Notes d’écoute : amour et effondrement

Jacques Brel, La Chanson des vieux amants

De piège en piège … passer le temps … le corps exulte … être vieux sans être adultes … merveilleux … tu sais … je t’aime … cortège … le temps nous fait tourment … le pire piège … tu pleures un peu moins tôt … faire le hasard … la tendre guerre … la fin du jour … je t’aime (ça dégouline de violons, de pianos, d’amour) (Gérard Jouannest, je crois).

Oui, Gérard Jouannest, qui fut l’amant de Juliette Gréco, je crois, après Miles Davis, Michel Piccoli, d’autres encore, il fallait bien passer le temps. Brel aussi passait le temps. Puis le temps a passé sur Brel et les vieux amants ne furent plus que des vieux, puis l’amour est mort, ils n’eurent plus rien à se maudire et ne virent plus dans leurs enfants que les défauts que l’autre y laisse. Je n’ai rien connu de cette force-là, mais je ne suis pas encore vieux. Vivement que vienne l’âge des vieux amants (mais la pendule du salon ne s’arrête jamais et le piano menace toujours de n’être plus qu’un meuble). Juliette Gréco a survécu à Gérard Jouannest mais la fête était morte.

Le monde s’effondre (mais un autre est déjà là !) – Olivier Hamant | LIMIT

Michel Serres : la loi de l’offre et de la demande n’a aucun sens. Vraie loi : besoins et ressources.

Etat des lieux : le monde ? ça tangue de plus en plus fort, selon tous les rapports scientifiques. Dans les médias : le monde sort de la continuité pour la rupture. Ce qu’on vit : crise culturelle ; monde de l’hyperperformance très fragile : burn-out, bullshit jobs au service du monde de la performance ; fermes où l’on court pour avoir le maximum de fraises.

Certes, mais comment le faire advenir, cet autre monde déjà là ? Comment le rendre désirable quand on nous pousse à désirer des fraises dégueulasses gorgées d’eau, sans goût mais abondantes dès février ? On court, on va de l’avant (c’est le slogan des gens de droite, dans la ville juste à côté, quand la gauche prétend que tout est possible, même le pire). On performe. Il faut être efficace. Pire : efficient. C’est le même mot mais ça fait plus savant. Pendant ce temps, ça tangue, et plus ça tangue, plus ça court. Olivier Hamant est optimiste. Je l’envie pour cela.

Journal du 24 au 27 octobre 2024

Ce que j’ai lu

Cela s’appelle La Dame du manoir de Wildfell Hall. L’autrice est celle des sœurs qu’on dit la plus sage, Anne, mais cette sœur Anne, Anne Brontë, dépeint une femme étrange parce que farouchement libre, cette dame que le petit milieu du coin peint comme scandaleuse parce que des hommes lui rendent visite, cette veuve qui vit seule dans une grande bâtisse lugubre, cette (le mot vient bien sûr à l’esprit) sorcière. Le conformisme qui détruit les âmes libres, un thème hélas toujours d’actualité.

Ce que j’ai vu et entendu

L’élection américaine fait froid dans le dos. Quelques milliers d’habitants de quelques comtés d’État clefs tiennent l’avenir du monde dans leurs mains pendant que les pires réactionnaires polluent les réseaux de leur délires fascisants et que se pavanent des mâles hystériques (l’hystérie est définitivement masculine, Kamala Harris, face à ce torrent d’immondices, reste d’un calme admirable). Qui sera élu ? Tout porte à croire que ce sera Elon Musk. Mais écoutons d’autres voix : Juliette Gréco, fantaisiste, poétique, immorale, fascinante (préférer les fascinantes aux fascisants), espiègle et libre (les âmes libres parfois se déchaînent).

Ce que j’ai fait

Les vacances se terminent et je n’ai pas fait grand-chose (du moins en ai-je l’impression). L’éparpillement reste mon mode de vie. J’écris vite un petit truc, je joue un peu de clarinette, je relis sans fin ces chansons que je ne sais pas à qui proposer et le temps passe, agréablement mais trop vite.