Journal de lecture : 2026, semaine 37

Dans ce trente-septième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

0:52 Clément Viktorovitch, Le pouvoir rhétorique, Apprendre à convaincre et à décrypter les discours

6:29 Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques

10:29 Jean-Claude Carrière, La paix

15:11 Jarry, Maconi & Saito, Elfes, 2. L’Honneur des Elfes sylvains

19:40 Claude Simon, Le tramway

25:40 Alexandre Correa, En pierre

32:18 Alix Cléo Roubaud, Journal (1979-1983)

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, toujours la question des émotions : comment les susciter ? Par la matérialisation (on montre), la description, l’amplification ou la métaphorisation. Rendre concret, voilà le cœur de la rhétorique émotionnelle (ou émotionnante).

Au lit des lettres de Courier au Censeur (1819), où il est notamment question des paysans : « On tient assez généralement que les paysans sont des hommes. De là à les traites comme tels, il y a loin encore. » (Deux siècles plus tard, peu d’évolution).

Dans le train Cousset-Fribourg, Le tramway. L’impression proustienne des premières pages se confirme : « je plaquais cette image sur celle du saut à pieds joints d’Andrée, la jeune compagne d’Albertine, par-dessus le « pauv’ vieux » assis sur la promenade de Balbec. »

Dans le train Fribourg-Cousset, Le tramway (lu distraitement, je me perds dans les détails) (c’est un plaisir que de se perdre dans Claude Simon).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, susciter des émotions pour pousser à l’action mais quelles émotions pour quelles actions ? La peur pour proposer une solution ; l’espoir pour croire en sa réalisation ; l’indignation pour inciter à la mobilisation.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, début du chapitre 6, « Travailler son image » où il est question de l’apparence et de l’effet de halo : plus un orateur est grand, plus il paraît beau, plus il a la voix grave et mieux il est habillé, plus nous aurons tendance à le croire (c’est inconscient, la force du patriarcat).

Au lit, Le tramway, où au détour d’une publicité pour la Suze meurt la mère, puis des tantes en noir envahissent la phrase, et la bonne qui tue les chatons en les jetant contre le mur (on faisait ça chez nous aussi) et un ancêtre général d’Empire mort à la Berezina et aussi un vendeur de piquette habitant une imitation de château de la Loire.

Dans le train Cousset-Morges, terminé Le tramway, où l’enfance en fragments reliés se précipite au chevet d’un homme à l’hôpital (images difficiles à interpréter, visages, lieux, impressions, on s’y noie avec joie).

Dans le train, entre Puidoux et Payerne, commencé En pierre d’Alexandre Correa, acheté et dédicacé par l’auteur aux livres sur les quais. Tout commence en poésie puis un homme marche seul dans le désert d’après l’apocalypse (celui qui arrive, de notre fait). Il croise d’autres solitaires, se réunissent, cherchent un abri, une tour (de Barbel).

Au lit, Le pouvoir rhétorique, la question de l’éthos, de l’image qu’on donne au préalable puis pendant qu’on parle. Il faut paraître sincère, compétant et séduisant si l’on veut convaincre. Il faut aussi de la congruence (quel affreux mot) (être constant aussi).

Sur la terrasse, quelques Pamphlets de Courier, où il est question des bandes noires qui rachètent des terres, les morcellent et les vendent aux paysans (le pouvoir trouve cela destructeur, Courier constate le contraire) (on sent que l’esprit de la Révolution, en 1819, n’est pas tout à fait mort).

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment travailler son éthos, avoir l’air sincère (comme Donald Trump), compétent (pas comme Donald Trump) en saupoudrant son discours de marques de compétence sans en abuser, et séduisant (on s’éloigne de plus en plus de Trump, heureusement).

