Relire Stéphane Mallarmé : Chansons bas

Prendre un livre jadis aimé et le relire à haute voix tout en m’arrêtant de temps en temps pour dire que cette lecture m’inspire, voilà ce que me propose dans cette série de vidéos.

Voici les deux poèmes titrés “Chansons bas”, tirés de Poésies de Stéphane Mallarmé, publiées en 1887.

Notes d’écoute : Balzac fantôme

#Balzac roman | 1819, 3ème étage rue Lesdiguières

Laura Vazquez cite Stefan Zweig que lit François Bon. Stefan s’invente un Balzac fantôme. Balzac écrit à la main le nom des plats, à la craie. Livre qui fait autorité, Roger Pierrot : notes de dépenses témoignent de la frugalité des repas : pain, pâté, macédoine, vin, charcuterie, café (avec les prix). Zweig parle de pain sec ; d’où a-t-il pris cette histoire ? Réponse nulle part. Mansarde : première expérience de la vie seul, se retrouve comme archétype dans ses livres ; mais avec des éléments fictifs (piano au lieu d’un violon rouge). Rue Lesdiguières, à deux pas de la Bastille, à deux pas du boulevard Bourdon où se rencontrent Bouvard et Pécuchet, Place de la Bastille, rue de la Roquette, Père Lachaise où l’on va se promener. Rue Lesdiguières : boulevard Henri IV désormais, construit plus tard. On trouve des photos du percement du boulevard où l’on aperçoit la petite rue transversale.

Des pérégrinations parisiennes d’Honoré de Balzac, j’ignore presque tout et n’ai vu de celui-ci que le point d’arrivée, ce Père Lachaise où ce n’est plus lui qui se promène, mais où ce fut moi il y a peu. Devant sa tombe, une dame blonde parlait dans une langue slave à une horde de touristes à qui elle devait elle aussi raconter l’histoire du pain sec qu’elle avait lue dans Stefan Zweig avant Laura Vazquez. Ces détails de la vie de Balzac ont-ils de l’intérêt ? Pour un auteur qui s’attarde tellement sur les décors, les objets, les habitudes, les ambiances, rien n’est sans intérêt. Balzac est un roman (est-ce ce que veut dire François Bon ? j’ai trop peu suivi ce projet pour le savoir). Il est un homme. Il est lui-même un condensé de comédie humaine. La rue Lesdiguières a disparu ? Balzac la fait renaître (François Bon l’a bien aidé).

Journal du 31 mars au 5 avril 2024

Ce que j’ai lu

Le czar de Russie m’a profondément déçu ; je l’ai trouvé pignouf.

Gustave Flaubert

C’est une lettre à George Sand datée du 15 juin 1967, George Sand que Flaubert nomme « chère maître ». Alors que le grand auteur s’acharne à peaufiner son style, qu’il passe cinq ans à gueuler L’éducation sentimentale, qu’il en ressort avec au fond de l’âme une haine profonde de la petitesse bourgeoise, voilà qu’il se lâche et que cela fait le plus grand bien, semble-t-il même si soudain les malheurs s’accumulent, les amis meurent, la guerre survient, Flaubert se retrouve seul, son bouquin sur lequel il a tant sué reçoit un accueil mitigé, il se plaint de ne pas recevoir assez de visites de sa nièce et de sa chère amie de Nohant, il s’occupe de sa vieille mère et voudrait bien pouvoir écrire mais c’est peine perdue, alors ce sont des lettres qu’il pond, et lire ces lettres, c’est pénétrer dans l’atelier, dans la tête, dans le cœur de Flaubert et c’est peut-être ainsi qu’il faudrait entrer dans son œuvre, par ses à-côtés, par cette misanthropie de plus en plus franche, par la tendresse d’un oncle ganachon qu’on laisse se déplumer dans son coin mais qui nous, nous remplume.

Ce que j’ai vu

Dans Les 100 (je ne sais pas quelle saison, la quatre, je crois), l’ennemi, de plus en plus c’est l’IA : dans la Cité des Lumières, on ne souffre pas. C’est une utopie (demandez au pauvre Flaubert qui perd Bouilhet puis Duplan puis Sainte-Beuve puis Jules de Goncourt puis qui voit les Prussiens s’approcher de Croisset, ce que c’est que souffrir) mais un monde où l’on ne souffre pas c’est un monde où ceux qu’on a aimés on les oublie et ce n’est pas un monde vivable comme n’est pas vivable un monde où l’on ne meurt pas. Un monde où l’on ne souffre pas, c’est, dans Les 100, une dystopie. Raven s’en rend compte. Elle veut retrouver le souvenir de ses disparus.

