Journal de lecture : 2026, semaine 36

Dans ce trente-sixième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:01 Jean-Luc Chaubert, L’assassinat de Guillaume l’Enfant et autres histoires broyardes

7:50 Violaine Bérot, Comme des bêtes

15:15 Claude Simon, Le tramway

21:07 Clément Viktorovitch, Le pouvoir rhétorique, Apprendre à convaincre et à décrypter les discours

26:46 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, comment contrer les arguments de l’adversaire ? Objection ad rem, je l’attaque à l’argument en lui-même ; objection ad hominem, c’est le fil argumentatif que j’attaque, l’incohérence entre les arguments exposés par l’adversaire ; objection ad personam, c’est à la personne de l’adversaire que je m’attaque (Trump fait cela sans cesse).

Sur le fauteuil jaune, fin du chapitre 2 du Pouvoir rhétorique : que faire quand on nous oppose des faits gênants ? Nier, proposer une autre interprétation des faits ou les relativiser.

Au lit, quelques histoires broyardes du temps des Lumières, où un narrateur qui dit « je » (c’est le premier du bouquin, je crois) promène madame de Charrière dans la Broye. Elle l’initie aux plaisirs de… la lecture. Quant à Ueli, son truc, ce serait la mécanique. Sa belle Sophie l’attend avec un bouquet à la gare de Corcelles (mais laquelle ? ce serait bête de se tromper). Et Napoléon ? Il émancipera les femmes (tu parles) qui pourront entrer à la Société de tireurs à la cible de Payerne (toujours pas…).

Sur le fauteuil jaune, en attendant l’apéro, Le pouvoir rhétorique, structurer sa pensée. Question : « D’après vous, ce combien d’arguments avez-vous besoin pour convaincre ? » Réponse classique : deux ou trois. Bonne réponse : ça dépend, mais un seul argument peu suffire, mais voilà, nous sommes formatés pour la dissertation (question de prof de français : comment former mes élèves à la dissertation sans les formater ?).

Sur la terrasse, un bout d’histoire broyarde, en 1800, Frédéric César de la Harpe est à Payerne. On doit l’arrêter. S’évadera-t-il ?

Au lit, j’apprends que bien sûr que oui, il s’évade, puis je lis des histoires de passages à Payerne loin des tumultes de l’Histoire.

Dans le train Cousset-Fribourg, Comme des bêtes. Portrait d’une femme et d’un homme-ours par des témoignages successifs. Sous le regard des fées de la grotte. Le mystère s’épaissit.

Dans le train Fribourg-Cousset, Comme des bêtes, toujours le regard des voisins sur Mariette et l’homme-ours. Celui-ci soigne les animaux comme personne. Il a un don. Il n’est pas que le gamin qui grognait au fond de la classe.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, les différents types de plan (l’énumératif, le narratif, l’absence de plan) et l’accroche ex abrupto, comment capter l’attention, éternelle question de l’orateur (du prof en particulier).

Au lit, toujours des histoires broyardes, celle de Léon le Bourbaki, soldat d’une armée en déroute venu mourir à Payerne, puis l’arrivée des chemins de fer et les danses de la bénichon que les tépelets (les conservateurs catholiques) veulent interdire comme YouTube a interdit le sein du Diable de Tolstoï sur ma dernière miniature. À Dompierre où l’on sait faire la fête, pas question de gâcher la fête. Que faire ?

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique : comment commencer et comment finir ? comment susciter l’intérêt de l’auditeur au début et applaudissements à la fin ? Peu importe ce qu’il se passe entre deux, dirait-on. Je rêve d’applaudir pour de vrai en corrigeant des dissertations.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, façonner son texte (chapitre 3) : il ne suffit pas de choisir les bons arguments, il faut choisir les bons mots, faire attention à l’implicite et aux connotations : le torero qui lâche le mot agonie à propos du taureau, quoi qu’il ait dit avant, a perdu le débat.

