Howard Zinn : Une histoire populaire des États-Unis

L’Amérique, l’Amérique, on trouve l’or au fond des ruisseaux, le Grand Ouest, l’épopée fantastique des aventuriers et des trappeurs, l’Amérique, la Révolution, la démocratie, la liberté (statufiée dès l’arrivée), l’Amérique, le pays où tous les hommes sont égaux, le pays où tous les hommes (les femmes ? oubliées, comme les Amérindiens, les Noirs, les Latinos, les prolétaires, les prisonniers, les pacifistes, les sans-dents, les sans-le-sou, les sans-grade, la liste est infinie) sont égaux, l’Amérique des livres d’histoire soudain tombe de haut.

Howard Zinn nous livre, moults documents à l’appui, une autre version de l’histoire. Christophe Colomb débarque : il massacre. Des gens s’enrichissent : ils en exploitent d’autres. Un gouvernement est élu : seuls les riches votent. Triste épopée que cette Amérique-là, triste récite que celui d’Howard Zinn, s’il n’y avait celles et ceux qui se révoltent contre cette Amérique-là, ces oubliés à qui la parole est redonnée.

Voici quelques réflexions qui me sont venues à la lecture de ce passionnant livre d’histoire :

Publiée initialement en 1980, Une histoire populaire des États-Unis, De 1492 à nos jours, a été remaniée à plusieurs reprises jusqu’en 2005. Entre 2002 et 2014, le livre a été traduit en français par Frédéric Cotton pour les Éditions Agone.

Grèves

Deux livres à la fois (trois ou quatre en général) et ces fils tissés par hasard. Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, ce chapitre intitulé “L’autre guerre civile”, ce monde du travail qui, au milieu du dix-neuvième siècle, se réveille, ces émeutes, ces grèves, ces inégalités qui explosent (pourquoi si peu de grèves aujourd’hui?), ces cordonniers, ces femmes, ces mineurs, et en même temps relire Germinal, ce début qu’on pourrait citer de mémoire ici : “Dans la plaine rase, entre Marchiennes et Montsou, un homme…” (je crois qu’il y a la nuit aussi, et la route, les champs de betterave, le vent de mars, des feux, cet homme qui crache noir, le Voreux, c’est le nom du monstre, Étienne ne se doute pas encore de ce qui l’attend). Zinn, Zola, même combat? (Don Quichotte et les moulins à vent, combats perdus d’avance).

Ce dessin, trouvé sur un site dont je ne parviens pas même à savoir dans quelle langue il est écrit, représente la grève des cordonniers de Lynn, en Nouvelle-Angleterre, en 1860.

Émile Zola, Germinal (la vraie première phrase)

“Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoile, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betterave.”