Journal de lecture : 2026, semaine 35

Dans ce trente-cinquième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:22 Wajdi Mouawad, Anima

10:20 Violaine Bérot, Comme des bêtes

15:13 Bryan Talbot, Grandville Mon Amour

18:55 Jean-Luc Istin, Duarte et Saito, Elfes, 1. Le Crystal des Elfes bleus

24:02 Léon Tolstoï, Le Diable

29:53 Jean-Luc Chaubert, L’assassinat de Guillaume l’Enfant et autres histoires broyardes

34:34 Nathalie Sarraute, “disent les imbéciles”

38:29 Clément Viktorovitch, Le pouvoir rhétorique, Apprendre à convaincre et à décrypter les discours

Sur le fauteuil jaune, « disent les imbéciles » (c’est peut-être une imbécilité que de le mentionner à chaque fois, ce fauteuil jaune), toujours le surgissement des mots et leur ressassement, « debout les mots » (ou les Maures), « un monstre d’orgueil » et cette idée dont on ne sait que faire ; les mots nous torturent, ils sont toujours compris de travers (drame de la vie avec d’autres êtres de parole) (c’est peut-être pour cela que certains parlent aux animaux).

Concerto pour piano de Grieg, sur le fauteuil jaune, Anima : les chevaux libérés sèment la panique et la mort sur l’aire d’autoroute. Vu du ciel par pandion haliaetus carolensis, on dirait « une éclosion de fleurs éparses, nées comme par magie sous l’effet des ruades. »

Toujours « disent les imbéciles » sur la terrasse. Les mots qu’ils disent ? Des imbécilités : « Tous tels qu’ils sont. Tels que Dieu les a faits. Que voulez-vous, il est ce qu’il est, vous ne changerez pas. Je le connais. Si vous le connaissiez comme moi. » Tout est en place puis Sarraute fait tout s’écrouler. Une phrase est dite (par qui ? pour qui ?), « c’est vous que ça juge » et les pages qui suivent cherchent tout ce qu’une telle phrase dit et ne dit pas. Aucune parole n’est simple (et cette phrase-là aussi, il faudrait la décortiquer).

Une page de Sarraute sur le fauteuil jaune avant le souper. Soudain, c’est violent, brutal : « Je tourne autour de lui, je bondis, je mords, j’arrache des lambeaux, une odeur écœurante s’en dégage, un liquide poisseux dégouline sur moi… » (les mots débordent).

Anima, dans le fauteuil jaune, la rencontre avec l’assassin aura lieu bientôt, peut-être, mais le chat ne le sait pas.

Anima, sur le fauteuil jaune avec Bach et Couperin, jeu du chat et de la souris. Pendant que le chat se repaît, l’assassin s’approche. Son corps tatoué d’animaux impose sa loi, pire que la loi de la jungle.

Grandville Mon Amour, au lit, thriller animalier en République anglaise (oui, oui, les rois, c’est fini) puis dans une France qui renoue avec la Révolution. Le chien premier ministre anglais ressemble à Churchill, mais un tueur en série s’est échappé… La frontière entre les humains et les animaux s’estompe (pas vu d’humains dans ce deuxième volume).

Anima, sur le fauteuil jaune (je m’y filme), deux hommes s’entretuent au fond des bois devant les animaux terrorisés.

Anima, train Cousset-Fribourg, fini la deuxième partie, chant des lucioles : « Nous n’abandonnerons pas. Nous luirons. » Commencé la troisième partie, Canis lupus lupus, changement de dispositif, ce sont désormais les lieux qui donnent leur titre aux chapitres. Un chien-loup suit l’homme. Il découvre la ville. Pourquoi suivre cet homme ? « Mon museau a frôlé ses lèvres, j’ai humé l’odeur des animaux morts et, dans l’arc opaque de ses yeux, j’ai aperçu mon reflet. Il a incliné la tête. J’ai appuyé mon front contre son front et j’ai lié ma vie à la sienne. » (parce ce que c’était lui, parce que c’était moi) (amitié).

« disent les imbéciles » sur le fauteuil jaune, toujours les mots qui se cherchent, cet homme n’est pas un imbécile, « c’est quelqu’un », ce n’est pas n’importe qui, ce n’est pas rien que quelqu’un.

