Journal du 20 au 24 mai 2024

Ce que j’ai lu

Diversité de ce qu’on appelle roman : Silo (science-fiction), Persilès (roman d’aventure à l’ancienne), Bonjour tristesse (roman d’ado et d’initiation). À quoi j’accroche ? L’ordre dans lequel ils se sont présentés à mon esprit : ce monde postapocalyptique où les humains sont coincés dans un silo sans rien savoir du monde extérieur a quelque chose de fascinant, on se demande pourquoi ils sont là et pourquoi ils y restent, jusqu’à ce qu’une nettoyeuse enfin sorte sans nettoyer et j’en suis là, au milieu du livre, à me poser mille questions ; ces récits imbriqués, histoires d’amour et de vengeances, de naufrages et de barbarie nordique, on s’y perd, on ne sait pas trop qui est qui, qu’est-ce qui est l’histoire principale qu’est-ce qui est le récit dans le récit, tant d’aventures ont lieu qu’on en est étourdi comme un Don Quichotte écrasé contre un moulin ; cette jeune fille, son père, les deux maîtresses du père, le jeune homme avec qui elle flirte, il paraît que cela fit scandale, mais je m’y ennuie ferme (le roman est court, on ira jusqu’au bout, on trouvera un angle pour lui retrouver de l’intérêt).

Ce que j’ai vu

Toujours Les 100 : il n’y a sur la terre qu’une seule vallée encore vivable et la guerre la menace (encore du postapocalyptique, le monde d’après, comme on disait) et ce témoignage des juifs de gauche, eux aussi coincés dans une guerre qui détruit tout, et confrontés à un dilemme cornélien : être avec Israël et cautionner ainsi un système d’apartheid et peut-être un génocide ; être avec les Palestinien et cautionner ainsi les terroristes du Hamas et les massacres qu’eux aussi ont perpétrés. Un mot reste tabou, dans Les 100 et dans la réalité : le mot paix.

Ce que j’ai entendu

Le cd d’une tournée au Québec voilà plus de vingt ans (2003 : qu’est-ce que je me sens vieux soudain) et ma voix qui déclame que je suis un gars ben ordinaire (cette voix, elle me plaît, il faudrait que je la réveille).

Ce que j’ai fait

Ce projet de chansons, toujours, qui restent coincées dans un cahier (comme dans celle qui s’appelle Journal intime, dont la fin ne me convainc pas) : le rêve qu’en 2003 je réalisais un peu, il serait temps de le prendre à bras le corps.

Journal du 22 au 26 avril 2024

Ce que j’ai lu

Les modes passent. Certains livres passent de mode. Pierre Benoît a eu son heure de gloire. Sur ce vieux livre de poche, Les Agriates, est inscrit le nom de jeune fille de maman. Cela date de 1950 (maman n’était pas née). Je lis avec circonspection : la Corse, la vengeance, l’amour assassin, l’honneur, les paysages sauvages (et pourtant, à certains moments, j’accroche) (mais tuer pour un adultère, cela semble si ridicule, ici et aujourd’hui, si tragiquement ridicule) (et la figure de la femme fatale, il serait temps de tourner la page) (dans ma bibliothèque à lire, il reste un dernier Pierre Benoît, il attendra).

Ce que j’ai vu

– Alors, qu’est-ce que t’as fait ?

– J’ai vieilli.

C’est ainsi que se termine Zazie dans le métro, dont Zabou Breitman a fait une comédie musicale. Une comédie musicale, en 2024, à partir de ce vieux bouquin des années 50 ? Je suis sceptique. Puis le spectacle commence : Doukipudonktan. Une vieillerie, Zazie dans le métro ? Il y est question de grève et de fluidité des genres, de surtourisme et d’inceste, on s’y insulte avec génie, on s’y aime avec délicatesse, on y fugue et on y musarde, on y court, on y rit, on y pleure, on y joue de la clarinette, on dirait un film de Jacques Tati et un vieux Maigret, et non, ça n’a pas pris une ride, on l’adore, cette Zazie, et qu’est-ce qu’elle nous énerve, cette petite effrontée, mais à la fin du spectacle, si Zazie a vieilli, nous, on a rajeuni.

