L’humanité est-elle prête à sortir du silo qui l’enferme ? Voilà la question à laquelle répond le troisième roman de la série Silo d’Hugh Howey, Silo Générations, publié en 2013 et traduit de l’anglais par Laure Manceau en 2014 pour les éditions Actes Sud.
Étiquette : Silo
Hugh Howey : Silo Origines
Pourquoi avoir enfermé l’humanité dans des silos ? Le deuxième volume de la trilogie d’Hugh Howey, Silo Origines, répond en partie à cette question. Ce roman a été publié en 2013 et traduit de l’anglais par Laure Manceau en 2014 pour les éditions Actes Sud.
Journal du 2 au 10 juillet 2024
Ce que j’ai lu
Papillonnage de début de vacances, entre Silo, Les naufragés du Wager, Albert Camus, Jacques Chessex, Hergé (ce Quick et Flupke que m’a prêté une gamine de deux ans et demi) et autres réflexions sur la fin du travail, la sécession et que sais-je encore. Rien ne se cristallise, je lis comme dans un apéritif dînatoire, sans plat de subsistance (au fond, c’est bien Quick et Flupke, la lecture qui convient en de telles circonstances, ça dure deux pages, ça n’est pas compliqué à comprendre, c’est marrant et ça te prend pas la tête, mais le problème, c’est que c’est court et qu’il faut déjà que je demande à cette petite si elle n’a pas d’autre album à me prêter).
Ce que j’ai vu
Miroir… Mon beau reflet. Ce sont des jeunes qu’on dit en rupture ou en souffrance ou inadaptés, mais ils sont plus beaux que le reflet que la société en donne. Sur scène, ils sont bourrés de talents, ils dansent, ils (elles surtout) chantent, ils font des acrobaties et c’est avec leurs propres mots et leurs propres dessins intérieurs, que nous les voyons dire ce que la violence du monde voudrait taire, révélant que s’ils ont l’air inadaptés c’est peut-être d’abord parce que la société elle-même est inadaptée.
Le Comte de Monte-Cristo. Lui aussi, la société lui fait payer le prix fort. La société, ce sont trois hommes : un capitaine sans honneur, un procureur ambitieux, un jaloux. On connaît la suite : l’île d’If, l’évasion, la vengeance. Le film vaut-il le livre ? Question sans fin (d’autant plus quand on a un peu oublié le bouquin). Ce qui est réussi, c’est l’incarnation d’Edmond Dantès par Pierre Niney , qu’on voit petit à petit s’assombrir sans perdre son panache. Le reste est classique, mais ne boudons pas notre plaisir (même si le livre permet de plonger plus profond, toujours).
Ce que j’ai entendu
Des vies de peintres (Berthe Morisot, Claude Monet, Edgar Degas, Francis Picabia, Paul Gauguin…) ou comment dire la peinture sans la montrer. J’écoute (parfois d’une oreille) et j’imagine, refusant la facilité d’aller voir. Regarder la peinture sans les tableaux, regarder la peinture avec une seule oreille (il n’est pourtant pas question de van Gogh), en rester à l’impression qu’on peut en avoir sans avoir rien vu (une sorte d’impressionnisme au carré).
Ce que j’ai fait
Rattraper le retard pris dans les quarante jours d’écriture, écrire en vrac, un peu de tout, reprendre sans vraiment la reprendre cette histoire de Séraphine à laquelle il faudra bien un jour que je me confronte à fond, mais le reste du temps continuer mes papillonnements, mes petites chansons et mes grattages. Rien ne mobilise toute l’énergie. On se laisse aller à créer un peu, à inventer en dilettante, à n’être qu’un écrivain et un musicien du dimanche.
Hugh Howey : Silo
Des humains qui vivent dans un silo sans jamais pouvoir en sortir vivants, voilà ce qu’imagine Hugh Howey dans Silo, un roman publié en 2012 aux Etats-Unis et traduit de l’anglais par Yoann Gentric et Laure Manceau en 2013 pour les éditions Actes Sud.
Journal du 13 au 15 juin 2024
Ce que j’ai lu
Achevé Silo avec comme un goût d’inachevé (il y a deux autres tomes). On ne sait toujours pas pourquoi ils sont enfermés dans ce silo. Mais n’est-ce pas notre lot commun ? Nous sommes enfermés dans des lieux absurdes sans espoir d’en sortir sinon les pieds devant (ce qu’ils appellent dans le silo le nettoyage) (ce monde de Silo me fait penser à celui, plus terrible parce que plus mécanique et condensé, du Dépeupleur de Beckett) (ce sont des allégories de ce monde, le nôtre, sur lequel nous avons si peu de prise).
