Relire Stéphane Mallarmé : Le tombeau de Charles Baudelaire

Prendre un livre jadis aimé et le relire à haute voix tout en m’arrêtant de temps en temps pour dire que cette lecture m’inspire, voilà ce que me propose dans cette série de vidéos.

Voici le sonnet Le tombeau de Charles Baudelaire, tiré de Poésies de Stéphane Mallarmé, publiées en 1887.

Notes d’écoute : Écrire et chanter la mort

La conversation littéraire : Écrire sur la mort, entretien avec le romancier Josef Winckler et l’historien Johann Chapoutot

Globocnik envoyé à Trieste pour s’occuper de lutte anti-partisane. Le manager de la mort (HSSPF) (cacher l’horreur sous l’acronyme). L’œuvre de Globocnik : des champs d’épandage d’ossements broyés. Même pour les nazis, Globocnik est un criminel : travail de bureau, travail de génocide, antiterrorisme. 1904 : génération de l’absolu à loi du sang. Suicide de Globocnik : reconnu, pilule de cyanure (comme Himmler). Danse macabre (le livre de Winckler d’après Chapoutot) (noter le titre : Le champ)

Bernard Banoun, traducteur : littérature = forme de mémoire (histoire parallèle à faire sortir le non-dit (importante en Autriche)) ; ouverture vers le continent perdu : l’Est (celui des juifs, le yiddish) (enfouie sous terre, leur mémoire) ; langue de Winckler, travaillée par la mort ; titre : le champ et non le camp (titre allemand très long) (une expression avec violon pour dire « casse-toi père ou dans mon cœur inscrit la mort »)

L’effondrement met un terme au nazisme ? Que devient le nazisme après 1945 : Oôssements radioactifs, hommes brisés et brisants, fascisme dont l’Autriche ne s’est pas purgée, inspiration catholique enterrée au plus près des reliques noires. On n’en est pas sorti, de cette histoire-là, les continuités l’emportent sur les ruptures. Le catholicisme ne préserve de rien du tout : judaïsme rebouillé pour les nazis mais les principaux nazis ont une socialisation catholique (nombreux points de contact, chrétiens = idiots utiles (actions de grâce pour le succès de la Croisade contre le bolchévisme), exfiltration des pires ordures par le chemin des monastères.

Sans cesse s’y confronter, s’y brûler, s’y dégoûter, à cette histoire-là, ne jamais l’oublier parce qu’elle revient, elle peut revenir (l’extrême-droite en Autriche, de retour, dans l’indifférence générale) et à chaque fois la même sidération. La littérature peut-elle quelque chose face à cela ? Je n’ai pas lu le livre dont il est question mais il y en a eu d’autres. Les lire empêche-t-il quoi que ce soit d’advenir ? Peut-être pas, mais cela redonne leur dignité à celles et à ceux qui sont morts, cela crache à la gueule des salauds, et surtout cela nous rappelle qui nous sommes, nous les hommes, de quelle boue nous sommes sortis, dans quelles tranchées nous pouvons retomber.

Léo Ferré au théâtre des Champs-Elysées (CD2)

Je te donne : (JJG défoncé) « des chagrins brodés main pour t’enchaîner à moi », « ces serments de la nuit qui peuplent nous aveux », « ces ailes cassées chaque fois qu’on s’envole » (il donne, je donne, que reçoit-il ? que reçois-je ?)

La mort des amants : (Baudelaire) L’amour sans la mort… (le cd saute, trop écouté), Baudelaire brisé, comme les amants morts (les mots perdus), Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux (on n’entend plus que ce vers), comme si la mort l’emportait (et bien sûr qu’elle l’emporte), Les miroirs ternis et… (vers brisé comme Apollinaire) (les flammes mortes ?)

Le Tango Nicaragua : sombre tango, rien de la samba (toujours le cd rayé), kalachnikov, un mec qui coupe les mains des prisonniers (Cuba) (et il vend des cigares)

Allende : « Quand les bêtes sauront qu’on les met dans des plats. »

Ferré, à la fois daté et rafraichissant. Il fut un temps où les chanteurs, c’était ça, se dit-on. Il fut un temps où les chanteurs s’engageaient et où ils chantaient Baudelaire. Il fut un temps où l’on pensait qu’on pouvait rêver Allende malgré l’Amérique triomphante (ce n’était pas encore Trump mais ça tuait déjà). Ferré, on rêverait que ce ne soit pas daté.

