Notes d’écoute : a priori négatifs

Clément Viktorovitch, François Bayrou, déjà la cata ?

François Bayrou : on s’en fout de qui il est, à juger sur ses décisions.

Elu local qui fait son déplacement en jet : maire de Pau alors que son devoir l’appelle à Mayotte (l’art de passer à côté de la réalité, art des politiques). Bidonvilles à Mayotte (pas à Pau). Com politique : pas le fort des politiques.

Qui prendra les décisions ? Bayrou (mais c’est Macron qui fait le déplacement, il n’a que ça à faire)

Bayrou : un dinosaure (déjà à côté de la plaque il y a vingt ans).

Émotions nécessaires pour prendre conscience de ce qui se passe loin de nous : une photo a suffi pour qu’on arrête de s’en ficher (pendant 6 mois).

Pas se rendre à Mayotte = autres décisions s’il s’y était rendu ; pas qu’une question de symbole, question de décision : faute politique profonde de ne pas y être allé (être informé = être allé voir)

Bayrou, en Suisse, serait comme un poisson dans l’eau. Il ne risquerait pas la censure et personne ne voyage en jet à travers la Suisse. Quand Alain Berset prend l’avion, il le pilote lui-même, et plus on est au centre, plus on est mou, plus on cherche le compromis, plus on devient papable pour le Conseil fédéral, même si personne, au Centre, ne semble plus avoir envie de gouverner. Quant à aller voir sur place pour se rendre compte des dégâts et prendre ainsi de meilleures décisions, il semble que même Trump en soit capable. Le problème, c’est que Mayotte, ce n’est pas Los Angeles, où ce ne sont pas des bidonvilles qui ont pris feu. Il est toujours plus facile de sauver les riches que les pauvres (en Suisse comme en France comme en Californie).

Françoise Sagan s’entretient avec André Halimi 1/5

Elle ne se promène pas dans le jardin, sauf pour aller voir un match de pétanque.

Dans les pièces (Duras, Pinget), il y a des dialogues de vieux. En vrai, les conversations sans génie ; ils parlent de leurs chaussures.

L’hiver, c’est beaucoup moins gai (étrange conversation).

Les gens viennent là parce qu’ils aiment ce banc parce qu’il n’est pas payant.

Françoise Sagan a écrit 8 romans ou 9 ; ils ne sont pas d’accord. D’autres ? Elle espère (en vrai, combien ? 21, selon Wikipédia) (l’entretien date de 1973, environ, peut-être) (j’ai lu 2 romans de Sagan, le premier et le dixième, celui qu’elle écrivait à ce moment-là).

On lui pose toujours les mêmes questions. Elle pourrait enregistrer les réponses sur des mini-cassettes (on disait comme ça en 1973, environ, peut-être).

Ils parlent des questions que les autres posent. Elle pose des questions au journalisme. Des bleus à l’âme, sincérité (on en a marre, de la sincérité), pas de grosses voitures, de whisky, simplement le fait qu’elle parle directement de ce qu’elle pense. Critique étonnée ? « Un truc un peu sadique de ma part. » Un jet, son écriture, pas très travailleuse.

Elle plaint les critiques qui passent à côté des bons livres et aiment les mauvais. Ils ont des a priori négatifs.

Moi aussi, j’ai un a priori négatif sur Françoise Sagan. Pourquoi ? Ce que j’ai lu d’elle ne m’a pas déplu mais il me semble que cela reste planté dans une époque, la sienne, les trente qu’on prétend glorieuses, et que certes on y perçoit l’époque, on la touche du doigt, mais peut-être justement est-ce une époque qui aujourd’hui nous gène aux entournures. Sagan, c’est (en apparence) l’écrivain qui réussit, la femme qui s’émancipe sans penser à émanciper les autres, la femme qui parle saccadé sous l’effet d’on devine quelle substance et le personnage public vient saturer ses livres d’attentes vagues qui sont déçues par une réalité loin du mythe (même si le mythe Sagan, on peine à le formuler), mais peut-être que je passe moi aussi à côté des bons livres.

Journal du 8 au 13 octobre 2024

Ce que j’ai lu

La langue fascinante (au sens propre, on lit halluciné, souvent poussé à la rêverie) du Veilleur du jour de Jacques Abeille : ce matin, les lettres se mélangeaient devant mes yeux quand se fondait une ville au sortir de mon sommeil, ville au cœur de laquelle un homme veille, une étudiante écoute, une foule passe sans savoir les mystères cachés derrière ces murs que les mots érigent. Je suis de cette foule.

