Journal de lecture : 2026, semaine 37

Dans ce trente-septième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

0:52 Clément Viktorovitch, Le pouvoir rhétorique, Apprendre à convaincre et à décrypter les discours

6:29 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

10:29 Jean-Claude Carrière, La paix

15:11 Jarry, Maconi & Saito, Elfes, 2. L’Honneur des Elfes sylvains

19:40 Claude Simon, Le tramway

25:40 Alexandre Correa, En pierre

32:18 Alix Cléo Roubaud, Journal (1979-1983)

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, toujours la question des émotions : comment les susciter ? Par la matérialisation (on montre), la description, l’amplification ou la métaphorisation. Rendre concret, voilà le cœur de la rhétorique émotionnelle (ou émotionnante).

Au lit des lettres de Courier au Censeur (1819), où il est notamment question des paysans : « On tient assez généralement que les paysans sont des hommes. De là à les traites comme tels, il y a loin encore. » (Deux siècles plus tard, peu d’évolution).

Dans le train Cousset-Fribourg, Le tramway. L’impression proustienne des premières pages se confirme : « je plaquais cette image sur celle du saut à pieds joints d’Andrée, la jeune compagne d’Albertine, par-dessus le « pauv’ vieux » assis sur la promenade de Balbec. »

Dans le train Fribourg-Cousset, Le tramway (lu distraitement, je me perds dans les détails) (c’est un plaisir que de se perdre dans Claude Simon).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, susciter des émotions pour pousser à l’action mais quelles émotions pour quelles actions ? La peur pour proposer une solution ; l’espoir pour croire en sa réalisation ; l’indignation pour inciter à la mobilisation.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, début du chapitre 6, « Travailler son image » où il est question de l’apparence et de l’effet de halo : plus un orateur est grand, plus il paraît beau, plus il a la voix grave et mieux il est habillé, plus nous aurons tendance à le croire (c’est inconscient, la force du patriarcat).

Au lit, Le tramway, où au détour d’une publicité pour la Suze meurt la mère, puis des tantes en noir envahissent la phrase, et la bonne qui tue les chatons en les jetant contre le mur (on faisait ça chez nous aussi) et un ancêtre général d’Empire mort à la Berezina et aussi un vendeur de piquette habitant une imitation de château de la Loire.

Dans le train Cousset-Morges, terminé Le tramway, où l’enfance en fragments reliés se précipite au chevet d’un homme à l’hôpital (images difficiles à interpréter, visages, lieux, impressions, on s’y noie avec joie).

Dans le train, entre Puidoux et Payerne, commencé En pierre d’Alexandre Correa, acheté et dédicacé par l’auteur aux livres sur les quais. Tout commence en poésie puis un homme marche seul dans le désert d’après l’apocalypse (celui qui arrive, de notre fait). Il croise d’autres solitaires, se réunissent, cherchent un abri, une tour (de Barbel).

Au lit, Le pouvoir rhétorique, la question de l’éthos, de l’image qu’on donne au préalable puis pendant qu’on parle. Il faut paraître sincère, compétant et séduisant si l’on veut convaincre. Il faut aussi de la congruence (quel affreux mot) (être constant aussi).

Sur la terrasse, quelques Pamphlets de Courier, où il est question des bandes noires qui rachètent des terres, les morcellent et les vendent aux paysans (le pouvoir trouve cela destructeur, Courier constate le contraire) (on sent que l’esprit de la Révolution, en 1819, n’est pas tout à fait mort).

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment travailler son éthos, avoir l’air sincère (comme Donald Trump), compétent (pas comme Donald Trump) en saupoudrant son discours de marques de compétence sans en abuser, et séduisant (on s’éloigne de plus en plus de Trump, heureusement).

À la piscine, En pierre, cette marche dans le désert dans un monde d’après, quelque part entre Mad Max et La Horde du Contre-Vent, mais sans violence et sans vent, se dirige vers ce qui lui donne sens, la tour : « La tour est là ; devant eux. Elle existe bel et bien, et les récits, qui n’existaient que dans les têtes, s’incarnent devant leurs yeux, et c’est bien la première fois que cela se produit pour les membres du groupe, qui, la tour mise à part, ne cherchaient rien et n’attendaient rien du monde. »

Dans le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, fin du chapitre sur l’éthos à propos d’éthos collectif (ou de la difficulté qu’on rencontre si on est femme, noir, pauvre, pour convaincre) et début du chapitre 7, « Reconnaître la tromperie » où l’on s’arme contre les sophismes (l’exemple des trous dans l’emmental m’enchante : « Dans l’emmental, il y a des trous. Or plus il y a d’emmental, plus il y a de trous. Et plus il y a de trous, moins il y a d’emmental. Donc, plus il y a d’emmental, moins il y a d’emmental. » Enfin un Français qui évite la prémisse fausse : « Dans le gruyère, il y a des trous… »).

