Journal du 27 au 29 avril 2024

Ce que j’ai lu

Lire avec empathie : Muriel Barbery, Une seule rose ; le début de Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre. Cette femme qui découvre le Japon, son père, l’amour d’un homme, les fleurs (la rose bien sûr, c’est-à-dire elle-même ; une seule rose, c’est toutes les roses, écrivait Rainer Maria Rilke ; Rose is a rose is a rose, ajoutait Gertrud Stein ; et rose elle a vécu ce que vivent les roses, on pourrait effeuiller la rose encore longtemps) ; cet enfant qui en tue un autre par accident (je n’ai lu que deux chapitres, je ne sais pas la suite) ; je les lis, la femme et l’enfant, avec une sorte de solidarité, je me sens concerné par ce qui leur arrive (je sais que ce n’est qu’un effet de l’écriture, un truc de point de vue, un subterfuge de romancière), et je me dis que ça m’aide, dans la vie avec les vraies gens, à aussi me sentir concerné par leur vie (on peut si facilement se tromper). Lire des romans (c’est un truc que j’ai retenu de Faites-les lire ! de Michel Desmurget) ça développe l’empathie (le cours d’empathie n’est pas nécessaire, celui de littérature suffit).

Ce que j’ai vu

Dilemme moral : sacrifier une personne pour sauver l’humanité entière, est-ce faire le bien ? Dans Les 100, c’est permanent, cette question de qui sauver qui sacrifier, mais est-ce la question qui nous est posée en cette période de fin d’un monde ? Peut-être pas. Ce qu’il faudrait sacrifier, c’est un mode de vie, mais même ça, nous n’y arrivons pas, alors le martyre pour la survie de l’humanité, on dirait bien que c’est foutu : chacun pour sa gueule (sauf si on lit des romans et qu’on chope l’empathie).

Ce que j’ai entendu

De la musique de messe qui se veut moderne, avec chanteuses sourdes, guitare basse et batterie : quand on songe à tous les chefs-d’œuvre de la musique sacrée, on comprend que Dieu se soit barré, en entendant ce qu’est devenue la pseudo-musique de messe.

Ce que j’ai fait

Le curé a parlé d’élaguer, au début de son sermon (après, je n’ai plus écouté). Je me suis mis à réfléchir (j’ai eu le temps, la messe a duré plus de deux heures). J’ai décidé d’élaguer mes écritures. Quatre : c’est le nombre de projets d’écriture que je retiens. Celui-ci, le carnet, l’écriture de 17h17 et les chansons (IA, c’est le titre de la nouvelle, il y est question d’intelligence artificielle et de connerie naturelle, j’aimerais y être particulièrement con).

Journal du 13 au 15 avril 2024

Ce que j’ai lu

Baroque : mot employé à toutes les sauces, même les plus insipides, mais Don Quichotte (surtout le deuxième livre) est de toute évidence un ouvrage baroque. Ayant exprimé cela, je n’ai pourtant encore rien dit. En quoi Don Quichotte est-il baroque ? Peut-être par ce va-et-vient constant entre illusion et réalité, entre moquerie et grandeur, entre ridicule et héroïsme. Certes, quand le chevalier au lion vole sur un cheval de bois qui terrorise son fidèle Sancho, c’est une pièce de théâtre que se font jouer ses cruels hôtes aux dépends de leurs fantasques invités, mais derrière ce ridicule il y a un noble cœur et ce duc et cette duchesse on ne peut s’empêcher de les trouver fort méchants et d’avoir pitié de notre ingénieux hidalgo resté pur dans un monde qui renie ses origines. Est-ce cela le baroque, l’hésitation entre rire et colère ? Notre monde semble alors bien baroque.

