n’est pas le Nil des pharaons et des bâtisseurs de pyramides, qui n’étaient, apprends-je, pas tous des esclaves, et d’esclavage il est aussi question quand il s’agit des africains-américains, de ces cow-boys noirs, apprends-je aussi, et de ces camps militaires où les soldats étaient noirs et les officiers blancs et où on formait mal les futurs combattants pour mieux affirmer par la suite qu’ils n’avaient pas l’étoffe de héros (cela a lieu pendant la Deuxième Guerre mondiale, pendant qu’on disait se battre contre les affreux racistes nazis, comme quoi il n’y a pas qu’en Russie poutinienne qu’on manipule l’histoire).

Ce que j’ai fait

La corne au bout des doigts se forme. Pourtant, je m’acharne toujours sur les mêmes accords et ne parviens pas à passer de l’un à l’autre sans moultes hésitations, alors qu’à la clarinette il faut tricher malgré la peine qu’on prend à répéter sans cesse les mêmes traits : impression d’être en musique un éternel débutant. En écriture ? Impossible de me concentrer longtemps sur un même texte (comme pour la lecture, il y a un temps pour tout).

Michel Desmurget : Faites-les lire !

La lecture est en danger et si la lecture est en danger, nous sommes tous en danger. Que faire ? Lire et surtout faire lire les enfants. Tel est le message que Michel Desmurget martelle dans son livre Faites-les lire ! Pour en finir avec le crétin digital, publié en 2023 aux éditions du Seuil.

Journal du 1er au 2 mars 2024

Ce que j’ai lu

Lire ce que c’est que lire, Faites-les lire ! Michel Desmurget cherche à en finir avec le crétin digital (son livre vedette que j’ai acheté mais pas encore lu). Il démontre, études à l’appui, les bienfaits de la lecture, après avoir constaté et déploré la baisse à la fois du temps et du niveau de lecture dans nos sociétés envahies par les écrans. Il insiste sur la lecture partagée, sur le rôle de la famille, sur l’acquisition d’un vocabulaire consistant, sur les difficultés posées par l’apprentissage de la lecture. Bref, on lit ce livre en étant rassuré sur soi-même, grand lecteur, espèce en voie de disparition, mais en étant inquiet pour nos jeunes, pour qui lire et écrire deviennent (le prof que je suis ne peut que confirmer le diagnostic) de plus en plus une pratique étrangère à leur quotidien. Faire lire, plus que jamais nécessaire (je n’avais pas besoin d’être convaincu, j’ai maintenant de nouveaux arguments).

Ce que j’ai vu

La femme du boulanger de Pagnol, à Équilibre : tous les clichés de la Provence début de siècle, avè l’assent, le pauvre boulanger que sa femme trop belle trompe avec un berger piémontais, tout le village qui cherche à consoler le pauvre cocu, une histoire simple mais qui vieillit mal (ce gros type un peu nunuche, si j’avais été sa femme, je crois que moi aussi, le berger piémontais qui chante la sérénade, j’aurais été tentée, et le sempiternel débat du curé et de l’instituteur, que tout cela me semble daté, mais le public, daté lui aussi, apprécie, et moi aussi, je passe un moment agréable).

Ce que j’ai entendu

Toujours le hasard des algorithmes, taper le nom d’une compositrice, Vania Angelova, écouter un titre d’elle, puis laisser la machine décider de la suite : Pearl Django, Avishai Cohen, Gypsy Swing Revue, Opo Tsupa, Armik, Cesaria Evora, Al Marconi, Duo Gadjo. Ambiance jazzy, manouche ou tropicale, je lis Faites-les lire ! en cette charmante compagnie musicale et aimerais demander au professeur Desmurget ce que l’alliance de la lecture et de la musique fait à notre cerveau.

Ce que j’ai fait

Concert annuel de la Concorde : prestation honorable, même si toujours la même frustration technique, les doigts qui peinent, les traits qui ripent, le départ de la Sérénade qui foire (en ce qui me concerne ; l’ensemble s’en sort mieux que chaque instrumentiste individuel). Difficile néanmoins de prendre du plaisir à l’exercice (quinze ans d’apprentissage et d’acharnement à la clarinette pour un résultat toujours aussi laborieux alors que chanter, sans jamais avoir pris de cours, ça vient tout seul, et pourtant, ces temps, je ne chante plus).

Journal du 24 au 29 février 2024

Ce que j’ai lu

Ce vrac de lecture sans ordre, toujours. Faites-les lire, écrit l’un, Michel Desmurget, Fou de Paris, écrit l’autre, Eugène Savitzkaya, Il était deux fois, écrit encore un autre, Franck Thilliez, mais ce n’est pas fini, il y a aussi L’infra-ordinaire et La Fracture (Georges Perec et Charles Juliet, lectures familières, amicales) et Don Quichotte (lire plus resserré, voilà ce qu’il faudrait) (il y a aussi ce Journal d’un mot d’Emmanuelle Cordoliani, un livre où je picore) (c’est trop à la fois, on n’arrive plus rien à dire).

Ce que j’ai vu

Toujours les mêmes choses, Babel sur le Nil, Les 100, de la recherche et de l’action, tout et son contraire, déchiffrer des papyrus dans l’Egypte de l’Antiquité tardive, y trouver du copte, du grec, du latin, du pelvi, de l’arabe, puis suivre la guerre des gens de la montagne, des natifs (culture américaine, quand tu nous tiens), des gens du ciel, de la cité des lumières. Voir ou croire voir des mondes perdus, passés ou futurs.

Ce que j’ai entendu

Laisser les gens raconter, à voix nue, passer d’Alain Juppé au juge Trévidic, écouter Danièle Thompson raconter le tournage de La folie des grandeurs puis danser avec Angelin Preljocaj, j’aime ces vies si différentes qui se disent avec pudeur ou avec impudeur, puis de la musique, de la musique, de la musique (des classiques mille fois entendus mais dont on ne se lasse pas).

Ce que j’ai fait

Il a fallu, parce que le concert annuel approche, jouer de la clarinette, jamais assez jouer de la clarinette, et il a fallu parler de Lamartine, d’Hugo, de Perec, de Verlaine, de Mallarmé, à des gens que ces noms indiffèrent (ou indifféraient, peut-être maintenant…). Et ces vidéos pour parler des livres, ça devient une habitude : comment me renouveler ? Quant à la guitare, les doigts peinent (barrer, je n’arrive pas ; enchaîner les accords simples, ça vient, lentement, trop lentement). Écrire ? pour dire qu’on n’a plus rien à écrire, mais écrire qu’on n’a rien à écrire c’est encore et toujours écrire.