Journal du 29 novembre au 1er décembre 2024

Ce que j’ai lu

Lire et dire, est-ce c’est kif-kif ? Je lis, dans les Proférations de François Bon, ce qu’il a dit, ce que j’avais, mais je m’en souviens rarement, entendu, dans ses vidéos brèves. Le texte seul et la vidéo me semblent deux objets presque sans lien, mais pourquoi ? Le texte absorbe l’image et la voix, il les transforme, et ce n’est pas la voix de François, ce n’est plus sa tronche, c’est la mienne, et lisant François Bon c’est un peu comme si je devenais François Bon, à l’instar de ceci, qu’il écrit (ou qu’il dit ou qu’il fait) :

… | la ville tous les jours t’entends qu’on t’appelle eh toi | et puis hop c’est toi qui es devenu le toi | tu reconnais quelqu’un tu sais que tu l’as vu | t’étais qui quand tu l’as vu | et quand il te voit et qu’il dit eh toi | t’es grand t’es petit tu cours lent tu cours vite | tu sautes tu sautes pas t’attends ou tu t’en vas | eh toi et hop le toi c’est toi | homme femme tu changes quoi ça change quoi | …

Ce que j’ai vu et entendu

Peut-être la différence entre l’écrit et le vu-entendu se trouve-t-elle dans la mémoire. Je me souviens mieux de ce que je lis que de ce que je vois-entends. Mais aussi, c’est que je regarde des horreurs sur la montée de l’extrême droite et cette série, House of Cards, remplie de politiciens salopards (sous une de mes vidéos sur Céline, un commentateur s’offusque que je traite Louis-Ferdinand de salopard, mais lui ne se serait pas gêné, pas plus que Bonnie & Clyde Underwood).

Ce que j’ai fait

Ce calendrier de l’Avent uniquement pour mes amis, je m’amuse beaucoup à le confectionner : un texte bref (ces fenêtres qu’ouvre Baudelaire pour ce premier jour de décembre), un peu de musique (de la clarinette, encore et toujours, même si je ne joue pas assez et que mes gammes sont laborieuses, alors autant laisser jouer les pros) et une illustration que l’IA a l’amabilité de me donner en à peine quelques secondes. Et comme les lectrices de ce journal sont un peu mes amies, voici pour elles un peu de Baudelaire :

Journal du 23 au 28 novembre 2024

Ce que j’ai lu

La langue de François Bon dans ses Proférations forme et déforme la ville. La langue reste au plus proche de l’oralité, du surgissement, du rêve. Elle invente des univers familiers. On lit cela comme on écoute de la musique parce que c’est de la musique, de celle qui emporte ailleurs sans qu’on bouge, de celle qui la nuit vient nous déboulonner le cerveau.

ce que j’ai vu et entendu

L’Ensemble d’Harmonie de la Broye m’emmène le soir de mon anniversaire en Egypte. Des pyramides et des jardins d’IA, puis un arbre en feu devenant phénix, illustrent une musique mystérieuse où les clarinettes sont reines (j’ai tendance à n’écouter que les clarinettes, à les admirer, à regarder leurs doigts courant sur les clefs). Puis surgit le petit prince et décidément, Saint-Ex, je peine (tout cela, surtout quand le micro sature, est tellement nunuche) (c’est moi qui sature et je ne devrais pas) (l’essentiel est invisible… tu parles… ça pue le vieux catéchisme…) (pourtant, c’est écrit en 1943, et connaître le contexte sauve le texte) (puis il y a eu cette photo d’une Rose avec une rose et nunuche je le deviens aussi).