Ce que j’ai vu
Ce monde, le nôtre, celui des voisins, la politique française regardée avec fascination, sidération et enthousiasme par un petit Suisse pépère qui rêve que chez lui aussi naisse un front populaire (mais le peuple suisse n’est pas le peuple français, ce qu’il aime, le peuple suisse, c’est la tranquillité, le gazon bien tondu, la propreté, l’ennui) (pas de grand récit en politique suisse, l’éloge permanent de la mollesse) (je surfe au hasard pour piger un peu leur épopée, à nos voisins, leur sentiment permanent d’écrire l’histoire, leur grandiloquence et leur sens du spectacle) (voilà que Mélenchon purge son parti, paraît-il, parce que deux jours d’union de la gauche c’est trop, semble-t-il, parce que perdre la main, jamais, semer le bordel, toujours) (pendant ce temps-là, en Suisse, c’est un syndicaliste socialiste qui démantèle la Poste).
Ce que j’ai entendu
Dans un tel brouhaha, peut-on encore entendre quelque chose ? Je peine à me concentrer sur la musique que j’écoute, comme si trop de mots saturaient l’espace (il y a eu un peu de Verdi, je crois, Offenbach peut-être, Gustav Mahler).
Ce que j’ai fait
Quant à faire des choses, là aussi, attendons que le calme soit de retour (on peut attendre un moment). Je me suis inscrit à l’atelier d’été de François Bon, ai écouté la proposition de prologue, me suis vaguement souvenu de ce que j’avais écrit la première fois, n’arrive pas à m’y recoller. Sinon, il reste la musique à faire, mais mes anches de clarinette sont trop faibles et la seule boutique qui en vend dans le coin est fermée. On joue quand même, à petites doses.
Journal du 7 au 10 juin 2024
Ce que j’ai lu
Entre ironie et dystopie ou comment dire le monde qui est et le monde qui vient en gardant ses distances (de plus en plus, il est nécessaire de prendre ses distances avec le monde) : dans Silo, on commence à comprendre que vivre enfermé n’est pas normal ; dans Les cités obscures, on voit qu’à force de construire à n’en plus finir on détruit ; dans la correspondance des dernières années de Gustave Flaubert, on s’efforce de tout regarder avec l’ironie du désespéré qui s’acharne à jouer les Bouvard et Pécuchet.
Ce que j’ai vu
Toujours Les 100 : et si sur une autre planète on trouvait la paix ? Ils débarquent du ciel, sont émerveillés de découvrir un monde où la vie est encore possible, mais ce n’est bien sûr qu’une illusion. Dès que l’humain foule une terre, il la souille.
Ce que j’ai entendu
Avec philosophie, s’interroger sur le tragique (Racine, Shakespeare, Nietzsche, les anciens). Nous vivons une époque tragique mais nous faisons tout pour nier la tragédie (existentielle, climatique, politique, j’en passe). Il faut faire semblant de croire que tout est encore sauvable alors que nous mourrons (c’est la tragédie existentielle), que la vie sur terre devient de plus en plus impossible (c’est la tragédie climatique), que le RN est aux portes du pouvoir chez nos voisins français (c’est l’une des tragédies politiques, avec le grand retour de Trump et le maintien des Xi Jinping, Poutine, Modi, Erdogan, Maduro, Orban et j’en passe). Bref, l’optimisme est (Voltaire l’avait déjà vu) une supercherie dangereuse dans un monde qui s’effondre.
Ce que j’ai fait
Étant donné la tragédie, que faire ? S’acharner à écrire et à faire de la musique (surtout cela, faire de la musique, chanter, jouer de la clarinette, proposer un peu de beauté pour survivre quand la laideur se pavane).
Journal du 1er au 6 juin 2024
Ce que j’ai lu
Entre deux dissertations, nécessité de s’aérer l’esprit, mais c’est pour s’enfermer dans un silo qui entre en guerre (ce livre, Silo, j’accroche de plus en plus, me disant que je devrais lire plus de science-fiction) ou c’est pour imaginer des ombres en couleur dans une cité obscure, bref entrer dans des mondes impossibles où on n’a pas à disserter à n’en plus finir sur les énergies renouvelables, la science et les jeunes, l’effondrement de la civilisation (même si Silo, c’est bien cela).
Ce que j’ai vu
Il fallait choisir entre le truc en plus et le bizarre. J’ai choisi le bizarre : Furiosa, un film de la saga Mad Max dont pourtant je ne connais rien, mais on m’explique que de toute façon ça se passe avant le film précédent et que donc je ne devrais pas trop être perdu et que de toute façon, le principe est simple, on se bat sur des grosses machines, des motos, des camions, des monstres mécaniques, sauf que l’intérêt du film n’est pas (que) là, il est dans ce monde postapocalyptique, devenu désert, sauf à un endroit que tout le monde cherche, et me revoilà dans mes obsessions du moment, me revoilà dans Silo et dans Les 100 et dans ce sujet de dissertation sur l’effondrement de la civilisation. Pourquoi tant de postapocalyptique soudain ? Parce qu’on sent bien que c’est ce qui nous attend (on force le trait, j’espère, mais n’empêche que…)
Ce que j’ai entendu
Des grondements de moteurs (dans Furiosa) mais aussi Mauvais genre et ce lieu de rêve (si loin des cauchemars postapocalyptiques et dissertationnels), le palais idéal du facteur Cheval dont la visite sonore me laisse sur ma faim : je veux y aller, dans ce lieu, cette véritable utopie (qui n’en est plus une puisque le lieu existe vraiment, ce que je peine à croire, tant ça a l’air génial ; il faut que je me dépêche, avant que des Américains le déplacent dans le Massachussetts, comme ils n’ont pas manqué de le proposer, ou que l’apocalypse nous enferme dans des silos, des navettes spatiales ou des monstres mécaniques).
