Salman Rushdie : Le Couteau

On l’a poignardé parce qu’il avait écrit, mais Salman Rushdie a survécu et il raconte son expérience dans Le Couteau, Réflexions suite à une tentative d’assassinat, un livre écrit en 2024 et traduit de l’anglais par Gérard Meudal pour les éditions Gallimard. Ce livre nécessaire est plus tranchant qu’un couteau.

Journal du 29 septembre au 2 octobre 2024

Ce que j’ai lu

Des livres où l’on plante des couteaux ou des tournevis, des livres où l’on tire, où l’on tue et où cela ne va pas de soi. Salman Rushdie a survécu au couteau mais un homme est mort à cause d’un coup de tournevis, ce n’est, disent-ils qu’Un fait divers, autour duquel tourne François Bon, et voilà un autre meurtre, cette page si lue et relue qu’on en oublie la sidération, cet homme qui un tue un autre sur une plage, ce couteau de l’Arabe et les quatre coups de feu de Meursault. Il tue à cause du soleil, affirme-t-on, mais tuer un Arabe, en Algérie, ce n’est pas tuer n’importe qui, et le soleil a bon dos. Je lis aussi un livre sur l’empathie (on ne passe pas tous notre vie à tuer les autres et au chevet de Salman Rushdie il y a des gens du monde entier).

Ce que j’ai vu et entendu

Trop (et jamais assez) de propos politiques, se boucher le nez devant la fachosphère, le déni de démocratie, l’extrême-droite partout hurlante, la biodiversité piétinée, mais ne pas se boucher les oreilles. Le monde qui crie et qui geint, les femmes qu’on viole, les enfants assassinés. Je n’arrive pas à écouter vraiment. Je mets à distance. Je ne sais pas quoi faire.

Ce que j’ai fait

Je boutique dans mon coin, je fais mes petites affaires, tiens un carnet de bribes, chante sans voix, essaie de parler de poésie. On fait ce qu’on peut, dit-on, mais on peut peu.

Journal du 14 au 16 septembre 2024

Ce que j’ai lu

Lectures contre la violence du monde, Nadine Gordimer, Salman Rushdie, une femme en Afrique du Sud au temps où le pays se libère du racisme, un homme poignardé pour avoir écrit trente ans plus tôt un livre qui n’a pas plu à quelques barbus bornés, la vie intime dans Personne pour m’accompagner et dans Le Couteau qui se mêle aux horreurs et aux espoirs de l’histoire. Salman Rushdie a survécu. Son agresseur, il refuse d’en écrire le nom. Il a mieux à écrire et nous avons mieux à lire.

Ce que j’ai vu et entendu

Il souffle une bise à étentaculer un poulpe géant, mais celui qui jaillit de l’Abbatiale de Payerne tient le coup pour cette édition glaciale du Poulpe Festival qui commence dans les vapeurs de la cave de la reine Berthe avec l’histoire d’Abou Kassem et de ses vieilles babouches. La conteuse l’a sortie de son chapeau. Une harpe donne le ton. On se réchauffe en rêvant de tapis volants qui nous emmèneraient au pays des mille et une nuits, mais il faut, pour les spectacles suivants, affronter les bourrasques et les frimas. Une chanteuse orientale ne parvient pas à faire monter la température. Une autre chanteuse s’essaie à Summer time mais c’est peine perdue. Il nous reste les gens du cirque, jongleurs, acrobates, clowns et musiciens, pour nous réchauffer sinon le corps du moins le cœur.

Ce que j’ai fait

Force est de constater que la créativité n’est pas tous les jours à l’œuvre. Je tente d’écrire mais en vain. J’agite mes doigts sur la guitare, le piano, la clarinette mais pas moyen de me souvenir de l’heureux exercice. Je me couche et essaie de ne rien faire (j’y parviens sans peine) (artiste du vide, voilà ma vocation, ou paresseux, comme dans ce conte de Daudet dans la voix de Julos Beaucarne).