Fauteuil jaune, Händel, orage, Anima : errance de l’homme et du chien, ils prennent des trains et à chaque arrêt de la violence (des hommes). Le chien sait fidèlement l’homme qui fuit mais qui retrouve une photo de Chatila, le massacre originel.

Au lit, Grandville Mon Amour, une histoire rocambolesque et sanglante d’animaux à corps d’hommes, Le Brock, le héros, lit Voltaire tout en se musclant le biceps et la République socialiste d’Angleterre a d’étranges chefs. Des humains ? Deux bandits au détour d’une case, Gastro (Lagaffe) et Luce (Lucky).

Lu dans le train Cousset-Fribourg un chapitre terrible d’Anima, un combat de chiens raconté par celui qu’on décrit comme un monstre (alors que les monstres, ce sont les humains).

Anima, train Fribourg-Cousset, le chien-loup adopte un nouvel animal humain, blessé, une jeune fille, Winona : « Insecte, oiseau, chien et humain, ont par moments plus à voir l’un avec l’autre que chacun avec ses propres semblables. Wahhch et Winona étaient mes semblables. » Le lieu : Protection, Kansas.

Sur la terrasse, terminé « disent les imbéciles ». De quoi parle ce livre ? Il se pose sans cesse la question. Qui parle ? Il se la pose aussi. Qui parle à qui ? Quelle est l’idée ? Est-il intelligent ? Est-ce une imbécilité ? Les questions restent ouvertes quand le livre se referme…

Anima, sur la terrasse. Wahhch est en quête de son passé (on en a presque oublié que c’est le loup qui parle), il se remémore Chatila et déjà les chevaux (qu’il vengera en ouvrant la bétaillère) qui meurent avec les humains, sa famille, dans le purin.

Sur le fauteuil jaune, deux brefs chapitres d’Anima ; ils passent par Hebron, New Mexico (après Genesse, Ulysses, Virgil (l’enfer), Bloody Valley, Carthage, Oran, Cairo, Lebanon et j’en passe, le voyage est initiatique, presque mythique).

Au lit, commencé L’assassinat de Guillaume l’Enfant et l’Enfant et autres histoires broyardes de Jean-Luc Chaubert, de brefs récits qui font revivre des héros d’ici dans des lieux familiers. Luna et Ourso à Gletterens au village des pseudo-lacustres, et à Avenches des militants gauchistes qui voudraient, étrange idée, interdire les combats de gladiateurs. Et aussi Alibas le Sarrasin qu’il faudra aller affronter tout près, au Creux-de-la-Chettaz.

Sur le fauteuil jaune, un chapitre d’Anima, une cérémonie religieuse interdit au chien et des enfants qui s’amusent : « … il y a la meute et ceux qui, à jamais, se tiennent à l’extérieur de la meute. » (Ce livre raconte ceux de l’extérieur.)

Sur le fauteuil jaune, sur fond de chanson corse, Anima se rapproche de son dénouement. Ce nom étrange, Wahhch Debch, on saura bientôt ce qu’il porte : Wahhch Debch, Le Monstre Brutal, Maroun, le père (encore une fois la sauvagerie humaine).

Anima, fauteuil jaune, musique groove et des horreurs humaines de plus en plus extrêmes. L’horreur de Sabra et Chatila et cette phrase hélas d’actualité : « Les Palestiniens étaient comme des instruments de musique entre nos mains et chacun essayait de faire sortir une note de douleur qu’on n’avait encore jamais entendue. » La description qui suit est insupportable.

Terminé Anima dans le fauteuil jaune. Un livre puissant, violent, bestial, où l’homme et l’animal s’entremêlent dans la sauvagerie. Les charognards dévorent un corps humain qui n’a rien d’humain. Un chien-loup erre au nord. L’homme qui l’accompagne est-il encore homme ?

Au lit, L’Assassinat de Guillaume l’Enfant, thriller médiéval sur fond de querelles politiques, le tout juste à côté d’ici. Le moine Tibauld veut découvrir la vérité, mais à Rome, l’Église se fiche de la vérité. On a trouvé aux Arbognes des types à pendre. Affaire classée.

