Journal du 31 octobre au 1er novembre 2024

Ce que j’ai lu

Tout est bien qui finit bien pour la dame du manoir (les fins heureuses, qui y croit encore ?) et Thérèse, dans Derborence, ne sait pas si son mari vit encore. Pour l’une, c’est la mort du mari qui la libère, pour l’autre c’est sa vie. Il est (ça rassure) des maris plus à la hauteur que d’autres. Dans Apostat, bande dessinée où il est question de l’empereur Julien, les maris qui gênent, on les empoisonne. La vie était plus simple en ce temps-là (et je vais rester encore un peu célibataire).

Ce que j’ai vu et entendu

Les fausses confidences de Marivaux, à Équilibre : la comédie du dix-huitième moins foncièrement comique que la comédie du dix-septième. Marivaux complique Molière, rend l’intrigue plus psychologique, joue dangereusement avec les sentiments de ses personnages, même si on reste loin des perversités et des tortures du dix-neuvième anglais des sœurs Brontë. La pièce est un long malentendu qui bien sûr se résout par un mariage qui ne fâche plus que la belle-mère (les fins heureuses, décidément, ça existe pour de vrai ?).

Ce que j’ai fait

Comme souvent, j’ai pensé à ce que je pourrais faire plus que je n’ai fait ce que je devrais faire. La difficulté, c’est surtout de ne pas garder au-dedans de moi ce qui mijote (ces chansons, par exemple, dont je ne sais pas quoi faire tant qu’elles n’appartiennent qu’à moi).

Journal du 28 au 30 octobre 2024

Ce que j’ai lu

Cette Dame du manoir de Wildfell Hall avale couleuvre sur couleuvre. Son mari boit, la trompe, la séquestre, mais elle reste digne, car la mauvaise réputation lui retombera dessus. Nous sommes dans l’Angleterre du dix-neuvième siècle. On ne disserte pas sur la charge mentale et l’émancipation des femmes mais c’est bien de cela qu’il s’agit, d’hommes qui croient avoir tous les droits et de femmes qui en subissent les conséquences. C’est cette mentalité qu’il a fallu et qu’il faut encore combattre. Anne Brontë a fait figure, peut-être sans le savoir, de pionnière.

Ce que j’ai vu et entendu

J’ai vu des voix (j’ai imaginé les voir), des voix à nu, des voix qui disaient des vies (Yolande Moreau, Maryse Condé, Daniel Cordier) et j’aime cette nudité du témoignage, cette fragilité (Yolande Moreau, en particulier, qui cherche ses mots, se cherche dans ses mots, laisse ses doutes se dire). D’autre, pendant ce temps, hurlent, en Amérique. J’aimerais vivre dans un monde qui ignore le nom du président des États-Unis (tout en regardant House of Cards en me disant que la réalité est pire que la fiction).

Ce que j’ai fait

Reprise du travail. Pour le reste, on boutique, on bricole, on se laisse bercer par le brouillard.

Journal du 24 au 27 octobre 2024

Ce que j’ai lu

Cela s’appelle La Dame du manoir de Wildfell Hall. L’autrice est celle des sœurs qu’on dit la plus sage, Anne, mais cette sœur Anne, Anne Brontë, dépeint une femme étrange parce que farouchement libre, cette dame que le petit milieu du coin peint comme scandaleuse parce que des hommes lui rendent visite, cette veuve qui vit seule dans une grande bâtisse lugubre, cette (le mot vient bien sûr à l’esprit) sorcière. Le conformisme qui détruit les âmes libres, un thème hélas toujours d’actualité.

Ce que j’ai vu et entendu

L’élection américaine fait froid dans le dos. Quelques milliers d’habitants de quelques comtés d’État clefs tiennent l’avenir du monde dans leurs mains pendant que les pires réactionnaires polluent les réseaux de leur délires fascisants et que se pavanent des mâles hystériques (l’hystérie est définitivement masculine, Kamala Harris, face à ce torrent d’immondices, reste d’un calme admirable). Qui sera élu ? Tout porte à croire que ce sera Elon Musk. Mais écoutons d’autres voix : Juliette Gréco, fantaisiste, poétique, immorale, fascinante (préférer les fascinantes aux fascisants), espiègle et libre (les âmes libres parfois se déchaînent).

Ce que j’ai fait

Les vacances se terminent et je n’ai pas fait grand-chose (du moins en ai-je l’impression). L’éparpillement reste mon mode de vie. J’écris vite un petit truc, je joue un peu de clarinette, je relis sans fin ces chansons que je ne sais pas à qui proposer et le temps passe, agréablement mais trop vite.

Journal du 22 au 23 octobre 2024

Ce que j’ai lu

Bouquins que l’on referme, bouquins qu’on n’a pas encore tout à fait ouverts (on lit la préface, on a hâte d’entrer pour de bon dans le livre, à l’instar de ce manoir dont je n’ai pas encore retenu le nom, un petit bouquin à la tranche dorée trouvé dans une cabine, avec une dame dans ce manoir, un petit bouquin de six cents pages d’une des trois sœurs dont je découvre l’existence du frère dans la préface, les sœurs Brontë, Anne, je crois, la plus sage, dit-on, avant de préciser que le bouquin avait fait scandale en son temps).

Ce que j’ai vu et entendu

Des contenus entièrement conçus par l’IA, voilà ce que l’on trouve si l’on cherche sur YouTube des infos sur le stoïcisme, contenus qui n’ont en général rien à voir avec cette philosophie que d’aucuns (masculinistes bodybuildés en mal de justification à la leur brutalité indifférente) mettent en avant pour se faire, avouent-ils, un pognon de dingue. Mais Monsieur Phi veille au grain et ce qu’il dévoile est vertigineux : des milliers de chaînes avec le même contenu absurde et les mêmes images pourries. Il y a de quoi perdre son sang froid mais mieux vaut rester stoïque.

Ce que j’ai fait

Lire Derborence en commentant ce que je lis, un plaisir que je m’offre, mais écrire aussi et me donner un rôle : le professeur Vincenzo Francescolino fait son grand retour. Et aussi : me durcir le bout des doigts à la guitare (je peine terriblement). Sinon ? Me rendre compte que les vacances, ça avance bien trop vite.