Ce que j’ai vu

Les séries d’aujourd’hui (toujours Les 100) se prennent au sérieux. Elles posent, surtout quand elles se disent dystopies (alors que Don Quichotte est une utopie), des questions de vie ou de mort en permanence. La vie et la mort ne sont jamais certaines (c’est peut-être en cela qu’elles aussi sont baroques) mais quand une héroïne poignardée tombe d’une falaise surplombant une rivière qui coule trois cents mètres plus bas, qu’est-ce qu’on parie qu’elle n’est pas morte et que se trouve par hasard dans le coin un bon cheval plus vaillant que Rossinante pour la recueillir ? Le truc tout droit pompé du Seigneur des Anneaux sent un peu le plagiat, non ? Le problème du baroque (du moins de l’invraisemblable) quand il devient stéréotype, c’est qu’il ne surprend plus personne.

Ce que j’ai entendu

Cela entre par une oreille et ressort par une autre. Il a été question d’Irlande, de druides, de guerres, de famine, d’indépendance. L’envie me vient (ce que j’empresse de faire) de réécouter cette chanson de Romain Didier qui est peut-être bourrée de clichés mais qui vaut mille fois ces sempiternels Lacs du Connemara qui font rallumer toutes les lumières en fin de soirée (et en passant je me demande si le coup du cheval qui sauve le héros tombé de la falaise ce ne serait pas une légende celtique) (ChatGPT, qui a réponse à tout mais pas toujours la bonne réponse, cite l’histoire d’un certain Grisandole puis se ravise).

Ce que j’ai fait

Cette chanson, Journal intime, si difficile à extirper de moi parce que ce n’est pas le mien, ce journal intime, et que je n’ai reçu aucune autorisation à l’ouvrir. Sinon, je commence à piger l’heureux exercice à la clarinette, même si pour l’instant il contribue fort peu à mon bonheur, pas plus que mes autres activités créatives, toujours aussi fragmentaires. Je commence presque à savoir jouer Santiano à la guitare, histoire d’accompagner mon gamin dans sa grange et de remercier Margot de sa patience lors de mes tâtonnements clarinetteux (pour du rythme sur Santiano il faudra néanmoins redoubler de patience).

Journal du 10 au 12 avril 2024

Ce que j’ai lu

Le Petit Pape Pie 3,14, bande dessinée signée Boucq, un tout petit pape facétieux comme on les aime, un petit pape qui aide Superhyperman à sauver le monde mais qui se fait engueuler par Zorg le Grand, chef suprême de l’Empire intergalactique pour avoir cochonné le cosmos, un petit pape qui visite une fabrique de trous d’aiguilles, un petit pape qui se fait kidnapper par son ombre, bref rien avoir avec notre vieux pape et sa clique.

Ce que j’ai vu

Parfois il suffit de quelques mots pris à Pierre Michon, d’une boîte aux lettres rouillée, du décalage entre le monde tel qu’il va et les préoccupations apparentes de chacun et d’un air de guitare pour jouer à chat perché et créer de la beauté (merci Michel Brosseau). Sinon, dans Les 100, au bord de l’apocalypse nucléaire, les clans continuent à s’étriper (ici aussi : décalage entre le monde tel qu’il va et les préoccupations apparentes de chacun).

Ce que j’ai entendu

L’amitié aussi a une histoire (mes amitiés sont-elles antiques, médiévales ou révolutionnaires ?).

Ce que j’ai fait

Même babioles que d’ordinaire, très peu écrit, très vite lassé de me relire, acharnement sur guitare et sur clarinette (trop peu aussi), cette chanson du Journal intime qui résiste comme résiste l’intime de l’autre à se livrer, des idées pour faire quelque chose de mes photos de 17h17 mais les idées souvent restent à l’état d’idées.

Journal du 8 au 9 avril 2024

Ce que j’ai lu

Phase de lecture tous azimuts, rien qui accroche au point de s’y plonger à fond (fini cette bande dessinée, Animan, loufoque au possible, mais grapillé aussi quelques mots dans Flaubert, son projet d’un roman qui se serait appelé La Spirale, dans Franck Thilliez, mais je me lasse, dans La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget, dans Montaigne, dans Dante, dans L’Histoire, un article sur les nouveaux manuels d’histoire en Russie ou comment en effet fabriquer des crétins et de bons petits soldats prêts au massacre).