À la piscine, En pierre, cette marche dans le désert dans un monde d’après, quelque part entre Mad Max et La Horde du Contre-Vent, mais sans violence et sans vent, se dirige vers ce qui lui donne sens, la tour : « La tour est là ; devant eux. Elle existe bel et bien, et les récits, qui n’existaient que dans les têtes, s’incarnent devant leurs yeux, et c’est bien la première fois que cela se produit pour les membres du groupe, qui, la tour mise à part, ne cherchaient rien et n’attendaient rien du monde. »

Dans le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, fin du chapitre sur l’éthos à propos d’éthos collectif (ou de la difficulté qu’on rencontre si on est femme, noir, pauvre, pour convaincre) et début du chapitre 7, « Reconnaître la tromperie » où l’on s’arme contre les sophismes (l’exemple des trous dans l’emmental m’enchante : « Dans l’emmental, il y a des trous. Or plus il y a d’emmental, plus il y a de trous. Et plus il y a de trous, moins il y a d’emmental. Donc, plus il y a d’emmental, moins il y a d’emmental. » Enfin un Français qui évite la prémisse fausse : « Dans le gruyère, il y a des trous… »).

Sur la terrasse, deux Pamphlets de Courier, l’un contre l’Église, l’autre contre la cour, les deux pour le peuple : « En matière de religion, ainsi que de langage, le peuple fait loi ; le peuple de tout temps a converti les rois. Il les a faits chrétiens de païens qu’ils étaient ; de chrétiens catholiques, schismatiques, hérétiques ; il les fera raisonnables, s’il le devient lui-même ; il faut finir par là. » (Puis Courier trouve le moyen de faire revenir le peuple à la religion : interdire la religion).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, liste (interminable) des sophismes que l’on rencontre au quotidien (la manipulation est si facile) (elle l’est un peu moins si on lit ce bouquin).

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, la tour (à la fois usée et encore en construction) et un monde ordonné : « Il n’a jamais vu le monde dessiné et sculpté par l’homme, il ne connaît que l’homme dessiné et sculpté par le monde. » Puis il faut mettre les gens dans des cases (longue litanie des « là où », très poétique).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre. La tour tant espérée désoriente le groupe. Où s’arrêter ? À quelle communauté appartenir ? Celle des adorateurs de la lune qui se teignent le corps en rouge ?

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, fin du chapitre sur la tromperie, avec les concepts mobilisateurs, ces jolis mots vides qui pullulent pour ne rien dire tout en suscitant l’enthousiasme ; début du chapitre 8, « Maîtriser le débat », où l’on comprend que le débat est un combat.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment maîtriser le débat ? Le plus important : s’appuyer sur ce que dit son adversaire tout en orientant la discussion vers où on veut qu’elle aille.

Au lit, L’Honneur des Elfes sylvains ; un Elfe sauve une Felj, c’est-à-dire une humaine, presque un animal ; il la croit druidesse, mais tous les druides sont morts, pourquoi survivraient-ils chez les mortels ? Les sages sont sceptiques. Les humains détruisent la nature. Une alliance avec eux est-elle possible ? Il faut pour cela des sacrifices.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, comment se défendre quand le débat tourne en notre défaveur ? Plusieurs stratégies : dévoiler les armes de l’adversaire, réfuter un argument par ses prémisses, contredire le principe avant la pratique, faire des concessions sans en avoir l’air, ne pas se laisser interrompre et faire diversion. Si rien ne marche, il reste l’insulte, mais notre éthos est détruit.

À la piscine, En pierre, Terco erre dans la tour, mais la tour, c’est là où on s’arrête, pas là où l’on erre. Certains s’arrêtent « là où », lui et Mina-Mina refusent. Ils sortent (tout ceci est bien sûr une métaphore) (nous vivons dans des tours où l’on nous étiquette) (ce faisant, nous ne vivons pas).

Sur la terrasse, Le pouvoir rhétorique, dernier outil pour remporter le débat, le débordement, c’est-à-dire noyer le poisson. La question est gênante ? Temporisons puis répondons à une nouvelle question, celle qui nous arrange.

Sur la terrasse la conclusion du Pouvoir rhétorique, « L’alchimiste et le jardinier ». Malgré les outils que ce livre nous offre, convaincre reste un travail de patience et d’humilité, celui du jardinier plutôt que celui de l’alchimiste (le travail des abeilles) (dans les jardins statuaires).

Commencé au lit le Journal d’Alix Cléo Roubaud, 23.XII.79, une photo d’elle et cette phrase sans espace entre les virgules et les mots : « Te regarder déjà photographier,glisser entre toi et moi la mince pellicule de ta mort,de ma mort » (cette phrase, je me suis demandé si elle était d’Alix ou de Jacques ou des deux) (la préface était de Jacques).

