Notes d’écoute : l’argent qui pue

Stérin : Les milliardaires s’organisent pour faire gagner l’extrême-droite

Projet PERICLES : politique, méthode, feuille de route, guérilla juridique. But : 50 personnes à temps plein, 25 mio d’euros. Patrie, Enracinés, etc. François Durvye : le RN n’est pas trop à gauche (!) grâce à lui. Veut imposer ses thèmes : contre le wokisme et l’immigration (580 mio de personnes éligibles au droit d’asile en France). Observatoire Hexagone : sondages orientés. Réseau : le gars a des billes partout, mais Stérin ne possède pas de média. Chaîne YouTube le crayon qui se dit apolitique, mais a accueilli Macron.

Est-ce que ça pèse vraiment ? Une commission parlementaire a convoqué Stérin, qui refuse de venir. Stérin donne des notes à tout le monde (lui-même : 8/10). Il veut choisir les candidats : « Opportunité de marché. » Trouve Bardella médiocre ; il veut agir sur l’offre, y dépense toute sa fortune.

… et ne paie pas ses impôts en France … le mec se prend pour Musk mais n’en a pas l’envergure … dangereux pourtant que tout cet argent qui sert les pires idées … et bien sûr ça raconte n’importe quoi (le coup des éligibles à l’asile, juste pour ficher la trouille, alors qu’un tel chiffre n’a aucun sens) … l’argent gaspillé quand il est donné à ces gens-là, il faudrait le confisquer … mais les riches, pas touche … surtout les riches fachos … les milliardaires s’achètent la démocratie … pour mieux la renverser.

Notes d’écoute : oignon, dystopie, peste et piscine

Mademoiselle Sane, L’oignon

Le sens du devoir tout au fond du gousset… comptera le temps qui passe avec obstination… (ostinato) (la pendule au salon) (non).

Les chansons sur le temps qui passe rendent souvent mélancolique. Celle-ci, ça va, le pizzicato est plutôt rigolo et le temps passe sans qu’on ait le temps de désespérer. Ce n’est pas encore la pendule de Brel, qui dit oui qui dit non, qui nous attend, le tiroir reste fermé et on fait semblant d’oublier qu’on a beau faire, le ressort de l’amour ne remonte pas toujours jusqu’à 18h30 (écris-je à 16h30, j’ai le temps, deux heures encore…)

Face à la dystopie actuelle, « il nous faut des fictions qui nous aident à réinventer nos avenir » (Blast)

Jean Hegland : pas intéressée de prédire l’avenir mais d’analyser ce qui compte le plus pour les gens ; la tragédie, c’est qu’on n’a rien fait ; l’effondrement se passe en coulisses (pandémie, guerre, incendie) mais deux jeunes femmes cherchent où trouver ce qui compte, à repenser la relation au monde naturel.

Question : ce que l’on prend (mot illisible) est fragile ; le roman aide-t-il à nous préparer à ce qui arrive ?

JH : nous cherchons des histoires en permanence ; trop de gens ont adhéré à un récit erroné à l’élection de Trump.

Q. : Se préparer à moins d’abondance ? (exemple du gaspillage du thé)

JH : Quels sont nos besoins réels ? Tim Jackson, La prospérité sans croissance (≠ capitalisme tardif : on se préfère une paire de chaussure à une amitié)

C’est grâce à cette interview que je lis Jean Hegland, en commençant par Dans la forêt, dont il est peut-être question dans ces notes, à moins qu’elle ne parle déjà de la suite, qui vient de paraître, mais il faut d’abord que je termine le premier roman. Prolongeons les questions (auxquelles je répondrai moi-même, faute de mieux) :

Q. : Pensez-vous que la fiction peut sauver le monde ?

VF : Le monde, je ne sais pas, mais elle peut me sauver du monde, et elle peut donner des pistes pour vivre mieux dans ce monde en déperdition.

Q. : L’effondrement, pour vous, où se passe-t-il ?

VF : Il est intérieur, d’abord, l’effondrement, il a lieu partout où ça cesse de penser, et ça s’étend.

Q. : Le roman nous aide-t-il à nous préparer à ce qui arrive ?

VF : Il aide à étendre la gamme des possibles. Ce qui arrive, il est difficile de le décrire, mais ce qui pourrait arriver, le roman, la fiction, peuvent l’appréhender de mille manières, et c’est en multipliant les romans qu’on se prépare à cette diversité des effondrements possibles.