Dans le train Cousset-Fribourg (aller-retour), commencé Le Diable de Léon Tolstoï, un petit bouquin avec un gros sein en couverture. C’est évidemment sous ce sein que se cache le diable. Histoire banale : un homme à femmes se marie, mais ce n’est pas à son épouse que ce sein si attirant appartient.

Au bord de la piscine, Le Diable. Eugène est marié. Son épouse est une maîtresse de maison épatante. Elle attend un enfant. Mais voilà que Stépania revient. Elle travaille chez Eugène. Il la voit. En pensée, tout est déjà fichu.

Lu sur la terrasse, Le Crystal des Elfes bleus, premier album d’Elfes, de l’heroic fantasy dans la plus pure tradition, avec Orks et talismans, magie de l’eau, massacres et traitrises.

Au lit, une histoire broyarde bien connue, la Vierge qui revient toute seule à Tours, un miracle, ma racontait-on jadis. C’était sans compter sur une certaine Adeline… Une deuxième histoire, celle du siège de Payerne en 1283, récit historique assez classique avec une vague romance.

Dans le train Cousset-Fribourg, Le Diable. Petit à petit, cela s’insinue en lui. Plus il veut qu’elle s’éloigne, plus il pense à elle et plus ça se voit. Mécanique implacable.

Terminé, dans le train Fribourg-Cousset, Le Diable de Tolstoï. Eugène s’enferme dans la culpabilité et dans le désir interdit : « Il savait que seule la honte vis-à-vis d’elle et de lui-même le retenait. Et il savait qu’il recherchait les circonstances dans lesquelles cette honte passerait inaperçue : l’obscurité, ou bien un attouchement qui submergerait la honte sous la pression bestiale. » La fin, brutale, sonne dur (et rejoint un drame bien réel qui rôde dans mon esprit en ce moment).

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique. Clément Viktorovitch (Clémovitch pour ses followers, dont je suis) distingue la rhétorique, art de convaincre, de la stylistique (les fameuses figures de style que je m’apprête à infliger à mes élèves), de l’éloquence, de la négociation et de la manipulation. La rhétorique est un outil utile dans toutes ces situations mais ne se résume pas à celles-ci.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, fin du chapitre 1, qui définit les termes, notamment les dynamiques (monologique, délibérative, compétitive et conflictuelle) et début du chapitre 2 « Choisir les arguments », qui peuvent être rigoureux ou efficaces pour être bons.

Au lit, quelques histoires broyardes, Theobald de Montagny tue un moine (que j’avais transformé en chien) et Estavayer est en feu. Ces drames ont eu lieu. Ici. Tout près. Les gens qui les vécurent sont des gens ordinaires, paysans, joueurs de flûte, religieuses amoureuses.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, toujours le chapitre 2, « Choisir les arguments », deux types d’arguments à éviter : le bon sens (très efficace mais rarement rigoureux, qui ici l’auditeur à ne pas trop réfléchir et endort son esprit critique) et l’argument par l’exemple, s’il ne constitue pas l’illustration d’une généralité.

Commencé à la piscine Comme des bêtes de Violaine Bérot (roman acheté, je crois, en même temps qu’Anima, sur les conseils de la même libraire) ; les fées font de la poésie puis il est question d’un homme sauvage, un ours, et d’une petite fille. Se peut-il que celui qui ne savait parler que par grognements soit le père de cette enfant ?

Notes d’écoute : a priori négatifs

Clément Viktorovitch, François Bayrou, déjà la cata ?

François Bayrou : on s’en fout de qui il est, à juger sur ses décisions.

Elu local qui fait son déplacement en jet : maire de Pau alors que son devoir l’appelle à Mayotte (l’art de passer à côté de la réalité, art des politiques). Bidonvilles à Mayotte (pas à Pau). Com politique : pas le fort des politiques.

Qui prendra les décisions ? Bayrou (mais c’est Macron qui fait le déplacement, il n’a que ça à faire)

Bayrou : un dinosaure (déjà à côté de la plaque il y a vingt ans).

Émotions nécessaires pour prendre conscience de ce qui se passe loin de nous : une photo a suffi pour qu’on arrête de s’en ficher (pendant 6 mois).

