Jacques Brel, Infiniment (disque 1)
Les vieux : « Le petit chat est mort » (Molière tragique) tout habillé de raide (un mot pour les vieux) (la pendule d’argent)
La fin : l’autre reste là. Brel n’épargne personne.
Aujourd’hui : les aînés, les seniors, le troisième, le quatrième, le grand âge (comme s’ils ne mourraient pas, comme si nous non plus)
La chanson de Jacky : chanter jusqu’au bout, malgré le ridicule. Et ce mot, découvert par cette chanson : soûlographie. Et ces lieux : Knokke-le-Zoute, Macao, le Paradis (ça fait très pince-fesse, comme toponyme).
Point commun : vieillir, finir, tomber (le naufrage du général de Gaulle). Brel pourtant indissociable de l’adolescence, la mienne, la sienne, quand je me prenais moi aussi pour Jacky. Qu’en est-il resté ? L’aversion pour l’euphémisme, la périphrase, la litote. Toujours appeler un chat un chat et dire que le chat est mort quand le chat est mort, écrabouillé par une bagnole, crevé, clamsé, zigouillé par le grand-père qui les noyait à coups de bâton à l’époque où ça se faisait ; mais le grand-père est mort, le père aussi. Chanter encore ? L’autre grand-père a chanté toute sa vie et n’a jamais eu peur du ridicule.
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L’algorithme m’emmène au Québec. Une certaine Edith Butler veut partir dormir dans le Baillou (comment ça s’écrit ?). Une sorte de Compagnie créole du nord. Je peine à piger les paroles. « Party pour danser » (c’est peut-être un autre endroit, mais il y a des crocodiles et un certain Emilio Thibaudeau, et il fait bon, il fait chaud, il y a des violons et ça se répète beaucoup. Qu’est-ce que je fous là ?
Puis une certaine Marie Henchoz chante « Le rock des casseroles », un truc pour gamins, « dans les cuisines ça se débine », « va y avoir du rififi » (le pire, c’est qu’il me semble bien l’avoir déjà entendue, cette chanson), « le pot à lait n’a qu’un souhait, danser avec le fouet » (ça devient sado-maso) (il est temps que ça s’arrête).
Puis « Le petit renne au nez rouge » (vraiment : qu’est-ce que je fous là ?) (Renée Martel, vous connaissez ?) (l’ambiance de Noël, j’avoue que ça me gave, surtout quand ça tourne au mièvre) (je déprime à Noël, vieux réflexe de célibataire face à la toute-puissance des familles).
Puis : Ginette Reno, « J’ai vu maman » (autre regret à Noël : ne pas avoir été fichu de pondre des mômes) (qui a embrassé le père Noël sous le gui ?) (je n’écoutais plus) (si même le père Noël s’y met…) (c’est maman, dans la chanson, qu’il a embrassée, mais moi, à Noël, qui m’embrasse ?) (non, vraiment, les chansons de Noël, ça me déprime) (la magie de Noël tourne à la magie noire)
Et voilà que Pierre Lalonde y va de son medley de Noël. Je ferais mieux d’écouter son cousin, Bruno Lalonde (un vrai désespéré comme on les aime).
Mais Bruno Lalonde n’est pas désespéré, il regarde le monde avec lucidité, à travers les livres. Ce sont les autres qui sont désespérants. La fausse joie de vivre, la lumière fabriquée, la fête forcée, voilà ce qui fout le cafard. Et l’algorithme, quelle est sa responsabilité dans tout ça ? Je plante un truc presque au hasard et il retombe toujours sur les mêmes sciures (là, au moins, il m’emmène ailleurs, même si ça reste des sciures). La magie de Noël est passée, voilà les soldes. Est-ce qu’on trouve, aux puces, chez Emmaüs, dans des vide-greniers (la mode semble passée), des disques vinyle d’Edith Butler, de Marie Henchoz, de Renée Martel, de Ginette Reno et de Pierre Lalonde ? Bruno Lalonde, lui, s’empare des bibliothèques, trésor plus exigeant.
CD Les plus belles chansons de Robert Charlebois
Le Québec, c’était il y a plus de vingt ans.
Lindberg ! : des hélices (hélas), Sophie (j’avais baptisé ainsi mon fusil) (elle était au Québec, Sophie) (mais c’était un autre nom en ce temps, dans l’avion retour), partir, partir (la compagnie d’aviation, je ne sais plus), des pigeons (c’était moi le pigeon, à l’époque), ch’sais pu où chu rendu / et moi suis rendu à dos de chameau (pantoute, c’est ça qu’elle dit, la voix de femme ?), dans mon lit avec mon meilleur ami et surtout mon pot de biscuits (ça se termine toujours ainsi).
J’t’aime comme un fou : chanson pour courir, genre Forrest Gump ; … mais tu t’en fous … pour que tu me trouves plus beau … j’ai perdu vingt kilos (le pire, c’est que c’est vrai) (et qu’elle s’en fout, ça aussi, c’est vrai) (mais ma vie a-t-elle pour autant pris de la plus-value ?) … à une séance d’aérobic (apérobic, plutôt) et le saxo derrière, c’est lui qui les chope, les filles, pas le chanteur, et le saxo derrière, il n’a pas besoin de courir, c’est elles qui lui courent après).
Le chanteur, c’était moi, en ce temps-là, un gars ben ordinaire, qui des fois n’a plus le goût de rien faire. On m’avait donné le solo du medley (pas celui de Noël, celui de Robert), j’étais au centre de l’attention, au début (parce qu’ensuite justement il y avait Lindberg et que les aviateurs c’est comme les saxophonistes, ça fait mouiller les filles (je pensais ainsi à l’époque, mal dans ma peau, avant que je me mette à courir) et qu’on a beau leur hurler des déclarations enflammées, ça finit toujours par l’avion qui s’écrase). Charlebois, j’aime encore, parce qu’écorché ironique, naïf et narquois (cette chanson surtout : Je veux de l’amour).