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique ; pour emporter la conviction de l’auditeur, chaque détail compte : les négations (« je ne suis pas un voleur » suggère que je pourrais bien en être un), les chiffres (précis ou parlants ?) ou encore les pronoms (je ou nous, ou pire, on ?).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, toujours les détails qui changent tout : le « il faut » qui déresponsabilise, le passif itou et l’incantatoire qui transforme par magie la réalité (l’appel du 18 juin) ; puis les sens et Verlaine, bien sûr, ne jamais oublier que la parole, poétique ou rhétorique, c’est « de la musique avant toute chose. »

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, éloge de la métaphore, ses effets de présence, de sens et d’absence : « Vous n’avez pas le monopole du cœur. » (On attend la métaphore qui pliera la prochaine élection).

Au lit, des histoires broyardes ou Sherlock Holmes ne parvient pas à résoudre une énygme et où l’on invente le jazz dans une cave du Vully (la véracité du fait reste à prouver).

Dans le train Cousset-Fribourg, Comme des bêtes, le portrait de l’homme-ours, au fil des témoignages, se complexifie : cet homme est un animal, mais c’est aussi un géant et un dieu : « Les bêtes, elles ont immédiatement confiance en lui. Même plus que ça. C’est comme s’il était une vache dans les vaches. Non, c’est même pas exactement ça. Plutôt comme s’il était le dieu des vaches, vous voyez. »

Dans le train Fribourg-Cousset, Comme des bêtes ; la mère s’énerve, enfermer son fils, c’est le torturer, puis les fées évoquent les femmes violées et leurs enfants qu’elles recueillent. La bestialité, ce n’est pas l’homme-ours, c’est le collègue violeur (raconte la pharmacienne).

Terminé sur la terrasse les histoires broyardes de Jean-Luc Chaubert par Juliette et le Spahi, quand l’amour surgit sous les traits d’un étranger, d’un prince des mille et une nuits qui transforme la vie d’une femme l’espace d’un été et d’une vie.

Commencé sur la terrasse les Pamphlets politiques de Paul-Louis Courier par une pétition aux deux Chambres de 1816, écrite alors même que les deux Chambres n’existaient plus. Pétition pour demander quoi ? Qu’on évite le deux poids deux mesures (déjà) et qu’on ne maltraite pas les gens du fait de leurs opinions politiques (on y revient gentiment).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, début du chapitre 5, « Mobiliser les émotions » : raison et émotion ne sont pas indépendantes. Il y a de l’émotion dans nos raisonnements et avoir recours à l’émotion des auditeurs permet de leur faire prendre conscience des problèmes, mais trop d’émotion tue la raison, ouvrant la porte à la manipulation.

Sur le fauteuil jaune, terminé Comme des bêtes, une fin brutale, tragique (les fées ont raison de se cacher dans la grotte et d’y cacher les enfants).

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment convaincre par les émotions ? Les faits sont proches, intenses, on peut les imaginer facilement et s’identifier à ceux qui les vivent, on peut imaginer que ça dépend de nous et ils nous rappellent des événements chargés d’émotion ; bingo, on est touché.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique des émotions : les montrer, les assigner, les invoquer (parce que les émotions sont contagieuses).

Dans le train Cousset-Fribourg, commencé Le tramway, le dernier roman de Claude Simon, où le souvenir d’un parcours en tramway durant l’enfance réveille mille souvenirs qui allongent les phrases à l’infini (moins que dans d’autres livres de Claude Simon, me semble-t-il néanmoins).

Dans le train Fribourg-Cousset, Le tramway où les transports se multiplient, au tramway de l’enfance se superposant le lit roulant ou cette ambulance ou ce mot TRANSIT lu par le malade. L’enfance renaît et les détails reconstruisent un monde disparu qui amplifie la phrase, que je suis obligé d’interrompre en plein milieu parce que mon voyage à moi se termine à cette gare, pas à la prochaine.

Laisser un commentaire