Ce que j’ai fait

Je prépare un calendrier de l’Avent pour mes amis, lecture en musique (des clarinettes, encore et toujours) de brefs textes en prose (Baudelaire, Rimbaud, puis des détours plus inattendus, sans doute y aura-t-il aussi une de ces proférations de François Bon). Y ajouter une illustration IA (au concert, ça donnait du relief à la musique et les ponts de Rimbaud, je suis bluffé).

journal du 23 au 25 juin 2024

Ce que j’ai lu

La haine de la littérature, William Marx : le calvaire du prof de lettres et de l’écrivain, ce serait de passer son temps à enseigner ou à produire des discours qui échappent au pouvoir. Son calvaire mais aussi sa chance. La littérature nuit à l’autorité, à la vérité, à la moralité et à la société (et elle a bien raison). Je lis en parallèle la correspondance de Flaubert, qui lui aussi a dû faire face aux procès antilittéraires, à commencer par sa pauvre madame Bovary qui semble pourtant, à la fin de sa vie, quand il s’acharne sur son Bouvard et Pécuchet, le barber au plus au point (mais tout le barbe, le pauvre vieux, sa guibole cassée, les bourgeois, son éditeur, la philosophie, la religion, les rentes qu’on cherche à lui refourguer, et face à de tels râleurs, on peut comprendre que non merci, la littérature, vous auriez pas plus utile dans la vie, parce qu’apprendre par cœur La Princesse de Clèves, c’est quand même pas possible, qu’il dit, l’ancien président).

Ce que j’ai vu

Mad Max, les deux premiers films (parce que j’ai vu le dernier et que j’aimerais quand même bien comprendre cette histoire de monde désertique où on se bat sur les routes pour le pétrole) (un monde dystopique, certes, encore un, mais allez savoir de quoi demain sera fait).

Ce que j’ai entendu

Avec philosophie s’interroge sur les séries, leur caractère chronophage ou émancipateur (je suis de ceux qui consomment les séries à petit feu, évitant tant que faire se peut de me faire bouffer). Il (ou elle, quel est le genre d’Avec philosophie ?) s’interroge aussi sur le voyage, celui d’Ulysse, ceux, réels ou imaginaires, de Baudelaire, Segalen, Michaux, ceux de ces intellectuels qui découvrent l’U.R.S.S. ou la Chine de Mao et ne veulent rien y voir qui coince (les Sartre, Sollers, etc.) : cécité peut-être aussi face à ce qui se joue aujourd’hui dans le monde et en France (ils ne voient plus l’extrême droite, qui pourtant n’a fait que se déguiser).

Ce que j’ai fait

Période de creux (l’avant-vacances, toujours déprimant, à cause du vide social qui menace) mais on s’accroche à l’atelier de François Bon (même si déjà en retard) et à ces chansons qui s’écrivent un vers par ci un mot par là mais qui petit à petit deviennent quelque chose. Et on gratte la guitare (trois chansons à mon répertoire, toutes massacrées).

Journal du 15 au 16 mars 2024

Ce que j’ai lu

Ouvrir de nouveaux livres, les commencer à peine, errer avec ce chevalier errant que tout le monde prend pour un fou, lectures d’intermède. J’ai terminé Kampuchéa, autre errance, le Mékong si semblable à l’Amazonie quand c’est Patrick Deville qui lui aussi joue les chevaliers errants (notre monde manque tant de Don Quichottes).

Ce que j’ai vu

L’œil au repos n’a rien vu, ou presque. L’œil a besoin parfois de ce repos. Des flashs : la colère, la misère, l’assassinat des paysans (les assassins courent toujours) ; et cette dystopie des 100 (la dystopie est à la mode, elle permet de relativiser la catastrophe réelle, beaucoup plus sournoise qu’une série Netflix).

Ce que j’ai entendu

Charles Jauquier : les larmes montent instantanément. C’est la musique du tréfond de mon ventre, celle de mon grand-père, celle d’ici (quand on s’arrête, on fait son nid comme un oiseau, on laisse fuir le temps et l’eau … mon peu de terre, mon peu de ciel, ici qui pousse mon soleil).

Ce que j’ai fait

Ça sent le printemps : à nouveau ça surgit. Quatre titres de chansons m’apparaissent, j’en commence une, Journal intime (peut-être : Elle écrit). Et la ferme intention d’affronter mes écritures de Fribourgs, de transformer le blog en livre(s). Et surtout : m’acharner sur ma clarinette, à une semaine à peine de l’audition, jouer, jouer, jouer. Et aussi : explorer ce que l’IA invente quand on la soumet à la poésie. Voici un vers de Charles Baudelaire : qui saura trouver lequel ?