Ce que j’ai vu et entendu

Tout toujours est politique, haute et basse politique, plus souvent basse que haute, et la politique est une affaire de mots. Passent Machiavel et des politiciens machiavéliques (House of cards, la politique n’est qu’affaire de pouvoir qu’on cherche à obtenir puis à garder par tous les moyens, le machiavélien frôlant sans cesse le machiavélique) (et les macronistes qui de leur côté s’accrochent, quitte à dire n’importe quoi, pour le plaisir des maîtres en rhétorique humoristique, qui, dans un exercice jouissif mais vain, ont beau jeu de démonter une par une les inepties proférées contre la réalité) (et Trump pendant ce temps parle et il est encore des gens, beaucoup de gens, pour l’écouter) (et les autres, les Poutine et compagnie, tuent pour rester) (Machiavel a de beaux jours devant lui).

Ce que j’ai fait

Commencement de vacances : on aimerait faire beaucoup de choses, mais demain. Aujourd’hui, c’est dimanche, on a le temps (et lundi on repoussera à mardi). L’objectif : ne pas tout garder dans mon coin, trouver des gens avec qui aller plus loin, des musiciens pour mes chansons, et relancer des éditeurs pour Grange, puisque cela fait une année de silence et que je n’ai pas tout tenté.

journal du 26 juin au 1er juillet 2024

Patatraque, patraque, ralenti, effrayé (le monde autour), mais malgré tout lire, voir, écouter, faire. On s’accroche.

Ce que j’ai lu

Un monde sans travail ? Bouquin d’économie d’un certain Daniel Susskind, à propos de l’impact de l’IA sur le monde du travail. Fin du travail ? Peut-être. De plus en plus de tâches, écrit-il, n’auront – n’ont déjà – plus besoin d’humains pour être effectuées, les machines devenant beaucoup plus performantes que nous. Je lis avec intérêt puis tombe sur cette phrase : « […] l’empiètement sur les tâches se révèle aussi sûr que n’importe quel phénomène historique. À moins d’une catastrophe – guerre nucléaire, peut-être, ou effondrement écologique général –, il est certain qu’il se poursuivra. » Il n’est jamais question, dans ce livre, d’écologie. Or l’effondrement écologique général, présenté ici comme une hypothèse, est en cours, ce qui rend sans doute obsolète la démonstration de Daniel Susskind. Quant à la guerre nucléaire, les gens qui arrivent ou qui sont au pouvoir n’incitent pas à la confiance. Quand on parle d’IA et de robotisation, on ne dit jamais combien d’énergie ça nécessite et quels en sont les effets sur le climat. Or, la question fondamentale de notre temps est bien celle de l’effondrement écologique général, qui rend toutes les autres questions secondaires (même si visiblement tout le monde s’en fiche, du climat).

Ce que j’ai vu

Fascination morbide pour l’effondrement des voisins (en Suisse, on a toujours l’impression, fausse, d’être à l’abri des remous du monde). La réalité n’a plus aucun impact sur ce que pensent et ce que votent les gens, la rhétorique non plus. Voilà ce que montre Clément Viktorovitch en observant l’un des débats des élections françaises. Le candidat de gauche développe son point de vue de manière rationnelle et argumentée à propos de l’immigration (on peut ne pas être d’accord mais de fait il y a des arguments qui sont énoncés). Que lui répond le candidat d’extrême droite ? « Jean Moulin est de retour » puis « ben voyons ». C’est tout ? C’est tout. Il se moque d’une figure majeure de la Résistance, prouvant ainsi sa totale ignorance (ou manipulation) de l’Histoire, puis il pique à Zemmour ses tics, mais aucun argument n’est donné. Bref, d’un point de vue rhétorique, il se vautre complètement, prouvant son incompétence, sa bêtise et son mépris. Pourtant, cette attitude pitoyable n’entame en rien son succès, le réveil de la bête étant d’ordre pulsionnel, instinctif, en-deçà du langage. Que faire face à un tel effondrement des valeurs fondamentales ? Résister, tant qu’on peut (mais déjà certains louvoient).

Ce que j’ai entendu

Peut-on encore entendre quelque chose dans une telle cacophonie ? J’écoute des podcasts d’une oreille, n’en retiens rien. Il y est question d’histoire, d’éducation, d’ouverture au monde, mais à quoi bon ? Justement : résister.

Ce que j’ai fait

La voix part en vrille, alors je chante Renaud, sans savoir qu’on m’écoute. On m’applaudit depuis le trampoline. Sinon, malade, je transpire et je dors. Écrire ? J’essaie de ne pas décrocher du train des 40 jours d’écriture mais prends du retard. On relancera la machine quand on aura retrouvé un peu d’énergie.