Sur la terrasse, deux Pamphlets de Courier, l’un contre l’Église, l’autre contre la cour, les deux pour le peuple : « En matière de religion, ainsi que de langage, le peuple fait loi ; le peuple de tout temps a converti les rois. Il les a faits chrétiens de païens qu’ils étaient ; de chrétiens catholiques, schismatiques, hérétiques ; il les fera raisonnables, s’il le devient lui-même ; il faut finir par là. » (Puis Courier trouve le moyen de faire revenir le peuple à la religion : interdire la religion).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, liste (interminable) des sophismes que l’on rencontre au quotidien (la manipulation est si facile) (elle l’est un peu moins si on lit ce bouquin).

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, la tour (à la fois usée et encore en construction) et un monde ordonné : « Il n’a jamais vu le monde dessiné et sculpté par l’homme, il ne connaît que l’homme dessiné et sculpté par le monde. » Puis il faut mettre les gens dans des cases (longue litanie des « là où », très poétique).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre. La tour tant espérée désoriente le groupe. Où s’arrêter ? À quelle communauté appartenir ? Celle des adorateurs de la lune qui se teignent le corps en rouge ?

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, fin du chapitre sur la tromperie, avec les concepts mobilisateurs, ces jolis mots vides qui pullulent pour ne rien dire tout en suscitant l’enthousiasme ; début du chapitre 8, « Maîtriser le débat », où l’on comprend que le débat est un combat.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment maîtriser le débat ? Le plus important : s’appuyer sur ce que dit son adversaire tout en orientant la discussion vers où on veut qu’elle aille.

Au lit, L’Honneur des Elfes sylvains ; un Elfe sauve une Felj, c’est-à-dire une humaine, presque un animal ; il la croit druidesse, mais tous les druides sont morts, pourquoi survivraient-ils chez les mortels ? Les sages sont sceptiques. Les humains détruisent la nature. Une alliance avec eux est-elle possible ? Il faut pour cela des sacrifices.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment se défendre quand le débat tourne en notre défaveur ? Plusieurs stratégies : dévoiler les armes de l’adversaire, réfuter un argument par ses prémisses, contredire le principe avant la pratique, faire des concessions sans en avoir l’air, ne pas se laisser interrompre et faire diversion. Si rien ne marche, il reste l’insulte, mais notre éthos est détruit.

À la piscine, En pierre, Terco erre dans la tour, mais la tour, c’est là où on s’arrête, pas là où l’on erre. Certains s’arrêtent « là où », lui et Mina-Mina refusent. Ils sortent (tout ceci est bien sûr une métaphore) (nous vivons dans des tours où l’on nous étiquette) (ce faisant, nous ne vivons pas).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, dernier outil pour remporter le débat, le débordement, c’est-à-dire noyer le poisson. La question est gênante ? Temporisons puis répondons à une nouvelle question, celle qui nous arrange.

Sur la terrasse la conclusion du Pouvoir rhétorique, « L’alchimiste et le jardinier ». Malgré les outils que ce livre nous offre, convaincre reste un travail de patience et d’humilité, celui du jardinier plutôt que celui de l’alchimiste (le travail des abeilles) (dans les jardins statuaires).

Commencé au lit le Journal d’Alix Cléo Roubaud, 23.XII.79, une photo d’elle et cette phrase sans espace entre les virgules et les mots : « Te regarder déjà photographier,glisser entre toi et moi la mince pellicule de ta mort,de ma mort » (cette phrase, je me suis demandé si elle était d’Alix ou de Jacques ou des deux) (la préface était de Jacques).

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, retour au désert, autre, devenu vivant, puis intermède poétique (lecture distraite) (les mots du livre se mêlent aux mots des conversations).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre, après l’intervalle poético-philosophique (« sous la surface des océans vivent des créatures / qui ignorent qu’elles vivent sous la surface des océans / sous la surface de quoi vivons-nous »), les pierres et les rochers bougent et deviennent vivants quand des enfants leur dessinent des visages (sont-ce les statues de l’île de Pâques ?).

Commencé sur le fauteuil jaune La paix de Jean-Claude Carrière, un livre qui a dix ans et se veut un éloge de la paix. 2016 : on parle de terrorisme, de l’État islamique, d’attentats et déjà on pressent que nos sociétés en paix glissent vers la guerre ou du moins la violence.

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, c’est bien l’île de Pâques (Rapa Nui) qui fascine Salvatore mais inquiète ses parents (qui sont ignobles, à vouloir que leur enfant soit normal).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre, Salvatore ressent le monde avec plus de force que les autres. L’auteur se garde bien de préciser l’étiquette (HPI, TDAH, hypersensible et j’en passe) (simplement un enfant qui pense).

Sur le fauteuil, avant les beignets, La paix, un peu de vocabulaire (diktat, traité, trêve), fragilité essentielle de la paix.

Au lit, En pierre, Salvatore à l’école, tous pensent à l’avenir, lui sent le présent. À en devenir malade.

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, Salvatore face à la force du monde et à la médiocrité des hommes (ses amis pourtant).

Dans le train Cousset-Fribourg (aller-retour), En pierre, Salvatore semble se ranger, mais sa vie lui semble plate (banalité du travail, le bulldozer qui détruit la cachette de l’enfance, l’île de Pâques qui n’est qu’une photo) (et cette question : « Les moaï ont-ils l’air tristes ? Rêveurs et absents ? Sévères et jugeant ? Moqueurs ? Ou s’agit-il d’une expression qui n’existe pas chez les humains et pour laquelle nous n’avons pas de mots ? ») (Les humains, ceux du bus, ceux du train, sont désespérants).

