Journal du 21 au 24 juillet 2024

Ce que j’ai lu

Allongé sur la terrasse, au soleil, en vacances, je lis le numéro d’été du magasine L’Histoire, La violence et la guerre. On peine à comprendre l’humanité quand tout va bien, qu’il fait beau et qu’on s’entend avec ses voisins, on lit avec sidération toutes les horreurs dont nous sommes capables, on dresse des listes macabres. Tout commence au paléolithique, puis César tue un million de Gaulois, puis il s’agit, à l’autre bout du monde, des Samouraïs qui coupent des têtes à tout va, puis de l’annihilation de Magdebourg pendant la guerre de Trente ans, puis des guerres coloniales, où tout est permis, puis de la brutalisation de la Première Guerre mondiale, puis des Einsatzgruppen qui tuent du juif comme du gibier à la chasse, puis des mères hutus qui tuent leurs propres enfants nés de père tutsi, puis … (la liste est à la fois arbitraire, incomplète et interminable). Et ça continue. Et on est là, sur sa chaise longue, et on fait comme si de rien n’était.

Ce que j’ai vu

La guerre, encore et toujours : Gaza devenu enfer. Et la fin de la série Les 100, avec ce problème insoluble : faut-il sauver l’humanité ou la détruire ? est-elle digne de transcender ? Est-elle capable de cesser de se battre ? Ne révélons pas le dénouement, mais l’humanité, pour s’autodétruire, est fortiche.

Ce que j’ai entendu

Dans Le cours de l’histoire, il est question d’esclavage, parce quand on ne s’entretue pas on se domine les uns les autres, voilà ce que nous sommes (cette chronique devient terriblement déprimante, ne l’alourdissons pas plus).

Ce que j’ai fait

Je n’ai tué ni mis en esclavage personne, c’est déjà pas mal. J’ai écrit un peu, j’ai chanté cette chanson blues délirante que je viens de commettre, j’ai assemblé pour la première fois mes textes de l’atelier. Bref, je n’ai certes pas fait grand-chose mais ça me rassure : on peut vivre heureux sans sombrer dans la violence.

Pierre Lemaitre & Christian de Metter : Au revoir là-haut

D’un roman foisonnant, faire une bande dessinée presque muette, voilà ce que parviennent à réaliser Pierre Lemaitre et Christiant de Metter dans Au revoir là-haut, bande dessinée publiée en 2015 aux éditions Rue de Sèvres d’après le roman éponyme publié en 2013 aux éditions Albin Michel.

Annette Becker : L’immontrable

Guerres, massacres, génocides : que montrer ? comment ? sous quelle forme ? Ce livre de l’historienne Annette Becker, L’immontrable, Guerres et violences extrêmes dans l’art et la littérature, publié en 2021 aux éditions Créaphis, explore la diversité des réactions artistiques et mémorielles à ces moments si violents et si horribles qu’ils en deviennent immontrables.

Louis-Ferdinand Céline : Guerre

Ils ont fait grand bruit, ces inédits de Céline, les maillons manquants de la chaîne, ceux qui peut-être résoudront l’équation : Céline, génie ou salaud ? (On connaît la réponse : Céline, génie et salaud). Le premier inédit à paraître, c’est Guerre, roman écrit probablement en 1934, soit après Voyage au bout de la nuit et en même temps que Mort à crédit. On y retrouve Ferdinand, blessé : “J’ai attrapé la guerre dans ma tête”.

Guerre de Louis-Ferdinand Céline a été publié en 2022 aux Éditions Gallimard. L’édition a été établie par Pascal Fouché avec un avant-propos de François Gibault.