Journal du 29 septembre au 2 octobre 2024

Ce que j’ai lu

Des livres où l’on plante des couteaux ou des tournevis, des livres où l’on tire, où l’on tue et où cela ne va pas de soi. Salman Rushdie a survécu au couteau mais un homme est mort à cause d’un coup de tournevis, ce n’est, disent-ils qu’Un fait divers, autour duquel tourne François Bon, et voilà un autre meurtre, cette page si lue et relue qu’on en oublie la sidération, cet homme qui un tue un autre sur une plage, ce couteau de l’Arabe et les quatre coups de feu de Meursault. Il tue à cause du soleil, affirme-t-on, mais tuer un Arabe, en Algérie, ce n’est pas tuer n’importe qui, et le soleil a bon dos. Je lis aussi un livre sur l’empathie (on ne passe pas tous notre vie à tuer les autres et au chevet de Salman Rushdie il y a des gens du monde entier).

Ce que j’ai vu et entendu

Trop (et jamais assez) de propos politiques, se boucher le nez devant la fachosphère, le déni de démocratie, l’extrême-droite partout hurlante, la biodiversité piétinée, mais ne pas se boucher les oreilles. Le monde qui crie et qui geint, les femmes qu’on viole, les enfants assassinés. Je n’arrive pas à écouter vraiment. Je mets à distance. Je ne sais pas quoi faire.

Ce que j’ai fait

Je boutique dans mon coin, je fais mes petites affaires, tiens un carnet de bribes, chante sans voix, essaie de parler de poésie. On fait ce qu’on peut, dit-on, mais on peut peu.

Journal du 21 au 28 septembre 2024

Ce que j’ai lu

Les camarades du Tiers livre, où pourtant je suis bien discret en ce moment, dépassé par la vie qui va qui vient, le Journal d’un mot d’Emmanuelle Cordiolani, Parfois l’homme de Sébastien Bailly, Un fait divers de François Bon, trois livres bien différents mais où la langue travaille (dans tous les sens du verbe travailler, surtout dans le sens que leur langue, élégante, légère, rude ou grinçante, me travaille).

Ce que j’ai vu et entendu

On voit passer tant de mots. Ils s’incrustent peu. Sherlock est un génie, soit, mais Al Capone ? Les méchants fascinent. On peine à distinguer la fiction de la réalité (comme dans ce fait divers autour duquel François Bon tourne dans son livre-cinéma) (la réalité est fiction et la fiction est réalité) (ce piano qui joue sous la pluie est-il réel ?)

Ce que j’ai fait

Temps ordinaires où le travail accapare et l’où commence à tomber malade (sous la pluie, ce matin, j’ai cueilli des pommes) (on écrit sans s’en rendre compte, un peu, par ci par là, on joue quelques notes, on n’a pas la voix assez solide pour chanter).