Sur le fauteuil jaune, La paix, qui est bien sûr un livre sur la guerre, parfois maquillée en paix (la première guerre du Golfe) ou se nichant au cœur des temps de paix et de prospérité (guerre contre la planète surtout, gagnée, donc perdue).

Sur le fauteuil jaune, La paix, associée au silence (peut-être menaçant) et les images guerrières, viriles et irréalistes s’opposent aux peintures de paix, féminines (mais il y a des femmes qui se battent).

Sur fauteuil jaune, La paix, ou comment le cinéma pacifique se convertit en un clin d’œil à la guerre, puis pourquoi la colombe annonce la paix, et enfin la question des armes, paradoxale : plus tu es en paix (disent les Américains), et cette phrase aussi : « Les vaincus ont perdu la guerre. Ils perdent aussi la paix. »

Au lit, La paix, pax romana, les vainqueurs imposent la paix (23 ans, l’empereur Antonin le Pieux, pas une guerre) (on l’a oublié, cet empereur) et acceptent la diversité (l’unité, ennemi de la paix). Et ne pas oublier que l’Europe en paix (pour combien de temps encore ?) est une anomalie dans l’Histoire.

Sur le fauteuil jaune, La paix, chapitre 16, « Les joies de la guerre », ou comment faire aimer l’horreur, la faire passer pour nécessaire alors que la paix ramollit les hommes (et bien sûr ceux qui glorifient la guerre se garde bien d’y foutre les pieds, mais les pauvres, ça leur fait du bien de crever).

Sur le fauteuil jaune, La paix, toujours « Les joies de la guerre » qui peut-être s’estompent : « La guerre est aujourd’hui ce qu’elle est, et ce qu’elle a toujours été, une horreur de la proximité. Le voile de l’héroïsme ne cache plus rien » (c’est écrit avant le génocide de Gaza…) ; puis l’auteur taille une bavette à Napoléon, ce qui est bien mérité.

Sur la terrasse, La paix, « Les beautés de la guerre » ou pourquoi les nations (sauf la Suisse) font défiler leurs troupes le jour de la fête nationale (en Suisse, les amis de Poutine collent partout des affiches « oui à la paix ») (bande de faux-culs) ; puis il est question d’une expo internationale sous le signe de la paix, en 1937 (!) (si on en fait une aujourd’hui, en serons-nous aussi abasourdis dans quelques dizaines années ?).

Journal de lecture : 2026, semaine 36

Dans ce trente-sixième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:01 Jean-Luc Chaubert, L’assassinat de Guillaume l’Enfant et autres histoires broyardes

7:50 Violaine Bérot, Comme des bêtes

15:15 Claude Simon, Le tramway

21:07 Clément Viktorovitch, Le pouvoir rhétorique, Apprendre à convaincre et à décrypter les discours

26:46 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, comment contrer les arguments de l’adversaire ? Objection ad rem, je l’attaque à l’argument en lui-même ; objection ad hominem, c’est le fil argumentatif que j’attaque, l’incohérence entre les arguments exposés par l’adversaire ; objection ad personam, c’est à la personne de l’adversaire que je m’attaque (Trump fait cela sans cesse).

Sur le fauteuil jaune, fin du chapitre 2 du Pouvoir rhétorique : que faire quand on nous oppose des faits gênants ? Nier, proposer une autre interprétation des faits ou les relativiser.

Au lit, quelques histoires broyardes du temps des Lumières, où un narrateur qui dit « je » (c’est le premier du bouquin, je crois) promène madame de Charrière dans la Broye. Elle l’initie aux plaisirs de… la lecture. Quant à Ueli, son truc, ce serait la mécanique. Sa belle Sophie l’attend avec un bouquet à la gare de Corcelles (mais laquelle ? ce serait bête de se tromper). Et Napoléon ? Il émancipera les femmes (tu parles) qui pourront entrer à la Société de tireurs à la cible de Payerne (toujours pas…).

Sur le fauteuil jaune, en attendant l’apéro, Le pouvoir rhétorique, structurer sa pensée. Question : « D’après vous, ce combien d’arguments avez-vous besoin pour convaincre ? » Réponse classique : deux ou trois. Bonne réponse : ça dépend, mais un seul argument peu suffire, mais voilà, nous sommes formatés pour la dissertation (question de prof de français : comment former mes élèves à la dissertation sans les formater ?).

Sur la terrasse, un bout d’histoire broyarde, en 1800, Frédéric César de la Harpe est à Payerne. On doit l’arrêter. S’évadera-t-il ?

Au lit, j’apprends que bien sûr que oui, il s’évade, puis je lis des histoires de passages à Payerne loin des tumultes de l’Histoire.

Dans le train Cousset-Fribourg, Comme des bêtes. Portrait d’une femme et d’un homme-ours par des témoignages successifs. Sous le regard des fées de la grotte. Le mystère s’épaissit.

Dans le train Fribourg-Cousset, Comme des bêtes, toujours le regard des voisins sur Mariette et l’homme-ours. Celui-ci soigne les animaux comme personne. Il a un don. Il n’est pas que le gamin qui grognait au fond de la classe.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, les différents types de plan (l’énumératif, le narratif, l’absence de plan) et l’accroche ex abrupto, comment capter l’attention, éternelle question de l’orateur (du prof en particulier).

