Journal du 17 au 23 mars 2024

Ce que j’ai lu

Journal d’un mot, Emmanuelle Cordoliani, du blog au livre, lecture pour commencer picorante puis lire cela en vrai livre, du début à la fin, par blocs de lecture, du 1er janvier au 31 décembre, ce retour des mots année après année (quelle année, peu importe, dans le livre, une année c’est trois ans), le même mot à la même date, rendez-vous comme avec un ami, une amie peut-être (les écouter aussi, ces mots amis).

Ce que j’ai vu

Le Conte des Contes, théâtre total, flamboyant, baroque, fantastique, merveilleux, grinçant, lyrique, cauchemardesque, haut en couleur, horrifiant, kitsch, théâtre de folie et d’histoires à faire peur qu’on se raconte en douce depuis la nuit des temps, il faut fait rire le petit Prince (pas le pantin nunuche de Saint-Ex) et tout est bon pour y parvenir, les paysannes qu’un roi viole dans son sommeil (c’est cela, l’histoire originelle de la belle au bois dormant), les lapins belges qu’on baptise Velasquez, les Cendrillons à foutre les jetons aux marâtres acariâtres, les danseuses à plumes et à paillettes, la radio qui remonte le temps, mais celui qui rit à gorge déployée puis s’arrête interloqué, ce n’est pas ce Prince aux grandes oreilles, c’est le public, enchanté (le mot n’est pas usurpé) d’assister à un feu d’artifice dont il se demande s’il n’est pas aussi un tapis de bombes.

Ce que j’ai entendu

La voix de Pascal Cottin lit les mots de Damien Murith, des mots rares, des mots entre guerre et violoncelle, une musique de mots sobres et forts (le contraire de l’exubérance, la veille, d’Omar Porras), de mots sombres que la lumière traverse. Nous sommes quelques privilégiés à deviner, dans la librairie fermée, la densité d’un livre qu’arrivé chez moi je n’ose ouvrir, de peur de briser le charme.

Ce que j’ai fait

Audition de clarinette : comme d’habitude je suis le vieux. Les petits et les moins petits jouent pour leurs parents. Je joue pour qui ? Six variations sur un thème romantique : c’est quand l’air devient facile que je m’envole, ajoutant des notes, changeant la mélodie, inventant contre mon gré un nouvel air qui comme un chat retombe sur ses pattes. On est arrivé au bout sans trop d’encombres, c’est déjà ça (et les gamins aussi, ils s’en sortent, même quand ils sautent des lignes pour perdre la pianiste affolée).

Journal du 8 au 14 mars 2024

Plutôt que de tout noter, me fier à ma mémoire, ne conserver que ce qui revient sans effort (et si rien ne revient sans effort, l’évacuer).

Ce que j’ai lu

Kampuchéa, Patrick Deville, l’aventure et l’histoire, le temps et l’espace qui s’entremêlent, le fleuve Mékong, les Khmers rouges, des explorateurs et des colonisateurs, des livres qu’on emporte en voyage et qui imprègnent tant le livre qu’on écrit qu’ils en deviennent le livre lui-même, comme si ces noms propres prenaient vie (si je ne me fie qu’à la mémoire, que je laisse le livre dans la pièce d’à côté, ne restent que les noms de ceux que je connaissais déjà : Pol Pot, Pierre Loti, Doutch, André Malraux, un certain Pavie aussi, que je ne connaissais pas, et l’aller-retour entre la France et le Cambodge, les crimes, les procès, les cigarettes qu’on fume en compagnie d’écrivains dont on a oublié qu’ils sont morts le soir dans le bar d’un hôtel de Phnom Penh).

Ce que j’ai vu

Dans Les 100, il est question d’intelligence artificielle, c’est à la mode (quand je demande à DALL-E) de me dessiner la pension de madame Vauquer, c’est propre, terriblement propre, et quand je lui demande d’imiter le mois de février à manière d’Eugène Ionesco, il n’a pas la réf, n’a ni lu ni vu Les Chaises, il fait du surréalisme à la Magritte).

Ce que j’ai entendu

Les musiques défilent, on les oublie à mesure, il y a eu de la musique classique, bien sûr, toujours, puis Fip, déclinée en métal, en groove, en jazz, en ambiances plus ou moins propices à la lecture.

Ce que j’ai fait

Préparation de l’audition. Gerber (non, ne pas penser à l’émoji proposé par son nom) qui m’assomme de bémols (ré bémol et soudain je panique, les doigts ne savent plus quoi faire, comme à la guitare, où je progresse trop lentement, comme pour tout). Écriture ? Bribes. Ouverture d’un carnet d’insomnie : la première nuit, une vache hurle à la mort et le stylo (ne jamais dormir avec un écran à portée de main) me lâche ; la seconde nuit je dors). Tentation de rouvrir mes écritures de Fribourgs.