Troisième ou quatrième lecture, je ne sais plus. Puissance intacte du récit. Peinture de misère. Cri de révolte. Un classique à lire relire sans cesse. Voici ce que cette fois-ci je crois pouvoir en dire :
Paru en 1885, Germinal est le treizième roman du cycle Les Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire d’Émile Zola.
Lire, dire, écrire l’effondrement. L’eau s’insinue (de l’eau, ce livre d’atelier, ces carrés liquides à lire dans le train) sous les pages, l’eau s’insinue sous les yeux, l’eau effondre la langue, elle assassine la bête. On le nommait le Voreux. Il avalait les hommes, il avalait les femmes, il avalait les chevaux. Il s’effondre et la langue de Zola, c’est comme si la terre s’avalait elle-même (nous l’aidons si bien à s’effondrer, la terre).
Deux livres à la fois (trois ou quatre en général) et ces fils tissés par hasard. Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, ce chapitre intitulé “L’autre guerre civile”, ce monde du travail qui, au milieu du dix-neuvième siècle, se réveille, ces émeutes, ces grèves, ces inégalités qui explosent (pourquoi si peu de grèves aujourd’hui?), ces cordonniers, ces femmes, ces mineurs, et en même temps relire Germinal, ce début qu’on pourrait citer de mémoire ici : “Dans la plaine rase, entre Marchiennes et Montsou, un homme…” (je crois qu’il y a la nuit aussi, et la route, les champs de betterave, le vent de mars, des feux, cet homme qui crache noir, le Voreux, c’est le nom du monstre, Étienne ne se doute pas encore de ce qui l’attend). Zinn, Zola, même combat? (Don Quichotte et les moulins à vent, combats perdus d’avance).
Ce dessin, trouvé sur un site dont je ne parviens pas même à savoir dans quelle langue il est écrit, représente la grève des cordonniers de Lynn, en Nouvelle-Angleterre, en 1860.
Émile Zola, Germinal (la vraie première phrase)
“Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoile, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betterave.”