Au lit, toujours des histoires broyardes, celle de Léon le Bourbaki, soldat d’une armée en déroute venu mourir à Payerne, puis l’arrivée des chemins de fer et les danses de la bénichon que les tépelets (les conservateurs catholiques) veulent interdire comme YouTube a interdit le sein du Diable de Tolstoï sur ma dernière miniature. À Dompierre où l’on sait faire la fête, pas question de gâcher la fête. Que faire ?

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique : comment commencer et comment finir ? comment susciter l’intérêt de l’auditeur au début et applaudissements à la fin ? Peu importe ce qu’il se passe entre deux, dirait-on. Je rêve d’applaudir pour de vrai en corrigeant des dissertations.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, façonner son texte (chapitre 3) : il ne suffit pas de choisir les bons arguments, il faut choisir les bons mots, faire attention à l’implicite et aux connotations : le torero qui lâche le mot agonie à propos du taureau, quoi qu’il ait dit avant, a perdu le débat.

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique ; pour emporter la conviction de l’auditeur, chaque détail compte : les négations (« je ne suis pas un voleur » suggère que je pourrais bien en être un), les chiffres (précis ou parlants ?) ou encore les pronoms (je ou nous, ou pire, on ?).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, toujours les détails qui changent tout : le « il faut » qui déresponsabilise, le passif itou et l’incantatoire qui transforme par magie la réalité (l’appel du 18 juin) ; puis les sens et Verlaine, bien sûr, ne jamais oublier que la parole, poétique ou rhétorique, c’est « de la musique avant toute chose. »

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, éloge de la métaphore, ses effets de présence, de sens et d’absence : « Vous n’avez pas le monopole du cœur. » (On attend la métaphore qui pliera la prochaine élection).

Au lit, des histoires broyardes ou Sherlock Holmes ne parvient pas à résoudre une énygme et où l’on invente le jazz dans une cave du Vully (la véracité du fait reste à prouver).

Dans le train Cousset-Fribourg, Comme des bêtes, le portrait de l’homme-ours, au fil des témoignages, se complexifie : cet homme est un animal, mais c’est aussi un géant et un dieu : « Les bêtes, elles ont immédiatement confiance en lui. Même plus que ça. C’est comme s’il était une vache dans les vaches. Non, c’est même pas exactement ça. Plutôt comme s’il était le dieu des vaches, vous voyez. »

Dans le train Fribourg-Cousset, Comme des bêtes ; la mère s’énerve, enfermer son fils, c’est le torturer, puis les fées évoquent les femmes violées et leurs enfants qu’elles recueillent. La bestialité, ce n’est pas l’homme-ours, c’est le collègue violeur (raconte la pharmacienne).

Terminé sur la terrasse les histoires broyardes de Jean-Luc Chaubert par Juliette et le Spahi, quand l’amour surgit sous les traits d’un étranger, d’un prince des mille et une nuits qui transforme la vie d’une femme l’espace d’un été et d’une vie.

Commencé sur la terrasse les Pamphlets politiques de Paul-Louis Courier par une pétition aux deux Chambres de 1816, écrite alors même que les deux Chambres n’existaient plus. Pétition pour demander quoi ? Qu’on évite le deux poids deux mesures (déjà) et qu’on ne maltraite pas les gens du fait de leurs opinions politiques (on y revient gentiment).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, début du chapitre 5, « Mobiliser les émotions » : raison et émotion ne sont pas indépendantes. Il y a de l’émotion dans nos raisonnements et avoir recours à l’émotion des auditeurs permet de leur faire prendre conscience des problèmes, mais trop d’émotion tue la raison, ouvrant la porte à la manipulation.

Sur le fauteuil jaune, terminé Comme des bêtes, une fin brutale, tragique (les fées ont raison de se cacher dans la grotte et d’y cacher les enfants).

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment convaincre par les émotions ? Les faits sont proches, intenses, on peut les imaginer facilement et s’identifier à ceux qui les vivent, on peut imaginer que ça dépend de nous et ils nous rappellent des événements chargés d’émotion ; bingo, on est touché.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique des émotions : les montrer, les assigner, les invoquer (parce que les émotions sont contagieuses).

Dans le train Cousset-Fribourg, commencé Le tramway, le dernier roman de Claude Simon, où le souvenir d’un parcours en tramway durant l’enfance réveille mille souvenirs qui allongent les phrases à l’infini (moins que dans d’autres livres de Claude Simon, me semble-t-il néanmoins).

Dans le train Fribourg-Cousset, Le tramway où les transports se multiplient, au tramway de l’enfance se superposant le lit roulant ou cette ambulance ou ce mot TRANSIT lu par le malade. L’enfance renaît et les détails reconstruisent un monde disparu qui amplifie la phrase, que je suis obligé d’interrompre en plein milieu parce que mon voyage à moi se termine à cette gare, pas à la prochaine.