Ce que j’ai entendu

Lors de mon dernier séjour à Paris (où je n’ai pas vu la Sainte-Chapelle en ciré jaune), place du Panthéon, c’était le branle-bas de combat, on montait des tréteaux, on installait des cantines, on s’apprêtait à honorer qui, je l’ignorais (j’ai imaginé d’étranges et ridicules panthéonisations dans le petit bouquin que j’ai ramené de mon voyage). Aujourd’hui, je tombe par hasard sur Feu ! Chatterton chantant L’affiche rouge de Louis Aragon et Léo Ferré. Je l’écoute deux fois, peine à retenir mes larmes. La troisième fois, je ne me retiens pas. Il n’est plus question d’ironie. Cette chanson est sacrée.

Ce que j’ai fait

Faute d’inventer des chansons sacrées, boutiquons de sacrées chansons. Je trouve un truc pour conclure Journal intime sans aller lire ce qu’elle y écrit. Il est temps de penser à leur donner vie, à ses chansons que pour l’instant je fredonne sous la douche. Un aperçu ? Alors il nage, il nage, il nage, il nage, il nage, il nage, il nage (sans la musique, ça perd son charme) (je me faisais cette même réflexion à propos de Zazie dans le métro : avoir ajouté de la musique au livre, c’est peut-être ça qui le remet au goût du jour).

Journal du 19 au 21 avril 2024

Ce que j’ai lu

Ainsi donc Don Quichotte meurt aussi, à la fin, il meurt guéri et je me souviens qu’à la première lecture cette guérison m’avait affligé. À la seconde, je souris. C’est que ce héros-là permet de multiples lectures, qu’il – mais n’oublions pas Sancho – n’est pas d’un bloc, tout sublime ou tout grotesque, qu’il est terriblement humain, Jean qui rit Jean qui pleure, comique et tragique à la fois, réel et farfelu, enthousiasmant et décevant, volatile et fidèle, humain, écrivais-je, et cela suffit à mon plaisir, cette humanité à tant de facettes que cela étourdit.

Ce que j’ai vu

Voir et lire en même temps : de Simenon je n’ai pas lu grand-chose, alors j’écoute François Bon s’y coller, au texte de Simenon, dans cette vidéo carnet, avec cette liberté du lecteur qui lit, relit et relit encore et qui simplement prend le bouquin et relit encore mais face caméra, allant chercher dans le texte lu et relu matière à dire ce que ça fait, la lecture (m’y coller aussi, avec Don Quichotte).

Ce que j’ai entendu

Ce besoin soudain d’écouter de la chanson française, de sélectionner ces quelques bijoux qui marquent, un Nougaro, Le coq et la pendule, un Reggiani, Si tu me payes un verre, un Souchon, La p’tite Bill elle est malade (ce serait chouette de les ajouter à mes propres chansons, un jour, ces chansons-ci) (de Renaud aussi, La mère à Titi).

Ce que j’ai fait

Jouer avec les petits, tenter de suivre le rythme quand à côté ça se perd, me concentrer mieux que ces percussionnistes déchaînés qui tapent sur tout et surtout sur mes nerfs, et sentir que cette chanson, Journal intime, je tiens le bon bout, mais il est temps que mes chansons solitaires, je trouve avec qui les chanter (un rêve d’enfance à réaliser, il serait temps).

Journal du 13 au 15 avril 2024

Ce que j’ai lu

Baroque : mot employé à toutes les sauces, même les plus insipides, mais Don Quichotte (surtout le deuxième livre) est de toute évidence un ouvrage baroque. Ayant exprimé cela, je n’ai pourtant encore rien dit. En quoi Don Quichotte est-il baroque ? Peut-être par ce va-et-vient constant entre illusion et réalité, entre moquerie et grandeur, entre ridicule et héroïsme. Certes, quand le chevalier au lion vole sur un cheval de bois qui terrorise son fidèle Sancho, c’est une pièce de théâtre que se font jouer ses cruels hôtes aux dépends de leurs fantasques invités, mais derrière ce ridicule il y a un noble cœur et ce duc et cette duchesse on ne peut s’empêcher de les trouver fort méchants et d’avoir pitié de notre ingénieux hidalgo resté pur dans un monde qui renie ses origines. Est-ce cela le baroque, l’hésitation entre rire et colère ? Notre monde semble alors bien baroque.

Ce que j’ai vu

Les séries d’aujourd’hui (toujours Les 100) se prennent au sérieux. Elles posent, surtout quand elles se disent dystopies (alors que Don Quichotte est une utopie), des questions de vie ou de mort en permanence. La vie et la mort ne sont jamais certaines (c’est peut-être en cela qu’elles aussi sont baroques) mais quand une héroïne poignardée tombe d’une falaise surplombant une rivière qui coule trois cents mètres plus bas, qu’est-ce qu’on parie qu’elle n’est pas morte et que se trouve par hasard dans le coin un bon cheval plus vaillant que Rossinante pour la recueillir ? Le truc tout droit pompé du Seigneur des Anneaux sent un peu le plagiat, non ? Le problème du baroque (du moins de l’invraisemblable) quand il devient stéréotype, c’est qu’il ne surprend plus personne.

