Il suffit parfois de trois jours pour bousculer une vie. C’est que ce que raconte Pierre Lemaitre dans son roman Trois jours et une vie publié en 2016 aux éditions Albin Michel.
Étiquette : Pierre Lemaitre
Journal du 7 au 8 mai 2024
Ce que j’ai lu
Le roman d’après le Goncourt forcément déçoit. Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre, en 2016 (il obtient le Graal en 2013 pour une histoire rocambolesque sur fond de gueules cassées et de magouilles de cimetières, une histoire, celle d’Au revoir là-haut, à laquelle il reviendra, mais en attendant…) : un bon roman que l’histoire de ce gamin qui en tue un autre par accident et qui passe sa vie à en être hanté mais le Goncourt, ça mérite mieux comme suite, non ? Le problème, c’est que cette étiquette, Prix Goncourt, colle à la peau, qu’on ne peut plus lire les livres de celui qui un jour a gagné sans les comparer avec LE livre. Pour le Prix Nobel, c’est pire : à quoi bon continuer d’écrire après l’ultime consécration ? Une catastrophe qu’obtenir le Nobel, a écrit Samuel Beckett, déçu qu’on se mette à comprendre ce qu’il écrivait (ou qu’on croit comprendre).
Ce que j’ai vu
En France, la mise à mort de la liberté d’expression. À ce point ? Vu de Suisse, cela paraît, comme toujours, excessif. Et pourtant… Il est question d’antisémitisme, de soutien au Hamas ou à Israël, de terrorisme, d’une guerre épouvantable et interminable au sujet de laquelle chacun est sommé de choisir son camp : soit tu es aux côtés des Palestiniens et on t’accuse de soutenir le Hamas, une bande de terroristes islamistes rétrogrades financés en sous-main par l’Iran, soit tu es du côté d’Israël et il te faut accepter l’apartheid mis en place par le gouvernement d’extrême droite de ce pays ; bref, la paix est encore loin…
Ce que j’ai entendu
Sorj Chalandon raconte Sabra et Chatila. Il est l’un des premiers journalistes à voir le massacre et à le décrire. Il évoque ce soldat israélien qui lui permet d’entrer dans le camp de Chatila et ses pleurs face l’horreur. Décrire ce qui a lieu : seule attitude juste dans la guerre, noblesse du beau métier si décrié de journaliste.
Ce que j’ai fait
De la musique avant toute chose, de la clarinette avant le giron. Cette pièce, Dynamic Overture de Franco Cesarini, on commence (il est temps) à s’y promener sans s’y perdre. Reste plus qu’à… (et après on fêtera ça) (sur YouTube, ils sont toujours au moins deux fois plus nombreux que nous).
Journal du 27 au 29 avril 2024
Ce que j’ai lu
Lire avec empathie : Muriel Barbery, Une seule rose ; le début de Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre. Cette femme qui découvre le Japon, son père, l’amour d’un homme, les fleurs (la rose bien sûr, c’est-à-dire elle-même ; une seule rose, c’est toutes les roses, écrivait Rainer Maria Rilke ; Rose is a rose is a rose, ajoutait Gertrud Stein ; et rose elle a vécu ce que vivent les roses, on pourrait effeuiller la rose encore longtemps) ; cet enfant qui en tue un autre par accident (je n’ai lu que deux chapitres, je ne sais pas la suite) ; je les lis, la femme et l’enfant, avec une sorte de solidarité, je me sens concerné par ce qui leur arrive (je sais que ce n’est qu’un effet de l’écriture, un truc de point de vue, un subterfuge de romancière), et je me dis que ça m’aide, dans la vie avec les vraies gens, à aussi me sentir concerné par leur vie (on peut si facilement se tromper). Lire des romans (c’est un truc que j’ai retenu de Faites-les lire ! de Michel Desmurget) ça développe l’empathie (le cours d’empathie n’est pas nécessaire, celui de littérature suffit).
Ce que j’ai vu
Dilemme moral : sacrifier une personne pour sauver l’humanité entière, est-ce faire le bien ? Dans Les 100, c’est permanent, cette question de qui sauver qui sacrifier, mais est-ce la question qui nous est posée en cette période de fin d’un monde ? Peut-être pas. Ce qu’il faudrait sacrifier, c’est un mode de vie, mais même ça, nous n’y arrivons pas, alors le martyre pour la survie de l’humanité, on dirait bien que c’est foutu : chacun pour sa gueule (sauf si on lit des romans et qu’on chope l’empathie).
Ce que j’ai entendu
De la musique de messe qui se veut moderne, avec chanteuses sourdes, guitare basse et batterie : quand on songe à tous les chefs-d’œuvre de la musique sacrée, on comprend que Dieu se soit barré, en entendant ce qu’est devenue la pseudo-musique de messe.
Ce que j’ai fait
Le curé a parlé d’élaguer, au début de son sermon (après, je n’ai plus écouté). Je me suis mis à réfléchir (j’ai eu le temps, la messe a duré plus de deux heures). J’ai décidé d’élaguer mes écritures. Quatre : c’est le nombre de projets d’écriture que je retiens. Celui-ci, le carnet, l’écriture de 17h17 et les chansons (IA, c’est le titre de la nouvelle, il y est question d’intelligence artificielle et de connerie naturelle, j’aimerais y être particulièrement con).
Pierre Lemaitre & Christian de Metter : Au revoir là-haut
D’un roman foisonnant, faire une bande dessinée presque muette, voilà ce que parviennent à réaliser Pierre Lemaitre et Christiant de Metter dans Au revoir là-haut, bande dessinée publiée en 2015 aux éditions Rue de Sèvres d’après le roman éponyme publié en 2013 aux éditions Albin Michel.