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, retour au désert, autre, devenu vivant, puis intermède poétique (lecture distraite) (les mots du livre se mêlent aux mots des conversations).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre, après l’intervalle poético-philosophique (« sous la surface des océans vivent des créatures / qui ignorent qu’elles vivent sous la surface des océans / sous la surface de quoi vivons-nous »), les pierres et les rochers bougent et deviennent vivants quand des enfants leur dessinent des visages (sont-ce les statues de l’île de Pâques ?).

Commencé sur le fauteuil jaune La paix de Jean-Claude Carrière, un livre qui a dix ans et se veut un éloge de la paix. 2016 : on parle de terrorisme, de l’État islamique, d’attentats et déjà on pressent que nos sociétés en paix glissent vers la guerre ou du moins la violence.

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, c’est bien l’île de Pâques (Rapa Nui) qui fascine Salvatore mais inquiète ses parents (qui sont ignobles, à vouloir que leur enfant soit normal).

Dans le train Fribourg-Cousset, En pierre, Salvatore ressent le monde avec plus de force que les autres. L’auteur se garde bien de préciser l’étiquette (HPI, TDAH, hypersensible et j’en passe) (simplement un enfant qui pense).

Sur le fauteuil, avant les beignets, La paix, un peu de vocabulaire (diktat, traité, trêve), fragilité essentielle de la paix.

Au lit, En pierre, Salvatore à l’école, tous pensent à l’avenir, lui sent le présent. À en devenir malade.

Dans le train Cousset-Fribourg, En pierre, Salvatore face à la force du monde et à la médiocrité des hommes (ses amis pourtant).

Dans le train Cousset-Fribourg (aller-retour), En pierre, Salvatore semble se ranger, mais sa vie lui semble plate (banalité du travail, le bulldozer qui détruit la cachette de l’enfance, l’île de Pâques qui n’est qu’une photo) (et cette question : « Les moaï ont-ils l’air tristes ? Rêveurs et absents ? Sévères et jugeant ? Moqueurs ? Ou s’agit-il d’une expression qui n’existe pas chez les humains et pour laquelle nous n’avons pas de mots ? ») (Les humains, ceux du bus, ceux du train, sont désespérants).

Sur le fauteuil jaune, La paix, qui est bien sûr un livre sur la guerre, parfois maquillée en paix (la première guerre du Golfe) ou se nichant au cœur des temps de paix et de prospérité (guerre contre la planète surtout, gagnée, donc perdue).

Sur le fauteuil jaune, La paix, associée au silence (peut-être menaçant) et les images guerrières, viriles et irréalistes s’opposent aux peintures de paix, féminines (mais il y a des femmes qui se battent).

Sur fauteuil jaune, La paix, ou comment le cinéma pacifique se convertit en un clin d’œil à la guerre, puis pourquoi la colombe annonce la paix, et enfin la question des armes, paradoxale : plus tu es en paix (disent les Américains), et cette phrase aussi : « Les vaincus ont perdu la guerre. Ils perdent aussi la paix. »

Au lit, La paix, pax romana, les vainqueurs imposent la paix (23 ans, l’empereur Antonin le Pieux, pas une guerre) (on l’a oublié, cet empereur) et acceptent la diversité (l’unité, ennemi de la paix). Et ne pas oublier que l’Europe en paix (pour combien de temps encore ?) est une anomalie dans l’Histoire.

Sur le fauteuil jaune, La paix, chapitre 16, « Les joies de la guerre », ou comment faire aimer l’horreur, la faire passer pour nécessaire alors que la paix ramollit les hommes (et bien sûr ceux qui glorifient la guerre se garde bien d’y foutre les pieds, mais les pauvres, ça leur fait du bien de crever).

Sur le fauteuil jaune, La paix, toujours « Les joies de la guerre » qui peut-être s’estompent : « La guerre est aujourd’hui ce qu’elle est, et ce qu’elle a toujours été, une horreur de la proximité. Le voile de l’héroïsme ne cache plus rien » (c’est écrit avant le génocide de Gaza…) ; puis l’auteur taille une bavette à Napoléon, ce qui est bien mérité.