Ce que j’ai vu

Toujours Les 100, barbarie geek, les hommes manipulés par l’IA, les pires horreurs commises au nom de la lutte contre la souffrance (faire souffrir parce qu’on ne sait pas souffrir soi-même) (un mélange de propagande poutinienne et de crétinisme digital sur fond de lutte des clans) (ce paradoxe au cœur de nos obsessions : le progrès technique facteur de régression humaine) (cette impression : on y vit déjà un peu, dans ce monde-là).

Ce que j’ai entendu

Le cours de l’histoire n’est pas un long fleuve tranquille, ce n’est pas le Nil des pharaons et des bâtisseurs de pyramides, qui n’étaient, apprends-je, pas tous des esclaves, et d’esclavage il est aussi question quand il s’agit des africains-américains, de ces cow-boys noirs, apprends-je aussi, et de ces camps militaires où les soldats étaient noirs et les officiers blancs et où on formait mal les futurs combattants pour mieux affirmer par la suite qu’ils n’avaient pas l’étoffe de héros (cela a lieu pendant la Deuxième Guerre mondiale, pendant qu’on disait se battre contre les affreux racistes nazis, comme quoi il n’y a pas qu’en Russie poutinienne qu’on manipule l’histoire).

Ce que j’ai fait

La corne au bout des doigts se forme. Pourtant, je m’acharne toujours sur les mêmes accords et ne parviens pas à passer de l’un à l’autre sans moultes hésitations, alors qu’à la clarinette il faut tricher malgré la peine qu’on prend à répéter sans cesse les mêmes traits : impression d’être en musique un éternel débutant. En écriture ? Impossible de me concentrer longtemps sur un même texte (comme pour la lecture, il y a un temps pour tout).

Journal du 6 au 7 avril 2024

Ce que j’ai lu

Un homme qui se transforme en bestioles, qui vit avec une grenouille, qui a pour ennemi intime un homme qui se transforme en objets, où me suis-je donc fourré avec cet Animan ? D’autant plus que Don Quichotte, ce n’est pas beaucoup plus sain d’esprit. Lectures pour déglinguer le sinistre quotidien où rien ne se passe, grain de folie nécessaire et sans risque.

Ce que j’ai vu

De plus en plus sombre, Les 100, voilà qu’ils crucifient les récalcitrants. On s’acharne à regarder des horreurs. À quoi bon ? Parce que telles horreurs, certes ici c’est une série, mais dans la réalité aussi les utopistes tuent.

Ce que j’ai entendu

Oratorios, Franck Martin puis Arthur Honegger, In terra pax et Le Roi David, par le Chœur de Chambre de l’Université de Fribourg (ma voix perdue parmi la foule, dans la belle église en béton d’Hérémence, avoir été un atome dans ce cri) : musique de tripes et de lamentations (interdite dans la Cité des Lumières des 100, parce que de souffrance il est question en permanence, même si tout s’éclaire à la fin, un jour viendra où une fleur fleurira).

Ce que j’ai fait

L’éparpillement du faire donne l’impression qu’on ne fait rien quand on fait trop. Relecture à petite doses de Fribourgs, sabrer certes mais pas trop (ce monologue du vieux de la Vignettaz, ses pommiers, sa villa, son épouse, j’en suis assez content, parce que ça délire bien), acharnement sur guitare et sur clarinette (le piano, on jouote), accouchement difficile de cette chanson où je me mets à la place d’une, Journal intime, ou comment évoquer l’écriture qui refuse la lecture.

Journal du 31 mars au 5 avril 2024

Ce que j’ai lu

Le czar de Russie m’a profondément déçu ; je l’ai trouvé pignouf.

Gustave Flaubert

C’est une lettre à George Sand datée du 15 juin 1967, George Sand que Flaubert nomme « chère maître ». Alors que le grand auteur s’acharne à peaufiner son style, qu’il passe cinq ans à gueuler L’éducation sentimentale, qu’il en ressort avec au fond de l’âme une haine profonde de la petitesse bourgeoise, voilà qu’il se lâche et que cela fait le plus grand bien, semble-t-il même si soudain les malheurs s’accumulent, les amis meurent, la guerre survient, Flaubert se retrouve seul, son bouquin sur lequel il a tant sué reçoit un accueil mitigé, il se plaint de ne pas recevoir assez de visites de sa nièce et de sa chère amie de Nohant, il s’occupe de sa vieille mère et voudrait bien pouvoir écrire mais c’est peine perdue, alors ce sont des lettres qu’il pond, et lire ces lettres, c’est pénétrer dans l’atelier, dans la tête, dans le cœur de Flaubert et c’est peut-être ainsi qu’il faudrait entrer dans son œuvre, par ses à-côtés, par cette misanthropie de plus en plus franche, par la tendresse d’un oncle ganachon qu’on laisse se déplumer dans son coin mais qui nous, nous remplume.