Ce que j’ai entendu

Musicopolis, la musique dans la cité et cette question de la place des femmes dans l’histoire de la musique, leur place à la radio, au disque, au concert, leur place aussi dans les algorithmes. Depuis quelque temps, je lance l’algorithme systématiquement par une compositrice, jamais la même (cette mine, Que demander à Clara ?, je les prends dans l’ordre alphabétique, j’arrive bientôt à la fin de la lettre A) et ce qui suit ce sont toujours les sempiternels Bach (le père), Mozart (le frère) et compagnie, pas une seule femme, pas un seul retour de celles déjà découvertes (et déjà oubliées). L’algorithme est désespérément conservateur : non seulement les musiques de femmes sont invisibilisées mais c’est aussi le cas de la musique contemporaine (nombres de ces compositrices sont vivantes) qui nous renvoie encore et toujours aux éternels Schumann (le mari), Brahms (l’amoureux transi) et tutti quanti.

Ce que j’ai fait

Bien peu, malgré le temps propice des vacances. Des éclats et des égarements. Relecture au sabre de Fribourgs, difficulté à chanter l’intime d’une, formation lente des callosités aux doigts du guitariste trop amateur, montage de quelques vidéos (celle-ci que l’auteur me fait l’honneur de commenter, celles encore à venir), tentative infructueuse de compréhension d’un exercice censément heureux que m’a envoyé ma prof de clarinette juste avant sa fuite en Égypte, quelques notes prises au vol dans le carnet, mauvaises notes sans doute, occupations dilettantes, histoire de passer le temps sans sécher.

Journal du 15 au 16 mars 2024

Ce que j’ai lu

Ouvrir de nouveaux livres, les commencer à peine, errer avec ce chevalier errant que tout le monde prend pour un fou, lectures d’intermède. J’ai terminé Kampuchéa, autre errance, le Mékong si semblable à l’Amazonie quand c’est Patrick Deville qui lui aussi joue les chevaliers errants (notre monde manque tant de Don Quichottes).

Ce que j’ai vu

L’œil au repos n’a rien vu, ou presque. L’œil a besoin parfois de ce repos. Des flashs : la colère, la misère, l’assassinat des paysans (les assassins courent toujours) ; et cette dystopie des 100 (la dystopie est à la mode, elle permet de relativiser la catastrophe réelle, beaucoup plus sournoise qu’une série Netflix).

Ce que j’ai entendu

Charles Jauquier : les larmes montent instantanément. C’est la musique du tréfond de mon ventre, celle de mon grand-père, celle d’ici (quand on s’arrête, on fait son nid comme un oiseau, on laisse fuir le temps et l’eau … mon peu de terre, mon peu de ciel, ici qui pousse mon soleil).

Ce que j’ai fait

Ça sent le printemps : à nouveau ça surgit. Quatre titres de chansons m’apparaissent, j’en commence une, Journal intime (peut-être : Elle écrit). Et la ferme intention d’affronter mes écritures de Fribourgs, de transformer le blog en livre(s). Et surtout : m’acharner sur ma clarinette, à une semaine à peine de l’audition, jouer, jouer, jouer. Et aussi : explorer ce que l’IA invente quand on la soumet à la poésie. Voici un vers de Charles Baudelaire : qui saura trouver lequel ?

Journal du 28 au 29 décembre 2023

Ce que j’ai lu

Picorer dans les livres et les revues. Ouvert à peine ce livre de philo, La rencontre, par Charles Pépin, livre qu’on peine à lire seul (comment s’ouvrir à la rencontre, voilà ma question, une question de plus en plus difficile à résoudre, avec le temps), puis les aventures d’Isaac le pirate, par Christophe Blain, un livre où les rencontres fourmillent, pas toujours agréables, puis L’auteur ! l’auteur !, ce personnage-auteur dont on suit les premiers pas au théâtre (le titre, c’est le cri des spectateurs à la fin de la pièce), encore une histoire de rencontre, celle d’un homme seul avec une troupe puis avec un public (lire, c’est toujours une rencontre), puis Don Quichotte, les amours croisées de Cardénio, Dorothée, Lucinde, Dulcinée, rencontres fulgurantes et fuites tragiques, et l’ouverture du Journal d’un mot d’Emmanuelle Cordoliani (la rencontre avec les mots, essentielle elle aussi), et encore un autre bouquin, Pourquoi nous ne faisons rien pendant que la maison brûle ?, le terrible bilan que font Lydia et Claude Bourguignon de l’état du sol, de l’eau, de l’air, et ce silence (la rencontre ici ne se fait pas, celle entre les hommes et la terre).