Sur la terrasse, La paix, « Les beautés de la guerre » ou pourquoi les nations (sauf la Suisse) font défiler leurs troupes le jour de la fête nationale (en Suisse, les amis de Poutine collent partout des affiches « oui à la paix ») (bande de faux-culs) ; puis il est question d’une expo internationale sous le signe de la paix, en 1937 (!) (si on en fait une aujourd’hui, en serons-nous aussi abasourdis dans quelques dizaines années ?).

Journal de lecture : 2026, semaine 35

Dans ce trente-cinquième journal de lecture de l’année 2026, je passe en revue mes lectures. En plus de la vidéo ci-dessous, vous trouverez les notes prises après chaque moment de lecture, sur un fond de couleur différent pour chaque livre.

1:22 Wajdi Mouawad, Anima

10:20 Violaine Bérot, Comme des bêtes

15:13 Bryan Talbot, Grandville Mon Amour

18:55 Jean-Luc Istin, Duarte et Saito, Elfes, 1. Le Crystal des Elfes bleus

24:02 Léon Tolstoï, Le Diable

29:53 Jean-Luc Chaubert, L’assassinat de Guillaume l’Enfant et autres histoires broyardes

34:34 Nathalie Sarraute, “disent les imbéciles”

38:29 Clément Viktorovitch, Le pouvoir rhétorique, Apprendre à convaincre et à décrypter les discours

Sur le fauteuil jaune, « disent les imbéciles » (c’est peut-être une imbécilité que de le mentionner à chaque fois, ce fauteuil jaune), toujours le surgissement des mots et leur ressassement, « debout les mots » (ou les Maures), « un monstre d’orgueil » et cette idée dont on ne sait que faire ; les mots nous torturent, ils sont toujours compris de travers (drame de la vie avec d’autres êtres de parole) (c’est peut-être pour cela que certains parlent aux animaux).

Concerto pour piano de Grieg, sur le fauteuil jaune, Anima : les chevaux libérés sèment la panique et la mort sur l’aire d’autoroute. Vu du ciel par pandion haliaetus carolensis, on dirait « une éclosion de fleurs éparses, nées comme par magie sous l’effet des ruades. »

Toujours « disent les imbéciles » sur la terrasse. Les mots qu’ils disent ? Des imbécilités : « Tous tels qu’ils sont. Tels que Dieu les a faits. Que voulez-vous, il est ce qu’il est, vous ne changerez pas. Je le connais. Si vous le connaissiez comme moi. » Tout est en place puis Sarraute fait tout s’écrouler. Une phrase est dite (par qui ? pour qui ?), « c’est vous que ça juge » et les pages qui suivent cherchent tout ce qu’une telle phrase dit et ne dit pas. Aucune parole n’est simple (et cette phrase-là aussi, il faudrait la décortiquer).

Une page de Sarraute sur le fauteuil jaune avant le souper. Soudain, c’est violent, brutal : « Je tourne autour de lui, je bondis, je mords, j’arrache des lambeaux, une odeur écœurante s’en dégage, un liquide poisseux dégouline sur moi… » (les mots débordent).

Anima, dans le fauteuil jaune, la rencontre avec l’assassin aura lieu bientôt, peut-être, mais le chat ne le sait pas.

Anima, sur le fauteuil jaune avec Bach et Couperin, jeu du chat et de la souris. Pendant que le chat se repaît, l’assassin s’approche. Son corps tatoué d’animaux impose sa loi, pire que la loi de la jungle.

Grandville Mon Amour, au lit, thriller animalier en République anglaise (oui, oui, les rois, c’est fini) puis dans une France qui renoue avec la Révolution. Le chien premier ministre anglais ressemble à Churchill, mais un tueur en série s’est échappé… La frontière entre les humains et les animaux s’estompe (pas vu d’humains dans ce deuxième volume).

Anima, sur le fauteuil jaune (je m’y filme), deux hommes s’entretuent au fond des bois devant les animaux terrorisés.