Ce que j’ai vu

Dans Les 100 (je ne sais pas quelle saison, la quatre, je crois), l’ennemi, de plus en plus c’est l’IA : dans la Cité des Lumières, on ne souffre pas. C’est une utopie (demandez au pauvre Flaubert qui perd Bouilhet puis Duplan puis Sainte-Beuve puis Jules de Goncourt puis qui voit les Prussiens s’approcher de Croisset, ce que c’est que souffrir) mais un monde où l’on ne souffre pas c’est un monde où ceux qu’on a aimés on les oublie et ce n’est pas un monde vivable comme n’est pas vivable un monde où l’on ne meurt pas. Un monde où l’on ne souffre pas, c’est, dans Les 100, une dystopie. Raven s’en rend compte. Elle veut retrouver le souvenir de ses disparus.

Ce que j’ai entendu

Musicopolis, la musique dans la cité et cette question de la place des femmes dans l’histoire de la musique, leur place à la radio, au disque, au concert, leur place aussi dans les algorithmes. Depuis quelque temps, je lance l’algorithme systématiquement par une compositrice, jamais la même (cette mine, Que demander à Clara ?, je les prends dans l’ordre alphabétique, j’arrive bientôt à la fin de la lettre A) et ce qui suit ce sont toujours les sempiternels Bach (le père), Mozart (le frère) et compagnie, pas une seule femme, pas un seul retour de celles déjà découvertes (et déjà oubliées). L’algorithme est désespérément conservateur : non seulement les musiques de femmes sont invisibilisées mais c’est aussi le cas de la musique contemporaine (nombres de ces compositrices sont vivantes) qui nous renvoie encore et toujours aux éternels Schumann (le mari), Brahms (l’amoureux transi) et tutti quanti.

Ce que j’ai fait

Bien peu, malgré le temps propice des vacances. Des éclats et des égarements. Relecture au sabre de Fribourgs, difficulté à chanter l’intime d’une, formation lente des callosités aux doigts du guitariste trop amateur, montage de quelques vidéos (celle-ci que l’auteur me fait l’honneur de commenter, celles encore à venir), tentative infructueuse de compréhension d’un exercice censément heureux que m’a envoyé ma prof de clarinette juste avant sa fuite en Égypte, quelques notes prises au vol dans le carnet, mauvaises notes sans doute, occupations dilettantes, histoire de passer le temps sans sécher.

Journal du 28 au 30 mars 2024

Début de vacances : soudaine mélancolie. Solitude à meubler. Contre-courant. Tout le monde dit : profite bien. Mais tout le monde s’en va. Se réfugier dans la lecture et la culture puis lancer ici une bouteille à la mer.

Ce que j’ai lu

Ce vieux volume de la correspondance de Gustave Flaubert trouvé dans un grenier, les lettres de 1865 à 1870, pendant l’écriture de L’éducation sentimentale. Il est étrange de lire une correspondance dont on a les lettres que d’une personne. Flaubert écrit à sa nièce Caroline (il signe ton vieux ganachon), aux frères Goncourt comme s’ils n’étaient qu’une seule personne, à d’illustres inconnus, mais jamais on a leurs réponses. Cette écriture des lettres de Flaubert, c’est un peu une écriture blog, adressée mais pas tant que ça, commentaires désactivés. On devine une vie (sa mère malade, l’écriture du roman qui peine à avancer, les problèmes de fric) mais on reste à sa surface, savourant la légèreté du style de Flaubert quand il ne ripoline pas.