Nouvelles recherches sur la peste noire III, événement, causalité, temporalité | Table ronde : la peste, contextes sociaux et conjoncture politique

Cléo Rager : peste à Troyes, 10’000, 9’000, 6’000 h. ; rôle précis de la peste difficile à voir, plein d’autres causes possibles ; une seule mention de la peste (un type tousse dans l’assistance) (le colloque a lieu en plein Covid).

1470 : mentions et mesures se multiplient dans la documentation ; le traitement des maladies devient un enjeu explicite ; mesures : rester chez soi, partir pendant 40 jours, brûler les biens des morts.

Début du 16: nomination d’un agent spécialisé dans les épidémies ; acteurs municipaux se démarquent, parce que le traitement des épidémies devient une compétence des échevins, liée à l’entretien des routes et des cours d’eau ; peuple malcontent, manque d’implication des habitants : pourquoi ? décisions toujours prises avec les habitants (assemblée générale des habitants) (voyer, voyeur à Troyes, voierie gérée par les habitants).

Durant le Covid aussi, les décisions unilatérales des autorités ont rendu le peuple malcontent, mais pouvait-il en être autrement ? Tout cela, dit tout le monde, semble si loin, la peste, le Covid, les différentes mesures, le monde d’après a fait renaître des pestes d’un autre genre mais au moins on peut sortir de chez soi, voir du monde, vivre (sauf si on est migrant). Le monde d’après ? Ce colloque a servi de préambule au cours du professeur Patrick Boucheron intitulé précisément Après la peste, mais je n’ai pas encore eu le courage d’écouter ce qu’il raconte à ce propos, le monde d’après le Covid accaparant trop mon esprit inquiet. Les historiens de demain se demanderont quel aura été l’impact de la pandémie sur la catastrophe globale qui s’en est ensuivie (je sais, ce n’est pas très optimiste, mais être optimiste aujourd’hui est devenu criminel).

Le billet de François Morel | L’affaire du bonnet de piscine

Le 24 novembre, 15°, on va à la messe, pas à la piscine, Elisabeth oublie son bonnet. Le bonnet est sur le dossier du bonnet de l’agente. Le ton monte, part en couille, comme on dit à l’épiscopat. Affaire réglée (contrairement à d’autres) par la gendarmerie française : affaire sensible.

Je ne comprends rien à cette histoire. François Morel a sans doute voulu raconter une anecdote comique mais les notes que j’ai prises la rendent absconse. Tous les bonnets s’entremêlent, on ne sait pas si on est à la messe, à la piscine ou à la gendarmerie et l’épiscopat, de quoi se mêle-t-il ? Affaire sensible ? Si tu veux. Le 24 novembre, je ne suis allé ni à la piscine ni à la messe, encore moins à la gendarmerie. J’étais à la maison et je fêtais mon anniversaire. Sans bonnet.

Journal du 8 au 9 septembre 2024

Ce que j’ai lu

Moment de transition, on achève des lectures au long cours, on en entame de nouvelles. Le San-Antonio des vacances s’achève sur des révélations fracassantes, forcément (pourtant, les vacances semblent déjà bien loin). On ouvre avec le joie le Journal d’un mot d’Emmanuelle Cordoliani et on se pose des questions sur la (prétendue) crise de la masculinité (cette incessante manie des mecs dès qu’ils se sentent un tant soit peu menacés de s’enfoncer dans la violence pour compenser une perte imaginaire de leur virilité).

Ce que j’ai vu et entendu

Cette vidéo, sur Blast, comme piqûre de rappel : le dérèglement climatique (on l’avait presque oublié, on passe son temps à presque l’oublier) s’accélère, il est urgent d’agir, tout le monde s’en fiche sauf ceux qui ressassent sans cesse qu’il est urgent d’agir et qui se fatiguent de crier dans un désert que le dérèglement climatique amplifie, désert physique et désert mental, mais il ne faut pas faire peur aux gens, disent les autres, il faut être réalistes, mentent-ils, il ne faut pas exagérer. Protéger la biodiversité ? C’est extrême, hurlent-ils, sans comprendre que c’est la situation qui est extrême et qu’on ne pourra y faire face qu’en prenant des décisions extrêmes (écrit-il sans faire grand-chose, comme tout le monde).