Anima, train Cousset-Fribourg, fini la deuxième partie, chant des lucioles : « Nous n’abandonnerons pas. Nous luirons. » Commencé la troisième partie, Canis lupus lupus, changement de dispositif, ce sont désormais les lieux qui donnent leur titre aux chapitres. Un chien-loup suit l’homme. Il découvre la ville. Pourquoi suivre cet homme ? « Mon museau a frôlé ses lèvres, j’ai humé l’odeur des animaux morts et, dans l’arc opaque de ses yeux, j’ai aperçu mon reflet. Il a incliné la tête. J’ai appuyé mon front contre son front et j’ai lié ma vie à la sienne. » (parce ce que c’était lui, parce que c’était moi) (amitié).

« disent les imbéciles » sur le fauteuil jaune, toujours les mots qui se cherchent, cet homme n’est pas un imbécile, « c’est quelqu’un », ce n’est pas n’importe qui, ce n’est pas rien que quelqu’un.

Fauteuil jaune, Händel, orage, Anima : errance de l’homme et du chien, ils prennent des trains et à chaque arrêt de la violence (des hommes). Le chien sait fidèlement l’homme qui fuit mais qui retrouve une photo de Chatila, le massacre originel.

Au lit, Grandville Mon Amour, une histoire rocambolesque et sanglante d’animaux à corps d’hommes, Le Brock, le héros, lit Voltaire tout en se musclant le biceps et la République socialiste d’Angleterre a d’étranges chefs. Des humains ? Deux bandits au détour d’une case, Gastro (Lagaffe) et Luce (Lucky).

Lu dans le train Cousset-Fribourg un chapitre terrible d’Anima, un combat de chiens raconté par celui qu’on décrit comme un monstre (alors que les monstres, ce sont les humains).

Anima, train Fribourg-Cousset, le chien-loup adopte un nouvel animal humain, blessé, une jeune fille, Winona : « Insecte, oiseau, chien et humain, ont par moments plus à voir l’un avec l’autre que chacun avec ses propres semblables. Wahhch et Winona étaient mes semblables. » Le lieu : Protection, Kansas.

Sur la terrasse, terminé « disent les imbéciles ». De quoi parle ce livre ? Il se pose sans cesse la question. Qui parle ? Il se la pose aussi. Qui parle à qui ? Quelle est l’idée ? Est-il intelligent ? Est-ce une imbécilité ? Les questions restent ouvertes quand le livre se referme…

Anima, sur la terrasse. Wahhch est en quête de son passé (on en a presque oublié que c’est le loup qui parle), il se remémore Chatila et déjà les chevaux (qu’il vengera en ouvrant la bétaillère) qui meurent avec les humains, sa famille, dans le purin.

Sur le fauteuil jaune, deux brefs chapitres d’Anima ; ils passent par Hebron, New Mexico (après Genesse, Ulysses, Virgil (l’enfer), Bloody Valley, Carthage, Oran, Cairo, Lebanon et j’en passe, le voyage est initiatique, presque mythique).

Au lit, commencé L’assassinat de Guillaume l’Enfant et l’Enfant et autres histoires broyardes de Jean-Luc Chaubert, de brefs récits qui font revivre des héros d’ici dans des lieux familiers. Luna et Ourso à Gletterens au village des pseudo-lacustres, et à Avenches des militants gauchistes qui voudraient, étrange idée, interdire les combats de gladiateurs. Et aussi Alibas le Sarrasin qu’il faudra aller affronter tout près, au Creux-de-la-Chettaz.

Sur le fauteuil jaune, un chapitre d’Anima, une cérémonie religieuse interdit au chien et des enfants qui s’amusent : « … il y a la meute et ceux qui, à jamais, se tiennent à l’extérieur de la meute. » (Ce livre raconte ceux de l’extérieur.)

Sur le fauteuil jaune, sur fond de chanson corse, Anima se rapproche de son dénouement. Ce nom étrange, Wahhch Debch, on saura bientôt ce qu’il porte : Wahhch Debch, Le Monstre Brutal, Maroun, le père (encore une fois la sauvagerie humaine).

Anima, fauteuil jaune, musique groove et des horreurs humaines de plus en plus extrêmes. L’horreur de Sabra et Chatila et cette phrase hélas d’actualité : « Les Palestiniens étaient comme des instruments de musique entre nos mains et chacun essayait de faire sortir une note de douleur qu’on n’avait encore jamais entendue. » La description qui suit est insupportable.

