Notes d’écoute : les distants et les copains

Théorie – Le billet et François Morel

2 sortes de profs : les distants et les copains, qui s’avèrent des sales cons ; chez les politiques aussi, sympas mais décevants et pas sympas (et parfois ils le sont vraiment).

Et moi, dans quelle catégorie de profs je me situe (pas question de me mettre à la politique, je me décevrais moi-même) ? Quelque part entre les deux extrêmes, sans doute, sympa et distant à la fois, sympa par caractère et distant par caractère aussi. Loin de moi l’idée de me faire détester de mes élèves (j’ose croire qu’ils m’aiment bien, du moins que je ne leur suis pas trop antipathique) mais le côté copain-copain, je te tutoie, on se boit un verre après les cours, ce n’est pas moi non plus. Bref, je crois (mais peut-être est-ce une illusion) ne pas encore être devenu un sale con.

Notes d’écoute : oignon, dystopie, peste et piscine

Mademoiselle Sane, L’oignon

Le sens du devoir tout au fond du gousset… comptera le temps qui passe avec obstination… (ostinato) (la pendule au salon) (non).

Les chansons sur le temps qui passe rendent souvent mélancolique. Celle-ci, ça va, le pizzicato est plutôt rigolo et le temps passe sans qu’on ait le temps de désespérer. Ce n’est pas encore la pendule de Brel, qui dit oui qui dit non, qui nous attend, le tiroir reste fermé et on fait semblant d’oublier qu’on a beau faire, le ressort de l’amour ne remonte pas toujours jusqu’à 18h30 (écris-je à 16h30, j’ai le temps, deux heures encore…)

Face à la dystopie actuelle, « il nous faut des fictions qui nous aident à réinventer nos avenir » (Blast)

Jean Hegland : pas intéressée de prédire l’avenir mais d’analyser ce qui compte le plus pour les gens ; la tragédie, c’est qu’on n’a rien fait ; l’effondrement se passe en coulisses (pandémie, guerre, incendie) mais deux jeunes femmes cherchent où trouver ce qui compte, à repenser la relation au monde naturel.

Question : ce que l’on prend (mot illisible) est fragile ; le roman aide-t-il à nous préparer à ce qui arrive ?

JH : nous cherchons des histoires en permanence ; trop de gens ont adhéré à un récit erroné à l’élection de Trump.

Q. : Se préparer à moins d’abondance ? (exemple du gaspillage du thé)

JH : Quels sont nos besoins réels ? Tim Jackson, La prospérité sans croissance (≠ capitalisme tardif : on se préfère une paire de chaussure à une amitié)

C’est grâce à cette interview que je lis Jean Hegland, en commençant par Dans la forêt, dont il est peut-être question dans ces notes, à moins qu’elle ne parle déjà de la suite, qui vient de paraître, mais il faut d’abord que je termine le premier roman. Prolongeons les questions (auxquelles je répondrai moi-même, faute de mieux) :

Q. : Pensez-vous que la fiction peut sauver le monde ?

VF : Le monde, je ne sais pas, mais elle peut me sauver du monde, et elle peut donner des pistes pour vivre mieux dans ce monde en déperdition.

Q. : L’effondrement, pour vous, où se passe-t-il ?

VF : Il est intérieur, d’abord, l’effondrement, il a lieu partout où ça cesse de penser, et ça s’étend.

Q. : Le roman nous aide-t-il à nous préparer à ce qui arrive ?

VF : Il aide à étendre la gamme des possibles. Ce qui arrive, il est difficile de le décrire, mais ce qui pourrait arriver, le roman, la fiction, peuvent l’appréhender de mille manières, et c’est en multipliant les romans qu’on se prépare à cette diversité des effondrements possibles.

Nouvelles recherches sur la peste noire III, événement, causalité, temporalité | Table ronde : la peste, contextes sociaux et conjoncture politique

Cléo Rager : peste à Troyes, 10’000, 9’000, 6’000 h. ; rôle précis de la peste difficile à voir, plein d’autres causes possibles ; une seule mention de la peste (un type tousse dans l’assistance) (le colloque a lieu en plein Covid).

1470 : mentions et mesures se multiplient dans la documentation ; le traitement des maladies devient un enjeu explicite ; mesures : rester chez soi, partir pendant 40 jours, brûler les biens des morts.

Début du 16: nomination d’un agent spécialisé dans les épidémies ; acteurs municipaux se démarquent, parce que le traitement des épidémies devient une compétence des échevins, liée à l’entretien des routes et des cours d’eau ; peuple malcontent, manque d’implication des habitants : pourquoi ? décisions toujours prises avec les habitants (assemblée générale des habitants) (voyer, voyeur à Troyes, voierie gérée par les habitants).

Durant le Covid aussi, les décisions unilatérales des autorités ont rendu le peuple malcontent, mais pouvait-il en être autrement ? Tout cela, dit tout le monde, semble si loin, la peste, le Covid, les différentes mesures, le monde d’après a fait renaître des pestes d’un autre genre mais au moins on peut sortir de chez soi, voir du monde, vivre (sauf si on est migrant). Le monde d’après ? Ce colloque a servi de préambule au cours du professeur Patrick Boucheron intitulé précisément Après la peste, mais je n’ai pas encore eu le courage d’écouter ce qu’il raconte à ce propos, le monde d’après le Covid accaparant trop mon esprit inquiet. Les historiens de demain se demanderont quel aura été l’impact de la pandémie sur la catastrophe globale qui s’en est ensuivie (je sais, ce n’est pas très optimiste, mais être optimiste aujourd’hui est devenu criminel).