Journal de lecture : 2026, semaine 35

Dans ce trente-cinquième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:22 Wajdi Mouawad, Anima

10:20 Violaine Bérot, Comme des bêtes

15:13 Bryan Talbot, Grandville Mon Amour

18:55 Jean-Luc Istin, Duarte et Saito, Elfes, 1. Le Crystal des Elfes bleus

24:02 Léon Tolstoï, Le Diable

29:53 Jean-Luc Chaubert, L’assassinat de Guillaume l’Enfant et autres histoires broyardes

34:34 Nathalie Sarraute, “disent les imbéciles”

38:29 Clément Viktorovitch, Le pouvoir rhétorique, Apprendre à convaincre et à décrypter les discours

Sur le fauteuil jaune, « disent les imbéciles » (c’est peut-être une imbécilité que de le mentionner à chaque fois, ce fauteuil jaune), toujours le surgissement des mots et leur ressassement, « debout les mots » (ou les Maures), « un monstre d’orgueil » et cette idée dont on ne sait que faire ; les mots nous torturent, ils sont toujours compris de travers (drame de la vie avec d’autres êtres de parole) (c’est peut-être pour cela que certains parlent aux animaux).

Concerto pour piano de Grieg, sur le fauteuil jaune, Anima : les chevaux libérés sèment la panique et la mort sur l’aire d’autoroute. Vu du ciel par pandion haliaetus carolensis, on dirait « une éclosion de fleurs éparses, nées comme par magie sous l’effet des ruades. »

Toujours « disent les imbéciles » sur la terrasse. Les mots qu’ils disent ? Des imbécilités : « Tous tels qu’ils sont. Tels que Dieu les a faits. Que voulez-vous, il est ce qu’il est, vous ne changerez pas. Je le connais. Si vous le connaissiez comme moi. » Tout est en place puis Sarraute fait tout s’écrouler. Une phrase est dite (par qui ? pour qui ?), « c’est vous que ça juge » et les pages qui suivent cherchent tout ce qu’une telle phrase dit et ne dit pas. Aucune parole n’est simple (et cette phrase-là aussi, il faudrait la décortiquer).

Une page de Sarraute sur le fauteuil jaune avant le souper. Soudain, c’est violent, brutal : « Je tourne autour de lui, je bondis, je mords, j’arrache des lambeaux, une odeur écœurante s’en dégage, un liquide poisseux dégouline sur moi… » (les mots débordent).

Anima, dans le fauteuil jaune, la rencontre avec l’assassin aura lieu bientôt, peut-être, mais le chat ne le sait pas.

Anima, sur le fauteuil jaune avec Bach et Couperin, jeu du chat et de la souris. Pendant que le chat se repaît, l’assassin s’approche. Son corps tatoué d’animaux impose sa loi, pire que la loi de la jungle.

Grandville Mon Amour, au lit, thriller animalier en République anglaise (oui, oui, les rois, c’est fini) puis dans une France qui renoue avec la Révolution. Le chien premier ministre anglais ressemble à Churchill, mais un tueur en série s’est échappé… La frontière entre les humains et les animaux s’estompe (pas vu d’humains dans ce deuxième volume).

Anima, sur le fauteuil jaune (je m’y filme), deux hommes s’entretuent au fond des bois devant les animaux terrorisés.

Anima, train Cousset-Fribourg, fini la deuxième partie, chant des lucioles : « Nous n’abandonnerons pas. Nous luirons. » Commencé la troisième partie, Canis lupus lupus, changement de dispositif, ce sont désormais les lieux qui donnent leur titre aux chapitres. Un chien-loup suit l’homme. Il découvre la ville. Pourquoi suivre cet homme ? « Mon museau a frôlé ses lèvres, j’ai humé l’odeur des animaux morts et, dans l’arc opaque de ses yeux, j’ai aperçu mon reflet. Il a incliné la tête. J’ai appuyé mon front contre son front et j’ai lié ma vie à la sienne. » (parce ce que c’était lui, parce que c’était moi) (amitié).

« disent les imbéciles » sur le fauteuil jaune, toujours les mots qui se cherchent, cet homme n’est pas un imbécile, « c’est quelqu’un », ce n’est pas n’importe qui, ce n’est pas rien que quelqu’un.

Fauteuil jaune, Händel, orage, Anima : errance de l’homme et du chien, ils prennent des trains et à chaque arrêt de la violence (des hommes). Le chien sait fidèlement l’homme qui fuit mais qui retrouve une photo de Chatila, le massacre originel.

Au lit, Grandville Mon Amour, une histoire rocambolesque et sanglante d’animaux à corps d’hommes, Le Brock, le héros, lit Voltaire tout en se musclant le biceps et la République socialiste d’Angleterre a d’étranges chefs. Des humains ? Deux bandits au détour d’une case, Gastro (Lagaffe) et Luce (Lucky).

Lu dans le train Cousset-Fribourg un chapitre terrible d’Anima, un combat de chiens raconté par celui qu’on décrit comme un monstre (alors que les monstres, ce sont les humains).

Anima, train Fribourg-Cousset, le chien-loup adopte un nouvel animal humain, blessé, une jeune fille, Winona : « Insecte, oiseau, chien et humain, ont par moments plus à voir l’un avec l’autre que chacun avec ses propres semblables. Wahhch et Winona étaient mes semblables. » Le lieu : Protection, Kansas.