Ce que j’ai fait

Faire la bénichon, c’est-à-dire manger à s’en péter la panse, n’empêche pas de continuer à tenter des choses. J’ai ouvert un espace encore secret, mon compte Patreon, où je passe en revue mes lectures en cours (celles que j’ai maintenant terminées, ou presque) et où je concocte des surprises qui attireront peut-être quelques amis. Reprise aussi des répétitions de la Concorde et plongée dans les archives pour préparer le spectacle du 100ème anniversaire. Ceci, dans une lettre écrite au conseil de paroisse le 25 décembre 1937 :

À neuf heures vingt nous étions tous à l’église à notre place habituelle. Alors monsieur le curé vient chez notre directeur pour lui donner l’ordre de descendre de la tribune et de jouer nos morceaux dehors. Aussi notre directeur, à l’approbation de tous, n’a pas obtempéré à ces ordres. Monsieur le curé en se retirant a dit : vous pouvez jouer mais je vous reverrai.

Journal du 7 au 8 mai 2024

Ce que j’ai lu

Le roman d’après le Goncourt forcément déçoit. Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre, en 2016 (il obtient le Graal en 2013 pour une histoire rocambolesque sur fond de gueules cassées et de magouilles de cimetières, une histoire, celle d’Au revoir là-haut, à laquelle il reviendra, mais en attendant…) : un bon roman que l’histoire de ce gamin qui en tue un autre par accident et qui passe sa vie à en être hanté mais le Goncourt, ça mérite mieux comme suite, non ? Le problème, c’est que cette étiquette, Prix Goncourt, colle à la peau, qu’on ne peut plus lire les livres de celui qui un jour a gagné sans les comparer avec LE livre. Pour le Prix Nobel, c’est pire : à quoi bon continuer d’écrire après l’ultime consécration ? Une catastrophe qu’obtenir le Nobel, a écrit Samuel Beckett, déçu qu’on se mette à comprendre ce qu’il écrivait (ou qu’on croit comprendre).

Ce que j’ai vu

En France, la mise à mort de la liberté d’expression. À ce point ? Vu de Suisse, cela paraît, comme toujours, excessif. Et pourtant… Il est question d’antisémitisme, de soutien au Hamas ou à Israël, de terrorisme, d’une guerre épouvantable et interminable au sujet de laquelle chacun est sommé de choisir son camp : soit tu es aux côtés des Palestiniens et on t’accuse de soutenir le Hamas, une bande de terroristes islamistes rétrogrades financés en sous-main par l’Iran, soit tu es du côté d’Israël et il te faut accepter l’apartheid mis en place par le gouvernement d’extrême droite de ce pays ; bref, la paix est encore loin…

Ce que j’ai entendu

Sorj Chalandon raconte Sabra et Chatila. Il est l’un des premiers journalistes à voir le massacre et à le décrire. Il évoque ce soldat israélien qui lui permet d’entrer dans le camp de Chatila et ses pleurs face l’horreur. Décrire ce qui a lieu : seule attitude juste dans la guerre, noblesse du beau métier si décrié de journaliste.

Ce que j’ai fait

De la musique avant toute chose, de la clarinette avant le giron. Cette pièce, Dynamic Overture de Franco Cesarini, on commence (il est temps) à s’y promener sans s’y perdre. Reste plus qu’à… (et après on fêtera ça) (sur YouTube, ils sont toujours au moins deux fois plus nombreux que nous).

Journal du 15 au 16 mars 2024

Ce que j’ai lu

Ouvrir de nouveaux livres, les commencer à peine, errer avec ce chevalier errant que tout le monde prend pour un fou, lectures d’intermède. J’ai terminé Kampuchéa, autre errance, le Mékong si semblable à l’Amazonie quand c’est Patrick Deville qui lui aussi joue les chevaliers errants (notre monde manque tant de Don Quichottes).

Ce que j’ai vu

L’œil au repos n’a rien vu, ou presque. L’œil a besoin parfois de ce repos. Des flashs : la colère, la misère, l’assassinat des paysans (les assassins courent toujours) ; et cette dystopie des 100 (la dystopie est à la mode, elle permet de relativiser la catastrophe réelle, beaucoup plus sournoise qu’une série Netflix).

Ce que j’ai entendu

Charles Jauquier : les larmes montent instantanément. C’est la musique du tréfond de mon ventre, celle de mon grand-père, celle d’ici (quand on s’arrête, on fait son nid comme un oiseau, on laisse fuir le temps et l’eau … mon peu de terre, mon peu de ciel, ici qui pousse mon soleil).