Ce que j’ai vu

Repris Les 100, série dystopique parmi mille séries dystopiques, série violente parmi dix-mille séries violentes. Ça tourne au totalitarisme. Il reste quelques résistants. Lincoln se sacrifie. Octavia se raidit. Il y a de la vengeance dans l’air et on se rend compte aussi que la vie sans souffrance n’est peut-être pas la solution, parce que ne pas souffrir c’est aussi ne pas se souvenir. Bref, une série comme Les 100, toute bourrée de clichés qu’elle soit, donne à réfléchir sur les grandes questions de la vie. C’est pour ça qu’on accroche.

Ce que j’ai entendu

Ce qu’on entend entre dans une oreille, traverse le crâne, sort de l’autre oreille. J’ai écouté de la musique et des podcasts mais c’est passé, ça m’a intéressé, charmé, énervé, puis rien. Il a été question de Méditerranée, d’Égypte (j’ai retenu l’Égypte à cause d’une qui s’y rend), de vieillesse, il y a eu du piano, des voix, des mots qu’on comprend à peine. L’oreille a été caressée mais pas plus.

Ce que j’ai fait

Relancer les vieilles machines : Celsius et Fribourgs. Revoir ce qu’on a déjà fait et sabrer. Quand on n’est pas en phase de production, quand l’écriture flux tarit, on reprend ce qui a déjà été écrit et on appuie sur ctrl X (mais pas toujours, on garde seulement ce qui le mérite et dans ce qui le mérite on sabre aussi). Nouveautés ? Petites écritures habituelles, pour garder la main.

Journal du 8 au 14 mars 2024

Plutôt que de tout noter, me fier à ma mémoire, ne conserver que ce qui revient sans effort (et si rien ne revient sans effort, l’évacuer).

Ce que j’ai lu

Kampuchéa, Patrick Deville, l’aventure et l’histoire, le temps et l’espace qui s’entremêlent, le fleuve Mékong, les Khmers rouges, des explorateurs et des colonisateurs, des livres qu’on emporte en voyage et qui imprègnent tant le livre qu’on écrit qu’ils en deviennent le livre lui-même, comme si ces noms propres prenaient vie (si je ne me fie qu’à la mémoire, que je laisse le livre dans la pièce d’à côté, ne restent que les noms de ceux que je connaissais déjà : Pol Pot, Pierre Loti, Doutch, André Malraux, un certain Pavie aussi, que je ne connaissais pas, et l’aller-retour entre la France et le Cambodge, les crimes, les procès, les cigarettes qu’on fume en compagnie d’écrivains dont on a oublié qu’ils sont morts le soir dans le bar d’un hôtel de Phnom Penh).

Ce que j’ai vu

Dans Les 100, il est question d’intelligence artificielle, c’est à la mode (quand je demande à DALL-E) de me dessiner la pension de madame Vauquer, c’est propre, terriblement propre, et quand je lui demande d’imiter le mois de février à manière d’Eugène Ionesco, il n’a pas la réf, n’a ni lu ni vu Les Chaises, il fait du surréalisme à la Magritte).

Ce que j’ai entendu

Les musiques défilent, on les oublie à mesure, il y a eu de la musique classique, bien sûr, toujours, puis Fip, déclinée en métal, en groove, en jazz, en ambiances plus ou moins propices à la lecture.

Ce que j’ai fait

Préparation de l’audition. Gerber (non, ne pas penser à l’émoji proposé par son nom) qui m’assomme de bémols (ré bémol et soudain je panique, les doigts ne savent plus quoi faire, comme à la guitare, où je progresse trop lentement, comme pour tout). Écriture ? Bribes. Ouverture d’un carnet d’insomnie : la première nuit, une vache hurle à la mort et le stylo (ne jamais dormir avec un écran à portée de main) me lâche ; la seconde nuit je dors). Tentation de rouvrir mes écritures de Fribourgs.

