Journal du 10 au 12 avril 2024

Ce que j’ai lu

Le Petit Pape Pie 3,14, bande dessinée signée Boucq, un tout petit pape facétieux comme on les aime, un petit pape qui aide Superhyperman à sauver le monde mais qui se fait engueuler par Zorg le Grand, chef suprême de l’Empire intergalactique pour avoir cochonné le cosmos, un petit pape qui visite une fabrique de trous d’aiguilles, un petit pape qui se fait kidnapper par son ombre, bref rien avoir avec notre vieux pape et sa clique.

Ce que j’ai vu

Parfois il suffit de quelques mots pris à Pierre Michon, d’une boîte aux lettres rouillée, du décalage entre le monde tel qu’il va et les préoccupations apparentes de chacun et d’un air de guitare pour jouer à chat perché et créer de la beauté (merci Michel Brosseau). Sinon, dans Les 100, au bord de l’apocalypse nucléaire, les clans continuent à s’étriper (ici aussi : décalage entre le monde tel qu’il va et les préoccupations apparentes de chacun).

Ce que j’ai entendu

L’amitié aussi a une histoire (mes amitiés sont-elles antiques, médiévales ou révolutionnaires ?).

Ce que j’ai fait

Même babioles que d’ordinaire, très peu écrit, très vite lassé de me relire, acharnement sur guitare et sur clarinette (trop peu aussi), cette chanson du Journal intime qui résiste comme résiste l’intime de l’autre à se livrer, des idées pour faire quelque chose de mes photos de 17h17 mais les idées souvent restent à l’état d’idées.

Journal du 17 au 23 février

Retour à la vie ordinaire, aux lectures (jamais tout à fait) ordinaires, à la musique, au fatras.

Ce que j’ai lu

Terminé Locus Solus : on lit, on essaie d’imaginer, on décroche, on relit, on est fasciné, on décroche, on a le sentiment à la fois que c’est génial et qu’on passe à côté (sentiment très fréquent à la lecture des œuvres véritablement originales). Me rabattre sur Le petit Nicolas et les copains, pour le contraste et pour la simplicité, pour la nostalgie et l’humour aussi.

Ce que j’ai vu

Rien de bien marquant, avouons-le. Toujours cette série, Les 100 (ce moment au cœur d’une série où l’on n’est plus dans la découverte mais pas encore dans le suspense du dénouement). Des voix et des images amicales (même si ce sont des gens que je n’ai jamais croisés dans la vraie vie) (mais qu’est-ce que la vraie vie ?) sur YouTube : Stewen Corvez, Marine Riguet, Michel Brosseau. Rien de bien marquant ? Certes, mais ces petits objets sont une respiration nécessaire, des voix qu’on retrouve avec joie, des parenthèses enchantées.

Ce que j’ai entendu

Des voix. Des interviews d’hommes remarquables : Jacques Genin le fondeur de chocolat ; John Nollet le narrateur capillaire ; deux hommes que la passion et la sensibilité ont fait devenir des maîtres en des arts trop souvent rabaissés, la pâtisserie (la douceur pour aider à supporter un terrible passé) et la coiffure (le cheveu fou qui me manque tant).

Ce que j’ai fait

Après ce petit livre sur Paris, retour à de l’ordinaire (mais l’ordinaire ne l’est jamais tout à fait) : des cours à préparer puis à donner, le concert annuel de la fanfare et jouer les mêmes traits mille fois en se disant que mille fois ce n’est pas assez, parler livres devant la caméra, prendre quelques notes par-ci par-là, histoire de ne pas perdre la main.

Journal du 30 au 31 décembre 2023

Ce que j’ai lu

Deux livres (en plus de ceux qui occupent au long cours) : Lydia et Claude Bourguignon, Pourquoi ne faisons-nous rien pendant que la maison brûle ? d’un côté ; Gilles Clément, Notre-Dame-des-Plantes de l’autre. Le même constat : la destruction des sols (artificialisation, pesticides, etc.) et de la planète. Deux visions diamétralement opposées : la diatribe contre l’utopie, la colère contre la créativité, le complotisme contre le rêve. Finir l’année avec ce projet fou : faire de Notre-Dame de Paris un jardin (projet certes fou mais possible, Gilles Clément a tout prévu, il a tout dessiné, il a imaginé un paradis dans lequel il est permis de manger des pommes).

Ce que j’ai vu

Breaking Bad, on se rapproche de la fin (je ne regarde pas les séries en seul coup, je prends le temps, je me lasse après un épisode, puis y reviens) : comme souvent dans les séries, la dernière saison est la plus violente. Il faut que ça se termine, alors on dézingue. Mais pour contrebalancer cette violence, il y ceux qui filment l’ordinaire, ces capsules suspendues de temps volé, Michel Brosseau, Patrick Muller, et les fous de livres, Bruno Lalonde (il parle d’auteurs dont tu n’as jamais entendu parler et que tu oublies trop vite mais c’est passionnant parce que c’est toujours, la lecture, un prétexte à penser, à divaguer, à dialoguer).

