Journal du 10 au 13 septembre 2024

Ce que j’ai lu

Dostoïevski par Camus. Je lis une lecture. Camus transforme un roman, Les Possédés (d’autres traduisent Les Démons), en pièce de théâtre. Qu’est-ce que ça change ? N’ayant pas lu le roman, je ne sais pas, mais ces personnages de Dostoïevski prennent des airs camusiens sans le vouloir (ou alors c’est moi, sachant que c’est Camus qui adapte, qui voit, à la place des possédés des étrangers ?) (qu’est-ce qu’on lit quand on lit sur les pas de quelqu’un d’autre ?) (il faut donc que je lise Dostoïevski en vrai ou du moins le roman, dans la traduction d’André Markowicz) (chez lui, est-ce que c’est Les Possédés ou Les Démons ?) (il semble que Les Possédés soient une erreur de traduction) (Camus ne traduit pas du russe mais de l’anglais) (les Anglais n’ont jamais compris les Russes).

Ce que j’ai vu et entendu

Après la piqûre de rappel sur le climat, cet entretien sur la géopolitique du monde actuel : un monde sans leader et sans règles où l’on ne sait pas de quoi demain sera fait, si un fou de plus va bientôt retrouver le pouvoir aux Etats-Unis pendant que d’autres fous sévissent en Chine, en Russie, en Israël, à Gaza (des deux côtés, il y a des fous) et partout (ou presque). L’ONU dans tout ça ? Elle s’agite comme s’agite un poulet dont on vient de couper la tête mais ne maîtrise plus rien. Bref, rien n’est stable, tout part dans tous les sens et chacun fait ce qui lui plaît si possible en massacrant le voisin. Et le climat dans ce bourbier ? On verra plus tard. On verra trop tard. On verra des horreurs, encore et toujours.

Le reste du temps, j’écoute de la musique classique pour trouver un semblant de paix.

Ce que j’ai fait

Toujours cette impression de ne rien faire tout en s’épuisant : on a plein d’idées mais une fois qu’il faut agir on se sent impuissant (comme pour le climat, comme pour la géopolitique). L’écriture ? À doses homéopathiques (pour ne pas lâcher totalement).

Journal du 11 au 15 juillet

Ce que j’ai lu

Toujours ce papillonnement. La prose intime de Jacques Chessex, truculente, obscène, divin marquis de Carabas, lue dans l’intimité d’un lit solitaire. De la littérature avec chair, à contre-courant de son temps et du nôtre. Son temps ? Les années 1970 :

Ah je vois sur ce pont-là assez de poètes lacanisants, de sémioticiens, de saussuriens, de jakobseniens, de patoisants derridiens ne déridant plus personne, de kristéviens extatiques, d’agités de la structure et de la révolution culturelle, de bredouilleurs fanatiques du clivage et du schème-niveau, de théoriciens du bafouillage initiatique et du brouillon péremptoire, de petits maîtres fous de leur embaumement du petit Ponge et de sentencieux béjaunes à la mine de gardiens du Temple !

Ce que j’ai entendu

Julia Kristeva, justement. Que reste-t-il de ce temps-là ? Il reste Julia Kristeva (Jacques Chessex est mort) qui parle de Dostoïevski et opère la psychanalyse de la madeleine de Proust puis qui lâche cette expression, grand remplacement, et on se demande si elle est sérieuse. Il est question de théorie littéraire. Je suis arrivé trop tard pour comprendre ce qu’ils entendaient par là. La psychanalyse non plus, je n’y comprends rien. Le discours qui a l’air de réfléchir à lui-même semble soudain délirer mais sans le savoir (j’y préfère les délires assumés de Chessex).

Ce que j’ai vu

Des mondes d’après le monde, celui des 100, toujours plus étendu, tordu, poussé à l’extrême du fanatisme, et celui des vieux Mad Max, assourdissant et grouillant de cochons et de machines. Le monde d’après, disaient-ils encore il y a peu, on voudrait parfois qu’il soit aussi aventureux que ces délires (encore, et toujours pas de théorie pour les déconstruire).

Ce que j’ai fait

Poursuivre coûte que coûte les quarante jours d’écriture afin de réveiller ce projet de Grottes en creusant toujours plus bas dans la terre et dans le temps (l’écriture familiale est de retour, les morts refont surface, ils grouillent comme ça grouille dans Mad Max). Et sinon je gratte la guitare avec ferveur et avec douleur (l’oreille saigne, les doigts s’endurcissent).