Terminé Anima dans le fauteuil jaune. Un livre puissant, violent, bestial, où l’homme et l’animal s’entremêlent dans la sauvagerie. Les charognards dévorent un corps humain qui n’a rien d’humain. Un chien-loup erre au nord. L’homme qui l’accompagne est-il encore homme ?

Au lit, L’Assassinat de Guillaume l’Enfant, thriller médiéval sur fond de querelles politiques, le tout juste à côté d’ici. Le moine Tibauld veut découvrir la vérité, mais à Rome, l’Église se fiche de la vérité. On a trouvé aux Arbognes des types à pendre. Affaire classée.

Dans le train Cousset-Fribourg (aller-retour), commencé Le Diable de Léon Tolstoï, un petit bouquin avec un gros sein en couverture. C’est évidemment sous ce sein que se cache le diable. Histoire banale : un homme à femmes se marie, mais ce n’est pas à son épouse que ce sein si attirant appartient.

Au bord de la piscine, Le Diable. Eugène est marié. Son épouse est une maîtresse de maison épatante. Elle attend un enfant. Mais voilà que Stépania revient. Elle travaille chez Eugène. Il la voit. En pensée, tout est déjà fichu.

Lu sur la terrasse, Le Crystal des Elfes bleus, premier album d’Elfes, de l’heroic fantasy dans la plus pure tradition, avec Orks et talismans, magie de l’eau, massacres et traitrises.

Au lit, une histoire broyarde bien connue, la Vierge qui revient toute seule à Tours, un miracle, ma racontait-on jadis. C’était sans compter sur une certaine Adeline… Une deuxième histoire, celle du siège de Payerne en 1283, récit historique assez classique avec une vague romance.

Dans le train Cousset-Fribourg, Le Diable. Petit à petit, cela s’insinue en lui. Plus il veut qu’elle s’éloigne, plus il pense à elle et plus ça se voit. Mécanique implacable.

Terminé, dans le train Fribourg-Cousset, Le Diable de Tolstoï. Eugène s’enferme dans la culpabilité et dans le désir interdit : « Il savait que seule la honte vis-à-vis d’elle et de lui-même le retenait. Et il savait qu’il recherchait les circonstances dans lesquelles cette honte passerait inaperçue : l’obscurité, ou bien un attouchement qui submergerait la honte sous la pression bestiale. » La fin, brutale, sonne dur (et rejoint un drame bien réel qui rôde dans mon esprit en ce moment).

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique. Clément Viktorovitch (Clémovitch pour ses followers, dont je suis) distingue la rhétorique, art de convaincre, de la stylistique (les fameuses figures de style que je m’apprête à infliger à mes élèves), de l’éloquence, de la négociation et de la manipulation. La rhétorique est un outil utile dans toutes ces situations mais ne se résume pas à celles-ci.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, fin du chapitre 1, qui définit les termes, notamment les dynamiques (monologique, délibérative, compétitive et conflictuelle) et début du chapitre 2 « Choisir les arguments », qui peuvent être rigoureux ou efficaces pour être bons.

Au lit, quelques histoires broyardes, Theobald de Montagny tue un moine (que j’avais transformé en chien) et Estavayer est en feu. Ces drames ont eu lieu. Ici. Tout près. Les gens qui les vécurent sont des gens ordinaires, paysans, joueurs de flûte, religieuses amoureuses.

Sur le fauteuil jaune, Le pouvoir rhétorique, toujours le chapitre 2, « Choisir les arguments », deux types d’arguments à éviter : le bon sens (très efficace mais rarement rigoureux, qui ici l’auditeur à ne pas trop réfléchir et endort son esprit critique) et l’argument par l’exemple, s’il ne constitue pas l’illustration d’une généralité.

Commencé à la piscine Comme des bêtes de Violaine Bérot (roman acheté, je crois, en même temps qu’Anima, sur les conseils de la même libraire) ; les fées font de la poésie puis il est question d’un homme sauvage, un ours, et d’une petite fille. Se peut-il que celui qui ne savait parler que par grognements soit le père de cette enfant ?