Raconter non pas la vie d’un homme mais raconter la vie de Parfois l’homme, voilà ce que propose Sébastien Bailly, dans un beau livre publié en 2024 aux éditions Le Tripode.
Étiquette : Parfois l’homme
Journal du 21 au 28 septembre 2024
Ce que j’ai lu
Les camarades du Tiers livre, où pourtant je suis bien discret en ce moment, dépassé par la vie qui va qui vient, le Journal d’un mot d’Emmanuelle Cordiolani, Parfois l’homme de Sébastien Bailly, Un fait divers de François Bon, trois livres bien différents mais où la langue travaille (dans tous les sens du verbe travailler, surtout dans le sens que leur langue, élégante, légère, rude ou grinçante, me travaille).
Ce que j’ai vu et entendu
On voit passer tant de mots. Ils s’incrustent peu. Sherlock est un génie, soit, mais Al Capone ? Les méchants fascinent. On peine à distinguer la fiction de la réalité (comme dans ce fait divers autour duquel François Bon tourne dans son livre-cinéma) (la réalité est fiction et la fiction est réalité) (ce piano qui joue sous la pluie est-il réel ?)
Ce que j’ai fait
Temps ordinaires où le travail accapare et l’où commence à tomber malade (sous la pluie, ce matin, j’ai cueilli des pommes) (on écrit sans s’en rendre compte, un peu, par ci par là, on joue quelques notes, on n’a pas la voix assez solide pour chanter).
Journal du 17 au 20 septembre 2024
Ce que j’ai lu
Parfois l’homme, parfois la femme. Y a-t-il aujourd’hui une crise de la masculinité ? Francis Dupuis-Déri fait à ce sujet l’autopsie d’un mythe tenace en montrant qu’il y a toujours eu des discours de crise à propos de la masculinité et qu’une crise par définition n’est pas permanente. Quant à la masculinité, qu’est-ce donc que cela ? Des valeurs telles que l’héroïsme, la force, la violence, l’autoritarisme et l’accaparation du pouvoir sont remises en cause ? Certes, mais cela signifie-t-il pour autant que l’homme est menacé par des féminazies hystériques et que ce sont les femmes qui désormais dominent le monde ? On en est loin. Les hommes continuent de dominer et les valeurs à la con qu’on dit masculines continuent à faire des ravages, les boucheries héroïques (merci Voltaire pour cette parfaite définition de la guerre) continuent à faire rage et ce sont des hommes qui les ordonnent (tout en restant bien au chaud chez eux, les héros sont toujours les pigeons que les lâches qui gouvernent envoient se faire massacrer à leur place). Parfois l’homme, c’est aussi un beau livre de Sébastien Bailly, qui explore les multiples parcours que peut rencontrer un homme, ses nombreuses vies possibles, bien plus diverses que ne le laissent penser ceux qui ne voient dans l’homme qu’un brutal animal forcé à se défendre face au moindre empiétement sur ce qu’il croit être pour toujours son territoire réservé.
Ce que j’ai vu et entendu
Des hommes parfois se rebiffent quand d’autres hommes s’enfoncent dans la haine aveugle. J’écoute Didier Fassin à propos de Gaza et de ce qu’il appelle une étrange défaite, celle des Occidentaux qui font tout pour relativiser les crimes commis par l’Etat d’Israël, soutenu, affirment certains, de manière inconditionnelle, c’est-à-dire en fermant les yeux sur le nettoyage ethnique en cours (trouver les bons mots pour dire ce qu’il se passe est essentiel, nettoyage ethnique est peut-être faux, génocide je ne sais pas, Didier Fassin a parlé très vite de risque de génocide et s’est fait vilipender pour cela, traité d’antisémite, puisque l’arme rhétorique la plus puissante des complice du gouvernement israélien est l’accusation d’antisémitisme qu’on distribue à toutes celles et ceux qui n’apportent pas leur soutien inconditionnel à la politique de Netanyahou).
Ce que j’ai fait
Ouverture d’un nouveau livre : 1717 2024. Les photos de 17h17 que je poste chaque jour sur Instagram, je vais les rassembler dans un livre avec face à chacune d’elles un texte de même format que la photo. Il s’agira (je n’ai écrit que le 1er janvier) d’un parcours dans l’année 2024, d’un exercice de remémoration ou d’imagination renouvelé 365 fois. J’ai aussi imprimé les textes des quinze chansons écrites sans savoir à qui les transmettre pour qu’elles ne restent pas à l’état de rêve (je suis sur la scène avec un pianiste, un batteur, une clarinettiste et le public est surpris, ému, narquois ou impressionné ; dans le public il y a mes amis, c’est suffisant). J’ai aussi (on dirait que je retrouve ma créativité) enregistré une lecture commentée du premier chapitre de Derborence pour alimenter bientôt ce compte Patreon que je lance timidement et y accueillir mes premiers abonnés. L’exercice est grisant. On plonge dans un livre en apnée, on est dans le concret des mots qui créent un monde, ces deux hommes autour d’un feu de bois, la menace de l’écroulement, ce « on » qui les regarde, une miniature qui prend soudain des dimensions cosmiques.