Ce que j’ai entendu

Cela entre par une oreille et ressort par une autre. Il a été question d’Irlande, de druides, de guerres, de famine, d’indépendance. L’envie me vient (ce que j’empresse de faire) de réécouter cette chanson de Romain Didier qui est peut-être bourrée de clichés mais qui vaut mille fois ces sempiternels Lacs du Connemara qui font rallumer toutes les lumières en fin de soirée (et en passant je me demande si le coup du cheval qui sauve le héros tombé de la falaise ce ne serait pas une légende celtique) (ChatGPT, qui a réponse à tout mais pas toujours la bonne réponse, cite l’histoire d’un certain Grisandole puis se ravise).

Ce que j’ai fait

Cette chanson, Journal intime, si difficile à extirper de moi parce que ce n’est pas le mien, ce journal intime, et que je n’ai reçu aucune autorisation à l’ouvrir. Sinon, je commence à piger l’heureux exercice à la clarinette, même si pour l’instant il contribue fort peu à mon bonheur, pas plus que mes autres activités créatives, toujours aussi fragmentaires. Je commence presque à savoir jouer Santiano à la guitare, histoire d’accompagner mon gamin dans sa grange et de remercier Margot de sa patience lors de mes tâtonnements clarinetteux (pour du rythme sur Santiano il faudra néanmoins redoubler de patience).

Journal du 10 au 12 avril 2024

Ce que j’ai lu

Le Petit Pape Pie 3,14, bande dessinée signée Boucq, un tout petit pape facétieux comme on les aime, un petit pape qui aide Superhyperman à sauver le monde mais qui se fait engueuler par Zorg le Grand, chef suprême de l’Empire intergalactique pour avoir cochonné le cosmos, un petit pape qui visite une fabrique de trous d’aiguilles, un petit pape qui se fait kidnapper par son ombre, bref rien avoir avec notre vieux pape et sa clique.

Ce que j’ai vu

Parfois il suffit de quelques mots pris à Pierre Michon, d’une boîte aux lettres rouillée, du décalage entre le monde tel qu’il va et les préoccupations apparentes de chacun et d’un air de guitare pour jouer à chat perché et créer de la beauté (merci Michel Brosseau). Sinon, dans Les 100, au bord de l’apocalypse nucléaire, les clans continuent à s’étriper (ici aussi : décalage entre le monde tel qu’il va et les préoccupations apparentes de chacun).

Ce que j’ai entendu

L’amitié aussi a une histoire (mes amitiés sont-elles antiques, médiévales ou révolutionnaires ?).

Ce que j’ai fait

Même babioles que d’ordinaire, très peu écrit, très vite lassé de me relire, acharnement sur guitare et sur clarinette (trop peu aussi), cette chanson du Journal intime qui résiste comme résiste l’intime de l’autre à se livrer, des idées pour faire quelque chose de mes photos de 17h17 mais les idées souvent restent à l’état d’idées.

Journal du 6 au 7 avril 2024

Ce que j’ai lu

Un homme qui se transforme en bestioles, qui vit avec une grenouille, qui a pour ennemi intime un homme qui se transforme en objets, où me suis-je donc fourré avec cet Animan ? D’autant plus que Don Quichotte, ce n’est pas beaucoup plus sain d’esprit. Lectures pour déglinguer le sinistre quotidien où rien ne se passe, grain de folie nécessaire et sans risque.

Ce que j’ai vu

De plus en plus sombre, Les 100, voilà qu’ils crucifient les récalcitrants. On s’acharne à regarder des horreurs. À quoi bon ? Parce que telles horreurs, certes ici c’est une série, mais dans la réalité aussi les utopistes tuent.

Ce que j’ai entendu

Oratorios, Franck Martin puis Arthur Honegger, In terra pax et Le Roi David, par le Chœur de Chambre de l’Université de Fribourg (ma voix perdue parmi la foule, dans la belle église en béton d’Hérémence, avoir été un atome dans ce cri) : musique de tripes et de lamentations (interdite dans la Cité des Lumières des 100, parce que de souffrance il est question en permanence, même si tout s’éclaire à la fin, un jour viendra où une fleur fleurira).

