Patatraque, patraque, ralenti, effrayé (le monde autour), mais malgré tout lire, voir, écouter, faire. On s’accroche.
Ce que j’ai lu
Un monde sans travail ? Bouquin d’économie d’un certain Daniel Susskind, à propos de l’impact de l’IA sur le monde du travail. Fin du travail ? Peut-être. De plus en plus de tâches, écrit-il, n’auront – n’ont déjà – plus besoin d’humains pour être effectuées, les machines devenant beaucoup plus performantes que nous. Je lis avec intérêt puis tombe sur cette phrase : « […] l’empiètement sur les tâches se révèle aussi sûr que n’importe quel phénomène historique. À moins d’une catastrophe – guerre nucléaire, peut-être, ou effondrement écologique général –, il est certain qu’il se poursuivra. » Il n’est jamais question, dans ce livre, d’écologie. Or l’effondrement écologique général, présenté ici comme une hypothèse, est en cours, ce qui rend sans doute obsolète la démonstration de Daniel Susskind. Quant à la guerre nucléaire, les gens qui arrivent ou qui sont au pouvoir n’incitent pas à la confiance. Quand on parle d’IA et de robotisation, on ne dit jamais combien d’énergie ça nécessite et quels en sont les effets sur le climat. Or, la question fondamentale de notre temps est bien celle de l’effondrement écologique général, qui rend toutes les autres questions secondaires (même si visiblement tout le monde s’en fiche, du climat).
Ce que j’ai vu
Fascination morbide pour l’effondrement des voisins (en Suisse, on a toujours l’impression, fausse, d’être à l’abri des remous du monde). La réalité n’a plus aucun impact sur ce que pensent et ce que votent les gens, la rhétorique non plus. Voilà ce que montre Clément Viktorovitch en observant l’un des débats des élections françaises. Le candidat de gauche développe son point de vue de manière rationnelle et argumentée à propos de l’immigration (on peut ne pas être d’accord mais de fait il y a des arguments qui sont énoncés). Que lui répond le candidat d’extrême droite ? « Jean Moulin est de retour » puis « ben voyons ». C’est tout ? C’est tout. Il se moque d’une figure majeure de la Résistance, prouvant ainsi sa totale ignorance (ou manipulation) de l’Histoire, puis il pique à Zemmour ses tics, mais aucun argument n’est donné. Bref, d’un point de vue rhétorique, il se vautre complètement, prouvant son incompétence, sa bêtise et son mépris. Pourtant, cette attitude pitoyable n’entame en rien son succès, le réveil de la bête étant d’ordre pulsionnel, instinctif, en-deçà du langage. Que faire face à un tel effondrement des valeurs fondamentales ? Résister, tant qu’on peut (mais déjà certains louvoient).
Ce que j’ai entendu
Peut-on encore entendre quelque chose dans une telle cacophonie ? J’écoute des podcasts d’une oreille, n’en retiens rien. Il y est question d’histoire, d’éducation, d’ouverture au monde, mais à quoi bon ? Justement : résister.
Ce que j’ai fait
La voix part en vrille, alors je chante Renaud, sans savoir qu’on m’écoute. On m’applaudit depuis le trampoline. Sinon, malade, je transpire et je dors. Écrire ? J’essaie de ne pas décrocher du train des 40 jours d’écriture mais prends du retard. On relancera la machine quand on aura retrouvé un peu d’énergie.