De Miguel de Cervantes, on connaît bien sûr Don Quichotte, mais son dernier roman, Les épreuves et travaux de Persilès et Sigismunda, vaut également le détour, en nous emmenant dans une Scandinavie fantaisiste et en nous racontant mille histoires plus rocambolesques les unes que les autres. Ce roman, publié en 1617, a été traduit par Jean-Marc Pelorson pour la collection de la Pléiade des éditions Gallimard en 2001.
Étiquette : Miguel de Cervantes
Journal du 27 au 31 mai 2024
Ce que j’ai lu
Des dissertations à n’en plus finir… Reprendre parfois son souffle dans ces récits enchâssés de Cervantes, dans cette exploration d’un silo à l’abandon, dans le stupre des Borgia. Lire entre deux lectures n’aide pas à lire (écrit le correcteur fatigué).
Ce que j’ai vu
Les 100, toujours : épisodes de fin de saison, sang qui gicle, batailles, choses définitives qu’on se dit avant de mourir (les débuts de saison sont toujours plus intéressants que les fins, même si ce début de printemps commence à s’éterniser).
Ce que j’ai entendu
Il était question d’humanisme, d’émancipation des femmes, de poésie (Louise Labé, tellement femme qu’on est allé jusqu’à imaginer qu’elle n’avait jamais existé), puis ceci, qu’on m’envoie pour me détendre entre deux dissertations (et qui ne me détend pas, qui m’afflige et me fait honte) : les jeunes hommes (génération Z comme Zéro) sont de plus en plus misogynes, conservateurs et adeptes de la violence pour se faire respecter, bref sont de plus en plus cons. Au secours, Louise Labé !
Ce que j’ai fait
Entre deux copies, gratter un peu la guitare, souffler un peu dans la clarinette, écrire un ou deux mots et surtout tenter enfin de faire quelque chose de mes photos de 17h17, en rassembler 17, parler d’elles pendant 17 secondes, en faire une vidéo longue et hypnotique (m’écrit-on), idéale pour s’endormir quand on a passé sa journée à lire des dissertations.
Journal du 20 au 24 mai 2024
Ce que j’ai lu
Diversité de ce qu’on appelle roman : Silo (science-fiction), Persilès (roman d’aventure à l’ancienne), Bonjour tristesse (roman d’ado et d’initiation). À quoi j’accroche ? L’ordre dans lequel ils se sont présentés à mon esprit : ce monde postapocalyptique où les humains sont coincés dans un silo sans rien savoir du monde extérieur a quelque chose de fascinant, on se demande pourquoi ils sont là et pourquoi ils y restent, jusqu’à ce qu’une nettoyeuse enfin sorte sans nettoyer et j’en suis là, au milieu du livre, à me poser mille questions ; ces récits imbriqués, histoires d’amour et de vengeances, de naufrages et de barbarie nordique, on s’y perd, on ne sait pas trop qui est qui, qu’est-ce qui est l’histoire principale qu’est-ce qui est le récit dans le récit, tant d’aventures ont lieu qu’on en est étourdi comme un Don Quichotte écrasé contre un moulin ; cette jeune fille, son père, les deux maîtresses du père, le jeune homme avec qui elle flirte, il paraît que cela fit scandale, mais je m’y ennuie ferme (le roman est court, on ira jusqu’au bout, on trouvera un angle pour lui retrouver de l’intérêt).
Ce que j’ai vu
Toujours Les 100 : il n’y a sur la terre qu’une seule vallée encore vivable et la guerre la menace (encore du postapocalyptique, le monde d’après, comme on disait) et ce témoignage des juifs de gauche, eux aussi coincés dans une guerre qui détruit tout, et confrontés à un dilemme cornélien : être avec Israël et cautionner ainsi un système d’apartheid et peut-être un génocide ; être avec les Palestinien et cautionner ainsi les terroristes du Hamas et les massacres qu’eux aussi ont perpétrés. Un mot reste tabou, dans Les 100 et dans la réalité : le mot paix.
Ce que j’ai entendu
Le cd d’une tournée au Québec voilà plus de vingt ans (2003 : qu’est-ce que je me sens vieux soudain) et ma voix qui déclame que je suis un gars ben ordinaire (cette voix, elle me plaît, il faudrait que je la réveille).
Ce que j’ai fait
Ce projet de chansons, toujours, qui restent coincées dans un cahier (comme dans celle qui s’appelle Journal intime, dont la fin ne me convainc pas) : le rêve qu’en 2003 je réalisais un peu, il serait temps de le prendre à bras le corps.
Miguel de Cervantes : Nouvelles exemplaires
Cervantes n’est pas que l’auteur de Don Quichotte, c’est aussi celui de ces Nouvelles exemplaires, publiées en 1613, entre les deux livres du Quichotte, qui nous emmènent dans une Espagne baroque et picaresque grâce à la traduction de Jean Cassou pour la bibliothèque de le Pléiade des éditions Gallimard en 1949.
Journal du 16 au 19 mai 2024
Ce que j’ai lu
Terminé les Nouvelles exemplaires de Cervantes en me demandant en quoi celles-ci sont exemplaires. Quels exemples donnent-elles ? Le temps ayant passé sur elles, sans doute l’exemple qu’elles cherchaient à montrer ne colle plus ; on n’épouse plus des laveuses de vaisselle qui s’avèrent par miracle grandes dames, on ne se bat plus dans les rues à l’épée, les chiens ne parlent plus dans la langue des philosophes (c’est le contraire désormais : les philosophes aboient, la caravane passe). Pas d’exemple donc dans ces Nouvelles exemplaires. On ne lit pas (du moins je ne lis pas) pour puiser des leçons de vie (d’où mon ennui à la lecture de ce bouquin, Traité de morale pour triompher des emmerdes, trouvé dans un grenier, plus poussiéreux que Cervantes).
