journal du 26 juin au 1er juillet 2024

Patatraque, patraque, ralenti, effrayé (le monde autour), mais malgré tout lire, voir, écouter, faire. On s’accroche.

Ce que j’ai lu

Un monde sans travail ? Bouquin d’économie d’un certain Daniel Susskind, à propos de l’impact de l’IA sur le monde du travail. Fin du travail ? Peut-être. De plus en plus de tâches, écrit-il, n’auront – n’ont déjà – plus besoin d’humains pour être effectuées, les machines devenant beaucoup plus performantes que nous. Je lis avec intérêt puis tombe sur cette phrase : « […] l’empiètement sur les tâches se révèle aussi sûr que n’importe quel phénomène historique. À moins d’une catastrophe – guerre nucléaire, peut-être, ou effondrement écologique général –, il est certain qu’il se poursuivra. » Il n’est jamais question, dans ce livre, d’écologie. Or l’effondrement écologique général, présenté ici comme une hypothèse, est en cours, ce qui rend sans doute obsolète la démonstration de Daniel Susskind. Quant à la guerre nucléaire, les gens qui arrivent ou qui sont au pouvoir n’incitent pas à la confiance. Quand on parle d’IA et de robotisation, on ne dit jamais combien d’énergie ça nécessite et quels en sont les effets sur le climat. Or, la question fondamentale de notre temps est bien celle de l’effondrement écologique général, qui rend toutes les autres questions secondaires (même si visiblement tout le monde s’en fiche, du climat).

Ce que j’ai vu

Fascination morbide pour l’effondrement des voisins (en Suisse, on a toujours l’impression, fausse, d’être à l’abri des remous du monde). La réalité n’a plus aucun impact sur ce que pensent et ce que votent les gens, la rhétorique non plus. Voilà ce que montre Clément Viktorovitch en observant l’un des débats des élections françaises. Le candidat de gauche développe son point de vue de manière rationnelle et argumentée à propos de l’immigration (on peut ne pas être d’accord mais de fait il y a des arguments qui sont énoncés). Que lui répond le candidat d’extrême droite ? « Jean Moulin est de retour » puis « ben voyons ». C’est tout ? C’est tout. Il se moque d’une figure majeure de la Résistance, prouvant ainsi sa totale ignorance (ou manipulation) de l’Histoire, puis il pique à Zemmour ses tics, mais aucun argument n’est donné. Bref, d’un point de vue rhétorique, il se vautre complètement, prouvant son incompétence, sa bêtise et son mépris. Pourtant, cette attitude pitoyable n’entame en rien son succès, le réveil de la bête étant d’ordre pulsionnel, instinctif, en-deçà du langage. Que faire face à un tel effondrement des valeurs fondamentales ? Résister, tant qu’on peut (mais déjà certains louvoient).

Ce que j’ai entendu

Peut-on encore entendre quelque chose dans une telle cacophonie ? J’écoute des podcasts d’une oreille, n’en retiens rien. Il y est question d’histoire, d’éducation, d’ouverture au monde, mais à quoi bon ? Justement : résister.

Ce que j’ai fait

La voix part en vrille, alors je chante Renaud, sans savoir qu’on m’écoute. On m’applaudit depuis le trampoline. Sinon, malade, je transpire et je dors. Écrire ? J’essaie de ne pas décrocher du train des 40 jours d’écriture mais prends du retard. On relancera la machine quand on aura retrouvé un peu d’énergie.

Lydia & Claude Bourguignon : Pourquoi ne faisons-nous rien pendant que la maison brûle ?

Lydia et Claude Bourguignon, spécialistes de la terre, posent une bonne question, Pourquoi ne faisons-nous rien pendant que la maison brûle ?, dans ce livre publié en 2023 aux Éditions d’en bas. La réponse est un peu plus problématique…

Dominique Bourg & Johann Chapoutot : “Chaque geste compte”

Chaque geste compte, disent-ils. J’assume, ajoutent-ils. Et pendant ce temps la planète devient inhabitable. Dominique Bourg et Johann Chapoutot, dans “Chaque geste compte”, Manifeste contre l’impuissance publique, un livre publié en 2022 aux éditions Gallimard dans la collection Tracts, accusent ceux qui continuent inlassablement à dévaster la planète.

Philippe Descola, Alessandro Pignocchi : Ethnographies des mondes à venir

Comment construire les mondes de demain ? Réflexions et dessins pour y penser que ces Ethnographies des mondes à venir de Philippe Descola et Alessandro Pignocchi, publiées en 2022 aux éditions du Seuil dans la collection Anthropocène.

George Marshall : Le Syndrome de l’autruche

La tête dans le sable, l’autruche fait comme si. Et pendant ce temps, le climat change. Pourquoi sommes-nous si passifs face à la catastrophe en cours ? George Marshall s’interroge, il enquête, il veut savoir pourquoi notre cerveau veut ignorer le changement climatique (c’est le sous-titre du livre).

Le Syndrome de l’autruche de George Marshall a été publié en 2014 puis a été traduit de l’anglais par Amanda Prat-Giral pour les éditions Actes Sud en 2017.

Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain : Le monde sans fin

Fin du monde ou monde sans fin ? Les dessins de Christophe Blain, loin du western de Gus mais avec une patte qu’on reconnaît, illustrent les réflexions de Jean-Marc Jancovici sur ces questions auxquelles il est urgent de répondre, celles de l’énergie, celles du réchauffement climatique, celles de la toute-puissante croissance, celles de ce monde qui court à son effondrement mais que les auteurs de ce livre espèrent encore sauver. Comment ?

Le monde sans fin, texte de Jean-Marc Jancovici, dessin de Christophe Blain, couleur de Clémence Sapin et Christophe Blain, a été publié en 2021 aux éditions Dargaud.

Aurélien Barrau : Il faut une révolution politique, poétique et philosophique

Face à la catastrophe en cours, que faire ? Ce petit livre ne donne pas de réponse toute faite mais ouvre des portes. Entrons y voir de plus près :

Il faut une révolution politique, poétique et philosophique est un entretien entre Aurélien Barrau et Carole Guilbaud publié initialement dans la revue Apulée en mai 2021 puis aux Éditions Zulma dans la collection les apuléennes en 2022.

Voici un autre entretien donné par Aurélien Barrau juste après la sortie du livre :

Fabrice Nicolino : Le crime est presque parfait

À lire le titre, on pense à un roman policier. À lire le livre, c’est pire, parce que tout est vrai, semble-t-il, même si personne semble savoir ce que c’est que ces quatre lettres, SDHI, que je tente tant bien que mal d’expliquer ici :

Le crime est presque parfait, l’enquête choc sur les pesticides et les SDHI, de Fabrice Nicolino a été publié en 2021 aux éditons Les Liens qui Libèrent.

Pour une explication plus claire que la mienne, vous pouvez regarder ceci :