Journal du 14 au 16 octobre 2024

Ce que j’ai lu

« Nous nous entretenons de singeries réciproques », écrit Montaigne à propos de sa chatte. Plusieurs siècles plus tard, Frans de Waal, étudiant les chimpanzés, prouve qu’en effet les animaux et nous sommes plus liés qu’on ne le pense, qu’il y a entre nous ce qu’il appelle de l’empathie et la question de Montaigne reste fascinante : « Quand je me joue à ma chatte, qui sait, si elle passe son temps de moi plus que je ne le fais d’elle ? » L’empathie, la faculté de se mettre à la place de l’autre, de voir en lui un miroir de soi-même (grâce à ce qu’on nomme les neurones miroirs), est donc une faculté profondément inscrite en nous. Et pourtant…

Ce que j’ai vu et entendu

Le Liban : l’empathie qui se limiterait aux siens, à son seul petit groupe, et le rejet de ceux qui n’en sont pas hors de l’humanité, hors même du vivant, puisque leur mort n’est que dégât collatéral. Que dire, que faire face à tant d’insensibilité ? Dire l’indicible, ne pas se taire, simplement dire. Voilà ce qu’ose Gracia Bejjani, dire khallass, ça suffit, seulement dire ça, khallass, ça suffit.

Ce que j’ai fait

Je chante, j’écris (un peu), je parle de livres, je m’esquinte les doigts sur la guitare et la clarinette. Ce n’est pas grand-chose mais ça suffit pour me rassurer sur moi-même. Ce que je fais ne tue personne.

Journal du 27 au 29 avril 2024

Ce que j’ai lu

Lire avec empathie : Muriel Barbery, Une seule rose ; le début de Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre. Cette femme qui découvre le Japon, son père, l’amour d’un homme, les fleurs (la rose bien sûr, c’est-à-dire elle-même ; une seule rose, c’est toutes les roses, écrivait Rainer Maria Rilke ; Rose is a rose is a rose, ajoutait Gertrud Stein ; et rose elle a vécu ce que vivent les roses, on pourrait effeuiller la rose encore longtemps) ; cet enfant qui en tue un autre par accident (je n’ai lu que deux chapitres, je ne sais pas la suite) ; je les lis, la femme et l’enfant, avec une sorte de solidarité, je me sens concerné par ce qui leur arrive (je sais que ce n’est qu’un effet de l’écriture, un truc de point de vue, un subterfuge de romancière), et je me dis que ça m’aide, dans la vie avec les vraies gens, à aussi me sentir concerné par leur vie (on peut si facilement se tromper). Lire des romans (c’est un truc que j’ai retenu de Faites-les lire ! de Michel Desmurget) ça développe l’empathie (le cours d’empathie n’est pas nécessaire, celui de littérature suffit).

Ce que j’ai vu

Dilemme moral : sacrifier une personne pour sauver l’humanité entière, est-ce faire le bien ? Dans Les 100, c’est permanent, cette question de qui sauver qui sacrifier, mais est-ce la question qui nous est posée en cette période de fin d’un monde ? Peut-être pas. Ce qu’il faudrait sacrifier, c’est un mode de vie, mais même ça, nous n’y arrivons pas, alors le martyre pour la survie de l’humanité, on dirait bien que c’est foutu : chacun pour sa gueule (sauf si on lit des romans et qu’on chope l’empathie).

Ce que j’ai entendu

De la musique de messe qui se veut moderne, avec chanteuses sourdes, guitare basse et batterie : quand on songe à tous les chefs-d’œuvre de la musique sacrée, on comprend que Dieu se soit barré, en entendant ce qu’est devenue la pseudo-musique de messe.

Ce que j’ai fait

Le curé a parlé d’élaguer, au début de son sermon (après, je n’ai plus écouté). Je me suis mis à réfléchir (j’ai eu le temps, la messe a duré plus de deux heures). J’ai décidé d’élaguer mes écritures. Quatre : c’est le nombre de projets d’écriture que je retiens. Celui-ci, le carnet, l’écriture de 17h17 et les chansons (IA, c’est le titre de la nouvelle, il y est question d’intelligence artificielle et de connerie naturelle, j’aimerais y être particulièrement con).