Ce que j’ai vu
Toujours Les 100 : naissance et épreuve de la barbarie. Que s’est-il passé dans ce bunker pour que… Que se passerait-il si nous devions passer plusieurs années confinés… L’épreuve récente a été trop courte pour aboutir à la barbarie. Mais ce n’est sans doute que partie remise.
Ce que j’ai entendu
Ce que j’aime, dans ces entretiens À voix nue, c’est précisément la nudité de la voix. Quelqu’un a des choses à dire et on les lui laisse dire, on lui laisse raconter sa vie ou ce qu’il veut de sa vie, on le relance sans agressivité, on découvre une femme, on découvre un homme, on le regarde différemment quand on le connaissait déjà, à l’instar de Salman Rushdie, l’écrivain qu’on résume à la fatwa et qui, malgré l’horreur vécue, raconte sa vie avec humour, son enfance à Bombay au temps béni où cette ville ouverte s’appelait encore Bombay, puis l’écriture. Il y a eu aussi Sebastião Salgado, un photographe dont je n’ai pas encore vu les photos (comme si l’entendre les décrire suffisait, l’imagination les reconstituant comme on les rêve), et François Molins, procureur des attentats de 2015, au service d’une justice toujours à défendre.
Ce que j’ai fait
Toujours cette impression de ne rien faire alors qu’on s’agite dans tous les sens. Cette chanson sur l’intelligence artificielle, le problème, c’est que je ne sais pas comment la terminer, par un bug sans doute, le grand collapse, celui qui mène à des histoires comme celle des 100. Erreur 404.
Journal du 9 au 15 mai 2024
Accélération de la vie. On oublie d’écrire. On a l’impression d’une charge supplémentaire. On n’a pas envie. Mais on se force, parce que sinon ça fait comme si tout s’envolait. Irrémédiablement.
Ce que j’ai lu
L’Espagne de Cervantes, romanesque à souhait, vibrante de passion, optimiste, aventureuse, et la dentelle de Damien Murith, lectures en antithèse ou en miroir, pile et face de la fiction, ce que cela ouvre et ce que cela ferme, le geste infime (la main qui touche le violoncelle, si loin de mes doigts de la clarinettiste) et les grandes amours contrariées qui toujours se terminent bien (on essaie d’y croire, on peine un peu). Et aussi : des notes, des romans à peine esquissés dans les carnets de Flaubert. Le rêve que sont devenus ces romans-fantômes, la tentation de les écrire, s’il nous revenait l’envie d’écrire.
Ce que j’ai vu
Souvent, les gens regardent les séries d’une traite, ils accrochent et au bout d’une semaine ils ont avalé les dix saisons. Voilà combien de temps que je suis dans Les 100 ? Janvier. À quelle saison en suis-je ? Aucune idée. Il y a 100 épisodes et il y a des jours sans Les 100. Est-ce pour cela que j’ai l’impression que ça traine en longueur ? Je ne dois pas être adapté au format série (mais des films, j’en regarde encore moins).
Ce que j’ai entendu
Des marches fanfaronnes dans la tête et dans les pattes (San Carlo planté dans ciboulot) mais aussi des voix qui racontent des hommes et des femmes, ces voix nues qui tentent de dire une vie, Serge Hercberg, Renzo Piano, Lilian Thuram, Laure Adler, Sylvie Bermann, Laurent Mauvignier et, impressionnante entre toutes, Robert Badinter tentant de dire la mort décrétée par la loi d’un homme, avant l’aube, le grand drap noir, l’urgence de tout faire pour que cela cesse, l’impuissance puis l’action. On écoute et on se tait. Certains hommes ont vraiment changé le monde.
Ce que j’ai fait
De la musique, toujours, plus que jamais, en mode giron, c’est-à-dire gilet côté spritz pour certes enfin affronter devant jury Dynamic Ouverture (bien maîtrisée malgré quelques problèmes de justesse et d’équilibre, parce qu’à trois clarinettes face à une armada de basses et de trombones qu’est-ce que vous voulez faire ?) mais surtout pour — c’est le mot qui s’impose — fanfaronner sur les copeaux et s’emplir un peu trop, mais jamais assez, de boissons qui rendent joyeux (au début). Un week-end fatigant mais qui régénère (et cette joie de constater que s’estompe un peu la folie Marignan).

Miguel de Cervantes : Don Quichotte
Lire et relire Don Quichotte, c’est un peu se lire et se relire soi-même. Voici quelques mots à propos de ma seconde lecture de ce grand roman publié entre 1605 et 1615 par Miguel de Cervantes, dans la traduction de Jean Cassou, César Oudin et François Rosset que propose la collection de la Pléiade des éditions Gallimard en 1949.
Journal du 16 au 18 avril 2024
Reprise. Soudain : le temps manque. Pourtant…
Ce que j’ai lu
Don Quichotte : relecture si différente de la première lecture (me suis débrélé) (je veux dire : je ne vois plus Don Quichotte à travers les yeux de Brel) (j’ai grandi en ironie).
Ce que j’ai vu
Rien vu (venir). À peine vu le monde autour. La neige ce matin, depuis le train. La neige sur les écrans.
Ce que j’ai entendu
Des questions d’école (cela concerne la France mais en Suisse aussi) (les enseignants en manque de reconnaissance, les décisions d’en-haut que personne en bas ne comprend, les serpents de mer qu’on retrouve à chaque rentrée).
Ce que j’ai fait
Tenté le par cœur dans Santiano, joué l’heureux exercice à Margot, jaloux du collègue qui pendant les vacances a écrit vingt pages (dont il n’est pas content). Combien de pages, moi ? Même ce petit texte est déjà fini.