Le billet de François Morel | L’affaire du bonnet de piscine

Le 24 novembre, 15°, on va à la messe, pas à la piscine, Elisabeth oublie son bonnet. Le bonnet est sur le dossier du bonnet de l’agente. Le ton monte, part en couille, comme on dit à l’épiscopat. Affaire réglée (contrairement à d’autres) par la gendarmerie française : affaire sensible.

Je ne comprends rien à cette histoire. François Morel a sans doute voulu raconter une anecdote comique mais les notes que j’ai prises la rendent absconse. Tous les bonnets s’entremêlent, on ne sait pas si on est à la messe, à la piscine ou à la gendarmerie et l’épiscopat, de quoi se mêle-t-il ? Affaire sensible ? Si tu veux. Le 24 novembre, je ne suis allé ni à la piscine ni à la messe, encore moins à la gendarmerie. J’étais à la maison et je fêtais mon anniversaire. Sans bonnet.

Journal du 20 au 22 juin 2024

Ce que j’ai lu

Lectures tous azimuts avec précisément parmi celles-ci Azimut, une bande dessinée de Lupano et Andreae qui nous fait perdre le nord (qui est un lapin) mais pas notre temps, même si le temps est au cœur d’un monde délicieusement absurde, à l’instar de ces animaux esquissés dans l’Encyclopédie des chronoptères d’Aristide Breloquinte, dont ma préférée est l’abeille rétromèle :

Lorsqu’on consomme son miel, on revit instantanément et de manière fugace un souvenir que l’on croyait enfoui. C’est très émouvant. Ce miel est très utilisé en pâtisserie pour fabriquer des madeleines.

Ce que j’ai vu

Sacha Baron Cohen, The Dictator, ou comment rire avec la tyrannie (il va falloir s’y habituer, on dirait) et comment lutter contre celle-ci. Certes, Sacha Baron Cohen n’est pas Charlie Chaplin. Tout cela tourne au grand guignol, mais se moquer des puissants qui se prennent au sérieux, autant en profiter pendant qu’il en est encore temps (le reste du temps, je regarde des vidéos sur YouTube pour comprendre ce qui se passe en France : comment est-il devenu envisageable que l’extrême droite s’empare du pouvoir ? comment le diable s’est-il déguisé en ange ? je reste sidéré).

Ce que j’ai entendu

François Morel : le talent, la légèreté, la poésie. Il parle de ses chansons. N’est pas tout à fait chanteur (pas seulement) (qui est seulement chanteur ?) (tous les marins sont des chanteurs). Est-ce qu’on lutte contre l’extrême droite avec des chansons ? Chacun fait ce qu’il peut. J’écoute François Morel pour pas trop déprimer.

Ce que j’ai fait

Fin juin, justement, attention la déprime. Tout s’arrête et revoilà la solitude. Que faire ? Ecrire au quotidien, apprendre une nouvelle chanson à la guitare, cet H.L.M. de Renaud aux portraits vaches (le barbouze du rez-de-chaussée se porte comme un charme, les anciens de soixante-huit ont la gueule de bois, il est de plus en plus nécessaire de faire un saut au huitième). On aimerait, quand arrive l’été, sortir, mais il pleut, et les gens, un à un, partent en vacances. Je reste avec mes mots.

Journal du 7 au 12 janvier 2024

Ce que j’ai lu

Tous azimuts, toujours, avec beaucoup de David Lodge, L’auteur ! L’auteur !, Henry James et le théâtre, cette partie centrale du livre autour de cette pièce, Guy Domville, les points de vue multiples sur la première, l’auteur qui fuit, le compte à rebours, triomphe ou débâcle ? On lit ceci comme si on était Henry James, comme si sa pièce, c’était la nôtre, alors quand le couperet tombe… puis le roman devient mélancolique, les amis meurent, l’auteur vieillit, et on lit d’autres histoires, des récits de voyage de Philippe Rahmy, les aventures orientales d’un captif qui pourraient bien s’appeler Miguel de Cervantès, un étrange objet qui ne cesse de grandir.

Ce que j’ai vu

Une nouvelle série, Les 100, le retour sur la terre de cent jeunes (des ados, plus ou moins, de jeunes adultes, avec tout ce que cela comporte de clichés, de coucheries, de niaiseries, de corps parfaits, mais aussi un côté Sa majesté des mouches, une société à reconstruire dans un univers hostile, vide de prime abord, mais…). D’autres réflexions sur le pouvoir, des conférences autour des prophéties impériales au Moyen-Âge, des images glaçantes sur la menace fasciste qui augmente, des gens (ceux-là, celles-là, si précieux dans un tel contexte) qui parlent de livre, Azélie Fayolle, Bruno Lalonde.

Ce que j’ai entendu

Marie-Paule Belle, chanteuse hors du temps, charmeuse hors pair, le plaisir de l’entendre parler, chanter, rire. François Morel, de vieilles archives d’interviews ratées, C’est mieux que rien, ce talent, cette tendresse, ce rire, aussi, François Morel. Et Callas, et George Clinton, ce titre, Open your mind… and your ass will follow, à méditer, tant le cul, ça se passe dans la tête (et la tête dans le cul, sous LSD, George Clinton, en ce temps-là).

Ce que j’ai fait

Plein de choses, pas grand-chose. Créateur éparpillé. Des vidéos, des notes, de la musique, mais la technique, mon point faible c’est la technique, je devrais m’acharner plus, moins papillonner, et des chansons aussi, Les filles de la piscine, ça s’appelle, le nageur myope (piège de la rime, n’y point tomber), et enseigner, lancer des salons littéraires, rendre Molière lisible (la langue de Molière, disons-le, est une langue morte, plus personne ne la comprend). Toujours pas d’écriture au long cours.