Sur la terrasse, terminé « disent les imbéciles ». De quoi parle ce livre ? Il se pose sans cesse la question. Qui parle ? Il se la pose aussi. Qui parle à qui ? Quelle est l’idée ? Est-il intelligent ? Est-ce une imbécilité ? Les questions restent ouvertes quand le livre se referme…

Anima, sur la terrasse. Wahhch est en quête de son passé (on en a presque oublié que c’est le loup qui parle), il se remémore Chatila et déjà les chevaux (qu’il vengera en ouvrant la bétaillère) qui meurent avec les humains, sa famille, dans le purin.

Sur le fauteuil jaune, deux brefs chapitres d’Anima ; ils passent par Hebron, New Mexico (après Genesse, Ulysses, Virgil (l’enfer), Bloody Valley, Carthage, Oran, Cairo, Lebanon et j’en passe, le voyage est initiatique, presque mythique).

Au lit, commencé L’assassinat de Guillaume l’Enfant et l’Enfant et autres histoires broyardes de Jean-Luc Chaubert, de brefs récits qui font revivre des héros d’ici dans des lieux familiers. Luna et Ourso à Gletterens au village des pseudo-lacustres, et à Avenches des militants gauchistes qui voudraient, étrange idée, interdire les combats de gladiateurs. Et aussi Alibas le Sarrasin qu’il faudra aller affronter tout près, au Creux-de-la-Chettaz.

Sur le fauteuil jaune, un chapitre d’Anima, une cérémonie religieuse interdit au chien et des enfants qui s’amusent : « … il y a la meute et ceux qui, à jamais, se tiennent à l’extérieur de la meute. » (Ce livre raconte ceux de l’extérieur.)

Sur le fauteuil jaune, sur fond de chanson corse, Anima se rapproche de son dénouement. Ce nom étrange, Wahhch Debch, on saura bientôt ce qu’il porte : Wahhch Debch, Le Monstre Brutal, Maroun, le père (encore une fois la sauvagerie humaine).

Anima, fauteuil jaune, musique groove et des horreurs humaines de plus en plus extrêmes. L’horreur de Sabra et Chatila et cette phrase hélas d’actualité : « Les Palestiniens étaient comme des instruments de musique entre nos mains et chacun essayait de faire sortir une note de douleur qu’on n’avait encore jamais entendue. » La description qui suit est insupportable.

Terminé Anima dans le fauteuil jaune. Un livre puissant, violent, bestial, où l’homme et l’animal s’entremêlent dans la sauvagerie. Les charognards dévorent un corps humain qui n’a rien d’humain. Un chien-loup erre au nord. L’homme qui l’accompagne est-il encore homme ?

Au lit, L’Assassinat de Guillaume l’Enfant, thriller médiéval sur fond de querelles politiques, le tout juste à côté d’ici. Le moine Tibauld veut découvrir la vérité, mais à Rome, l’Église se fiche de la vérité. On a trouvé aux Arbognes des types à pendre. Affaire classée.

Dans le train Cousset-Fribourg (aller-retour), commencé Le Diable de Léon Tolstoï, un petit bouquin avec un gros sein en couverture. C’est évidemment sous ce sein que se cache le diable. Histoire banale : un homme à femmes se marie, mais ce n’est pas à son épouse que ce sein si attirant appartient.

Au bord de la piscine, Le Diable. Eugène est marié. Son épouse est une maîtresse de maison épatante. Elle attend un enfant. Mais voilà que Stépania revient. Elle travaille chez Eugène. Il la voit. En pensée, tout est déjà fichu.

Lu sur la terrasse, Le Crystal des Elfes bleus, premier album d’Elfes, de l’heroic fantasy dans la plus pure tradition, avec Orks et talismans, magie de l’eau, massacres et traitrises.

Au lit, une histoire broyarde bien connue, la Vierge qui revient toute seule à Tours, un miracle, ma racontait-on jadis. C’était sans compter sur une certaine Adeline… Une deuxième histoire, celle du siège de Payerne en 1283, récit historique assez classique avec une vague romance.

Dans le train Cousset-Fribourg, Le Diable. Petit à petit, cela s’insinue en lui. Plus il veut qu’elle s’éloigne, plus il pense à elle et plus ça se voit. Mécanique implacable.

Terminé, dans le train Fribourg-Cousset, Le Diable de Tolstoï. Eugène s’enferme dans la culpabilité et dans le désir interdit : « Il savait que seule la honte vis-à-vis d’elle et de lui-même le retenait. Et il savait qu’il recherchait les circonstances dans lesquelles cette honte passerait inaperçue : l’obscurité, ou bien un attouchement qui submergerait la honte sous la pression bestiale. » La fin, brutale, sonne dur (et rejoint un drame bien réel qui rôde dans mon esprit en ce moment).

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique. Clément Viktorovitch (Clémovitch pour ses followers, dont je suis) distingue la rhétorique, art de convaincre, de la stylistique (les fameuses figures de style que je m’apprête à infliger à mes élèves), de l’éloquence, de la négociation et de la manipulation. La rhétorique est un outil utile dans toutes ces situations mais ne se résume pas à celles-ci.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, fin du chapitre 1, qui définit les termes, notamment les dynamiques (monologique, délibérative, compétitive et conflictuelle) et début du chapitre 2 « Choisir les arguments », qui peuvent être rigoureux ou efficaces pour être bons.