Pas se rendre à Mayotte = autres décisions s’il s’y était rendu ; pas qu’une question de symbole, question de décision : faute politique profonde de ne pas y être allé (être informé = être allé voir)

Bayrou, en Suisse, serait comme un poisson dans l’eau. Il ne risquerait pas la censure et personne ne voyage en jet à travers la Suisse. Quand Alain Berset prend l’avion, il le pilote lui-même, et plus on est au centre, plus on est mou, plus on cherche le compromis, plus on devient papable pour le Conseil fédéral, même si personne, au Centre, ne semble plus avoir envie de gouverner. Quant à aller voir sur place pour se rendre compte des dégâts et prendre ainsi de meilleures décisions, il semble que même Trump en soit capable. Le problème, c’est que Mayotte, ce n’est pas Los Angeles, où ce ne sont pas des bidonvilles qui ont pris feu. Il est toujours plus facile de sauver les riches que les pauvres (en Suisse comme en France comme en Californie).

Françoise Sagan s’entretient avec André Halimi 1/5

Elle ne se promène pas dans le jardin, sauf pour aller voir un match de pétanque.

Dans les pièces (Duras, Pinget), il y a des dialogues de vieux. En vrai, les conversations sans génie ; ils parlent de leurs chaussures.

L’hiver, c’est beaucoup moins gai (étrange conversation).

Les gens viennent là parce qu’ils aiment ce banc parce qu’il n’est pas payant.

Françoise Sagan a écrit 8 romans ou 9 ; ils ne sont pas d’accord. D’autres ? Elle espère (en vrai, combien ? 21, selon Wikipédia) (l’entretien date de 1973, environ, peut-être) (j’ai lu 2 romans de Sagan, le premier et le dixième, celui qu’elle écrivait à ce moment-là).

On lui pose toujours les mêmes questions. Elle pourrait enregistrer les réponses sur des mini-cassettes (on disait comme ça en 1973, environ, peut-être).

Ils parlent des questions que les autres posent. Elle pose des questions au journalisme. Des bleus à l’âme, sincérité (on en a marre, de la sincérité), pas de grosses voitures, de whisky, simplement le fait qu’elle parle directement de ce qu’elle pense. Critique étonnée ? « Un truc un peu sadique de ma part. » Un jet, son écriture, pas très travailleuse.

Elle plaint les critiques qui passent à côté des bons livres et aiment les mauvais. Ils ont des a priori négatifs.

Moi aussi, j’ai un a priori négatif sur Françoise Sagan. Pourquoi ? Ce que j’ai lu d’elle ne m’a pas déplu mais il me semble que cela reste planté dans une époque, la sienne, les trente qu’on prétend glorieuses, et que certes on y perçoit l’époque, on la touche du doigt, mais peut-être justement est-ce une époque qui aujourd’hui nous gène aux entournures. Sagan, c’est (en apparence) l’écrivain qui réussit, la femme qui s’émancipe sans penser à émanciper les autres, la femme qui parle saccadé sous l’effet d’on devine quelle substance et le personnage public vient saturer ses livres d’attentes vagues qui sont déçues par une réalité loin du mythe (même si le mythe Sagan, on peine à le formuler), mais peut-être que je passe moi aussi à côté des bons livres.

Journal du 8 au 13 octobre 2024

Ce que j’ai lu

La langue fascinante (au sens propre, on lit halluciné, souvent poussé à la rêverie) du Veilleur du jour de Jacques Abeille : ce matin, les lettres se mélangeaient devant mes yeux quand se fondait une ville au sortir de mon sommeil, ville au cœur de laquelle un homme veille, une étudiante écoute, une foule passe sans savoir les mystères cachés derrière ces murs que les mots érigent. Je suis de cette foule.

Ce que j’ai vu et entendu

Tout toujours est politique, haute et basse politique, plus souvent basse que haute, et la politique est une affaire de mots. Passent Machiavel et des politiciens machiavéliques (House of cards, la politique n’est qu’affaire de pouvoir qu’on cherche à obtenir puis à garder par tous les moyens, le machiavélien frôlant sans cesse le machiavélique) (et les macronistes qui de leur côté s’accrochent, quitte à dire n’importe quoi, pour le plaisir des maîtres en rhétorique humoristique, qui, dans un exercice jouissif mais vain, ont beau jeu de démonter une par une les inepties proférées contre la réalité) (et Trump pendant ce temps parle et il est encore des gens, beaucoup de gens, pour l’écouter) (et les autres, les Poutine et compagnie, tuent pour rester) (Machiavel a de beaux jours devant lui).