Ce que j’ai fait

L’éparpillement du faire donne l’impression qu’on ne fait rien quand on fait trop. Relecture à petite doses de Fribourgs, sabrer certes mais pas trop (ce monologue du vieux de la Vignettaz, ses pommiers, sa villa, son épouse, j’en suis assez content, parce que ça délire bien), acharnement sur guitare et sur clarinette (le piano, on jouote), accouchement difficile de cette chanson où je me mets à la place d’une, Journal intime, ou comment évoquer l’écriture qui refuse la lecture.

Journal du 24 au 27 mars 2024

Dernier rush de boulot, on en viendrait presque à oublier la lecture et la culture, mais pour mieux s’y replonger dès demain. Saisir ici néanmoins quelques bribes.

Ce que j’ai lu

Franck Thilliez : thriller à la française. Comment traduire thriller ? Je découvre que les puristes écrivent thrilleur comme s’il s’agissait de trier des pommes de terre dans la cave alors que dans les caves des romans de Franck Thilliez on découvre de plus horribles choses issues de cervelles psychopathes et sadiques (les deux à la fois, des espèces de monstres au carré). Pourquoi lire de telles dégueulasseries ? L’instinct pervers, le penchant voyeuriste, patati, patata (dans la cave, chez nous, il n’y avait que cela, des patates à dégermer, aucune peau d’aveugle à tanner, aucun cochon à revêtir d’une robe à fleurs, aucun suspect à torturer, peut-être que c’est pour ça qu’on lit des thrilleurs, pour échapper à la corvée de patates).

Ce que j’ai vu

Rien vu. La mémoire n’a rien retenu. Rien ? Vu la pluie tomber.

Ce que j’ai entendu

Il était question de Fauré, qu’elle s’obstinait à nommer Forêt, et le puriste en moi, celui qui désormais écrit thrilleur, s’énervait de cet appauvrissement des voyelles dans la langue française, dont bientôt ne resteront que les naissances latentes. Déjà qu’entre pâtes et pattes ils n’entendent pas que ça n’a rien à voir mais même si les è et les é ils confondent, où va-t-on ? Et, par exemple, on nous apprenait qu’il fallait dire é pour ne pas mélanger avec est, qu’on prononçait è, alors que les jadis on disait , mais (qu’on prononce parce qu’on n’est pas encore au mois de ) après l’énervement du linguiste vient l’apaisement du musicien quand ne reste que la simplicité des airs de Fauré.

Ce que j’ai fait

Écriture ? La source n’est pas tarie mais ce n’est qu’un filet qui coule. Il y a cette chanson, Journal intime, mais puisqu’il s’agit d’un journal intime (pas le mien, le sien), je ne peux rien en dévoiler, et il y a cette autre chanson, la première en français que j’essaie à la guitare, une chanson qui revient en boucle depuis l’enfance jusque dans mes granges les plus intimes avec dedans un prénom qui revient souvent lui aussi.

Journal du 15 au 16 mars 2024

Ce que j’ai lu

Ouvrir de nouveaux livres, les commencer à peine, errer avec ce chevalier errant que tout le monde prend pour un fou, lectures d’intermède. J’ai terminé Kampuchéa, autre errance, le Mékong si semblable à l’Amazonie quand c’est Patrick Deville qui lui aussi joue les chevaliers errants (notre monde manque tant de Don Quichottes).

Ce que j’ai vu

L’œil au repos n’a rien vu, ou presque. L’œil a besoin parfois de ce repos. Des flashs : la colère, la misère, l’assassinat des paysans (les assassins courent toujours) ; et cette dystopie des 100 (la dystopie est à la mode, elle permet de relativiser la catastrophe réelle, beaucoup plus sournoise qu’une série Netflix).

Ce que j’ai entendu

Charles Jauquier : les larmes montent instantanément. C’est la musique du tréfond de mon ventre, celle de mon grand-père, celle d’ici (quand on s’arrête, on fait son nid comme un oiseau, on laisse fuir le temps et l’eau … mon peu de terre, mon peu de ciel, ici qui pousse mon soleil).

Ce que j’ai fait

Ça sent le printemps : à nouveau ça surgit. Quatre titres de chansons m’apparaissent, j’en commence une, Journal intime (peut-être : Elle écrit). Et la ferme intention d’affronter mes écritures de Fribourgs, de transformer le blog en livre(s). Et surtout : m’acharner sur ma clarinette, à une semaine à peine de l’audition, jouer, jouer, jouer. Et aussi : explorer ce que l’IA invente quand on la soumet à la poésie. Voici un vers de Charles Baudelaire : qui saura trouver lequel ?