Journal du 9 au 15 mai 2024

Accélération de la vie. On oublie d’écrire. On a l’impression d’une charge supplémentaire. On n’a pas envie. Mais on se force, parce que sinon ça fait comme si tout s’envolait. Irrémédiablement.

Ce que j’ai lu

L’Espagne de Cervantes, romanesque à souhait, vibrante de passion, optimiste, aventureuse, et la dentelle de Damien Murith, lectures en antithèse ou en miroir, pile et face de la fiction, ce que cela ouvre et ce que cela ferme, le geste infime (la main qui touche le violoncelle, si loin de mes doigts de la clarinettiste) et les grandes amours contrariées qui toujours se terminent bien (on essaie d’y croire, on peine un peu). Et aussi : des notes, des romans à peine esquissés dans les carnets de Flaubert. Le rêve que sont devenus ces romans-fantômes, la tentation de les écrire, s’il nous revenait l’envie d’écrire.

Ce que j’ai vu

Souvent, les gens regardent les séries d’une traite, ils accrochent et au bout d’une semaine ils ont avalé les dix saisons. Voilà combien de temps que je suis dans Les 100 ? Janvier. À quelle saison en suis-je ? Aucune idée. Il y a 100 épisodes et il y a des jours sans Les 100. Est-ce pour cela que j’ai l’impression que ça traine en longueur ? Je ne dois pas être adapté au format série (mais des films, j’en regarde encore moins).

Ce que j’ai entendu

Des marches fanfaronnes dans la tête et dans les pattes (San Carlo planté dans ciboulot) mais aussi des voix qui racontent des hommes et des femmes, ces voix nues qui tentent de dire une vie, Serge Hercberg, Renzo Piano, Lilian Thuram, Laure Adler, Sylvie Bermann, Laurent Mauvignier et, impressionnante entre toutes, Robert Badinter tentant de dire la mort décrétée par la loi d’un homme, avant l’aube, le grand drap noir, l’urgence de tout faire pour que cela cesse, l’impuissance puis l’action. On écoute et on se tait. Certains hommes ont vraiment changé le monde.

Ce que j’ai fait

De la musique, toujours, plus que jamais, en mode giron, c’est-à-dire gilet côté spritz pour certes enfin affronter devant jury Dynamic Ouverture (bien maîtrisée malgré quelques problèmes de justesse et d’équilibre, parce qu’à trois clarinettes face à une armada de basses et de trombones qu’est-ce que vous voulez faire ?) mais surtout pour — c’est le mot qui s’impose — fanfaronner sur les copeaux et s’emplir un peu trop, mais jamais assez, de boissons qui rendent joyeux (au début). Un week-end fatigant mais qui régénère (et cette joie de constater que s’estompe un peu la folie Marignan).

Journal du 7 au 8 mai 2024

Ce que j’ai lu

Le roman d’après le Goncourt forcément déçoit. Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre, en 2016 (il obtient le Graal en 2013 pour une histoire rocambolesque sur fond de gueules cassées et de magouilles de cimetières, une histoire, celle d’Au revoir là-haut, à laquelle il reviendra, mais en attendant…) : un bon roman que l’histoire de ce gamin qui en tue un autre par accident et qui passe sa vie à en être hanté mais le Goncourt, ça mérite mieux comme suite, non ? Le problème, c’est que cette étiquette, Prix Goncourt, colle à la peau, qu’on ne peut plus lire les livres de celui qui un jour a gagné sans les comparer avec LE livre. Pour le Prix Nobel, c’est pire : à quoi bon continuer d’écrire après l’ultime consécration ? Une catastrophe qu’obtenir le Nobel, a écrit Samuel Beckett, déçu qu’on se mette à comprendre ce qu’il écrivait (ou qu’on croit comprendre).

Ce que j’ai vu

En France, la mise à mort de la liberté d’expression. À ce point ? Vu de Suisse, cela paraît, comme toujours, excessif. Et pourtant… Il est question d’antisémitisme, de soutien au Hamas ou à Israël, de terrorisme, d’une guerre épouvantable et interminable au sujet de laquelle chacun est sommé de choisir son camp : soit tu es aux côtés des Palestiniens et on t’accuse de soutenir le Hamas, une bande de terroristes islamistes rétrogrades financés en sous-main par l’Iran, soit tu es du côté d’Israël et il te faut accepter l’apartheid mis en place par le gouvernement d’extrême droite de ce pays ; bref, la paix est encore loin…

Ce que j’ai entendu

Sorj Chalandon raconte Sabra et Chatila. Il est l’un des premiers journalistes à voir le massacre et à le décrire. Il évoque ce soldat israélien qui lui permet d’entrer dans le camp de Chatila et ses pleurs face l’horreur. Décrire ce qui a lieu : seule attitude juste dans la guerre, noblesse du beau métier si décrié de journaliste.

Ce que j’ai fait

De la musique avant toute chose, de la clarinette avant le giron. Cette pièce, Dynamic Overture de Franco Cesarini, on commence (il est temps) à s’y promener sans s’y perdre. Reste plus qu’à… (et après on fêtera ça) (sur YouTube, ils sont toujours au moins deux fois plus nombreux que nous).