Ce que j’ai fait

Commencement de vacances : on aimerait faire beaucoup de choses, mais demain. Aujourd’hui, c’est dimanche, on a le temps (et lundi on repoussera à mardi). L’objectif : ne pas tout garder dans mon coin, trouver des gens avec qui aller plus loin, des musiciens pour mes chansons, et relancer des éditeurs pour Grange, puisque cela fait une année de silence et que je n’ai pas tout tenté.

journal du 26 juin au 1er juillet 2024

Patatraque, patraque, ralenti, effrayé (le monde autour), mais malgré tout lire, voir, écouter, faire. On s’accroche.

Ce que j’ai lu

Un monde sans travail ? Bouquin d’économie d’un certain Daniel Susskind, à propos de l’impact de l’IA sur le monde du travail. Fin du travail ? Peut-être. De plus en plus de tâches, écrit-il, n’auront – n’ont déjà – plus besoin d’humains pour être effectuées, les machines devenant beaucoup plus performantes que nous. Je lis avec intérêt puis tombe sur cette phrase : « […] l’empiètement sur les tâches se révèle aussi sûr que n’importe quel phénomène historique. À moins d’une catastrophe – guerre nucléaire, peut-être, ou effondrement écologique général –, il est certain qu’il se poursuivra. » Il n’est jamais question, dans ce livre, d’écologie. Or l’effondrement écologique général, présenté ici comme une hypothèse, est en cours, ce qui rend sans doute obsolète la démonstration de Daniel Susskind. Quant à la guerre nucléaire, les gens qui arrivent ou qui sont au pouvoir n’incitent pas à la confiance. Quand on parle d’IA et de robotisation, on ne dit jamais combien d’énergie ça nécessite et quels en sont les effets sur le climat. Or, la question fondamentale de notre temps est bien celle de l’effondrement écologique général, qui rend toutes les autres questions secondaires (même si visiblement tout le monde s’en fiche, du climat).

Ce que j’ai vu

Fascination morbide pour l’effondrement des voisins (en Suisse, on a toujours l’impression, fausse, d’être à l’abri des remous du monde). La réalité n’a plus aucun impact sur ce que pensent et ce que votent les gens, la rhétorique non plus. Voilà ce que montre Clément Viktorovitch en observant l’un des débats des élections françaises. Le candidat de gauche développe son point de vue de manière rationnelle et argumentée à propos de l’immigration (on peut ne pas être d’accord mais de fait il y a des arguments qui sont énoncés). Que lui répond le candidat d’extrême droite ? « Jean Moulin est de retour » puis « ben voyons ». C’est tout ? C’est tout. Il se moque d’une figure majeure de la Résistance, prouvant ainsi sa totale ignorance (ou manipulation) de l’Histoire, puis il pique à Zemmour ses tics, mais aucun argument n’est donné. Bref, d’un point de vue rhétorique, il se vautre complètement, prouvant son incompétence, sa bêtise et son mépris. Pourtant, cette attitude pitoyable n’entame en rien son succès, le réveil de la bête étant d’ordre pulsionnel, instinctif, en-deçà du langage. Que faire face à un tel effondrement des valeurs fondamentales ? Résister, tant qu’on peut (mais déjà certains louvoient).

Ce que j’ai entendu

Peut-on encore entendre quelque chose dans une telle cacophonie ? J’écoute des podcasts d’une oreille, n’en retiens rien. Il y est question d’histoire, d’éducation, d’ouverture au monde, mais à quoi bon ? Justement : résister.

Ce que j’ai fait

La voix part en vrille, alors je chante Renaud, sans savoir qu’on m’écoute. On m’applaudit depuis le trampoline. Sinon, malade, je transpire et je dors. Écrire ? J’essaie de ne pas décrocher du train des 40 jours d’écriture mais prends du retard. On relancera la machine quand on aura retrouvé un peu d’énergie.