Journal du 24 au 29 février 2024

Ce que j’ai lu

Ce vrac de lecture sans ordre, toujours. Faites-les lire, écrit l’un, Michel Desmurget, Fou de Paris, écrit l’autre, Eugène Savitzkaya, Il était deux fois, écrit encore un autre, Franck Thilliez, mais ce n’est pas fini, il y a aussi L’infra-ordinaire et La Fracture (Georges Perec et Charles Juliet, lectures familières, amicales) et Don Quichotte (lire plus resserré, voilà ce qu’il faudrait) (il y a aussi ce Journal d’un mot d’Emmanuelle Cordoliani, un livre où je picore) (c’est trop à la fois, on n’arrive plus rien à dire).

Ce que j’ai vu

Toujours les mêmes choses, Babel sur le Nil, Les 100, de la recherche et de l’action, tout et son contraire, déchiffrer des papyrus dans l’Egypte de l’Antiquité tardive, y trouver du copte, du grec, du latin, du pelvi, de l’arabe, puis suivre la guerre des gens de la montagne, des natifs (culture américaine, quand tu nous tiens), des gens du ciel, de la cité des lumières. Voir ou croire voir des mondes perdus, passés ou futurs.

Ce que j’ai entendu

Laisser les gens raconter, à voix nue, passer d’Alain Juppé au juge Trévidic, écouter Danièle Thompson raconter le tournage de La folie des grandeurs puis danser avec Angelin Preljocaj, j’aime ces vies si différentes qui se disent avec pudeur ou avec impudeur, puis de la musique, de la musique, de la musique (des classiques mille fois entendus mais dont on ne se lasse pas).

Ce que j’ai fait

Il a fallu, parce que le concert annuel approche, jouer de la clarinette, jamais assez jouer de la clarinette, et il a fallu parler de Lamartine, d’Hugo, de Perec, de Verlaine, de Mallarmé, à des gens que ces noms indiffèrent (ou indifféraient, peut-être maintenant…). Et ces vidéos pour parler des livres, ça devient une habitude : comment me renouveler ? Quant à la guitare, les doigts peinent (barrer, je n’arrive pas ; enchaîner les accords simples, ça vient, lentement, trop lentement). Écrire ? pour dire qu’on n’a plus rien à écrire, mais écrire qu’on n’a rien à écrire c’est encore et toujours écrire.

Journal du 17 au 23 février

Retour à la vie ordinaire, aux lectures (jamais tout à fait) ordinaires, à la musique, au fatras.

Ce que j’ai lu

Terminé Locus Solus : on lit, on essaie d’imaginer, on décroche, on relit, on est fasciné, on décroche, on a le sentiment à la fois que c’est génial et qu’on passe à côté (sentiment très fréquent à la lecture des œuvres véritablement originales). Me rabattre sur Le petit Nicolas et les copains, pour le contraste et pour la simplicité, pour la nostalgie et l’humour aussi.

Ce que j’ai vu

Rien de bien marquant, avouons-le. Toujours cette série, Les 100 (ce moment au cœur d’une série où l’on n’est plus dans la découverte mais pas encore dans le suspense du dénouement). Des voix et des images amicales (même si ce sont des gens que je n’ai jamais croisés dans la vraie vie) (mais qu’est-ce que la vraie vie ?) sur YouTube : Stewen Corvez, Marine Riguet, Michel Brosseau. Rien de bien marquant ? Certes, mais ces petits objets sont une respiration nécessaire, des voix qu’on retrouve avec joie, des parenthèses enchantées.

Ce que j’ai entendu

Des voix. Des interviews d’hommes remarquables : Jacques Genin le fondeur de chocolat ; John Nollet le narrateur capillaire ; deux hommes que la passion et la sensibilité ont fait devenir des maîtres en des arts trop souvent rabaissés, la pâtisserie (la douceur pour aider à supporter un terrible passé) et la coiffure (le cheveu fou qui me manque tant).

Ce que j’ai fait

Après ce petit livre sur Paris, retour à de l’ordinaire (mais l’ordinaire ne l’est jamais tout à fait) : des cours à préparer puis à donner, le concert annuel de la fanfare et jouer les mêmes traits mille fois en se disant que mille fois ce n’est pas assez, parler livres devant la caméra, prendre quelques notes par-ci par-là, histoire de ne pas perdre la main.