Ce que j’ai vu

Le génie, qu’est-ce que c’est ? Je suis avec intérêt ce qu’en raconte Ann Jefferson, entre littérature et pathologie, puis savoure des voix lisant, des paysages, des visages, Michel Brosseau avec Jacques Dupin, Juliette Cortese avec Laurent Stratos (des rencontres, encore, mais le génie est-il capable de rencontrer ?) et me vautre devant Breaking Bad, dernière saison, tout pète entre Walter et Jessie (la rencontre, quand ça va trop loin…) comme tout pète entre Bibi (c’est le surnom sympathique qu’on donnait à cette ordure dont je ne vais pas citer le nom) et le peuple d’Israël.

Ce que j’ai entendu

Laurent Gerra, c’était plus drôle il y a dix ans (il ne passait pas son temps à taper sur les écolos) et Pierre Desproges, c’était encore plus drôle (c’est un peu mon quart d’heure humour de droite), mais écoutons plutôt Anne Sofie von Otter chanter en français (c’est du moins ce qui est écrit sur le disque parce je n’y comprends rien et lire des noms comme Stéphane Mallarmé et n’y pas piger un mot peut-être bien que c’est hermétique mais j’ai de la peine : s’il y a un texte, c’est qu’il doit être entendu, non ? alors tant pis pour Mallarmé, je lis Don Quichotte par-dessus son épaule). Quant à ces conférences sur les fixeurs au Moyen Âge, je ne les écoute que d’une oreille (parce que je crois que je n’ai pas vraiment compris de quoi il en retournait, le mot fixeur restant un mystère pour moi, est-ce qu’il y a une entrée fixeur dans le journal d’Emmanuelle Cordoliani ? il y a fixer mais pas fixeur).

Ce que j’ai fait

Pas grand-chose (on a toujours l’impression de ne pas faire grand-chose puis on regarde la liste et elle n’est pas si courte). Je joue un peu de clarinette (toujours pas de nouvelles anches mais je déchiffre ce duo — encore une rencontre qu’un duo, même si là, je joue seul, d’abord la voix du haut puis la voix du bas — et ce Mozart, pas si difficile mais consolider et accélérer le tempo, dira-t-elle si je ne bosse pas plus). Je cause devant la caméra (le tas de livre à commenter est épuisé, celui de ceux à monter puis diffuser augmente, même si Durango et Stöld, c’est dans la boîte). Et écrire, est-ce que j’écris ? Le journal du corps, j’ai promis que je n’en parlerais pas ici (mais le corps a besoin d’écrire, surtout dans ce creux des entre-fêtes) ; le carnet, je fais toujours dans le très (le trop ?) court ; le livre, ça ne décolle pas ; les dix-sept minutes de dix-sept heures dix-sept (intensifier cette écriture-là ?), retour sur le jour de Pâques 2021, une promenade en forêt, la voix de papa (pour encore un peu le rencontrer, papa).

Turf : La nef des fous

Parmi les plaisirs du lecteur de bande dessinée, il y a la découverte de mondes fantaisistes. La nef des fous, j’en ai lu les premiers volumes il y a quelques mois (j’en parle dans la deuxième partie de l’épisode 23 de mon journal de lecture) et c’est avec joie que j’en explore la suite (mais pas la fin, que désormais j’attends avec impatience). Voici donc quelques considérations autour de la folie en bande dessinée.

Les albums dont j’ai parlé sont tous parus aux Éditions Delcourt. En voici les titres :

  • Disparition (2017)
  • Walking dindes (2018)
  • La faille (2020)
  • Coup de théâtre (2021)

Et voici quelques impressions sur le volume 12, À peu près preux, publié en 2023 :

Et en bonus, voici Turf en plein travail (parce que dessiner la folie, c’est un travail sérieux) :

Paul & Gaëtan Brizzi : Les Contes drolatiques

D’Honoré de Balzac, je n’avais lu que quelques romans de la Comédie humaine et ignorais jusqu’à l’existence de ces Contes drolatiques, dont Paul et Ga¨etan Brizzi proposent un aperçu dessiné aux éditions Futuropolis en 2021. Un Balzac fort grivois que celui-là, loin du Père Goriot.

Cet album reprend quatre contes drolatiques :

  • La belle Impéria
  • Le péché véniel
  • L’héritier du diable
  • La connétable