Journal du 11 au 12 juin

Ce que j’ai lu

Correspondance de Flaubert (1879, un an avant sa mort) : il se casse la guibole, se plaint de ses lectures métaphysiques (pour Bouvard et Pécuchet) et de ce que tout le monde lui écrit les mêmes mots. La vie du monde ? Il s’en éloigne, l’ironie confinant au cynisme. On rit et on souffre avec lui. On aime.

Ce que j’ai vu

Le dernier Tarantino (si je n’ai rien loupé), Once upon a time in Hollywood, un film certes pour cinéphile averti mais j’avoue n’avoir pas été trop déstabilisé par mon ignorance : ça se regarde bien, on plonge dans les années soixante, les vieux westerns, les stars qui dépriment, les hippies de la famille sous l’emprise d’un psychopathe, et on est gratifié à la fin d’une scène bien gore où le sang pisse à grand flot comme il se doit (et toujours cette distance, chez Tarantino, qui crée le rire et le malaise).

Ce que j’ai entendu

Brève cure de Géopolique, histoire de sonder un peu l’ignominie du monde, écouter Gaza, écouter l’Ukraine, écouter Trump à petites doses, tenter d’y comprendre (c’est peine perdue) quelque chose (l’actualité immédiate, l’écume, je n’écoute plus, c’est trop déprimant) et se sentir proche de Flaubert retiré à Croisset qui se perd dans des imbécilités métaphysiques plutôt que dans des horreurs terre à terre.

Ce que j’ai fait

Pas grand-chose : sempiternels accords de guitare et gammes de clarinette, écriture de silence (ce serait une sorte d’idéal : écrire le silence) (mais quand l’idéal reste infiniment loin, le spleen revient, forcément).

Journal du 7 au 10 juin 2024

Ce que j’ai lu

Entre ironie et dystopie ou comment dire le monde qui est et le monde qui vient en gardant ses distances (de plus en plus, il est nécessaire de prendre ses distances avec le monde) : dans Silo, on commence à comprendre que vivre enfermé n’est pas normal ; dans Les cités obscures, on voit qu’à force de construire à n’en plus finir on détruit ; dans la correspondance des dernières années de Gustave Flaubert, on s’efforce de tout regarder avec l’ironie du désespéré qui s’acharne à jouer les Bouvard et Pécuchet.

Ce que j’ai vu

Toujours Les 100 : et si sur une autre planète on trouvait la paix ? Ils débarquent du ciel, sont émerveillés de découvrir un monde où la vie est encore possible, mais ce n’est bien sûr qu’une illusion. Dès que l’humain foule une terre, il la souille.

Ce que j’ai entendu

Avec philosophie, s’interroger sur le tragique (Racine, Shakespeare, Nietzsche, les anciens). Nous vivons une époque tragique mais nous faisons tout pour nier la tragédie (existentielle, climatique, politique, j’en passe). Il faut faire semblant de croire que tout est encore sauvable alors que nous mourrons (c’est la tragédie existentielle), que la vie sur terre devient de plus en plus impossible (c’est la tragédie climatique), que le RN est aux portes du pouvoir chez nos voisins français (c’est l’une des tragédies politiques, avec le grand retour de Trump et le maintien des Xi Jinping, Poutine, Modi, Erdogan, Maduro, Orban et j’en passe). Bref, l’optimisme est (Voltaire l’avait déjà vu) une supercherie dangereuse dans un monde qui s’effondre.

Ce que j’ai fait

Étant donné la tragédie, que faire ? S’acharner à écrire et à faire de la musique (surtout cela, faire de la musique, chanter, jouer de la clarinette, proposer un peu de beauté pour survivre quand la laideur se pavane).