Au lit, quelques histoires broyardes, Theobald de Montagny tue un moine (que j’avais transformé en chien) et Estavayer est en feu. Ces drames ont eu lieu. Ici. Tout près. Les gens qui les vécurent sont des gens ordinaires, paysans, joueurs de flûte, religieuses amoureuses.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, toujours le chapitre 2, « Choisir les arguments », deux types d’arguments à éviter : le bon sens (très efficace mais rarement rigoureux, qui ici l’auditeur à ne pas trop réfléchir et endort son esprit critique) et l’argument par l’exemple, s’il ne constitue pas l’illustration d’une généralité.

Commencé à la piscine Comme des bêtes de Violaine Bérot (roman acheté, je crois, en même temps qu’Anima, sur les conseils de la même libraire) ; les fées font de la poésie puis il est question d’un homme sauvage, un ours, et d’une petite fille. Se peut-il que celui qui ne savait parler que par grognements soit le père de cette enfant ?

Notes d’écoute : a priori négatifs

Clément Viktorovitch, François Bayrou, déjà la cata ?

François Bayrou : on s’en fout de qui il est, à juger sur ses décisions.

Elu local qui fait son déplacement en jet : maire de Pau alors que son devoir l’appelle à Mayotte (l’art de passer à côté de la réalité, art des politiques). Bidonvilles à Mayotte (pas à Pau). Com politique : pas le fort des politiques.

Qui prendra les décisions ? Bayrou (mais c’est Macron qui fait le déplacement, il n’a que ça à faire)

Bayrou : un dinosaure (déjà à côté de la plaque il y a vingt ans).

Émotions nécessaires pour prendre conscience de ce qui se passe loin de nous : une photo a suffi pour qu’on arrête de s’en ficher (pendant 6 mois).

Pas se rendre à Mayotte = autres décisions s’il s’y était rendu ; pas qu’une question de symbole, question de décision : faute politique profonde de ne pas y être allé (être informé = être allé voir)

Bayrou, en Suisse, serait comme un poisson dans l’eau. Il ne risquerait pas la censure et personne ne voyage en jet à travers la Suisse. Quand Alain Berset prend l’avion, il le pilote lui-même, et plus on est au centre, plus on est mou, plus on cherche le compromis, plus on devient papable pour le Conseil fédéral, même si personne, au Centre, ne semble plus avoir envie de gouverner. Quant à aller voir sur place pour se rendre compte des dégâts et prendre ainsi de meilleures décisions, il semble que même Trump en soit capable. Le problème, c’est que Mayotte, ce n’est pas Los Angeles, où ce ne sont pas des bidonvilles qui ont pris feu. Il est toujours plus facile de sauver les riches que les pauvres (en Suisse comme en France comme en Californie).

Françoise Sagan s’entretient avec André Halimi 1/5

Elle ne se promène pas dans le jardin, sauf pour aller voir un match de pétanque.

Dans les pièces (Duras, Pinget), il y a des dialogues de vieux. En vrai, les conversations sans génie ; ils parlent de leurs chaussures.

L’hiver, c’est beaucoup moins gai (étrange conversation).

Les gens viennent là parce qu’ils aiment ce banc parce qu’il n’est pas payant.

Françoise Sagan a écrit 8 romans ou 9 ; ils ne sont pas d’accord. D’autres ? Elle espère (en vrai, combien ? 21, selon Wikipédia) (l’entretien date de 1973, environ, peut-être) (j’ai lu 2 romans de Sagan, le premier et le dixième, celui qu’elle écrivait à ce moment-là).

On lui pose toujours les mêmes questions. Elle pourrait enregistrer les réponses sur des mini-cassettes (on disait comme ça en 1973, environ, peut-être).

Ils parlent des questions que les autres posent. Elle pose des questions au journalisme. Des bleus à l’âme, sincérité (on en a marre, de la sincérité), pas de grosses voitures, de whisky, simplement le fait qu’elle parle directement de ce qu’elle pense. Critique étonnée ? « Un truc un peu sadique de ma part. » Un jet, son écriture, pas très travailleuse.

Elle plaint les critiques qui passent à côté des bons livres et aiment les mauvais. Ils ont des a priori négatifs.

Moi aussi, j’ai un a priori négatif sur Françoise Sagan. Pourquoi ? Ce que j’ai lu d’elle ne m’a pas déplu mais il me semble que cela reste planté dans une époque, la sienne, les trente qu’on prétend glorieuses, et que certes on y perçoit l’époque, on la touche du doigt, mais peut-être justement est-ce une époque qui aujourd’hui nous gène aux entournures. Sagan, c’est (en apparence) l’écrivain qui réussit, la femme qui s’émancipe sans penser à émanciper les autres, la femme qui parle saccadé sous l’effet d’on devine quelle substance et le personnage public vient saturer ses livres d’attentes vagues qui sont déçues par une réalité loin du mythe (même si le mythe Sagan, on peine à le formuler), mais peut-être que je passe moi aussi à côté des bons livres.

