Journal du 1er au 6 juin 2024

Ce que j’ai lu

Entre deux dissertations, nécessité de s’aérer l’esprit, mais c’est pour s’enfermer dans un silo qui entre en guerre (ce livre, Silo, j’accroche de plus en plus, me disant que je devrais lire plus de science-fiction) ou c’est pour imaginer des ombres en couleur dans une cité obscure, bref entrer dans des mondes impossibles où on n’a pas à disserter à n’en plus finir sur les énergies renouvelables, la science et les jeunes, l’effondrement de la civilisation (même si Silo, c’est bien cela).

Ce que j’ai vu

Il fallait choisir entre le truc en plus et le bizarre. J’ai choisi le bizarre : Furiosa, un film de la saga Mad Max dont pourtant je ne connais rien, mais on m’explique que de toute façon ça se passe avant le film précédent et que donc je ne devrais pas trop être perdu et que de toute façon, le principe est simple, on se bat sur des grosses machines, des motos, des camions, des monstres mécaniques, sauf que l’intérêt du film n’est pas (que) là, il est dans ce monde postapocalyptique, devenu désert, sauf à un endroit que tout le monde cherche, et me revoilà dans mes obsessions du moment, me revoilà dans Silo et dans Les 100 et dans ce sujet de dissertation sur l’effondrement de la civilisation. Pourquoi tant de postapocalyptique soudain ? Parce qu’on sent bien que c’est ce qui nous attend (on force le trait, j’espère, mais n’empêche que…)

Ce que j’ai entendu

Des grondements de moteurs (dans Furiosa) mais aussi Mauvais genre et ce lieu de rêve (si loin des cauchemars postapocalyptiques et dissertationnels), le palais idéal du facteur Cheval dont la visite sonore me laisse sur ma faim : je veux y aller, dans ce lieu, cette véritable utopie (qui n’en est plus une puisque le lieu existe vraiment, ce que je peine à croire, tant ça a l’air génial ; il faut que je me dépêche, avant que des Américains le déplacent dans le Massachussetts, comme ils n’ont pas manqué de le proposer, ou que l’apocalypse nous enferme dans des silos, des navettes spatiales ou des monstres mécaniques).

Ce que j’ai fait

Corriger des dissertations, certes, mais étoffer mon répertoire de chansons que je sais (mal) jouer à la guitare, répertoire qui atteint le chiffre de deux (Santiano et Le gorille). Il y a aussi eu une procession (la saison des cérémonies s’achève bientôt) et des gammes (c’est pour mon bien, qu’elle me répète sans cesse, je feins de la croire, pour lui faire plaisir ; elle prétend qu’après, tout devient facile ; mais bien sûr…).

Journal du 16 au 18 avril 2024

Reprise. Soudain : le temps manque. Pourtant…

Ce que j’ai lu

Don Quichotte : relecture si différente de la première lecture (me suis débrélé) (je veux dire : je ne vois plus Don Quichotte à travers les yeux de Brel) (j’ai grandi en ironie).

Ce que j’ai vu

Rien vu (venir). À peine vu le monde autour. La neige ce matin, depuis le train. La neige sur les écrans.

Ce que j’ai entendu

Des questions d’école (cela concerne la France mais en Suisse aussi) (les enseignants en manque de reconnaissance, les décisions d’en-haut que personne en bas ne comprend, les serpents de mer qu’on retrouve à chaque rentrée).

Ce que j’ai fait

Tenté le par cœur dans Santiano, joué l’heureux exercice à Margot, jaloux du collègue qui pendant les vacances a écrit vingt pages (dont il n’est pas content). Combien de pages, moi ? Même ce petit texte est déjà fini.

Journal du 13 au 15 avril 2024

Ce que j’ai lu

Baroque : mot employé à toutes les sauces, même les plus insipides, mais Don Quichotte (surtout le deuxième livre) est de toute évidence un ouvrage baroque. Ayant exprimé cela, je n’ai pourtant encore rien dit. En quoi Don Quichotte est-il baroque ? Peut-être par ce va-et-vient constant entre illusion et réalité, entre moquerie et grandeur, entre ridicule et héroïsme. Certes, quand le chevalier au lion vole sur un cheval de bois qui terrorise son fidèle Sancho, c’est une pièce de théâtre que se font jouer ses cruels hôtes aux dépends de leurs fantasques invités, mais derrière ce ridicule il y a un noble cœur et ce duc et cette duchesse on ne peut s’empêcher de les trouver fort méchants et d’avoir pitié de notre ingénieux hidalgo resté pur dans un monde qui renie ses origines. Est-ce cela le baroque, l’hésitation entre rire et colère ? Notre monde semble alors bien baroque.

Ce que j’ai vu

Les séries d’aujourd’hui (toujours Les 100) se prennent au sérieux. Elles posent, surtout quand elles se disent dystopies (alors que Don Quichotte est une utopie), des questions de vie ou de mort en permanence. La vie et la mort ne sont jamais certaines (c’est peut-être en cela qu’elles aussi sont baroques) mais quand une héroïne poignardée tombe d’une falaise surplombant une rivière qui coule trois cents mètres plus bas, qu’est-ce qu’on parie qu’elle n’est pas morte et que se trouve par hasard dans le coin un bon cheval plus vaillant que Rossinante pour la recueillir ? Le truc tout droit pompé du Seigneur des Anneaux sent un peu le plagiat, non ? Le problème du baroque (du moins de l’invraisemblable) quand il devient stéréotype, c’est qu’il ne surprend plus personne.

Ce que j’ai entendu

Cela entre par une oreille et ressort par une autre. Il a été question d’Irlande, de druides, de guerres, de famine, d’indépendance. L’envie me vient (ce que j’empresse de faire) de réécouter cette chanson de Romain Didier qui est peut-être bourrée de clichés mais qui vaut mille fois ces sempiternels Lacs du Connemara qui font rallumer toutes les lumières en fin de soirée (et en passant je me demande si le coup du cheval qui sauve le héros tombé de la falaise ce ne serait pas une légende celtique) (ChatGPT, qui a réponse à tout mais pas toujours la bonne réponse, cite l’histoire d’un certain Grisandole puis se ravise).

Ce que j’ai fait

Cette chanson, Journal intime, si difficile à extirper de moi parce que ce n’est pas le mien, ce journal intime, et que je n’ai reçu aucune autorisation à l’ouvrir. Sinon, je commence à piger l’heureux exercice à la clarinette, même si pour l’instant il contribue fort peu à mon bonheur, pas plus que mes autres activités créatives, toujours aussi fragmentaires. Je commence presque à savoir jouer Santiano à la guitare, histoire d’accompagner mon gamin dans sa grange et de remercier Margot de sa patience lors de mes tâtonnements clarinetteux (pour du rythme sur Santiano il faudra néanmoins redoubler de patience).