Ce que j’ai fait

Ça sent le printemps : à nouveau ça surgit. Quatre titres de chansons m’apparaissent, j’en commence une, Journal intime (peut-être : Elle écrit). Et la ferme intention d’affronter mes écritures de Fribourgs, de transformer le blog en livre(s). Et surtout : m’acharner sur ma clarinette, à une semaine à peine de l’audition, jouer, jouer, jouer. Et aussi : explorer ce que l’IA invente quand on la soumet à la poésie. Voici un vers de Charles Baudelaire : qui saura trouver lequel ?

Journal du 8 décembre 2023

Ce serait un journal, c’est-à-dire des notes prises au jour le jour et rassemblées de temps en temps. Ce serait noter tout ou sélectionner (on verra) : tout ce qui de près ou de loin touche à la culture dans ma vie (mais qu’est-ce qui ne touche pas, de près ou de loin, à la culture?). Il y aurait ce que je lis, ce que j’écoute, ce que je regarde, ce que je fais ; ce serait un retour sur fatras, tant cela s’éparpille. Est-ce que cela limitera l’éparpillement ou est-ce que cela l’amplifiera ? Essayons.

Pour ce premier jour, tout noter (rapidement s’en effrayer, cela ne ressemble à rien). Betty Mars pour se réveiller (une chanteuse oubliée, ressuscitée par un podcast, on se dit en l’écoutant, qu’il n’était pas forcément nécessaire de la ressortir des tiroirs, une chanteuse d’un autre temps que le sien et d’un plus autre temps encore que le nôtre), puis envoyer à mes amis un vers de Milène Tournier dans ce petit calendrier de l’Avent poétique du matin :

J’ai rêvé j’étais la faille entre rêve et réel, trempée dans des cristaux de sel.

Milène Tournier, Jours de crue, poèmes de quarantaine, L’autre jour, 2020.

Puis Dante, le purgatoire, à haute voix, et Cocteau, chansons parlées, la voix de Marianne Oswald, effrayante, et parler devant la caméra de Murena, l’incendie de Rome, Néron, des trafiquants de meth dans le Nouveau-Mexique (fin de la saison 4, début de la saison 5, je regarde les séries avec des années de retard), puis lire (musique de fond Willaert et Gabrieli) un peu de Chalamov (à petites doses, ces Souvenirs de la Kolyma, on a de la chance, nous qui ne sommes que lecteurs affalés dans un fauteuil en compagnie de polyphonies renaissantes) :

Le chef de brigade Koroliov était un “libéré”, un bel homme, ex-truand, il me battait tous les jours sans exiger de moi le moindre travail, il ne faisait que cogner et cogner. Puis il se fatiguait et arrêtait, passait à autre chose.

Puis le Don Quichotte (cette traduction de la vieille Pléiade, à peine remaniée depuis le dix-septième siècle, on peine un peu) et Freud (on peine aussi, on ne comprend pas trop comment il tire toutes ces interprétations , qui nous paraissent bien souvent tout à fait arbitraires) et Jean-Philippe Toussaint (montage de la vidéo sur C’est vous l’écrivain) et des articles de L’Histoire sur la terre (les Gracques, la Révolution, je crois que je vais me désabonner, l’Histoire, je sature) et une conférence d’Antoine Compagnon sur les livres que Roland Barthes n’a pas écrit, une phrase pour mettre fin à mes citations du jour (remplacées par ce truc-là, que j’essaie ; on verra), deux contributions dans le blog du Tiers Livre, un cycle sur l’enfance auquel je ne participe pas, mon enfant étant resté coincé dans sa grange, et (plus ça s’accumule plus je me dis que se gaver de culture, à quoi bon ?) cette question que posent des philosophes : pourquoi ne veut-on plus travailler ? (en retenir que ce n’est pas la bonne question, que bien sûr on veut encore travailler mais pas dans ces conditions).

Moment détente : Yann Marguet (un humoriste vraiment drôle, c’est tellement rare).

Soir : répétition à l’église pour le concert d’automne de la Concorde (on en recausera, la fatigue est trop intense, les doigts s’agitent mécaniquement sur la clarinette mais on ne sait pas trop ce que ça donne).

Puis en rentrant écrire un peu ce journal du corps où il ne s’agit pas que de mon corps (pas question d’en divulguer la moindre ligne) et m’indigner avec Blast contre la justice suisse et me demander quelle publicité pour 2050 et lire un peu Après le monde d’Antoinette Richter et Charlie Hebdo, mais il y a eu trop aujourd’hui, on a cessé de saisir quoi que ce soit depuis bien longtemps.