Journal du 8 au 13 octobre 2024

Ce que j’ai lu

La langue fascinante (au sens propre, on lit halluciné, souvent poussé à la rêverie) du Veilleur du jour de Jacques Abeille : ce matin, les lettres se mélangeaient devant mes yeux quand se fondait une ville au sortir de mon sommeil, ville au cœur de laquelle un homme veille, une étudiante écoute, une foule passe sans savoir les mystères cachés derrière ces murs que les mots érigent. Je suis de cette foule.

Ce que j’ai vu et entendu

Tout toujours est politique, haute et basse politique, plus souvent basse que haute, et la politique est une affaire de mots. Passent Machiavel et des politiciens machiavéliques (House of cards, la politique n’est qu’affaire de pouvoir qu’on cherche à obtenir puis à garder par tous les moyens, le machiavélien frôlant sans cesse le machiavélique) (et les macronistes qui de leur côté s’accrochent, quitte à dire n’importe quoi, pour le plaisir des maîtres en rhétorique humoristique, qui, dans un exercice jouissif mais vain, ont beau jeu de démonter une par une les inepties proférées contre la réalité) (et Trump pendant ce temps parle et il est encore des gens, beaucoup de gens, pour l’écouter) (et les autres, les Poutine et compagnie, tuent pour rester) (Machiavel a de beaux jours devant lui).

Ce que j’ai fait

Commencement de vacances : on aimerait faire beaucoup de choses, mais demain. Aujourd’hui, c’est dimanche, on a le temps (et lundi on repoussera à mardi). L’objectif : ne pas tout garder dans mon coin, trouver des gens avec qui aller plus loin, des musiciens pour mes chansons, et relancer des éditeurs pour Grange, puisque cela fait une année de silence et que je n’ai pas tout tenté.

journal du 26 juin au 1er juillet 2024

Patatraque, patraque, ralenti, effrayé (le monde autour), mais malgré tout lire, voir, écouter, faire. On s’accroche.

Ce que j’ai lu

Un monde sans travail ? Bouquin d’économie d’un certain Daniel Susskind, à propos de l’impact de l’IA sur le monde du travail. Fin du travail ? Peut-être. De plus en plus de tâches, écrit-il, n’auront – n’ont déjà – plus besoin d’humains pour être effectuées, les machines devenant beaucoup plus performantes que nous. Je lis avec intérêt puis tombe sur cette phrase : « […] l’empiètement sur les tâches se révèle aussi sûr que n’importe quel phénomène historique. À moins d’une catastrophe – guerre nucléaire, peut-être, ou effondrement écologique général –, il est certain qu’il se poursuivra. » Il n’est jamais question, dans ce livre, d’écologie. Or l’effondrement écologique général, présenté ici comme une hypothèse, est en cours, ce qui rend sans doute obsolète la démonstration de Daniel Susskind. Quant à la guerre nucléaire, les gens qui arrivent ou qui sont au pouvoir n’incitent pas à la confiance. Quand on parle d’IA et de robotisation, on ne dit jamais combien d’énergie ça nécessite et quels en sont les effets sur le climat. Or, la question fondamentale de notre temps est bien celle de l’effondrement écologique général, qui rend toutes les autres questions secondaires (même si visiblement tout le monde s’en fiche, du climat).

Ce que j’ai vu

Fascination morbide pour l’effondrement des voisins (en Suisse, on a toujours l’impression, fausse, d’être à l’abri des remous du monde). La réalité n’a plus aucun impact sur ce que pensent et ce que votent les gens, la rhétorique non plus. Voilà ce que montre Clément Viktorovitch en observant l’un des débats des élections françaises. Le candidat de gauche développe son point de vue de manière rationnelle et argumentée à propos de l’immigration (on peut ne pas être d’accord mais de fait il y a des arguments qui sont énoncés). Que lui répond le candidat d’extrême droite ? « Jean Moulin est de retour » puis « ben voyons ». C’est tout ? C’est tout. Il se moque d’une figure majeure de la Résistance, prouvant ainsi sa totale ignorance (ou manipulation) de l’Histoire, puis il pique à Zemmour ses tics, mais aucun argument n’est donné. Bref, d’un point de vue rhétorique, il se vautre complètement, prouvant son incompétence, sa bêtise et son mépris. Pourtant, cette attitude pitoyable n’entame en rien son succès, le réveil de la bête étant d’ordre pulsionnel, instinctif, en-deçà du langage. Que faire face à un tel effondrement des valeurs fondamentales ? Résister, tant qu’on peut (mais déjà certains louvoient).

Ce que j’ai entendu

Peut-on encore entendre quelque chose dans une telle cacophonie ? J’écoute des podcasts d’une oreille, n’en retiens rien. Il y est question d’histoire, d’éducation, d’ouverture au monde, mais à quoi bon ? Justement : résister.

Ce que j’ai fait

La voix part en vrille, alors je chante Renaud, sans savoir qu’on m’écoute. On m’applaudit depuis le trampoline. Sinon, malade, je transpire et je dors. Écrire ? J’essaie de ne pas décrocher du train des 40 jours d’écriture mais prends du retard. On relancera la machine quand on aura retrouvé un peu d’énergie.