Ce que j’ai fait
Corriger des dissertations, certes, mais étoffer mon répertoire de chansons que je sais (mal) jouer à la guitare, répertoire qui atteint le chiffre de deux (Santiano et Le gorille). Il y a aussi eu une procession (la saison des cérémonies s’achève bientôt) et des gammes (c’est pour mon bien, qu’elle me répète sans cesse, je feins de la croire, pour lui faire plaisir ; elle prétend qu’après, tout devient facile ; mais bien sûr…).
Journal du 27 au 31 mai 2024
Ce que j’ai lu
Des dissertations à n’en plus finir… Reprendre parfois son souffle dans ces récits enchâssés de Cervantes, dans cette exploration d’un silo à l’abandon, dans le stupre des Borgia. Lire entre deux lectures n’aide pas à lire (écrit le correcteur fatigué).
Ce que j’ai vu
Les 100, toujours : épisodes de fin de saison, sang qui gicle, batailles, choses définitives qu’on se dit avant de mourir (les débuts de saison sont toujours plus intéressants que les fins, même si ce début de printemps commence à s’éterniser).
Ce que j’ai entendu
Il était question d’humanisme, d’émancipation des femmes, de poésie (Louise Labé, tellement femme qu’on est allé jusqu’à imaginer qu’elle n’avait jamais existé), puis ceci, qu’on m’envoie pour me détendre entre deux dissertations (et qui ne me détend pas, qui m’afflige et me fait honte) : les jeunes hommes (génération Z comme Zéro) sont de plus en plus misogynes, conservateurs et adeptes de la violence pour se faire respecter, bref sont de plus en plus cons. Au secours, Louise Labé !
Ce que j’ai fait
Entre deux copies, gratter un peu la guitare, souffler un peu dans la clarinette, écrire un ou deux mots et surtout tenter enfin de faire quelque chose de mes photos de 17h17, en rassembler 17, parler d’elles pendant 17 secondes, en faire une vidéo longue et hypnotique (m’écrit-on), idéale pour s’endormir quand on a passé sa journée à lire des dissertations.
Journal du 20 au 24 mai 2024
Ce que j’ai lu
Diversité de ce qu’on appelle roman : Silo (science-fiction), Persilès (roman d’aventure à l’ancienne), Bonjour tristesse (roman d’ado et d’initiation). À quoi j’accroche ? L’ordre dans lequel ils se sont présentés à mon esprit : ce monde postapocalyptique où les humains sont coincés dans un silo sans rien savoir du monde extérieur a quelque chose de fascinant, on se demande pourquoi ils sont là et pourquoi ils y restent, jusqu’à ce qu’une nettoyeuse enfin sorte sans nettoyer et j’en suis là, au milieu du livre, à me poser mille questions ; ces récits imbriqués, histoires d’amour et de vengeances, de naufrages et de barbarie nordique, on s’y perd, on ne sait pas trop qui est qui, qu’est-ce qui est l’histoire principale qu’est-ce qui est le récit dans le récit, tant d’aventures ont lieu qu’on en est étourdi comme un Don Quichotte écrasé contre un moulin ; cette jeune fille, son père, les deux maîtresses du père, le jeune homme avec qui elle flirte, il paraît que cela fit scandale, mais je m’y ennuie ferme (le roman est court, on ira jusqu’au bout, on trouvera un angle pour lui retrouver de l’intérêt).
Ce que j’ai vu
Toujours Les 100 : il n’y a sur la terre qu’une seule vallée encore vivable et la guerre la menace (encore du postapocalyptique, le monde d’après, comme on disait) et ce témoignage des juifs de gauche, eux aussi coincés dans une guerre qui détruit tout, et confrontés à un dilemme cornélien : être avec Israël et cautionner ainsi un système d’apartheid et peut-être un génocide ; être avec les Palestinien et cautionner ainsi les terroristes du Hamas et les massacres qu’eux aussi ont perpétrés. Un mot reste tabou, dans Les 100 et dans la réalité : le mot paix.
Ce que j’ai entendu
Le cd d’une tournée au Québec voilà plus de vingt ans (2003 : qu’est-ce que je me sens vieux soudain) et ma voix qui déclame que je suis un gars ben ordinaire (cette voix, elle me plaît, il faudrait que je la réveille).
Ce que j’ai fait
Ce projet de chansons, toujours, qui restent coincées dans un cahier (comme dans celle qui s’appelle Journal intime, dont la fin ne me convainc pas) : le rêve qu’en 2003 je réalisais un peu, il serait temps de le prendre à bras le corps.