Ce que j’ai entendu

Des femmes : poursuivre la découverte des compositrices, noter par exemple le nom de Maria Teresa Agnesi Pinottini, qui au dix-huitième siècle a pu, un certain temps, vivre de sa musique mais dont le nom a été effacé des mémoires, alors réécrivons son nom afin de ne pas l’oublier trop tôt, Maria Teresa Agnesi Pinottini ; autre nom de femme à retenir : Albina du Boisrouvray, dans cet interview à voix nue, une enfance de princesse devenue gauchiste, le monde du cinéma (sa violence envers les femmes, elle en parle, cite le nom en ce moment sur toutes les lèvres), un fils mort en hélicoptère (FXB, c’est nom de l’association que sa mère fondera, cet accident qui tua aussi Daniel Balavoine), l’engagement contre la pauvreté (elle y donne presque tout l’héritage de son père). Des femmes : ainsi on garde espoir pour l’année nouvelle.

Ce que j’ai fait

Causer de livres devant la caméra, on s’acharne, le tas à monter et à diffuser ne diminue pas parce qu’on n’arrête pas de lire, de lire, de lire, même si terminer l’année YouTube avec Charles Juliet, ça fait du bien. Autre obsession du moment : les chansons. Repris Sédentaire pour le donner en cadeau de nouvel an à quelques amis (un jour, ces chansons, les lancer à la face du monde, mais d’abord habiller la voix d’instruments, et ça, je ne sais pas faire).

Journal du 28 au 29 décembre 2023

Ce que j’ai lu

Picorer dans les livres et les revues. Ouvert à peine ce livre de philo, La rencontre, par Charles Pépin, livre qu’on peine à lire seul (comment s’ouvrir à la rencontre, voilà ma question, une question de plus en plus difficile à résoudre, avec le temps), puis les aventures d’Isaac le pirate, par Christophe Blain, un livre où les rencontres fourmillent, pas toujours agréables, puis L’auteur ! l’auteur !, ce personnage-auteur dont on suit les premiers pas au théâtre (le titre, c’est le cri des spectateurs à la fin de la pièce), encore une histoire de rencontre, celle d’un homme seul avec une troupe puis avec un public (lire, c’est toujours une rencontre), puis Don Quichotte, les amours croisées de Cardénio, Dorothée, Lucinde, Dulcinée, rencontres fulgurantes et fuites tragiques, et l’ouverture du Journal d’un mot d’Emmanuelle Cordoliani (la rencontre avec les mots, essentielle elle aussi), et encore un autre bouquin, Pourquoi nous ne faisons rien pendant que la maison brûle ?, le terrible bilan que font Lydia et Claude Bourguignon de l’état du sol, de l’eau, de l’air, et ce silence (la rencontre ici ne se fait pas, celle entre les hommes et la terre).

Ce que j’ai vu

Le génie, qu’est-ce que c’est ? Je suis avec intérêt ce qu’en raconte Ann Jefferson, entre littérature et pathologie, puis savoure des voix lisant, des paysages, des visages, Michel Brosseau avec Jacques Dupin, Juliette Cortese avec Laurent Stratos (des rencontres, encore, mais le génie est-il capable de rencontrer ?) et me vautre devant Breaking Bad, dernière saison, tout pète entre Walter et Jessie (la rencontre, quand ça va trop loin…) comme tout pète entre Bibi (c’est le surnom sympathique qu’on donnait à cette ordure dont je ne vais pas citer le nom) et le peuple d’Israël.

Ce que j’ai entendu

Laurent Gerra, c’était plus drôle il y a dix ans (il ne passait pas son temps à taper sur les écolos) et Pierre Desproges, c’était encore plus drôle (c’est un peu mon quart d’heure humour de droite), mais écoutons plutôt Anne Sofie von Otter chanter en français (c’est du moins ce qui est écrit sur le disque parce je n’y comprends rien et lire des noms comme Stéphane Mallarmé et n’y pas piger un mot peut-être bien que c’est hermétique mais j’ai de la peine : s’il y a un texte, c’est qu’il doit être entendu, non ? alors tant pis pour Mallarmé, je lis Don Quichotte par-dessus son épaule). Quant à ces conférences sur les fixeurs au Moyen Âge, je ne les écoute que d’une oreille (parce que je crois que je n’ai pas vraiment compris de quoi il en retournait, le mot fixeur restant un mystère pour moi, est-ce qu’il y a une entrée fixeur dans le journal d’Emmanuelle Cordoliani ? il y a fixer mais pas fixeur).

Ce que j’ai fait

Pas grand-chose (on a toujours l’impression de ne pas faire grand-chose puis on regarde la liste et elle n’est pas si courte). Je joue un peu de clarinette (toujours pas de nouvelles anches mais je déchiffre ce duo — encore une rencontre qu’un duo, même si là, je joue seul, d’abord la voix du haut puis la voix du bas — et ce Mozart, pas si difficile mais consolider et accélérer le tempo, dira-t-elle si je ne bosse pas plus). Je cause devant la caméra (le tas de livre à commenter est épuisé, celui de ceux à monter puis diffuser augmente, même si Durango et Stöld, c’est dans la boîte). Et écrire, est-ce que j’écris ? Le journal du corps, j’ai promis que je n’en parlerais pas ici (mais le corps a besoin d’écrire, surtout dans ce creux des entre-fêtes) ; le carnet, je fais toujours dans le très (le trop ?) court ; le livre, ça ne décolle pas ; les dix-sept minutes de dix-sept heures dix-sept (intensifier cette écriture-là ?), retour sur le jour de Pâques 2021, une promenade en forêt, la voix de papa (pour encore un peu le rencontrer, papa).